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La quête d’un meilleur équilibre mondial

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
April 2007
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Selon certains analystes, les déséquilibres mondiaux considérables qu’on observe actuellement, à savoir le déficit commercial des États-Unis et les excédents de certains pays avancés, émergents et exportateurs de pétrole, peuvent se maintenir pendant assez longtemps, car ils reflètent les changements séculaires de l’économie mondiale, tels que l’intégration aux marchés internationaux de pays disposant d’une main-d’œuvre abondante et sous-utilisée, et le vieillissement relativement moins rapide de la population américaine. Dès lors, la réduction des déséquilibres suppose un rééquilibrage de l’épargne et de l’investissement entre les États-Unis et les pays excédentaires, l’ajustement des taux de change ne jouant qu’un rôle mineur.

Or, faisant valoir que l’intégration mondiale des marchés de biens et de services est imparfaite et que la réorientation des ressources vers les secteurs des biens échangeables se heurte à des rigidités, d’autres experts estiment que la réduction des déséquilibres demandera certes un rééquilibrage international de la demande, mais aussi un ajustement considérable des taux de change réels pour éviter une récession prolongée aux États-Unis.

Les leçons de l’histoire

Le chapitre 3 de l’édition d’avril 2007 des Perspectives de l’économie mondiale examine l’expérience d’un large éventail de pays depuis 40 ans pour recenser les épisodes de déséquilibres extérieurs élevés. Les auteurs considèrent ensuite la durée de ces épisodes ainsi que le rôle joué par l’évolution des taux de change réels et des écarts de croissance dans la résorption des déséquilibres.

La dépréciation est utile

Pendant la correction des déficits, la croissance du PIB a moins ralenti dans les pays avancés dont la monnaie s’est fortement dépréciée.

Citation: 36, 6; 10.5089/9781451946376.023.A007

Sources: calculs des services du FMI.

1Variation maximale du taux de change effectif réel au cours de la période entourant la correction (–T…T). Une diminution représente une dépréciation réelle de la monnaie d’un pays par rapport à ses partenaires commerciaux.

2Croissance moyenne du PIB réel après la correction (1…T) moins croissance moyenne du PIB réel après la correction (–T…–1).

Il ressort de cette analyse que l’évolution de taux de change réels a facilité le rééquilibrage en douceur de la demande dont s’est accompagnée la réduction des déséquilibres. Dans les pays avancés qui ont connu une correction prononcée et soutenue de leur déficit extérieur, le taux de croissance a moins diminué lorsque la monnaie s’est fortement dépréciée (graphique). Les politiques intérieures ont beaucoup joué. En particulier, la hausse des taux d’épargne et un assainissement vigoureux des finances publiques dans les pays déficitaires ont aidé à soutenir l’investissement et la croissance. Dans les pays avancés et dans les pays émergents, une correction prononcée et soutenue de l’excédent extérieur a tendance à être associée à une appréciation réelle de la monnaie. De plus, là où les excédents ont baissé, on constate en général une reprise de la demande intérieure et une orientation plus expansionniste des politiques monétaire et budgétaire.

Question: Comment réduire les importants déséquilibres extérieurs, considérés comme posant des risques?

Constat: L’expérience de nombreux pays porte à penser qu’un réajustement des taux de change réels induit par le marché, conjugué à un rééquilibrage de la demande entre pays, peut faciliter la résorption des déséquilibres extérieurs.

Débat: Combien de temps ces déséquilibres peuvent-ils être maintenus et par quelles voies l’ajustement doit-il avoir lieu?

La balance commerciale des États-Unis

Il semblerait ainsi que le volume des échanges commerciaux des États-Unis soit plus sensible à l’évolution de la valeur réelle du dollar qu’on ne le pense. Les modèles classiques du commerce international ont tendance à sous-estimer cette sensibilité, car ils font abstraction de la grande diversité des réactions d’un secteur à l’autre et de la part relative des intrants intermédiaires d’origine locale dans les importations. En outre, l’élasticité-prix à long terme des importations et exportations américaines a augmenté au fil du temps, sous l’effet de l’intensification de la concurrence entre entreprises dans une économie en voie de mondialisation. En tenant compte de ces facteurs, les auteurs constatent qu’une dépréciation réelle de 5 % à 10 % du dollar, et non de 10 % à 20 % comme on l’entend souvent affirmer, pourrait réduire de 1 % du PIB le déficit commercial des États-Unis, qui atteint aujourd’hui 6½ % du PIB.

En résumé, la résorption des déséquilibres mondiaux nécessitera sans doute un ajustement des taux de change réels et un rééquilibrage de la demande intérieure (hausse des taux d’absorption dans les pays excédentaires et freinage de la demande aux États-Unis). Un assainissement des finances publiques américaines serait aussi utile pour que l’économie affronte dans de bonnes conditions le vieillissement de la population.

Roberto Cardarelli et Alessandro Rebucci

FMI, Département des études

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