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Perspectives économiques du Moyen-Orient et de l’Asie centrale: Mieux utiliser l’épargne dans un contexte de forte croissance

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
June 2007
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Lors d’un point de presse tenu le 14 mai pour annoncer la parution du rapport intitulé Perspectives économiques régionales: Moyen-Orient et Asie centrale, Moshin Khan, Directeur du département du FMI en charge de cette région, a déclaré que tous les groupes de pays — exportateurs de pétrole, marchés émergents et pays à faible revenu — affichent de bons résultats.

La croissance mondiale robuste, l’environnement financier international favorable, la hausse continue des cours du pétrole et d’autres produits de base, ainsi que les politiques avisées dans bien des pays, sous-tendent cette bonne performance. L’essor du PIB réel devrait rester solide à plus de 6 % en moyenne, une croissance à deux chiffres étant prévue dans le Caucase et en Asie centrale (voir tableau).

Cependant, les fortes rentrées de devises — recettes d’exportation, investissements directs étrangers, et envois de fonds de travailleurs émigrés — et une progression rapide de la demande, associées à des politiques monétaires accommodantes, alimentent l’inflation, qui devrait grimper à 9 % cette année, contre 7½ % l’année dernière. Cette hausse est particulièrement remarquable dans certains pays pétroliers, où l’inflation accrue commence à se traduire par l’appréciation des taux de change effectifs réels en raison du renchérissement du pétrole.

Le facteur pétrole

Les pays du Moyen-Orient et de l’Asie centrale bénéficient plus que ceux des autres régions de la hausse des prix du pétrole, car ils détiennent près des trois quarts des réserves mondiales prouvées, et représentent un tiers de la production mondiale de pétrole. La hausse des prix des autres produits de base a également profité à la région, qui représente un cinquième de la production mondiale de gaz et s’enorgueillit de posséder la plus grande fonderie d’aluminium au monde (Émirats arabes unis). Par ailleurs, la région est abondamment dotée de coton (Ouzbékistan), de cuivre (Arménie et Géorgie), et d’uranium (Arménie et Ouzbékistan). En 2006, elle avait un PIB combiné de 1,8 billion de dollars, le pétrole représentant un tiers de ce montant. Fin 2006, ses réserves internationales s’élevaient à 625 milliards de dollars, contre 1,1 billion de dollars pour la Chine, et 285 milliards pour la Russie.

Les cours du pétrole étant censés atteindre en moyenne près de 61 dollars le baril en 2007, contre plus de 64 dollars le baril l’année dernière, les recettes d’exportation et les recettes publiques tirées du pétrole et du gaz vont fléchir cette année. En conséquence, l’excédent courant du compte extérieur va baisser, mais seulement un quart de la chute prévue sera lié à la baisse des prix du pétrole. Le reste reflète la forte hausse des importations au fur et à mesure que seront mis en œuvre les programmes d’investissement dans le secteur social et les infrastructures. Étant donné que les positions extérieure et budgétaire devraient demeurer solides, les pays exportateurs de pétrole de la région doivent être capables de réaliser les investissements envisagés tout en continuant à épargner des ressources pour l’avenir.

Soutenir une croissance solide

Toutefois, ces perspectives généralement très favorables comportent des risques, a poursuivi M. Khan, notamment «la possibilité d’une baisse de la croissance mondiale, probablement déclenchée par un ralentissement plus marqué que prévu aux États-Unis, ou une aggravation soutenue de la volatilité du marché financier». Selon M. Khan, l’escalade des conflits au niveau régional constitue une menace permanente.

Côté positif, au fur et à mesure que ces pays voient leurs réserves internationales s’accroître (voir graphique) et leur dette se réduire, ils deviennent plus résistants aux chocs potentiels. Le défi majeur de cette région est de soutenir, voire accélérer la croissance en vue d’effectuer des avancées significatives dans la réduction de la pauvreté et du chômage, a déclaré M. Khan. «Cette croissance solide n’a pas encore créé suffisamment d’emplois pour la main-d’œuvre qui s’accroît rapidement, et les taux de pauvreté n’ont pas beaucoup baissé, même dans les pays à faible revenu à croissance rapide.» Pour réduire la pauvreté, les pays de la région doivent améliorer la répartition des revenus, ce qui permettrait également de générer un appui aux réformes et de soutenir l’élan de la croissance.

Une croissance spectaculaire

La croissance du PIB dépassera en moyenne 6 % en 2007, certains pays affichant un taux à deux chiffres.

(variation annuelle, en pourcentage)MoyenneProj.
1998−200220062007
Moyen-Orient et Asie centrale3,96,56,4
Exportateurs de pétrole3,76,26,3
Algérie3,62,74,5
Arabie Saoudite1,54,64,8
Azerbaïdjan7,731,029,2
Bahreïn4,87,76,9
Émirats arabes unis4,09,78,2
Iran4,25,35,0
Iraq3,010,4
Kazakhstan6,810,69,0
Koweït8,25,03,5
Libye2,25,67,9
Oman3,65,96,0
Qatar7,18,88,0
Syrie2,43,03,3
Turkménistan15,69,010,0
Pays à faible revenu4,99,48,6
Afghanistan28,68,012,2
Arménie7,913,49,0
Djibouti1,64,55,1
Géorgie3,69,09,4
Mauritanie3,111,71,9
Ouzbékistan4,17,27,7
République kirghize3,32,76,5
Soudan5,512,211,1
Tadjikistan7,37,07,5
Yémen4,33,82,6
Marchés émergents4,06,46,0
Égypte5,16,86,7
Jordanie4,36,06,0
Liban2,30,01,0
Maroc3,67,33,5
Pakistan3,16,26,5
Tunisie4,45,36,0
Sources: autorités nationales; estimations et projections des services du FMI.
Sources: autorités nationales; estimations et projections des services du FMI.

Diversité des enjeux

Dans la région, les différents groupes de pays sont confrontés à divers défis.

Pays exportateurs de pétrole. Les quatorze pays exportateurs de pétrole peuvent s’attendre à ce que la croissance du PIB reste légèrement au-dessus de 6 % en 2007, malgré les projections baissières des cours du pétrole. Pour eux, la première priorité sera la gestion saine des recettes pétrolières. Dans la plupart des pays, les dépenses d’investissement ont augmenté: les investissements axés sur la production pétrolière et les capacités de raffinage allégeront les contraintes de l’offre de produits raffinés, et les investissements effectués dans les secteurs pétroliers et non pétroliers stimuleront les importations, contribuant ainsi à la correction ordonnée des déséquilibres mondiaux.

Dans certains pays, des goulets d’étranglement de l’offre et des signes de surchauffe sont apparus. Pour ceux-là, les autorités devront prendre en compte la capacité d’absorption de leurs économies en évaluant la vitesse de réalisation des grands projets, afin de soutenir une croissance robuste dans un environnement macroéconomique stable.

Certains pays exportateurs de pétrole sont en outre confrontés au défi de diversifier leurs économies face aux baisses escomptées de la production pétrolière, d’où la nécessité de renforcer le rôle du secteur privé. Diverses réformes seront nécessaires pour faciliter ce processus: amélioration du climat des affaires, suppression des contrôles de prix, développement des secteurs financiers, ouverture accrue de secteurs clés aux capitaux privés et étrangers, et renforcement des cadres réglementaires.

Marchés émergents. Cinq des six pays de ce groupe — Égypte, Jordanie, Maroc, Pakistan et Tunisie — continueront sans doute à afficher une croissance vigoureuse en 2007, mais le Liban peut s’attendre à une croissance modérée à cause des tensions politiques résultant du conflit avec Israël l’été dernier. L’inflation ne devrait pas s’accroître, mais d’importants déficits budgétaires maintiennent la dette publique à un niveau élevé dans plusieurs pays. Pour tous ces pays, le rééquilibrage budgétaire sera essentiel pour assurer la stabilité macroéconomique, et les gouvernements devront adopter des réformes en vue d’élargir l’assiette fiscale, de réduire les exemptions, d’améliorer l’administration fiscale et de diminuer les subventions.

Pays à faible revenu. Dans ces pays, la croissance devrait rester solide, surtout en Afghanistan (relance de l’agriculture, des BTP et des services), en Arménie (dynamisme des BTP et des services et reprise des exportations), en Géorgie (croissance robuste des services et des industries de transformation) et au Soudan (production pétrolière accrue). En outre, une forte demande extérieure devrait permettre à l’Ouzbékistan d’enregistrer de bons résultats.

Flambée des réserves

Le renchérissement du pétrole a permis à la région d’accumuler des réserves et d’accroître sa résilience face à des chocs potentiels.

(billions de dollars)

Citation: 36, 9; 10.5089/9781451946451.023.A009

Source: estimations des services du FMI.

Les pays à faible revenu sont confrontés au défi de gérer l’impact macroéconomique des investissements étrangers à grande échelle. Ayant accompli des progrès dans la consolidation de la stabilité macroéconomique, l’allégement de la dette et l’amélioration des politiques en général, ils attirent des financements accrus qui leur permettront d’investir davantage dans les infrastructures et les ressources humaines, de réduire le chômage et d’accroître les perspectives d’une production plus élevée.

Toutefois, ces pays doivent également concilier ces avantages avec la nécessité d’assurer la viabilité de leur dette à moyen terme. Pour minimiser les risques, ils doivent bien gérer leur dette, continuer à adapter leurs dépenses aux capacités d’absorption de leurs économies et améliorer la gestion financière pour éviter le gaspillage.

Tous les pays de la région bénéficieraient également d’un élargissement et d’un approfondissement des marchés financiers régionaux. En particulier, il est nécessaire de renforcer la solidité du système bancaire, de surveiller les risques de marché, d’accroître la profondeur et la liquidité des marchés de capitaux pour réduire la volatilité des marchés des actifs financiers et utiliser efficacement l’épargne importante de la région.

Elisa Diehl Magazine Bulletin du FMI

Des exemplaires de l’édition de mai 2007 du Regional Economic Outlook: Middle East and Central Asia, sont disponibles au prix de 31 dollars auprès du Service des publications du FMI. Pour commander, voir instructions page 144. Le texte intégral peut également être consulté sur le site du FMI (www.imf.org).

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