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Forum: Union européenne: poursuivre l’intégration financière

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
March 2007
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Le FMI et le centre d’études et de recherches Bruegel, basé à Bruxelles, ont fait le point sur les progrès accomplis en vue d’une intégration accrue du système financier européen et envisagé des mesures stratégiques pour accélérer l’intégration financière, lors d’une conférence conjointe de deux jours qui s’est tenue en février et qui a regroupé plus de 100 décideurs, universitaires, financiers et hauts responsables du FMI.

Les participants à la conférence, intitulée «Putting Europe’s Money to Work: Financial Integration, Financial Development and Growth in the European Union», ont convenu que l’intégration financière est importante pour assurer la croissance en Europe. De manière générale, ils ont jugé positif l’impact des mesures d’intégration financière déjà réalisées: le Plan d’action pour les services financiers (PASF) a jeté les bases d’un marché européen intégré, sa mise en œuvre est bien avancée, et ses avantages augmenteront sensiblement au fil du temps. Les marchés financiers européens ont été transformés et soutiennent la concurrence avec ceux du reste du monde, à commencer par Londres.

Mais les participants ont également reconnu que beaucoup reste à faire. L’un des grands thèmes qui ont émané de la discussion est la nécessité d’adapter le mécanisme européen de prévention, de gestion et de résolution des crises à l’intégration du marché et à l’évolution des risques y afférents. Il a été question en particulier de la manière dont les pays devraient répartir la charge budgétaire de l’insolvabilité des banques multinationales (ce qu’il en coûte aux contribuables de s’occuper d’une banque en difficulté active dans plusieurs pays), et du lien entre cette répartition et les autres réformes du cadre de stabilité financière. Plusieurs participants ont noté que le climat politique actuel ne permet pas de s’attaquer aux racines du mal, nul n’ayant vraiment envie de mener les réformes profondes nécessaires. En outre, les discussions ont largement porté sur la question de savoir si, et dans quelle mesure, le secteur financier européen est responsable du petit nombre de PME qui deviennent des multinationales en une génération, celles qui partent d’une idée à peine, sans le sou, et deviennent de grandes sociétés, comme Apple Computer aux États-Unis.

John Lipsky, Premier Directeur général adjoint du FMI, Jaime Caruana, Directeur du Département des marchés monétaires et de capitaux, et Michael Deppler, Directeur du Département Europe, participaient à la conférence des 21 et 22 février, qui comportait à la fois des séances à huis clos et des séances publiques.

Dans son allocution d’ouverture, Joaquín Almunia, Commissaire européen aux affaires économiques et financières, a observé que les autorités nationales ne suivent pas l’évolution sur le terrain. En particulier, la réforme du cadre de supervision est à la traîne — les institutions financières ont de plus en plus d’activités transfrontalières, mais les mesures d’encouragement mises en place par les organismes de tutelle restent orientées vers le niveau national. M. Almunia a préconisé un débat ouvert sur les coûts et avantages de l’intégration financière et affirmé que les estimations de coûts sont souvent exagérées par les groupes d’intérêts, qui se sentent menacés par le regain d’efficacité et de concurrence résultant de l’intégration du marché. Il a également prôné un débat sur les risques inhérents aux fonds de couverture.

Les participants à la table ronde sur la stabilité financière ont largement convenu de la nécessité de centraliser davantage le contrôle, mais aucun n’a émis l’idée d’un contrôleur unique à ce stade. Ils ont aussi reconnu l’importance de la répartition des charges. Mais les opinions ont divergé quant aux solutions. Selon le Baron Alexandre Lamfalussy, ancien Président de l’Institut monétaire européen (prédécesseur de la Banque centrale européenne (BCE)), l’environnement actuel est un dangereux cocktail d’aléa moral (dû en partie au succès des efforts antérieurs de prévention des crises), d’abondance de liquidités et d’innovation financière. Dans ce contexte exigeant, les institutions européennes de prévention et de gestion des crises sont pour le moins «sous-optimales», et les réformes avancent trop lentement, a-t-il déclaré.

M. Caruana a souligné que l’Union européenne a la possibilité et les outils voulus pour jouer un rôle de premier plan dans la conception d’un cadre régional de stabilité financière et que la situation actuellement favorable s’y prête bien. L’adoption d’un nouveau cadre nécessiterait une centralisation accrue et l’ajout d’une dimension UE aux mandats, jusqu’ici nationaux, des autorités de contrôle. Tout en reconnaissant l’importance de la répartition des charges, M. Caruana a estimé qu’elle se distingue par son caractère politique et ne peut être réglée que dans un contexte de réformes élargies. À son avis, la principale marge de progrès réside dans l’assurancedépôts et dans la prévention et la gestion des crises.

Selon Andrea Moneta (Unicredit), l’organisation des activités transfrontalières d’une institution financière devient rapidement très complexe, d’où la nécessité d’harmoniser les mécanismes de contrôle entre les pays. Il importe de garder à l’esprit que les grands groupes européens ont aussi d’importantes activités extérieures à l’UE et hors bilan. Dans ce contexte, M. Moneta considère la démarche de Bâle II, qui table sur la gestion des risques par les banques elles-mêmes, comme étant avisée et estime qu’il ne serait pas souhaitable pour les banques de faire le tour pour choisir l’autorité de contrôle qui leur convient.

Sir Nigel Wicks, Président d’Euroclear, a observé que l’activité financière dans l’UE est en avance sur le cadre de supervision et sur la situation politique. Selon lui, les incertitudes concernant la gestion et la résolution des crises (ainsi que la responsabilité des contribuables pour les pertes) sont cruciales. Néanmoins, les marchés financiers vont trop bien pour mener une réforme de fond en comble, qui engendrerait aussi la crainte d’une réglementation tatillonne. Les conférenciers ont convenu que les réformes doivent cibler d’abord les plus grandes institutions de l’UE, mais les avis ont divergé sur le rôle éventuel de la BCE dans le contrôle prudentiel. MM. Lamfalussy et Caruana ont prôné la participation de la banque centrale. D’après M. Lamfalussy, il incombe à celle-ci, en tant que prêteuse de dernier recours, d’assumer la responsabilité de la stabilité financière. Mais M. Wicks a répondu que le contrôle exercé par la BCE pourrait ne pas cadrer avec son statut d’institution supranationale très indépendante.

La table ronde sur l’intégration financière et la croissance économique a examiné diverses questions. Selon Mario Monti, ancien Commissaire européen et Président de Bruegel, une lutte acharnée oppose actuellement les tenants d’un marché financier intégré dans l’UE et les entreprises qui s’y opposent. M. Lipsky a invité l’Europe à favoriser l’intégration de ses marchés de capitaux pour permettre aux banques et aux marchés de se développer en symbiose, les gouvernements devant agir dans ce sens. Pour Philippe Aghion, professeur à Harvard, les sociétés résolument axées sur la recherche de développement ont plus besoin de fonds propres que d’autres entreprises, et ces fonds sont plus facilement accessibles aux États-Unis qu’en Europe, où le capitalrisque et les marchés de capitaux en général sont moins développés. Un marché bien développé de la prise de contrôle des entreprises est également crucial, car il garantirait la sortie d’entreprises et de gestionnaires non performants. Une politique macroéconomique anticyclique pourrait aussi appuyer la recherche et le développement.

Jean-Bernard Schmidt, Président de Sofinnova, a déploré le fait que l’innovation en Europe soit entravée par le difficile marché des premiers appels publics à l’épargne, et il a estimé que le problème sous-jacent réside dans le fait que les marchés financiers sont beaucoup trop axés sur le court terme. Plusieurs participants se sont inscrits en faux, arguant que le capital-risque est plus accessible que jamais et que les investisseurs à long terme ont besoin d’un dosage de possibilités d’investissement à long et à court terme. M. Lipsky a ajouté que l’essor des fonds de couverture est moins spectaculaire qu’on ne le dit souvent, et qu’on peut s’attendre à ce que les capitaux privés contribuent au rééquilibrage des prix des actifs en faisant remonter la cote en bourse des entreprises sous-évaluées.

Wim Fonteyne

FMI, Département Europe

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