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Gros plan: L’économie indienne menacée de surchauffe

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
April 2007
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L’économie indienne continue d’enregistrer des résultats impressionnants. Sa croissance est plus rapide et, à condition de lancer les bonnes réformes, l’Inde peut réellement tirer parti d’une démographie favorable pour poursuivre sur sa lancée, ce qui se traduira par une élévation du niveau de vie et un recul de la pauvreté. Dans l’immédiat, toutefois, le pays doit veiller à éviter la surchauffe, dans un contexte d’accélération de l’inflation, de surexpansion du crédit et d’envolée des prix des actifs.

Avec un PIB qui s’est accru en moyenne de 8,5 % pendant quatre ans d’affilée, l’Inde est l’un des pays qui connaît la croissance la plus rapide. Elle était déjà connue pour les solides résultats de son secteur des services, mais son industrie manufacturière progresse également. Par rapport à la majorité des pays est-asiatiques, qui s’évertuent à diminuer leur dépendance vis-à-vis des exportations, l’Inde bénéficie d’une forte demande intérieure. En outre, sa croissance diversifiée lui permet d’atténuer les effets néfastes de la volatilité des cours pétroliers mondiaux et du ralentissement de l’économie américaine.

La croissance indienne semble amorcer un décollage qu’avaient initialement favorisé les réformes structurelles du milieu des années 90 (graphique). Progressivement, ce décollage se traduira par une hausse significative du niveau de vie: d’après les estimations de croissance tendancielle établies par le FMI, le revenu réel par habitant doublera tous les treize ans. L’Inde peut même faire encore mieux en s’appuyant sur la croissance rapide de sa population d’âge actif, qui devrait augmenter de 140 millions durant la prochaine décennie. Pour s’assurer une croissance durable, elle devra néanmoins trouver le juste équilibre, en dosant judicieusement ses politiques macroéconomiques, en poursuivant les réformes et en créant des emplois. Dans cette optique, il lui faut impérativement combiner quatre grandes mesures:

  • gérer la stabilité des prix et la stabilité financière en limitant le risque d’emballement de la demande à court terme et en continuant de renforcer la réglementation financière;

  • garantir la viabilité des finances publiques mais financer le développement en réduisant la dette et conserver une marge budgétaire pour couvrir les dépenses sociales et les dépenses d’infrastructure;

  • diversifier le marché des capitaux pour développer les circuits de l’épargne, de l’investissement et de la gestion des risques;

  • promouvoir une croissance à plus forte intensité de main-d’œuvre et un meilleur partage des fruits de cette croissance en procédant à des réformes structurelles pour créer un cadre dans lequel la croissance bénéficiera davantage aux plus défavorisés.

Décollage

La croissance du PIB se maintient autour de 8 % depuis 2002 et l’avenir est prometteur.

Croissance en production (log, indice à la période t)

Citation: 36, 6; 10.5089/9781451946376.023.A012

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale, avril 2007; estimations des services du FMI.

NEI = nouvelles économies industrielles; ASEAN-4 = Indonésie, Malaisie, Singapour et Thaïlande.

L’Inde en bref

Capitale: New Delhi

Superficie: 2.973.190 km2

Population: 1,11 milliard (2005/06)

Espérance de vie: 64,71 ans

PIB par habitant: 716 dollars (2005/06)

Principales exportations: logiciels et services informatiques, textiles, joaillerie, agriculture, construction mécanique et produits chimiques

Relâcher la pression sur l’accélérateur monétaire

Le risque de surchauffe augmente. L’inflation progresse, avec une hausse récente de plus de 6 % de l’indice annuel des prix de gros, contre environ 4 % il y a un an (tableau). Les taux d’intérêt réels sont bas, tandis que le taux de l’argent, le crédit et les prix des actifs s’envolent. Autant de signes annonciateurs d’une surchauffe.

Consciente du danger, la Reserve Bank of India a resserré sa politique monétaire la semaine dernière en relevant son principal taux prêteur de 175 points de base au lieu de 150 et son coefficient de trésorerie de 150 points au lieu de 100. Pour accroître la solidité du système bancaire, la banque centrale indienne a durci la réglementation prudentielle et indiqué aux banques comment réaliser des simulations de crise. En poursuivant dans cette voie, elle peut limiter les risques de dérapage de l’inflation et s’assurer que les banques sauront procéder à un dépistage précoce de toute baisse de la qualité des actifs.

Réduire la dette pour financer le développement

Les comptes budgétaires de l’Inde n’ont jamais été aussi sains depuis dix ans. Le déficit des administrations publiques devrait revenir à environ 6 % du PIB pour l’exercice 2006–07 (clos en mars), contre un peu plus de 10 % en 2001–02. La vigueur de la croissance économique a joué un rôle non négligeable, notamment en dopant les recettes fiscales. Mais une partie du mérite revient aussi au cadre de réforme budgétaire indien, qui repose sur deux piliers. Le premier, la Loi sur la responsabilité et la gestion budgétaires, fixe des objectifs en matière de déficit de l’administration centrale; l’autre, à savoir la Douzième Commission des finances, propose des allégements de dette et autres mesures incitatives aux États de la fédération s’ils adoptent des lois de responsabilité budgétaire, ce que la plupart ont fait.

Pour autant, la remise en ordre des comptes budgétaires indiens n’est pas terminée. La dette publique représente encore 80 % du PIB et il faut trouver une marge de manœuvre budgétaire pour financer les dépenses sociales prioritaires. Réduire le déficit permettrait également aux autorités d’accélérer la libéralisation des opérations en capital. Pour y parvenir, quantité d’options sont envisageables: supprimer certaines exonérations; créer une taxe fédérale sur les biens et les services; éliminer les subventions non essentielles et revoir le ciblage des subventions sur les produits alimentaires, le pétrole et les engrais; et abaisser les plafonds d’emprunt fixés aux États. À court terme, la rigueur budgétaire peut aussi contribuer à limiter le risque d’emballement en accompagnant l’orientation plus stricte de la politique monétaire.

Densifier les circuits financiers

En Inde, comme dans de nombreux pays asiatiques, des marchés de capitaux plus développés faciliteraient la croissance en augmentant l’efficacité de l’intermédiation financière et en offrant aux opérateurs du marché un plus grand choix d’outils de gestion des risques. Des circuits financiers plus étoffés et plus denses permettraient également à l’État indien d’atteindre deux objectifs clés, à savoir le financement de ses besoins considérables en infrastructures et la libéralisation des opérations en capital.

La priorité est de créer le cadre indispensable à l’émergence de marchés très actifs. Les instruments du marché monétaire et les obligations d’État constituent des titres de référence qu’il faut rendre plus liquides, par exemple en concentrant les émissions de référence et en augmentant les possibilités de vente à découvert et de participation des investisseurs étrangers. Le développement du marché des obligations d’entreprises, aujourd’hui embryonnaire, pourrait passer par une rationalisation des émissions et par l’ouverture à un plus large éventail de souscripteurs (via une réforme du système de retraite, par exemple).

Promouvoir la croissance de l’emploi et renforcer l’infrastructure

Les résultats en termes de création d’emplois ont été décevants. Dans le secteur formel, le niveau de l’emploi n’a pratiquement pas varié depuis le début des années 90. Près de 60 % de la population active travaille encore dans l’agriculture, ce qui explique en grande partie que plus de 800 millions d’Indiens vivent avec moins de 2 dollars par jour. Conscient des défis à relever, le gouvernement se concentre sur la suppression des goulets d’étranglement qui freinent la croissance (insuffisance des infrastructures, etc.). Il se tourne, par exemple, vers des partenariats public–privé pour essayer de satisfaire les immenses besoins en infrastructure, qui sont chiffrés à plus de 300 milliards de dollars à moyen terme. L’India Infrastructure Finance Company (IIFC) a été spécialement créée pour offrir des facilités de (re-)financement à des projets de longue haleine concernant des infrastructures commerciales.

En prenant des mesures de ce type et en lançant des réformes complémentaires dans des secteurs comme l’éducation, l’Inde espère révéler son potentiel inexploité et profiter de sa courbe démographique pour atteindre et maintenir un rythme de croissance soutenu et relever le niveau de vie de chaque citoyen.

Charles Kramer

FMI, Département Asie et Pacifique

Risques d’inflation

Bien que la dette publique ait diminué, l’inflation repart.

2004/05Prov.

2005/06
Est.

2006/07
(variation en pourcentage)
PIB réel7,59,08,9
Prix de gros6,54,46,41
(en pourcentage du PIB)
Dette des administrations publiques85,781,979,3
Solde courant (milliards de dollars)–2,5–9,1–22,7
Dette extérieure17,715,718,1
(millions de dollars)
Réserves brutes141,5151,6198,6
Sources: autorités indiennes; estimations et projections des services du FMI.

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