Article

Régions: Comment aider au mieux les pays des Caraïbes orientales?

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
January 2006
Share
  • ShareShare
Show Summary Details

Conscient des défis gigantesques à relever par la région des Caraïbes orientales, le FMI renforce sa surveillance des politiques économiques et son assistance technique dans la région. La publication des conclusions de missions du FMI ces dernières années a encouragé un débat public actif sur la manière de relever ces défis. Comme le FMI et des représentants des pays de la région l’ont noté au cours de récents points de presse, les principaux objectifs sont d’assurer la stabilité macroéconomique et financière, de dynamiser le secteur privé et de faire avancer l’intégration régionale.

Ces dernières années, les perspectives de croissance à moyen terme se sont dégradées et l’endettement public a augmenté dans bien des pays de la région des Caraïbes orientales. En outre, la suppression des préférences commerciales a mis à mal le rôle autrefois important joué par des produits traditionnels tels que la banane et le sucre. Par ailleurs, le tourisme, qui est aujourd’hui le moteur de la plupart des économies de la région, est vulnérable aux chocs extérieurs, comme en témoigne son net ralentissement après les attaques du 11 septembre. En outre, les catastrophes naturelles—qui sont fréquentes—peuvent dévaster une économie, comme celle de la Grenade après l’ouragan Ivan en 2004. La baisse de l’aide extérieure et le renchérissement récent du pétrole aggravent la situation.

Lors d’un récent voyage à Antigua-et-Barbuda, en Dominique, en Grenade et à Saint Kitts-et-Nevis, Agustín Carstens, Directeur général adjoint du FMI, a rencontré des fonctionnaires, la presse et des représentants de la société civile pour examiner comment ces pays pouvaient faire face à ces défis. À la Banque centrale des Caraïbes orientales (ECCB), M. Carstens et le Directeur du Département Hémisphère occidental du FMI, Anoop Singh, ont participé à une vidéoconférence régionale. En présentant le rapport sur les perspectives économiques régionales de l’Amérique latine et des Caraïbes, M. Singh a averti que, en dépit d’un récent redressement, la croissance dans la région est lente par rapport à l’Asie et au groupe des pays en développement.

Lors de la vidéoconférence, MM. Carstens et Singh, ainsi que Sir K. Dwight Venner, Gouverneur de la ECCB, ont identifié trois facteurs qui pourraient contribuer à accélérer la croissance:

  • La stabilité macroéconomique et financière. La quasi-caisse d’émission régionale, qui a aidé à réduire et à stabiliser l’inflation, doit être appuyée par une politique budgétaire prudente et des secteurs financiers sains.

  • Une croissance plus dynamique tirée par le secteur privé. Les pouvoirs publics doivent mettre l’accent sur les infrastructures et la formation qui sont nécessaires pour créer plus d’emplois dans le secteur privé.

  • L’intégration régionale. La région devient plus intégrée, mais le rythme de l’intégration doit être accéléré, avec des mesures décisives pour passer des paroles aux actes.

Initiatives nationales

Lors de ses entretiens avec les autorités nationales, M. Carstens a réitéré bon nombre de ces recommandations. À Antigua-et-Barbuda, il a examiné les efforts déployés par le gouvernement pour s’attaquer à la difficile situation budgétaire, qui est le résultat de décennies de gaspillage. Le Premier Ministre Baldwin Spencer et son cabinet ont présenté leur ambitieux programme de réformes, qui prévoit de rétablir l’impôt sur le revenu des particuliers, de préparer la mise en place d’une TVA cette année, d’engager des conseillers financiers en vue de normaliser les relations avec les créanciers et de promulguer plusieurs lois visant à accroître la transparence et la responsabilité dans la fonction publique. Bien conscients de la tâche difficile qui attend les pouvoirs publics, les représentants du secteur privé ont noté qu’un changement de mentalité au sein de la population serait essentiel. Celle-ci doit comprendre que l’État ne peut pas continuer d’être son «employeur de dernier ressort».

À Saint Kitts-et-Nevis, l’équipe du FMI a rencontré le Premier Ministre Denzil L. Douglas, plusieurs hauts fonctionnaires, l’équipe de transition dans le secteur du sucre et un représentant du secteur financier. Après 300 années d’activité, le secteur du sucre, qui avait employé près de 10 % de la population active, a été fermé l’an dernier. Les entretiens ont porté essentiellement sur la manière de ramener la dette extrêmement élevée du pays à un niveau plus soutenable et de gérer le transfert des travailleurs dans de nouveaux secteurs.

Dans ce contexte, le Gouverneur Venner a fait part du mécontentement des gouvernements de la région vis-à-vis de l’appui insuffisant offert par les donateurs pour atténuer les pertes résultant de l’érosion des préférences commerciales. Il a aussi exprimé sa préoccupation devant le fait que l’intégration régionale est freinée par le sentiment qu’elle profite aux plus grandes îles au détriment des plus petites. Des ressources doivent être trouvées pour faciliter la transition, a-t-il déclaré.

Les capacités institutionnelles étant un obstacle réel dans des pays de si petite taille, une vaste assistance technique est nécessaire pour appuyer les réformes.

Si le FMI est actif dans la région essentiellement par le biais de sa surveillance des politiques économiques et de son programme d’assistance technique, il fournit aussi de l’aide financière. Par exemple, la Dominique reçoit de l’aide au titre de la facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance. Lorsqu’ils ont rencontré M. Carstens, les membres du cabinet de la Dominique ont remercié le FMI pour son aide, en notant que le programme appuyé par l’institution est jusqu’à présent en bonne voie.

Cependant, il reste de nombreux défis à relever: achever le processus de restructuration de la dette, éliminer les obstacles structurels à une croissance tirée par le secteur privé, rationaliser l’emploi dans le secteur privé, faire face aux menaces qui continuent de peser sur les finances publiques et réduire les facteurs de vulnérabilité dans l’économie, notamment dans le secteur financier. Toutefois, les membres du cabinet craignent que l’élan des réformes ralentisse si la croissance ne s’accélère pas sensiblement et si les préoccupations des pauvres, en particulier ceux employés dans le secteur de la banane, ne sont pas prises en compte.

La Grenade reçoit aussi une aide financière, au titre de l’aide d’urgence accordée par le FMI aux pays victimes de catastrophes naturelles. Le Premier Ministre Keith Mitchell a exprimé les remerciements de son pays pour l’intervention active du FMI après l’ouragan Ivan. M. Mitchell a aussi noté le rôle essentiel joué par l’institution en stimulant l’appui des donateurs, en s’assurant que le processus de restructuration de la dette du pays se déroule selon les règles du marché et en donnant des conseils de politique macroéconomique pendant la reconstruction. Avec l’aide du FMI, les autorités établissent aujourd’hui un vaste programme de réformes à moyen terme afin de doper la croissance économique, de rétablir l’équilibre budgétaire, d’alléger la dette, de réduire les autres facteurs de vulnérabilité et de faire reculer la pauvreté.

À terme

Comment le FMI peut-il mieux cibler son appui aux pays de la région? M. Carstens a déclaré au Conseil d’administration du FMI qu’il avait tiré plusieurs enseignements de son voyage. Premièrement, les capacités institutionnelles étant un obstacle réel dans des pays de si petite taille, une vaste assistance technique est nécessaire pour appuyer les réformes. Il est gratifiant, a noté M. Carstens, de constater que tous les pays de la région sont satisfaits de l’action du Centre régional d’assistance technique des Caraïbes, basé à la Barbade.

Deuxièmement, pour gagner la confiance des autorités de la région, le FMI a dû y affecter des ressources humaines supplémentaires qui participent plus activement aux travaux d’analyse et à la prestation des conseils de politique économique. Selon M. Carstens, il s’agit là d’un investissement important qui vient à point nommé pour ces pays membres. La prévention des crises grâce à une meilleure surveillance permettra probablement d’éviter les coûts de gestion d’une crise éventuelle dans les six pays très endettés qui partagent une caisse d’émission. Les autorités s’emploient à améliorer leurs politiques économiques—notamment dans les pays n’ayant pas un accord avec le FMI—et les conseils prodigués par l’institution aident à définir le programme d’action.

Troisièmement, le FMI doit continuer de renforcer son programme d’information du public pour aider les autorités à maintenir l’élan des réformes.

Prakash Loungani

FMI, Département des relations extérieures

Pour en savoir plus sur les Caraïbes orientales, les perspectives économiques de la région et les allocutions d’Agustín Carstens à l’issue de ses visites à Antigua-et-Barbuda, en Dominique, en Grenade et à Saint-Kitts-et-Nevis, consulter le site Internet du FMI (www.imf.org).

Other Resources Citing This Publication