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Politiques: Rapport Malan: Collaboration FMI–Banque mondiale: d’autres progrès sont possibles

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
March 2007
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Un comité indépendant de haut niveau chargé de suggérer des moyens d’améliorer la relation de travail entre le FMI et la Banque mondiale a publié son rapport final le 27 février. Il souligne qu’une collaboration plus étroite est cruciale pour optimiser l’utilité et l’efficacité des services fournis aux pays membres, surtout en raison de l’évolution constante du paysage économique mondial et des pressions attribuables au réchauffement de la planète, à la sécurité énergétique et au vieillissement de la population. Il exhorte aussi le FMI à continuer à clarifier son rôle dans les pays à faible revenu, s’agissant notamment de ses activités de financement.

Le Comité d’examen externe sur la collaboration entre le FMI et la Banque mondiale a été créé en mars 2006 par le Directeur général du FMI, Rodrigo de Rato, et le Président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, pour évaluer la relation de travail entre ces organisations qui œuvrent ensemble depuis 61 ans. Composé de six membres et dirigé par Pedro Malan, Président d’Unibanco et ancien Ministre des finances du Brésil (encadré 1), le Comité a recommandé des mesures à prendre par les chefs des deux institutions et, dans certains cas, par leurs organes directeurs.

Pour MM. de Rato et Wolfowitz, le rapport est un bon point de départ à la réflexion. Rappelant que la question sera abordée aux réunions de printemps et à l’Assemblée annuelle 2007, M. de Rato a déclaré que M. Wolfowitz et lui-même formuleraient des «propositions en vue de mettre en place un meilleur cadre de collaboration».

S’adressant à la presse, M. Malan a exprimé son désaccord avec certains critiques qui estiment que les institutions ont perdu leur raison d’être. «Nous avons confiance en leur capacité de continuer à relever les défis d’un environnement mondial en constante évolution et nous sommes convaincus que la collaboration Banque–FMI doit continuer à s’améliorer.»

Encadré 1Les membres du Comité

Pedro Malan (Président)

Président du Conseil d’Unibanco et ancien Ministre des finances du Brésil.

Michael Callaghan

Administrateur de la régie financière du Trésor australien et ancien Administrateur du FMI.

Caio Koch-Weser

Vice-Président de la Deutsche Bank, ex-Vice-Ministre des finances de l’Allemagne et ex-Directeur général de la Banque mondiale.

William McDonough

Vice-Président de Merrill Lynch et ancien Président de la Banque de la Réserve fédérale de New York.

Sri Mulyani Indrawati

Ministre des finances de l’Indonésie et ancienne Administratrice du FMI.

Ngozi Okonjo-Iweala

Ex-Ministre des affaires étrangères et des finances du Nigéria et ex-Vice-Présidente de la Banque mondiale.

Travailler ensemble

Le rapport souligne que le manque de collaboration entre le FMI et la Banque mondiale coûte cher: les conseils prodigués sont contradictoires et de médiocre qualité, les ressources sont gaspillées et les besoins insatisfaits. Une collaboration étroite est cruciale, les mandats des deux institutions étant étroitement liés (encadré 2). On ne peut assurer la stabilité macroéconomique (dont s’occupe le FMI) si elle ne s’accompagne pas de mesures visant à stimuler l’offre et à améliorer la qualité des dépenses publiques (dont s’occupe la Banque). De même, la stabilité monétaire mondiale (qui est du ressort du FMI) aura une incidence directe sur les perspectives globales de développement (qui relèvent de la Banque).

Cette relation souffre, entre autres, du manque d’autonomie des représentants résidents du FMI, de la distinction floue entre les prêts à court terme qu’accorde le FMI pour appuyer la balance des paiements et les prêts à plus long terme octroyés par la Banque en faveur du développement, de l’absence d’un solide dialogue entre les institutions, du manque de clarté des rôles de la Banque mondiale et du FMI dans la fourniture de l’assistance technique, notamment en ce qui concerne le secteur financier; les institutions ne coordonnent pas non plus leurs missions ni les demandes d’informations des pays.

Le Comité présente néanmoins des exemples de collaboration fructueuse et d’améliorations importantes, tels que le programme d’évaluation du secteur financier, l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés, l’analyse et le cadre de viabilité de la dette et les rapports sur l’observation des normes et codes (RONC).

Travailler avec les pays pauvres

Le rapport conclut que le FMI va au-delà de ses responsabilités fondamentales dans les pays à faible revenu et a des activités qui se chevauchent de plus en plus avec le travail de la Banque. Il recommande que le FMI commence à renoncer aux opérations de financement à long terme dans les pays à faible revenu. «C’est une clarification [du rôle] du FMI que nous suggérons — pas un désengagement ni une réduction du soutien offert aux pays à faible revenu, mais une collaboration étroite avec la Banque mondiale» dans ces pays, a souligné M. Malan.

Le principal instrument de crédit du FMI dans ces pays est la facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC), dont les prêts sont assortis d’un taux d’intérêt concessionnel et d’une période de remboursement plus longue qu’au titre des mécanismes non concessionnels. Le rapport relève que, récemment, les prêts et les nouveaux engagements d’assistance au titre de la FRPC ont nettement chuté, ce qui devrait permettre au FMI de recentrer ses efforts et ses ressources sur les domaines où il a un avantage comparatif accru — à savoir la stabilisation macroéconomique, les politiques monétaire, budgétaire et de change, les arrangements institutionnels et les mesures structurelles y afférentes, ainsi que les questions relatives au système financier.

Le FMI doit donc réfléchir à l’utilité d’accords FRPC successifs qui s’apparentent au financement du développement. À ce sujet, M. de Rato a déclaré à la presse: «Nous reconnaissons l’importance de nous en tenir à notre mandat; ce n’est pas à nous qu’il revient de financer le développement.» Il a souligné que, dans le cadre de sa stratégie à moyen terme, le FMI s’efforce déjà de mieux cibler son rôle dans les pays à faible revenu, ce que le rapport qualifie de «très opportun». Il a aussi attiré l’attention sur l’instrument de soutien à la politique économique, instrument non financier à l’intention des pays à faible revenu, par lequel le FMI signale que les pays procèdent aux ajustements requis, illustrant ainsi ce meilleur ciblage.

M. Wolfowitz a fait remarquer que la coopération entre la Banque et le FMI s’était améliorée depuis les tensions suscitées par la crise financière asiatique de la fin des années 90. «Ce serait une erreur que le FMI cesse de travailler avec les pays pauvres», a-t-il déclaré. «Ces institutions joueront à l’avenir un rôle très important sous diverses formes, et c’est de notre collaboration que dépendra notre capacité à nous adapter à l’évolution des circonstances.»

Comment améliorer la collaboration?

Les autres recommandations du comité, qui portent sur la «culture» de la collaboration, les échanges de personnel, la coopération sur les questions budgétaires et du secteur financier, la coopération technique, les changements de procédures et le suivi des progrès de cette collaboration, sont les suivantes:

Une culture de collaboration renforcée. Les gouverneurs, les Conseils et les directions des deux institutions doivent donner l’exemple et piloter l’effort. Pour ce faire, le rapport suggère:

  • une réunion conjointe spéciale du Comité monétaire et financier international (organe consultatif du Conseil des gouverneurs du FMI) et du Comité du développement pour examiner le rapport et démontrer pourquoi et comment les deux institutions doivent collaborer;

  • la formation d’un groupe de travail permanent Banque–FMI pour promouvoir et suivre activement la collaboration;

  • un dialogue continu et informel plus intense entre les directions et les cadres supérieurs des deux institutions;

  • une évaluation stratégique à plus long terme des opérations de la Banque, à partir des documents existants de la Banque.

Encadré 2Le FMI et la Banque mondiale — quelle est la différence?

Créé en 1945, le FMI a commencé par s’atteler au rétablissement de la confiance dans la coopération internationale et le système financier international, et la Banque mondiale, à la reconstruction de l’Europe dévastée par la guerre.

Le FMI, qui compte environ 2.700 employés, encourage la coopération monétaire internationale et prodigue aux pays membres des conseils de politique économique, des prêts temporaires et une assistance technique pour les aider à asseoir et maintenir la stabilité financière et la viabilité extérieure et à renforcer leurs économies.

La Banque mondiale, avec environ 10.000 employés dans le monde, promeut le développement économique à long terme et la réduction de la pauvreté en offrant à ses membres un soutien technique et financier.

Des échanges de personnel plus fréquents. Il convient d’encourager les échanges entre les services du FMI et de la Banque mondiale et de surmonter tous les obstacles relatifs aux différences de rémunération ou de retraite.

Une conception nouvelle de la collaboration. Il faudrait mettre au point un cadre de haut niveau indiquant comment les institutions doivent travailler ensemble et les responsabilités des dirigeants dans la promotion d’une bonne collaboration. À cet égard, il faut à la fois mieux délimiter les responsabilités et mettre l’accent sur la coopération.

La coopération sur la gestion des crises. La Banque et le FMI doivent s’assurer qu’ils ont tiré les enseignements du passé et qu’ils sont à même de réagir ensemble avec efficacité aux crises futures. Notamment, les mécanismes de financement et instruments de liquidité nouveaux ou élargis permettant d’aider les pays à résorber les chocs doivent se compléter au lieu de faire double emploi.

Collaboration sur les questions budgétaires. Les deux institutions doivent harmoniser leurs recommandations plutôt que de répartir officiellement leurs responsabilités. La stabilité à court terme et la croissance à long terme sont des objectifs complémentaires, et non contradictoires.

Collaboration sur les questions relatives au secteur financier. La démarcation des responsabilités doit reposer sur l’expérience comparative des institutions. Le FMI doit prendre les devants lorsque la stabilité intérieure et mondiale est gravement menacée, et la Banque lorsque le développement du secteur financier est primordial.

Le rapport Malan préconise une collaboration accrue entre le FMI et la Banque mondiale

(suite de la page précédente)

Coopération technique. La Banque mondiale et le FMI doivent mieux coordonner toutes les formes d’assistance technique qu’ils offrent.

Changements de procédures. Les deux institutions doivent modifier leurs procédures pour favoriser une réelle collaboration. Par exemple, la Banque doit assouplir la mobilisation des ressources afin de pouvoir réagir plus rapidement aux demandes d’assistance technique des pays; le FMI doit être en mesure de communiquer à la Banque des évaluations macroéconomiques exhaustives de tous les pays, et pas seulement de ceux qui bénéficient d’un de ses programmes. Pour leur part, les pays membres doivent être prêts à accepter le partage d’informations entre les institutions.

Suivi des progrès de la collaboration. Les directions des deux institutions doivent rendre périodiquement compte à leur Conseil et à leurs gouverneurs des progrès accomplis et des questions qui entourent la nouvelle conception de la collaboration.

Et maintenant?

M. de Rato reconnaît que les échanges de personnel ont été un excellent moyen d’améliorer la collaboration et a déclaré qu’il entendait les encourager et insister davantage sur le renforcement de la coopération dans la gestion des crises. Il a fait savoir que le FMI espère «optimiser l’intégration et l’harmonisation du travail sur les questions budgétaires, ainsi que la collaboration sur les questions relatives au secteur financier». Il s’est en outre félicité de la recommandation que les directions des deux institutions suivent leurs progrès sur la collaboration.

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