Journal Issue
Share
Article

Études: Gros plan sur l’investissement, les réserves et l’inflation

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
May 2007
Share
  • ShareShare
Show Summary Details

De nouvelles études sur des thèmes aussi variés que les perspectives de croissance soutenue en Afrique et le rôle des entrées de capitaux en Europe attestent de l’ampleur et de la diversité des recherches des économistes du FMI. Nous présentons ci-après les points saillants de cinq récents documents de travail publiés sur le site du FMI (www.imf.org).

Perspectives de croissance durable en Afrique

«The Prospects for Sustained Growth in Africa: Benchmarking the Constraints», par Simon Johnson, Jonathan D. Ostry et Arvind Subramanian, document de travail du FMI no 07/52.

L’Afrique connaît sa croissance la plus forte depuis des années. Mais pour ceux qui font des prévisions à partir de facteurs de développement «profonds» (géographie, histoire et institutions), l’avenir semble encore assez sombre. L’étude tente de comparer les pays africains d’aujourd’hui à des pays qui présentaient jadis des faiblesses similaires (en matière de développement institutionnel) et qui ont pourtant échappé à la pauvreté.

Selon les auteurs, les données suggèrent que ces indicateurs profonds, surtout pour un groupe de pays «prometteurs», sont à peine pires en Afrique aujourd’hui que dans maints pays de l’Asie de l’Est vers 1960 ou au Vietnam et en Chine vers 1980. Les faiblesses institutionnelles sont chroniques en Afrique — en plus des conflits internes et des fractures sociales —, mais l’expérience de l’Asie de l’Est prouve que certaines de ces difficultés sont surmontables. Pour les pays qui veulent briser l’étau de pauvreté, la bonne nouvelle réside dans la possibilité de sortir de ce carcan institutionnel, puisque d’autres l’ont fait.

Pour soutenir la croissance, il importe sans doute de renforcer et de dynamiser les exportations de produits manufacturés, à condition de réduire les coûts directs de la réglementation pour les exportateurs et d’éviter la surévaluation du taux de change réel. À cet égard, les auteurs estiment que l’Afrique court plus de risques que les pays émergents d’Asie: la croissance tirée par les produits de base et les flux d’aide importants qui expliquent en partie les perspectives favorables pour l’Afrique peuvent freiner l’essor institutionnel sans parer à la surévaluation du taux de change. L’Afrique subsaharienne peut certes s’affranchir de la pauvreté, mais moins aisément que l’Asie de l’Est.

La croissance au Brésil dépasse les prévisions

« The Myth of Post-Reform Income Stagnation in Brazil », par Irineu de Carvalho Filho et Marcos Chamon, document de travail du FMI no 06/275.

Le Brésil, principale économie sud-américaine, connaît une croissance médiocre depuis une trentaine d’années. Les réformes engagées vers le milieu des années 90 ont légèrement stimulé son expansion, qui reste néanmoins inférieure à celle des années 60 et 70. L’incapacité du pays à relancer l’activité malgré de vastes efforts de privatisation et de libéralisation des échanges laisse les économistes perplexes, ces réformes ayant relativement ouvert l’une des économies les plus fermées au monde, accru la productivité industrielle et jugulé l’inflation.

Selon les auteurs, ce résultat décevant peut se passer d’explication, car la progression du revenu des ménages dépasse nettement les chiffres officiels. En effet, l’indice des prix à la consommation (IPC), qui sert à déflater le taux de croissance nominale, surestime fortement le taux d’inflation. L’IPC n’a pas dûment pris en compte l’amélioration des produits et de la qualité attribuables à la libéralisation des échanges. Pour les ménages citadins visés par l’IPC, l’écart entre l’estimation du coût réel de la vie et le chiffre officiel était de 3 % par an, entre 1987–88 et 2002–03.

Le Brésil vient de revoir à la hausse, de 11 % environ, son taux de croissance réel. Compte tenu de la part du revenu des ménages dans le PIB, les auteurs de l’étude estiment qu’un tiers environ de la sous-évaluation de 35 % se trouve ainsi corrigée.

Les banques centrales gagnent en indépendance

Nombre d’études démontrent que l’indépendance opérationnelle des banques centrales présente des avantages considérables. Par exemple, elle permet de contenir l’inflation ou de mieux stabiliser les systèmes financiers. Selon les auteurs, les banques centrales gagnent en autonomie politique et économique, ce qui leur permet de minimiser l’inflation dans le monde entier. Cette autonomie est maximale dans les économies avancées, mais les banques centrales des pays émergents et en développement étaient en moyenne plus indépendantes fin 2003 que leurs homologues des pays avancés ne l’étaient à la fin des années 80.

Les auteurs présentent des indices d’autonomie pour 163 banques centrales représentant 181 pays fin 2003. Ils calculent aussi des indices comparables pour 68 banques, à la fin des années 80.

Ils constatent que la plupart des banques centrales font de la stabilité des prix un objectif de la politique monétaire, ont la latitude de fixer le taux directeur, et ne sont pas tenues de prêter à l’État. En matière de contrôle bancaire, le tableau est contrasté. Dans bien des économies émergentes et en développement, les banques centrales conservent leur rôle de supervision, ce qui est rarement le cas dans les économies avancées. Par ailleurs, l’autonomie de la banque centrale tend à s’accroître dans le cadre d’une union monétaire.

«Central Bank Autonomy: Lessons from Global Trends», par Marco Arnone, Bernard J. Laurens, Jean-François Segalotto et Martin Sommer, document de travail du FMI no 07/88.

Flux de capitaux vers l’aval en Europe

«International Finance and Income Convergence: Europe Is Different», par Abdul Abiad, Daniel Leigh et Ashoka Mody, document de travail du FMI no 07/64.

Les crises qui ont secoué les marchés émergents ont sensibilisé les économistes et les responsables de la politique économique sur les dangers associés aux flux massifs de capitaux. La méfiance est en hausse depuis peu, les chercheurs (y compris les économistes du FMI) ayant du mal à démontrer que ces apports peuvent stimuler la croissance à long terme dans les pays en développement. Mais, dans cette étude, Abdul Abiad, Daniel Leigh et Ashoka Mody (économistes du FMI) montrent que, en Europe orientale et centrale, les flux de capitaux issus de l’intégration financière ont contribué à accélérer la convergence entre les revenus des nouveaux membres de l’UE et ceux de leurs riches voisins occidentaux.

La théorie économique classique veut que le capital aille des pays nantis aux pays pauvres. Or, ces dernières années, il passe plutôt des nations démunies à croissance rapide vers certaines nations riches, comme en témoignent l’énorme excédent courant de la Chine et le gros déficit courant des États-Unis. Pour certains économistes, il s’agit d’une nouvelle donne: des pays en développement rapide affichent des excédents parce qu’ils produisent plus d’épargne qu’ils ne peuvent en absorber, leurs systèmes financiers étant sous-développés. Normal, affirmet-on, car les entrées de capitaux ne semblent générer aucun dividende en termes de croissance.

«Il faut reconnaître que les processus de croissance dans le monde prennent des formes très variées», déclarent les auteurs. À partir d’un échantillon mondial d’économies, ils constatent que les capitaux se dirigent bien vers l’aval, c’estàdire des riches vers les pauvres; une tendance évidente en Europe, ou l’intégration financière est beaucoup plus poussée. De plus, ces flux de capitaux ont nourri une impressionnante convergence des revenus. Pour ce qui est du rôle des flux de capitaux internationaux dans le développement économique, «l’Europe est différente» concluent-ils.

La question, que les auteurs laissent entière pour l’instant, est la suivante: le modèle européen annonce-t-il un rôle nouveau et plus positif que doivent jouer les capitaux internationaux, en l’occurence, aider les économies en développement, qui sont de plus en plus intégrées, à rattraper les nations riches?

Trouver le juste niveau de réserves

«The Optimal Level of International Reserves for Emerging Market Countries: Formulas and Applications», par Olivier Jeanne et Romain Rancière, document de travail du FMI no 06/229.

Depuis la crise asiatique de 1997–98, où les sautes d’humeur des investisseurs ont provoqué le retrait massif de capitaux dans plusieurs pays, de la Thaïlande à l’Indonésie, les économies émergentes d’Asie et d’ailleurs ont rapidement accumulé des devises à un niveau record atteignant des billions de dollars.

Ces réserves peuvent certes rassurer les pays dans un contexte libéral, mais il en coûte de conserver en chambre forte tous ces bons du Trésor américain, obligations et effets commerciaux. Les réserves rapportent moins que les engagements extérieurs à long terme de l’État. L’argent sous clé n’est pas investi dans des activités productives susceptibles de doper la croissance.

Dans cette étude, Olivier Jeanne et Romain Rancière (économistes du FMI) proposent un modèle pour calculer le niveau optimal de réserves dans une économie de marché émergente. Ainsi, un ratio réserves/PIB de 10 % est jugé quasi-optimal. Soit dit en passant, ce chiffre est proche de celui relevé dans 34 pays à revenu intermédiaire entre 1980 et 2003. Dans bien des cas, il correspond également à la «règle Greenspan–Guidotti» applicable aux réserves internationales. D’après cette règle — du nom de Alan Greenspan, ancien Président du Conseil de la Réserve fédérale américaine et de Pablo Guidotti, ancien Vice-Ministre des finances de l’Argentine —, les pays doivent cibler un niveau de réserves qui couvre entièrement la dette extérieure à court terme. La règle d’or plus classique suivie par les décideurs est de viser un niveau de réserves équivalant à trois mois d’importations.

Les documents de travail du FMI sont disponibles au prix de 18 dollars auprès du Service des publications. Les textes intégraux peuvent également être consultés sur le site du FMI (www.imf.org).

Other Resources Citing This Publication