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Analyse du désalignement monétaire

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
March 2007
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Jonathan Ostry, Directeur adjoint du Département des études du FMI, explique, dans un entretien avec Jeff Hayden, le bien-fondé des modifications apportées à l’analyse des taux de change et indique comment la nouvelle méthodologie renforcera la capacité du FMI à formuler des avis éclairés sur les questions relatives au taux de change.

BULLETIN DU FMI: Pourriez-vous résumer les principaux changements intervenus dans la manière dont vous analysez les taux de change au niveau multilatéral?

M. OSTRY: Aux débuts du Groupe de coordination pour les questions relatives au taux de change [connu sous son acronyme anglais CGER], nous utilisions deux méthodes pour évaluer la cohérence des taux de change avec les variables économiques fondamentales à moyen terme. La première reposait sur l’équilibre macroéconomique: une norme pour le compte courant était estimée, puis comparée aux projections des Perspectives de l’économie mondiale sur cinq ans. La différence entre la norme et la projection du compte courant déterminait l’ampleur du désalignement. Une deuxième méthode consistait à comparer le taux de change à une tendance historique ou à une valeur moyenne pour obtenir une estimation directe du désalignement.

Lorsque nous avons décidé d’intégrer les économies émergentes à l’exercice du CGER, nous avons dû en quelque sorte retourner à la case départ. Il s’agissait d’adopter une démarche solide pouvant intégrer les différentes structures économiques des pays avancés et émergents.

Nous avons agi sur trois plans. Premièrement, la méthode de l’équilibre macroéconomique a été actualisée pour intégrer d’autres variables économiques fondamentales, mesure essentielle eu égard à la grande diversité des pays de l’échantillon. Deuxièmement, nous évaluons désormais la tendance à moyen terme à partir d’une série de paramètres de base, contrairement à la pratique antérieure fondée sur une moyenne historique simple ou sur une tendance temporelle. Troisièmement, nous avons ajouté une méthode dite de viabilité extérieure, qui examine le lien entre le compte courant d’un pays — position des flux — et sa position extérieure globale nette — position des stocks. Les trois méthodes abordent le désalignement sous trois angles différents. Ainsi, quand elles convergent, nous sommes assez sûrs de saisir les aspects économiquement pertinents du problème.

BULLETIN DU FMI: Comment la nouvelle méthodologie permettra-t-elle d’améliorer les conseils du FMI sur les taux de change?

M. OSTRY: Au final, il incombera aux économistes chargés des pays d’évaluer les taux de change dans les rapports du FMI. C’est ainsi qu’il faut procéder — après tout, ces économistes sont les mieux placés pour intégrer tous les facteurs spécifiques aux pays, ce qu’on ne peut pas toujours faire dans un cadre multilatéral comme le CGER. En même temps, les économistes-pays s’intéresseront aux résultats du CGER, qui imposent une cohérence multilatérale et peuvent servir à la vérification de leur analyse. Ceci est d’autant plus vrai que l’exercice couvre une très grande partie de l’économie mondiale.

À mon avis, le CGER aide les équipes du FMI à examiner avec les autorités les questions relatives au désalignement des taux de change. Inévitablement, les économistes devront étudier avec les autorités les causes éventuelles de ce désalignement: tient-il à des politiques insoutenables? Fausse-t-il les mesures visant à encourager le bon comportement du secteur privé? Augure-t-il un ajustement désordonné à moyen terme? Ou, au contraire, est-il beaucoup plus favorable comme élément d’un ajustement à court terme qu’envisage déjà le secteur privé?

Enfin, il convient de souligner que la nouvelle version du CGER ne saurait marquer le début des évaluations bilatérales des taux de change des pays émergents par le FMI — cela a toujours été un aspect majeur de notre travail en faveur de tous les pays membres. Mais, en raison de sa large couverture des pays — et des avantages supplémentaires en termes de cohérence multilatérale —, le CGER pourrait jouer un rôle plus utile que par le passé en élucidant les avis sur le désalignement des taux de change dans les pays avancés et les pays émergents. Il serait également un bon outil pour guider la réflexion sur le rôle éventuel de l’ajustement des taux de change dans la résorption des déséquilibres mondiaux, une question qu’approfondira la prochaine édition des Perspectives de l’économie mondiale.

BULLETIN DU FMI: Quelles sont les leçons apprises jusqu’ici?

M. OSTRY: Comme l’indique clairement notre étude, il ne fait aucun doute que les estimations de désalignement des taux de change résultant des démarches du CGER sont très précises. L’incertitude tient à plusieurs facteurs, notamment l’instabilité potentielle des liens macroéconomiques sous-jacents, la disparité de ces liens entre les pays, les problèmes de mesure et l’inadéquation des modèles eux-mêmes. Certains de ces problèmes pourraient être encore plus graves dans les pays émergents, où les changements structurels revêtent sans doute une importance accrue et où les contraintes de disponibilité des données et de longueur des échantillons statistiques sont plus aiguës.

Il n’en demeure pas moins qu’en pratique, les trois méthodes tendent à produire des résultats similaires dans bien des cas. À la fin de l’année dernière, lorsque nous avons présenté l’étude au Conseil d’administration du FMI, on semblait s’accorder sur le fait que cette méthodologie est à la pointe du progrès — c’est ce qu’il y a de mieux en ce moment.

BULLETIN DU FMI: Quelles sont les étapes suivantes dans l’application de cette démarche?

M. OSTRY: Nous comptons l’expérimenter pendant un certain temps et faire le point. Nous espérons voir mentionner les évaluations du CGER dans les rapports du FMI sur les pays. J’ai l’impression que de nombreux économistes-pays s’en servent. Certains le mentionnent explicitement, d’autres pas.

Nous espérons par ailleurs mieux faire comprendre aux autorités et aux décideurs ce que nous faisons; à cet égard, nous avons lancé des initiatives pour les sensibiliser. Ces initiatives sont mutuellement bénéfiques: elles informent les autorités sur le CGER et son fonctionnement, et les autorités — tout comme les intervenants sur le marché, les universitaires et les autres bénéficiaires de nos efforts de sensibilisation — nous indiquent les domaines à améliorer.

Pour en savoir plus sur les modalités d’analyse des taux de change par le FMI, veuillez consulter le site www.imf.org.

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