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Le Royaume-Uni récolte les fruits de la mondialisation

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
April 2007
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La performance macroéconomique du Royaume-Uni durant la dernière décennie a été enviable. Non seulement le pays a enregistré le plus fort taux de croissance de PIB par habitant parmi le Groupe des Sept pays les plus industrialisés (graphique 1), mais il l’a fait avec la moindre volatilité, tout en maintenant des taux de chômage et d’inflation faibles et stables.

Graphique 1Plus performant que le G-7

Depuis une décennie, la croissance du revenu national par habitant au Royaume-Uni est la plus élevée parmi les grands pays industrialisés.

Citation: 36, 7; 10.5089/9781451946413.023.A010

(variation du taux de croissance annuelle, moyenne pour 1996–2006, échelle inversée, en pourcentage)

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

À maints égards, l’expérience récente du Royaume-Uni illustre la nécessité de prendre des mesures idoines pour profiter d’une conjoncture favorable. En effet, l’économie du pays a réussi à récolter les fruits de deux décennies de réformes du marché du travail et des biens pour tirer parti de la mondialisation (tableau). Grâce à une politique monétaire et budgétaire saine, le pays a également pu résister avec souplesse aux différents chocs. Mais, la mondialisation étant un processus continu, il est difficile de prévoir ses tendances futures, ce qui présente des défis évidents pour le pays, où les chocs mondiaux peuvent avoir un impact immédiat et considérable du fait de l’ouverture et de l’intégration à l’économie mondiale. Dans ce contexte, les politiques macroéconomiques et financières devraient contribuer à protéger l’économie contre des chocs futurs.

Les conditions sont réunies pour pérenniser la croissance vigoureuse et la stabilité. Après un léger ralentissement en 2005, la croissance s’est accélérée l’année dernière grâce essentiellement à la demande intérieure. La consommation a repris, donnée par la vigueur de l’emploi et la hausse des salaires, parallèlement à l’essor du patrimoine immobilier, alors que l’investissement a bénéficié des taux de rentabilité élevés. La capacité inutilisée a diminué en conséquence. Dans le même temps, la hausse des prix de l’énergie a accru l’inflation, entraînant un relèvement des prévisions d’inflation, qui atteignent un niveau record depuis des années. Face à cette situation, la Banque d’Angleterre a resserré sa politique monétaire dès la mi-2006, portant le taux d’intérêt directeur à 5¼ %, niveau largement neutre, au début de 2007. En l’absence de chocs majeurs, les perspectives pour 2007–08 sont bonnes: la croissance devrait retomber à un niveau plus proche du potentiel sous l’effet de l’austérité monétaire, et le taux d’inflation devrait revenir au taux cible d’ici la fin de 2007, à mesure que diminuera l’impact du renchérissement du pétrole. Si la hausse des cours du pétrole l’an dernier a pour effet secondaire la revalorisation des salaires, d’autres hausses du taux directeur pourraient être nécessaires. Bien qu’un accroissement du déficit courant soit prévu en 2007, il devrait se stabiliser par la suite.

Se positionner pour affronter les risques

Malgré ces conditions favorables, il y a des risques. Certains laissent entrevoir la possibilité d’une amélioration, l’immigration pouvant porter la capacité de production au-delà du niveau escompté. Par contre, les risques exogènes prévalent, surtout à la lumière des turbulences récentes sur les marchés financiers mondiaux. Un renversement de tendance des primes de risque anormalement faibles, une hausse des taux d’intérêts mondiaux, ou un brusque réalignement des principales devises augmenteraient les risques de crédit et de marché dans le système financier du Royaume-Uni. Sur le plan intérieur, la surévaluation probable des prix de l’immobilier accroît le risque d’un brusque ajustement à la baisse. Les répercussions seraient plus graves si les risques intérieurs et extérieurs devaient se matérialiser en même temps. Il est essentiel que les politiques macroéconomiques puissent réagir à ce type d’évolution pour préserver les bons résultats.

La politique monétaire serait en première ligne en cas de choc affectant la demande globale. La Banque d’Angleterre doit être prête à réduire le taux directeur si les perspectives s’assombrissent à cause d’un ralentissement marqué de la croissance mondiale ou d’un brusque ajustement des prix immobiliers. De manière générale, la mondialisation continuera à compliquer la conduite de la politique monétaire au cours des prochaines années. Premièrement, l’immigration accrue, y compris en provenance des nouveaux membres de l’Union européenne, rend plus difficile l’évaluation de l’atonie du marché du travail. L’incertitude concernant l’immigration future complique davantage cette tâche. Deuxièmement, l’impact déflationniste de la forte productivité asiatique diminuera probablement, en raison de l’affaiblissement de la forte expansion sous-jacente ou d’une anticipation de gains de richesse liés à la baisse des prix. Il en est de même pour l’effet déflationniste des gains d’efficacité dans le secteur de la distribution. Troisièmement, certains aspects de la mondialisation (notamment, une plus grande mobilité transfrontalière de la main-d’œuvre qui atténue le lien entre la détermination des salaires et les conditions locales du marché du travail) ainsi qu’une politique monétaire plus crédible semblent avoir diminué le lien entre le marasme économique intérieur et l’inflation. Les conséquences de cette situation sur la politique monétaire ne sont pas évidentes. Si la Banque d’Angleterre a moins à se soucier des fluctuations économiques à court terme, elle doit néanmoins tenir compte des écarts persistants des taux d’inflation par rapport aux objectifs, ce qui nécessiterait de maintenir une position forte sur une plus longue période.

Se prémunir contre d’éventuels chocs

Étant donné les risques de détérioration, la politique budgétaire devrait également garantir la stabilité macroéconomique, surtout en constituant des réserves permettant aux décideurs d’amortir d’éventuels chocs. Après des années d’expansionnisme, la politique budgétaire est désormais sur la voie du rééquilibrage; l’on prévoit une baisse du déficit à près de 1½ % du PIB d’ici 2011/12. Mais cet ajustement s’avèrera difficile, le gouvernement prévoyant de recourir surtout à la maîtrise des dépenses courantes. À cet égard, l’imminente révision globale des dépenses sera d’une importance cruciale. Au-delà de l’horizon quinquennal, il faudra maintenir le déficit à près de 1½ % du PIB afin de ramener progressivement la dette à moins de 40 % du PIB pour permettre au gouvernement de maintenir définitivement ce plafond (graphique 2). Durant ces ajustements, le cadre budgétaire sous-tendu par les deux règles budgétaires — la règle d’or, qui requiert l’équilibre budgétaire tout au long du cycle, et un plafond de dettes — guidera le processus et servira de frein en cas de nécessité. En vue d’accroître la transparence des prévisions budgétaires du gouvernement, le Bureau national d’audit pourrait être investi de responsabilités accrues pour vérifier une plus vaste gamme d’hypothèses budgétaires.

Graphique 2Sous le plafond

Le déficit budgétaire doit être réduit pour maintenir la dette publique en deçà de 40 % du PIB.

Citation: 36, 7; 10.5089/9781451946413.023.A010

(dette publique nette, en pourcentage du PIB)

Source: Trésor du Royaume-Uni.

Des résultats enviables

L’économie du Royaume-Uni repose sur une politique monétaire et budgétaire solide.

200420052006Proj.

2007
Proj.

2008
PIB réel (variation en %)3,31,92,72,92,7
Taux de chômage (% de la main-d’œuvre)4,84,85,45,35,1
Solde de l’administration centrale (exercice, % du PIB)–3,2–2,8–2,5–2,1–1,8
IPC (variation en %)1,32,12,32,32,0
Solde courant (% du PIB)–1,6–2,4–2,9–3,1–3,2
Sources: Office for National Statistics du Royaume-Uni; projections des servces du FMI.
Sources: Office for National Statistics du Royaume-Uni; projections des servces du FMI.

Le secteur financier jouera également un rôle crucial dans le maintien de la stabilité, notamment en raison de la nature des risques dominants et de la place du Royaume-Uni dans le système financier mondial. Bien que le système bancaire de ce pays soit l’un des plus solides du monde, il pourrait connaître des difficultés si certains risques mondiaux devaient se matérialiser. Le surendettement croissant, notamment des sociétés immobilières et des parties impliquées dans des opérations de rachat par l’emprunt, est une source de vulnérabilité, et la tendance à l’endettement accru des ménages en est une autre. Tout en favorisant le transfert des risques, les liens entre les systèmes financiers du Royaume-Uni et du reste du monde sont tels que des chocs négatifs pourraient se produire et se propager rapidement. Ces préoccupations sont au cœur des efforts consentis par les autorités pour renforcer la résilience du système financier. Des projets visant à améliorer les tests de résistance ainsi que la prévention et la gestion des crises internationales sont particulièrement indiqués.

En conclusion, pour soutenir la réussite économique du Royaume-Uni, les politiques macroéconomiques et financières doivent rester sensibles à l’évolution de l’environnement mondial. La politique monétaire devra maintenir un difficile équilibre face à des risques concurrents, y compris ceux issus de la mondialisation. La politique budgétaire doit être axée sur des mesures visant à amortir des chocs éventuels. Enfin, les politiques du secteur financier doivent porter une attention particulière aux vulnérabilités.

Anthony Annett et James Morsink FMI, Département Europe

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