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La croissance mondiale va se ralentir

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
December 2004
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La croissance mondiale devrait ralentir l’an prochain, a annoncé le FMI dans l’édition d’octobre 2007 des Perspectives de l’économie mondiale, publiée le 17 octobre: les perspectives sont assombries par les récents remous des marchés financiers qui résultent des problèmes du marché américain des prêts hypothécaires à risques.

Avant le début des turbulences en août, la croissance mondiale avait été vigoureuse, dépassant 5 % au premier semestre de 2007. La croissance s’est accélérée en Chine, à 11,5 %, et est restée très élevée en Inde (plus de 9 %) et en Russie (près de 8 %). En fait, ces trois pays ont représenté la moitié de la croissance mondiale l’an dernier. L’expansion est restée rapide aussi dans les autres pays émergents et pays en développement, y compris les pays africains à faible revenu.

La vigueur de la croissance dans les pays émergents a compensé la faiblesse de la croissance aux États-Unis (2,25 % au premier semestre de 2007), où le secteur du logement a continué de peser lourdement sur l’activité. Dans la zone euro et au Japon, la croissance a ralenti au deuxième trimestre de 2007 après deux trimestres de croissance vigoureuse.

Les prêts à risques pèsent sur les perspectives

La croissance mondiale a ralenti, mais devrait rester vigoureuse, grâce à la forte expansion dans les principaux pays émergents.

(PIB réel, variation annuelle en pourcentage)

Projections
2005200620072008
Production mondiale4,85,45,24,8
États-Unis3,12,91,91,9
Zone euro1,52,82,52,1
Allemagne0,82,92,42,0
Japon1,92,22,01,7
Afrique5,65,65,76,5
Chine10,411,111,510,0
Inde9,09,78,98,4
Source: FMI, Perspectives économiques mondiales, octobre 2007.Note: il est supposé que les taux de change effectifs réels restent constants aux niveaux observés entre le 22 août et le 19 septembre 2007.

Croissance élevée malgré les turbulences

Le FMI prévoit que la croissance mondiale restera robuste en 2008 (voir tableau), avec les pays émergents comme moteur principal (voir graphique page suivante). Elle ralentira de 5,2 % en 2007 à 4,8 % en 2008, contre 5,4 % en 2006. Les révisions à la baisse les plus marquées concernent les États-Unis et les pays où les répercussions financières et commerciales du ralentissement américain seront probablement les plus marquées.

Aux États-Unis, la croissance devrait être de 1,9 % en 2008, comme en 2007, soit près de 1 point de moins que prévu antérieurement. Elle avait atteint 2,9 % en 2006.

Les problèmes du marché hypothécaire devraient prolonger la baisse de l’investissement résidentiel, alors que la hausse des prix de l’énergie et la baisse des prix du logement pèseront probablement sur les dépenses de consommation. Pour 2008, la croissance a été révisée à la baisse dans la zone euro, à 2,1 %, et au Japon, à 1,7 %.

Dans les pays émergents, la croissance restera vigoureuse, même si elle ralentira par rapport au rythme exceptionnel des deux dernières années. En 2008, la croissance avoisinera 10 % en Chine.

Risques de révision à la baisse

Dans les projections du FMI, il est supposé que la liquidité du marché est rétablie graduellement dans les mois à venir. Toutefois, il reste fort possible que les turbulences récentes aient sur l’offre de crédit un effet plus marqué que prévu dans le scénario de référence, avec des répercussions macroéconomiques bien plus graves. Les établissements de prêts hypothécaires durcissent déjà les conditions d’accès au crédit, et si le financement devient moins facilement disponible, il est fort possible que les marchés du logement, qui semblent surévalués dans certaines parties du monde, ralentissent plus brutalement. Cela pèserait non seulement sur la consommation et l’investissement résidentiel, mais aussi, à mesure que les taux d’impayés augmentent, sur le bilan des établissements hypothécaires eux-mêmes.

D’autres facteurs concernent plus spécifiquement les pays émergents. Du côté positif, le ralentissement de la croissance prévu dans les pays émergents d’Asie, en particulier en Chine et en Inde, ne se matérialisera peut-être pas étant donné la vigueur de la demande intérieure. Quant au principal risque de révision à la baisse des prévisions, il s’agit des remous sur les marchés financiers mondiaux, qui pourraient perturber les flux de capitaux vers ces pays et créer des problèmes sur les marchés intérieurs. Les pays émergents d’Europe et les pays de la Communauté des États indépendants sont particulièrement vulnérables en raison de leur déficit courant élevé et de leur recours aux apports bancaires.

Le FMI reste préoccupé aussi par les tensions inflationnistes. Si ces craintes se sont effacées dans les pays avancés depuis les récentes turbulences financières, les risques inflationnistes sont plus immédiats dans les pays émergents et les pays en développement, où la hausse des prix des produits alimentaires, la baisse des capacités disponibles, la persistance des cours élevés du pétrole et les entrées encore massives de devises signifieront peut-être qu’un nouveau durcissement monétaire sera nécessaire pour contenir les tensions inflationnistes. Le marché pétrolier reste aussi très tendu et, les capacités disponibles demeurant limitées, des chocs sur l’offre ou une intensification des risques géopolitiques pourraient entraîner une nouvelle forte hausse des cours du pétrole qui pourrait se traduire rapidement par une montée de l’inflation.

Déséquilibres mondiaux élevés

Les déséquilibres mondiaux représentent encore un autre risque de révision à la baisse des projections. Le déficit courant américain ne devrait diminuer que légèrement pour atteindre 5,5 % du PIB en 2008. Si l’excédent courant des pays producteurs de pétrole devrait diminuer à mesure que ces pays accroissent leurs dépenses, l’excédent courant chinois reste très élevé.

La persistance de déséquilibres mondiaux élevés suscite deux grandes craintes:

  • Une dépréciation désordonnée du dollar américain pourrait avoir de graves répercussions sur tous les marchés financiers.

  • La persistance de déséquilibres commerciaux élevés pourrait entraîner une montée du protectionnisme.

L’économie mondiale a été rudement mise à l’épreuve ces derniers mois. Néanmoins, la solidité globale des paramètres fondamentaux devrait lui permettre de maintenir le cap. Si la croissance dans les mois à venir sera affectée par les retombées des turbulences financières, il ne semble donc pas aujourd’hui que les conséquences seront sérieuses.

Tim Callen

FMI, Département des études

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