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L’Inde doit accélérer le rythme de ses réformes pour doper ses exportations de textiles et d’habillement

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
January 2006
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À la suite de la suppression des contingents à l’exportation des textiles et de l’habillement le 1er janvier 2005, certains pays, notamment la Chine, n’ont pas tardé à accroître leur part du marché mondial. L’Inde est-elle en mesure d’en faire autant? Pas encore, d’après un document de travail du FMI qui examine les perspectives d’avenir du secteur textile indien et conclut que ses débouchés ne s’amélioreront guère à moins d’une accélération des réformes et de l’investissement pour en rehausser la compétitivité.

Le secteur du textile et de l’habillement joue depuis long-temps un rôle majeur dans l’économie indienne, y compris sur le plan de ses exportations. En 2003, il représentait 4 % du PIB et 14 % de la valeur ajoutée dans le secteur manufacturier, employait 35 millions de personnes (environ 10 % de la population active) et pesait pour 13 milliards de dollars (23 %) dans les exportations. La levée des contingents constitue pour l’Inde à la fois une chance à saisir et un défi. Il y a un gros potentiel d’expansion de la part de marché, mais les débouchés ne sont plus assurés et la concurrence s’intensifie. L’Inde a plusieurs atouts: une main-d’œuvre abondante et relativement bon marché, une offre considérable de tissus de production locale, un ensemble bien diversifié de matières premières pour la fabrication des fibres artificielles et naturelles et des capacités de filature et de tissage. Pour pouvoir exploiter ces atouts et tirer parti de la levée des contingents, l’Inde devra toutefois faire sauter les verrous existants.

Dans l’ombre de la Chine

Manifestement, les progrès économiques de l’Inde depuis 1995, année où la libéralisation des contingents textiles a débuté, n’ont pas été aussi spectaculaires que ceux de la Chine. À l’échelle mondiale, la part de marché de l’Inde n’a augmenté que marginalement entre 1995 et 2003, dans le secteur du textile comme dans celui de l’habillement, alors que celle de la Chine s’est nettement accrue. L’Inde a élargi ses débouchés aux États-Unis et au Canada, mais a perdu du terrain dans l’Union européenne et n’a réussi à conquérir qu’une part négligeable du marché japonais (voir graphique).

D’après des chiffres préliminaires pour les États-Unis, au premier semestre de 2005 les exportations de textiles et d’habillement de la Chine (produits libéralisés après janvier 2005) ont progressé de près de 242 %, alors que celles de l’Inde n’ont augmenté que de 34 %. Une évolution semblable est observée dans l’Union européenne, où les exportations de la Chine ont fait un bond de 80 %, et celles de l’Inde ont augmenté plus modestement, de 10 %.

Les scénarios possibles

Deux scénarios sont envisagés dans l’étude: dans le premier cas, des clauses de sauvegarde temporaires limitent la progression des exportations chinoises; dans le second, la suppression des contingents joue à plein. Les résultats de ces simulations n’incitent guère l’Inde à l’optimisme. Ses exportations de textiles et d’habillement continueraient vraisemblablement à augmenter si des clauses limitent les exportations chinoises, mais souffriraient dès que ces clauses cesseraient de s’appliquer. En fait, si un quota de 50 % était imposé aux importations chinoises aux États-Unis et en Europe, les exportations de textiles et d’habillement de l’Inde progresseraient, respectivement, de 13 et 11 %. Si par contre tous les contingents sont supprimés, les exportations indiennes de textiles n’augmentent que de 5,6 % et celles d’habillement chutent de 4 % (voir tableau).

À la traîne du dragon chinois

Les exportations indiennes de textiles et d’habillement n’ont pas bondi aussi vite que celles de la Chine.

(pourcentage du total)

Source: Organisation mondiale du commerce.

Des faiblesses à corriger

Pour tirer parti de la suppression des contingents, l’Inde devra remédier à plusieurs carences. La piètre qualité des produits textiles, la fragmentation de la filière, la concentration sur des articles de bas ou milieu de gamme, la longueur des délais de livraison, les retards au dédouanement, le peu d’injections de technologies nouvelles, le manque d’économies d’échelle, les coûts des intrants et des transports sont autant d’entraves à la production et à la productivité du secteur.

Répit temporaire

Les exportations de l’Inde augmenteraient rapidement si celles de la Chine sont restreintes, mais se dégraderaient une fois les limites abolies.

Valeurs des

exportations
Volumes des

exportations
Prix à

l’exportation
(variation en pourcentage)

Élimination totale des contingents
TextilesInde5,610,3–4,3
Chine51,066,2–9,2
HabillementInde–4,00,6–4,7
Chine85,1113,5–13,4
Élimination partielle des contingents

pour la Chine1
TextilesInde12,517,2–4,0
Chine19,624,7–4,1
HabillementInde10,715,8–4,4
Chine36,746,4–6,6

Scénario selon lequel les contingents sont complètement supprimés sauf pour la Chine, pour qui ils sont réduits de moitié.

Source: document de travail du FMI n° 05/214.

Scénario selon lequel les contingents sont complètement supprimés sauf pour la Chine, pour qui ils sont réduits de moitié.

Source: document de travail du FMI n° 05/214.

À l’avenir, les prix des textiles et de l’habillement vont tomber aux prix déterminés par le jeu de l’offre et de la demande, et la progression des exportations dépendra des gains d’efficacité. Dans un environnement concurrentiel, les clés du succès sont l’amélioration de la qualité, du prix, des délais de livraison et des techniques de vente. Pour l’heure, les réformes ont produit des progrès assez modérés en Inde, mais d’autres mesures, énumérées ci-dessous, peuvent permettre une augmentation plus rapide des exportations.

Créer un climat propice. L’Inde a tout intérêt à améliorer ses infrastructures, remédier aux carences du secteur de l’électricité, rehausser l’efficacité des procédures douanières et assouplir le marché du travail afin de pouvoir se doter de méga-usines sur le modèle chinois.

Rehausser les capacités technologiques. Dans un monde de plus en plus concurrentiel, les avancées technologiques prennent plus d’importance. Le gouvernement doit donc encourager les transferts de technologie et la diffusion de l’innovation. Pour raccourcir les délais de production, il faudra intégrer davantage la chaîne d’approvisionnement et développer de puissants pôles textiles capables de coordonner toutes les phases de la production. Les investissements et transferts de technologie de l’étranger peuvent contribuer à rendre la filière technologiquement plus avancée, à améliorer la qualité et à stimuler la productivité. La certification de la qualité et le développement des marques rehausseraient aussi l’image de l’Inde en tant qu’exportateur de premier rang.

Accroître la productivité de la filière coton. Bien que l’Inde soit l’un des plus gros producteurs au monde de fil et de tissu de coton, sa productivité (en tonnes par hectare) est inférieure à celle de la Chine, de la Turquie, du Brésil et de maints autres pays. Le marché étant, au moins temporairement, friand de fibres artificielles, l’Inde devra accroître ses capacités et rehausser ses technologies dans ce sous-secteur. Comme il est difficile de dire s’il s’agit d’un phénomène passager ou structurel, il importe que l’Inde poursuive ses efforts pour améliorer la productivité et la qualité de sa production cotonnière, qui est son atout majeur.

Meilleure maîtrise des activités de services. Pour accroître sa part de marché, l’Inde devra développer ses capacités dans plusieurs domaines—stylisme, commercialisation, vente au détail et financement—et analyser les débouchés commerciaux à l’étranger. Elle n’autorise pas encore les investissements directs étrangers dans la distribution de détail des textiles et de l’habillement, mais il serait sans doute indiqué de leur ouvrir ce secteur. C’est ce que la Chine a fait: les détaillants étrangers peuvent y créer des réseaux de distribution au travers de filiales à 100 %, sans restrictions géographiques ou quantitatives.

Élargir la gamme de produits. Le secteur de l’habillement devra s’aventurer davantage dans le segment de la haute couture et du sur mesure. Le recours extensif à des systèmes de stylisme assisté par ordinateur (SAO) et de fabrication assistée par ordinateur (FAO) favorisera l’innovation et rehaussera la compétitivité en réduisant les délais de production. Les textiles techniques—conçus pour l’emballage, les vêtements de sport, des usages médicaux, hygiéniques ou militaires—représentent un énorme marché, qui exige cependant des équipements onéreux et une main-d’œuvre plus qualifiée. L’Inde devrait encourager la diversification des entreprises textiles bien établies pour prendre pied sur ce marché en pleine croissance.

Améliorer le temps de réponse et les délais de livraison. Pour réduire les délais de production et de livraison aux détaillants, il y a lieu d’utiliser davantage le fret aérien pour les exportations de vêtements. L’établissement de pôles textiles à proximité de petits aéroports spécialisés dans le fret et les expéditions commerciales pourrait être une formule viable à moyen terme, en attendant que les ports ou autres équipements soient agrandis.

En tout état de cause, pour exploiter l’énorme potentiel des exportations indiennes de textiles et d’habillement, il faudra beaucoup plus d’investissements dans le secteur, qui devra être plus largement ouvert et modernisé. Des réformes plus vastes visant à supprimer les goulets d’étranglement au niveau des infrastructures et à assouplir le marché du travail seront aussi nécessaires pour faciliter ce processus.

A. Prasad et Sonali Jain-Chandra

FMI, Bureau des administrateurs

et Département de l’élaboration et de l’examen des politiques

Le document de travail du FMI n° 05/214, The Impact on India of Trade Liberalization in the Textiles and Clothing Sector, d’Ananthakrishnan Prasad et de Sonali Jain-Chandra, est disponible au prix de 15 dollars auprès du Service des publications du FMI. Pour commander, voir les instructions page 16. Le texte intégral peut aussi être consulté sur le site Internet du FMI (www.imf.org).

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