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Colombie: de la crise à la reprise

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
January 2007
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Àl’issue de sa pire crise économique en 30 ans, la Colombie a réussi à redresser son économie par la réforme et le rééquilibrage budgétaires qui ont permis de réduire la dette publique, des politiques qui ont jugulé l’inflation, et des actions visant à renforcer le système financier (voir encadré). Les mesures prises depuis 1999, appuyées par trois accords successifs avec le FMI, avaient pour but d’engager le pays sur un sentier de croissance durable et de réduire sensiblement l’inflation, la pauvreté et le chômage. Depuis 2002, l’économie colombienne a aussi bénéficié d’un renforcement considérable de la sécurité, qui reste néanmoins une source d’inquiétude. Après sept ans de programmes économiques avec le FMI, la Colombie s’est affranchie du soutien formel de l’institution en novembre 2006.

Reprise économique

Après une reprise d’abord lente, la croissance réelle a atteint 4 % en 2004 et, selon les estimations, s’est accélérée à 6½ % en 2006 grâce à la vigueur de l’investissement privé (voir graphique). Cette expansion, stimulée par un environnement mondial favorable, a été assortie d’un net recul du chômage et de la pauvreté ainsi que d’une amélioration de la stabilité macroéconomique et d’une diminution des vulnérabilités (voir tableau):

• Grâce à la reprise, le chômage a chuté de 20 % en 2000 à 12 % environ en 2006, et la pauvreté de 64 % en 1999 à 49 % en 2005.

• En même temps, l’inflation a atteint son plus faible niveau depuis des décennies, soit environ 4,5 % en 2006, avec l’exécution d’une politique de ciblage de l’inflation.

• Les réformes budgétaires et la flambée des cours du pétrole ont ramené le déficit global du secteur public de 5,5 % du PIB en 1999 à 0,4 % du PIB en 2006. Ce résultat, combiné à l’appréciation réelle du peso depuis 2004, a permis de réduire la dette publique brute de 57 % du PIB en 2002 à 45 % en 2006. En outre, les dépôts du secteur public ont atteint, selon les estimations, 13 % du PIB en 2006, contre 8 % en 2002.

Un environnement plus stable

La politique économique de la Colombie a permis de stimuler la croissance et de réduire l’inflation.

(pourcentage)

Citation: 36, 2; 10.5089/9781451946260.023.A008

Sources: autorités colombiennes et estimations et projections des services du FMI.

• Une meilleure gestion de la dette publique a permis de réduire les coûts financiers, de diversifier les sources de financement, d’allonger l’échéance de la dette, d’atténuer l’exposition au risque de change, et d’accroître la liquidité du marché obligataire intérieur. Depuis 2004, la Colombie a émis près de 1,6 milliard de dollars d’obligations mondiales libellées en pesos.

• Le secteur extérieur s’est renforcé grâce à l’essor soutenu des exportations et à la reprise des entrées de capitaux. Les réserves internationales nettes ont atteint 15 milliards de dollars (plus de 150 % de la dette extérieure à court terme à l’échéance restante) en 2006.

• Le système financier s’est redressé, la qualité des prêts s’améliorant et les bénéfices des banques augmentant. Les entreprises non financières ont réduit leur dette et géré plus prudemment le risque de change, encouragées par la flexibilité du régime de taux de change.

Colombie: principaux indicateurs de vulnérabilité
20022006
Secteur extérieur
Solde courant (% du PIB)–1,7–1,6
Entrées nettes d’IDE (% du PIB)1,62,9
Réserves internationales brutes en % de la dette à court terme à l’échéance restante1103,3153,3
Secteur public
Dette brute du secteur public (DBSP, en % du PIB)57,044,5
Exposée au risque de refinancement (en % du total de la DBSP)12,09,7
Exposée au risque de change (en % du total de la DBSP)56,344,4
Secteur financier (SF)
Prêts improductifs/prêts totaux8,72,8
Dépôts en devises des résidents (en % du total des dépôts)1,31,7
Créances du SF sur l’État (en % du total des actifs du SF)15,316,7
Sources: estimations et projections des services du FMI et autorités colombiennes.

Données du mois d’août pour 2006.

Sources: estimations et projections des services du FMI et autorités colombiennes.

Données du mois d’août pour 2006.

Remédier aux vulnérabilités

Les perspectives économiques à moyen terme de la Colombie sont globalement favorables. Une croissance plus forte et soutenue est nécessaire pour relever le niveau de vie et réduire plus sensiblement la pauvreté. Les autorités ont l’intention de conserver leur stratégie économique, qui bénéficiera sans doute d’un environnement extérieur encore favorable. Reconnaissant l’impératif de maintenir l’inflation à un niveau faible pour assurer la prospérité, les autorités ont déjà commencé à resserrer la politique monétaire et budgétaire afin de limiter le risque d’une surchauffe. Elles ont déclaré leur intention de relever les grands défis économiques et de continuer à améliorer les résultats.

Finances publiques. Les autorités poursuivront le rééquilibrage budgétaire pour réduire davantage la dette publique, qui reste assez élevée et une source éventuelle de vulnérabilités. Le Congrès examine la proposition de réformer le système de transferts intergouvernementaux, qui est essentiel pour contenir les pressions futures sur les finances publiques et préserver la crédibilité de la politique budgétaire. Des réformes sont aussi nécessaires pour réduire d’autres rigidités majeures au niveau de l’affectation des recettes et du budget. En même temps, il importe d’atténuer les distorsions fiscales et d’élargir la base d’imposition pour éliminer les obstacles à la hausse des investissements privés tout en protégeant le recouvrement des recettes.

Système financier. Malgré la solidité du système financier, il convient d’approfondir le marché des capitaux intérieur et d’accroître sa liquidité. Des marchés des capitaux moins développés et des taxes faussant les transactions financières (droit de timbre et taxe sur les transactions financières) ont accru le coût du capital et découragé l’investissement. Les autorités préparent des réformes visant notamment à renforcer les droits des créanciers et à améliorer les centrales de risques. Il importe de prendre des mesures pour accroître l’indépendance des autorités de tutelle afin de renforcer le système financier.

Chômage et pauvreté. Les autorités s’efforcent de veiller à ce que la croissance soutenue se traduise par un recul plus sensible de la pauvreté, qui reste élevée. Il s’agira notamment de promouvoir l’emploi, qui devrait contribuer à réduire la pauvreté. Dans cette optique, il importe de poursuivre les réformes visant à assouplir le marché du travail et à réduire les coûts encore élevés de la main-d’œuvre non salariale pour stimuler la création d’emplois dans le secteur formel. De façon plus générale, les autorités entendent ramener le niveau de la pauvreté à 39 % en 2010 et à 15 % en 2019, tout en favorisant l’égalité en matière de revenus. À cet effet, les autorités ont lancé en 2006 une stratégie visant à généraliser l’accès à l’enseignement primaire et à la santé de base d’ici 2010. Elles envisagent aussi de doubler la taille de Familias en Acción, un programme extrêmement efficace qui fournit des services de nutrition et de santé aux familles très pauvres.

Lisandro Abrego et Robert Rennhack

FMI, Département Hémisphère occidental

La Colombie en bref

Capitale: Bogotá

Superficie: 1,142 million de km2

Population: 46 millions d’habitants

PIB par habitant: 2.688 dollars (2005)

Principaux produits: pétrole, charbon, café, métaux précieux, produits de l’industrie manufacturière légère

Principales réformes adoptées, 1999–2006

Politique budgétaire

Fiscalité. À la suite de plusieurs réformes, les recettes sont passées de 17 % du PIB en 2000 à 21 % environ en 2006.

Décentralisation budgétaire. Des lois adoptées en 2001–02 ont dissocié les transferts intergouvernementaux des recettes courantes et limité les dépenses et emprunts des administrations territoriales. En 2004, ces entités ont commencé à afficher des excédents globaux.

Réforme des pensions. Trois réformes approuvées en 2002–05 ont relevé les cotisations, réduit les prestations et aboli les régimes spéciaux, y compris pour les enseignants et les militaires. Cela a ramené le déficit actuariel du régime de 200 % du PIB en 2000 à 148 % en 2005.

Loi sur la responsabilité financière. Depuis 2004, toutes les administrations sont tenues de justifier les objectifs budgétaires dans une analyse de viabilité de la dette sur dix ans.

Administration du secteur public. Des mesures ont été prises pour rationaliser les effectifs et l’efficacité du système de santé publique et des entreprises publiques, y compris la société pétrolière (Ecopetrol), la société des télécommunications et la raffinerie de pétrole de Cartagena.

Cadrage budgétaire. Le Congrès ayant refusé d’approuver le code budgétaire révisé, un décret de 2005 en a appliqué plusieurs dispositions.

Politique monétaire

Ciblage de l’inflation. Cadrage adopté en 2000.

Secteur financier

Privatisations. Cession de toutes les banques d’État, sauf une.

Contrôle financier. En 2006, un nouvel organe de régulation financière a été créé par la fusion des instances chargées du suivi des institutions financières et boursières. Les niveaux de provisionnement ont été alignés sur les normes internationales.

Marchés des capitaux. Une loi sur les marchés de titres approuvée en 2005 a renforcé les procédures de compensation et de règlement, l’intégrité du marché et la régie d’entreprise.

Régime de change

Taux de change. En 1999, un régime flexible a été adopté.

Restrictions de change. En 2004, la Colombie a accepté les obligations au titre de l’article VIII sur les restrictions de change. Une seule restriction reste en vigueur, contre quatre en 2004.

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