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Gros plan: Iraq: des mesures pour stabiliser et réformer l’économie

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
May 2007
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En décembre 2005, le Conseil d’administration du FMI a approuvé un accord de confirmation à titre de précaution d’une durée de 15 mois en faveur de l’Iraq. Le gouvernement iraquien a alors lancé un vaste programme de réformes économiques ayant pour but de remettre sur pied le secteur pétrolier, qui représente deux tiers du PIB du pays; de réduire progressivement un système de subventions omniprésent et inefficace tout en dégageant les ressources nécessaires à l’amélioration des services publics (infrastructures, éducation, santé, sécurité); et de stabiliser globalement le dinar iraquien par rapport au dollar EU, afin d’ancrer la stabilité macroéconomique. Quinze mois plus tard, en mars 2007, le FMI a fait le point sur le programme de réformes iraquien. Nous examinons ici l’évolution économique du pays.

La détérioration inattendue de la sécurité (surtout au second semestre 2006) a considérablement accru les souffrances de la population et le nombre de personnes déplacées. Les autorités ont peiné à préserver la stabilité macroéconomique et à créer les conditions nécessaires à une croissance durable à moyen terme.

En 2006, elles ont adopté une loi de finances visant à maîtriser la croissance des dépenses courantes et à réduire les subventions sur les combustibles, de manière à concentrer les ressources sur la reconstruction, surtout dans le secteur pétrolier. Dans une large mesure, malgré l’extrême gravité de la situation, elles ont atteint plusieurs de leurs objectifs. Toutefois, en raison du climat de violence, du manque de capacités d’exécution et de la difficulté à acheter des biens d’investissement pétroliers sur un marché mondial serré, le taux d’exécution des investissements n’a atteint que 40 % environ. L’État a enregistré un excédent budgétaire global d’environ 11 % du PIB, mais aux dépens d’investissements indispensables, notamment dans le secteur pétrolier.

Le manque d’investissements a empêché la hausse de la production pétrolière, qui est restée inchangée (aux alentours de 2 millions de barils par jour) par rapport à l’année précédente. La croissance du PIB réel, initialement prévue à plus de 10 %, n’a atteint que 3 % en fin d’année.

Un ambitieux programme de réformes

Par ailleurs, les autorités ont lancé un ambitieux programme de réformes structurelles pour accélérer la transition de leur pays vers une économie de marché. Dans le domaine budgétaire, elles ont établi un système moderne d’information de gestion financière; le parlement étudie des amendements visant à assurer la viabilité de la loi sur les retraites. D’autres mesures — dont le recensement des fonctionnaires et l’adoption d’un nouveau système de classification budgétaire conforme aux orientations du FMI — ont été reportées faute de sécurité et de capacités.

Dans le secteur financier, les autorités ont mis en place, avec l’aide du FMI, un système de paiement moderne et ont entrepris de remanier les systèmes de comptabilité, d’information et d’audit de la banque centrale. Simultanément, elles s’emploient à restructurer les banques publiques et à mettre en œuvre un nouveau système de contrôle bancaire.

La réforme du secteur pétrolier prévoyait: la promulgation d’une loi libéralisant les importations de combustibles; l’approbation par le conseil des ministres d’un projet de loi essentiel sur les hydrocarbures; et, à compter de cette année, l’élimination totale des subventions budgétaires directes sur les combustibles, hormis le kérosène.

Une évolution regrettable

Toutefois, la poussée inattendue de l’inflation — de 32 % à la fin de 2005 à 65 % à la fin de 2006 — a suscité de sérieuses inquiétudes (voir graphique 1). Elle résultait surtout de la pénurie de denrées essentielles (combustibles notamment), largement attribuable à l’insécurité qui prévaut en Iraq. Selon un récent sondage, 62 % des Iraquiens déplorent la carence d’articles ménagers de base, contre 38 % en 2005. Pour autant, l’inflation sous-jacente (à l’exclusion des combustibles et des transports) est restée obstinément élevée, aux environs de 30 %. La Banque centrale d’Iraq (BCI) ayant rigoureusement maîtrisé la circulation des dinars iraquiens dans un contexte d’excédent budgétaire, l’inflation élevée semble avoir été nourrie par la dollarisation généralisée, en espèces, de l’économie.

Graphique 1Une flambée inattendue des prix

En Iraq, l’insécurité a causé une pénurie de denrées essentielles, suscitant une poussée inflationniste entre fin 2005 et fin 2006.

(pourcentage)

Citation: 36, 8; 10.5089/9781451946437.023.A005

*Hors combustibles et transports.

Source: Banque centrale d’Iraq.

À la mi-novembre 2006, les autorités ont pris de solides mesures économiques pour contenir les pressions inflationnistes. Un des objectifs de la loi de finances 2007 était d’empêcher les dépenses courantes d’aggraver les pressions inflationnistes exercées sur le modeste secteur non pétrolier. La Banque centrale d’Iraq a fortement relevé ses taux directeurs et a laissé le dinar s’apprécier par rapport au dollar, mesure rendue possible par le niveau relativement élevé des réserves de change — près de six mois d’importations. Ces mesures visaient à dédollariser l’économie pour raffermir l’emprise de la Banque centrale d’Iraq sur la situation monétaire et contenir l’inflation importée. Cette politique semble avoir stimulé, dans une certaine mesure, la demande de monnaie nationale. Par ailleurs, en février 2007, l’inflation globale est tombée à 37 % et l’inflation sous-jacente à 24 %. Des taux similaires ont été enregistrés en mars, mais il est trop tôt pour affirmer que l’inflation a été jugulée.

Ajustement des prix des combustibles

En décembre 2005, les autorités ont entrepris de relever progressivement les prix des combustibles malgré une vive résistance politique initiale. Avant ces ajustements, les prix des combustibles étaient extrêmement bas, même à l’aune de la région: le litre d’essence ordinaire coûtait 3 cents à Bagdad et moitié moins hors de la capitale. Mais l’aggravation de la pénurie de combustibles et la hausse de l’inflation en 2006 ont rendu prioritaire l’élimination des obstacles à l’approvisionnement.

Les autorités ont donc relevé les prix des combustibles pour décourager la contrebande, et elles ont autorisé le secteur privé à en importer. En mars 2007, les prix de l’essence ordinaire et du super étaient proches des moyennes observées dans les autres pays exportateurs de pétrole du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, tandis que le prix du diesel était supérieur à la moyenne régionale (voir graphique 2).

Graphique 2Hausse des prix des combustibles

Jusqu’à une période récente, les prix des combustibles en Iraq étaient très inférieurs à ceux pratiqués dans les autres pays exportateurs de pétrole de la région.

(en pourcentage des prix moyens des combustibles dans les autres pays exportateurs de pétrole du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord)

Citation: 36, 8; 10.5089/9781451946437.023.A005

Note: On suppose que les prix n’ont pas augmenté dans les pays de référence en 2007; la ligne pointillée indique la moyenne régionale.

Sources: Banque centrale d’Iraq; calculs des services du FMI.

La hausse des prix des combustibles a eu un effet important: la baisse des subventions budgétaires, qui a permis de réorienter les ressources vers les services publics prioritaires. Malgré leur hausse, les prix officiels des combustibles restent inférieurs à ceux du marché noir que la plupart des Iraquiens doivent payer. De manière générale, la population semble accepter le relèvement des prix, son principal souci étant d’avoir un approvisionnement régulier en combustibles.

Le renchérissement des combustibles devrait inciter le secteur privé à s’intéresser davantage à l’importation de combustibles, activité qu’une loi adoptée en octobre dernier l’autorise désormais à exercer. On espère qu’un meilleur approvisionnement en combustibles en 2007 contribuera à abaisser les prix du marché noir et, par conséquent, à atténuer les pressions inflationnistes.

Perspectives

L’Iraq entre dans une période cruciale pour la stabilisation et la relance de son économie. Au cours des quinze derniers mois, il a accompli des progrès encourageants dans le renforcement de la politique économique et la mise en œuvre de réformes structurelles. Mais il reste beaucoup à faire. À l’avenir, le cadre de politique économique appuyé par l’accord de confirmation contribuera aussi au Contrat international d’objectifs pour l’Iraq. On espère que ce nouveau partenariat avec la communauté internationale permettra d’améliorer la sécurité et la situation politique, ce qui est essentiel au développement économique de l’Iraq.

Erik de Vrijer, Edward Gemayel et Udo Kock FMI, Département Moyen-Orient et Asie centrale

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