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Le FMI et l’Afrique: Afrique: entretenir la dynamique de l’expansion

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
September 2007
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L’Arique subsaharienne connaît actuellement sa quatrième année consécutive de forte croissance. L’augmentation des recettes pétrolières, la bonne tenue des prix des matières premières et le surcroît d’allégement de dette sont autant d’éléments qui ont servi à amorcer un recul de la pauvreté. Certes, la guerre et la corruption continuent de sévir dans certaines régions d’Afrique, mais les autres pays consolident leur assise économique grâce à l’amélioration de leurs résultats et à la mise en œuvre de politiques mieux conçues.

Il s’agit maintenant d’entretenir la dynamique de l’expansion. On sait par expérience qu’il est beaucoup plus facile de parvenir à un taux de croissance élevé que de s’y maintenir: il est assez fréquent, en Afrique comme ailleurs, que les poussées de croissance ne durent que quelques années; il est plus rare en revanche que ces périodes se prolongent.

Les dirigeants des 53 États membres de l’Union africaine se sont réunis au Ghana du 1er au 3 juillet pour réfléchir aux moyens d’accélérer l’intégration régionale et de relier plus étroitement le continent à l’économie mondiale, deux impératifs incontournables pour renforcer la croissance, stimuler l’emploi, rehausser les niveaux de vie et réduire la pauvreté et l’indigence. Il faudra faire porter de plus en plus les efforts sur les réformes structurelles nécessaires pour soutenir des économies de marché dynamiques.

Que fait le FMI pour aider les pays africains à mettre à profit ces nouvelles perspectives? Après tout, si la croissance ne s’accélère pas de façon durable, on ne peut guère s’attendre à voir la pauvreté reculer sensiblement sur le continent. Un renforcement de la croissance est donc indispensable pour que l’Afrique se rapproche des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).

Le rôle du FMI en Afrique

Depuis longtemps, le FMI aide les pays africains à parvenir à la stabilité macroéconomique et à s’y maintenir, à améliorer leur gestion des finances publiques (ce qui favorise la bonne gouvernance) et à mettre en place un secteur financier efficace capable de promouvoir une croissance tirée par le secteur privé. S’il est vrai que la croissance est vigoureuse et l’inflation faible dans la plupart des pays de la région, les OMD restent hors de portée pour un grand nombre d’entre eux.

Pour faire reculer durablement la pauvreté et pour que les OMD aient des chances d’être atteints, il faudra non seulement un accroissement global des concours des donateurs, mais aussi une application résolue des réformes indispensables à la croissance, une utilisation ciblée et efficace des ressources disponibles et une meilleure coordination des politiques macroéconomiques de manière à permettre une plus grande absorption du surcroît d’aide.

Le FMI s’efforce d’aider les pays à affronter tous ces défis. Outre qu’elle vise à une plus grande efficacité de l’institution, la stratégie à moyen terme du FMI renouvelle l’engagement de celui-ci de venir en aide aux pays à faible revenu dans ses principaux domaines d’expertise en leur fournissant des conseils, en renforçant leurs capacités et en leur accordant des concours financiers.

Affiner la panoplie d’instruments

Le FMI a entrepris d’évaluer l’efficacité de ses conseils de politique économique et continue d’affiner la panoplie d’instruments dont il a besoin pour aider les pays à faible revenu. Il réfléchit à la manière de donner suite aux recommandations de deux rapports récents: l’un, intitulé Le FMI et l’aide à l’Afrique subsaharienne, émanant de son propre bureau d’évaluation (le Bureau indépendant d’évaluation), l’autre rédigé par le Comité externe d’examen de la collaboration Banque mondiale–FMI.

Le FMI s’est doté d’un nouvel outil, l’instrument de soutien à la politique économique (ISPE), pour aider les pays qui souhaitent que leur politique économique reçoive l’appui et l’approbation du FMI en dehors de tout accord d’emprunt. En juin dernier, le Mozambique est devenu le cinquième pays à recourir à l’ISPE (voir encadré). Le FMI a aussi mis en place la facilité de protection contre les chocs exogènes (FCE), qui permet d’accorder un soutien et une aide financière aux pays à faible revenu subissant des chocs externes, et il réfléchit aux moyens de mieux aider les États dits fragiles.

Le FMI a engagé aussi une réflexion pour déterminer comment il pourrait aider les pays à dégager la marge de manœuvre («l’espace») budgétaire dont ils ont besoin pour accroître leurs dépenses prioritaires dans le domaine des services sociaux et celui des infrastructures. Il cherche le moyen de les aider à développer leurs capacités, afin qu’ils puissent absorber efficacement l’aide et les ressources dégagées par l’allégement de dette. Les pays doivent réaliser ces objectifs tout en préservant les avantages de la stabilité macroéconomique, obtenue au prix de tant d’efforts, et en évitant de retomber dans les problèmes d’endettement du passé.

Élargir l’espace budgétaire

Les pays peuvent élargir leur espace budgétaire en recourant aux recettes intérieures, aux dons externes et aux prêts intérieurs et extérieurs, ainsi qu’en améliorant l’efficacité des dépenses, notamment en comprimant les dépenses non ciblées et peu urgentes.

Le surcroît de ressources doit être dépensé avec discernement et ces dépenses, en particulier celles qui sont consacrées aux services sociaux et aux infrastructures, sont dûment prises en compte dans les programmes soutenus par le FMI en Afrique pour autant qu’elles ne risquent pas de compromettre la stabilité macroéconomique. Les cibles budgétaires et financières indiquées dans les programmes appuyés par le FMI continueront d’être établies de manière à laisser la marge voulue pour les dépenses de lutte contre la pauvreté. De fait, nombre de programmes fixent des planchers (c’est-à-dire des valeurs minimales) à cette catégorie de dépenses: c’est le cas en Ouganda, au Rwanda et en Sierra Leone.

Mobilisation des ressources intérieures et extérieures. Dans les pays où les recettes sont insuffisantes pour répondre aux enjeux de la politique économique nationale, le FMI fournit des conseils et une assistance technique en vue d’aider ces pays à accroître leurs recettes fiscales en élargissant la base d’imposition, en améliorant la politique fiscale et en renforçant l’administration des impôts et des douanes.

Le FMI joue aussi un rôle important dans la mobilisation des ressources extérieures. Il a réduit l’endettement des pays dans le cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) et, plus récemment, dans le cadre de l’initiative d’allégement de la dette multilatérale.

Les prêts extérieurs ont pour effet d’accroître les ressources pouvant être consacrées au développement. Cependant, les pays doivent éviter de retomber dans le piège de l’endettement. Le FMI et la Banque mondiale ont affiné le cadre de viabilité de la dette de manière à les aider à gérer leur endettement selon des stratégies qui leur éviteront de se surendetter à nouveau de façon excessive.

Le Mozambique recourt à I’ISPE

Le 18 juin dernier, le Conseil d’administration du FMI a approuvé le recours à l’instrument de soutien à la politique économique (ISPE) pour le Mozambique, l’ISPE étant un moyen pour le FMI de soutenir les efforts de réforme économique d’un pays. Dans le cas du Mozambique, il s’agit de préserver la stabilité économique au moment où les apports d’aide extérieure augmentent, de promouvoir les réformes structurelles et de mettre en œuvre le programme plus large de politique économique dans le cadre de la stratégie nationale de réduction de la pauvreté définie par les autorités du pays.

L’approbation du recours à l’ISPE en faveur du Mozambique signifie que le FMI souscrit aux politiques énoncées dans ce programme. L’ISPE est conçu pour les pays à faible revenu qui n’ont pas forcément besoin d’une assistance financière du FMI ou qui ne veulent pas en recevoir, mais qui souhaitent quand même obtenir du FMI des conseils, un suivi et l’approbation de leurs politiques.

Le recours à la formule de l’ISPE est volontaire et c’est le pays qui doit en faire la demande. Les programmes appliqués dans le cadre de l’ISPE s’appuient sur les stratégies de réduction de la pauvreté définies par les pays eux-mêmes selon un processus participatif faisant appel à la société civile et aux partenaires du développement; ils sont énoncés dans des documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP). L’objectif est en effet de faire en sorte que les programmes appliqués avec l’appui de l’ISPE soient compatibles avec un cadre global de politiques macroéconomiques, structurelles et sociales visant à stimuler la croissance et à réduire la pauvreté. Les résultats obtenus par le pays qui a recours à l’ISPE sont normalement passés en revue tous les six mois, quel que soit l’état d’avancement du programme.

Mais cela ne suffit pas. L’augmentation de l’aide promise lors du sommet économique de Gleneagles ne s’est toujours pas concrétisée. Le FMI continuera à rappeler aux donateurs qu’ils doivent tenir leurs engagements et il fera savoir avec franchise s’il estime que les conditions macroéconomiques sont réunies pour permettre une augmentation des apports d’aide.

Accroître l’efficacité des dépenses. Les pays ont besoin de bons systèmes de gestion des dépenses publiques pour utiliser efficacement les ressources publiques de manière à atteindre durablement des taux de croissance élevés. De tels systèmes permettent aussi d’améliorer la gouvernance en rendant les dépenses publiques plus transparentes (y compris à l’égard du public) et de fournir aux donateurs l’assurance que leurs ressources sont utilisées aux fins prévues.

Le FMI offre des conseils et une assistance technique en ce qui concerne la politique et la gestion des dépenses publiques, notamment les cadres budgétaires à moyen terme, la gestion de la trésorerie et le contrôle budgétaire. À cet égard, les programmes comportent aussi un plafonnement de la masse salariale visant à éviter les déséquilibres macroéconomiques qui surgissent lorsque la politique des salaires s’écarte des priorités sectorielles et n’est pas compatible avec les ressources globales disponibles.

Une étude récente du FMI conclut que le plafonnement de la masse salariale n’a pas freiné le recours aux fonds disponibles consentis par les donateurs, mais elle précise aussi que ce n’est pas le meilleur moyen de remédier au problème sous-jacent du contrôle budgétaire. À mesure que la gestion des dépenses publiques s’améliore, ces plafonds perdent leur utilité. Le FMI y a déjà nettement moins recours et il est déterminé à ne les utiliser à l’avenir que de façon ponctuelle et dans la transparence.

Développer l’absorption de l’aide

L’un des principaux objectifs des programmes soutenus par le FMI est de faire en sorte que les conditions d’une absorption efficace de l’aide soient en place. En général, cela suppose une bonne coordination de divers aspects de la politique macroéconomique (monétaire, budgétaire et taux de change), ainsi que la mise en œuvre de réformes clés dans des domaines tels que le commerce, le secteur financier, la gouvernance et la gestion des finances publiques.

Le FMI détermine les possibilités d’utiliser l’aide extérieure en fonction de nombreux facteurs, au-delà de l’inflation et des réserves. Ainsi, pour garantir l’efficacité de ces concours, il considère en particulier la volatilité de l’aide, l’incidence des chocs, la viabilité de la dette, la compétitivité des exportations, la charge de la dette intérieure et les contraintes de capacités microéconomiques qui limitent l’augmentation des dépenses.

Ulrich Jacoby

FMI, Département Afrique

Voir Bulletin en ligne: «Rwanda’s Task: Manage More Aid», «Central African Republic: Recovering from Conflict» et «Africa’s Better Policies Are Paying Off» — un entretien avec Abdoulaye Bio-Tchané, Directeur du Département Afrique du FMI.

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