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M. Dawson: la vigilance du public aide à remodeler le FMI

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
January 2006
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Àla fin du mois de janvier, Thomas Dawson quittera ses fonctions de Directeur du Département des relations extérieures et porte-parole du FMI, poste qu’il occupait depuis juillet 1999. Avant cela, sa carrière l’avait conduit dans les secteurs public et privé, où il avait été, entre autres, Directeur des institutions financières chez Merrill Lynch, Administrateur du FMI pour les États-Unis (1989–93) et assistant adjoint du Président des États-Unis à la Maison Blanche (1985–87). Il évoque ici, avec Laura Wallace, «l’image» du FMI et les enjeux de la communication de l’institution avec des interlocuteurs divers et parfois très politisés.

Bulletin du FMI: Les nombreux pays asiatiques qui ont accumulé d’énormes réserves l’ont fait en partie, semble-t-il, pour éviter d’emprunter au FMI. En Amérique latine, deux pays (le Brésil et l’Argentine) ont remboursé par anticipation les prêts du FMI, le second voyant là la fin à la colonisation. L’encours des crédits du FMI n’a jamais été aussi bas depuis vingt ans, et certains se demandent comment nous financerons nos dépenses de fonctionnement. Enfin, l’efficacité de la surveillance est régulièrement mise en doute—en dernier lieu par la Chine. Le FMI n’est-il pas aussi critiqué aujourd’hui que durant la crise asiatique de la fin des années 90?

M. Dawson: Non. L’Asie veut avant tout parler d’une voix plus forte et prendre une part plus active dans l’institution. Quant à l’Amérique latine, le FMI lui a accordé plusieurs prêts importants il y a quelques années, et les «experts» disaient alors que nous ne reverrions jamais cet argent: être remboursés par anticipation n’est donc pas une mauvaise nouvelle. Du reste, le Brésil a pour habitude de mener à bien ses programmes et de rembourser au plus tôt. S’agissant des prêts en général, on nous reproche parfois de trop prêter. Aujourd’hui, nos critiques disent que nous prêtons trop peu—ou voient une menace dans ce faible niveau des prêts. Le FMI est censé prêter aux pays qui n’ont pas d’autres sources de financement: le fait que nos prêts soient à leur plus bas depuis vingt ans me semble donc une bonne chose. Cela a certes des implications budgétaires auxquelles il faudra répondre, mais ce n’est pas une crise. Notre Directeur général anticipait cette situation dans sa réflexion sur l’orientation stratégique du FMI à moyen terme, qui est désormais engagée. Mis à part Jacques Polak, peu d’entre nous sont assez âgés pour se souvenir que le FMI a connu une situation similaire dans les années 50, et a survécu.

S’agissant de la surveillance, nous sommes critiqués de toutes parts. Les uns nous accusent de prêcher la hausse des impôts et la dévaluation, les autres de ne pas recommander les ajustements de taux de change qu’ils jugent souhaitables. Je me console en observant que ces attaques viennent de droite et de gauche: nos critiques ne peuvent donc pas avoir raison tous à la fois. Disons que le FMI fait tout simplement son travail, comme c’est le cas depuis 60 ans. Notre institution est aussi solide, et son existence aussi justifiée, qu’à sa création en 1944. Le monde change, sans doute plus vite que jamais auparavant. Mais le FMI reste l’une des constantes de l’équation mondiale, en tant qu’institution internationale responsable au premier chef de la stabilité financière et macroéconomique et de la croissance.

Bulletin du FMI: L’audience et la crédibilité du FMI sont-elles mises à mal quand des responsables le citent à des fins de politique intérieure ou internationale?

M. Dawson: Notre institution a l’habitude d’être instrumentalisée dans les débats intérieurs et internationaux. Je pourrais citer de nombreux cas où les ministres des finances ont invoqué le FMI pour s’excuser de prendre des mesures qu’ils savaient indispensables à la stabilité macroéconomique et à la viabilité budgétaire de leur pays. De même, des dirigeants de l’opposition nous ont attaqué alors qu’ils savaient pertinemment que les mesures que nous recommandions s’imposaient. Il ne faut pas oublier que nous prêtons en général à des pays qui sont déjà en difficulté et que notre rôle est presque toujours un peu controversé. Mais il peut l’être aussi alors qu’aucune crise financière immédiate n’implique des prêts du FMI. Je reste impressionné par le nombre de pays développés dans lesquels les consultations au titre de l’article IV ou les Perspectives de l’économie mondiale alimentent le débat. Le FMI est utilisé parfois pour avancer une opinion particulière et, à l’occasion, notre point de vue est critiqué. J’en conclus que nos critiques ont tort: le FMI a toujours un rôle à jouer; si ce n’était pas le cas, on ne parlerait pas autant de nous.

Bulletin du FMI: Faut-il donner davantage voix au chapitre aux pays émergents ou en développement en ajustant les quotes-parts et droits de vote? La question se pose depuis longtemps. Les pays industrialisés reconnaissent aujourd’hui qu’il faut changer, mais personne n’est prêt à céder son siège au Conseil d’administration. La crédibilité du FMI risque-t-elle de souffrir si l’on ne règle pas très vite cette question?

M. Dawson: La légitimité du FMI est contestée par beaucoup d’acteurs importants. L’orientation stratégique esquissée par le Directeur général en prend acte et demande que l’on s’attaque au plus vite à cette question. L’Assemblée annuelle prévue à Singapour cet automne est à la fois une raison et une excuse pour agir. J’ai bon espoir que nous aurons assez progressé d’ici là pour qu’une solution se dessine. Ce sera sans doute complexe, mais les déséquilibres dans les quotes-parts, la représentation et la voix des pays membres se sont creusés depuis des décennies.

Bulletin du FMI: Il ne sera donc pas nécessaire d’augmenter les quotes-parts pour résoudre ce problème?

M. Dawson: Non. Avec le temps, les formules des quotes-parts et leur application ont créé de nombreux déséquilibres, que les rythmes de croissance inégaux des pays membres ont encore amplifiés. Le FMI peut corriger dans un premier temps les déséquilibres les plus flagrants, puis s’appliquer à définir une formule de quotes-parts crédible.

Bulletin du FMI: Le FMI a consenti d’énormes efforts pour gagner en transparence ces dix dernières années. En est-il devenu plus efficace et plus responsable?

M. Dawson: La révolution de la transparence a sans doute modifié le FMI plus que toute autre chose ces 25 dernières années. Il n’est pas exagéré de dire que notre institution ne publiait rien et publie aujourd’hui presque tout. Elle a modifié radicalement ses relations avec les pays membres et le public—ONG, parlements, etc. Lorsque je suis entré au FMI, les quelques études qui avaient été faites sur notre image montraient entre autres que, pour tous ceux qui consultaient les bases de données de bibliothèques, FMI rimait avec «secret». Ce n’est plus le cas, on ne nous reproche plus d’être une institution secrète.

La transparence nous a rendu aussi plus responsables. J’estime, pour ma part, que le FMI a toujours été responsable vis-à-vis de l’organe directeur que constituent les administrateurs représentant ses 184 États membres. Mais il n’était pas facile d’en faire la démonstration. Désormais, avec une institution beaucoup plus ouverte et des administrateurs qui répondent eux aussi à leur parlement et aux autres intéressés, le fait que le FMI appartient en propriété coopérative à ses membres est mieux accepté et mieux compris.

Bulletin du FMI: C’est sous votre égide que le dialogue entre le FMI et les parlements nationaux s’est véritablement développé. Certains groupes parlementaires ont demandé que les programmes et politiques du FMI soient suivis de plus près. Y a-t-il une tension entre la responsabilité du FMI envers les gouvernements et le fait que les parlements veulent avoir leur mot à dire sur les programmes du FMI dans leur pays?

M. Dawson: Dans de nombreux pays, les parlements sont déjà très largement impliqués dans les relations avec le FMI, notamment au sujet des programmes. En dernière analyse, la question qui se pose est celle des structures constitutionnelles et de la gouvernance dans ces pays: quel est, par exemple, le rôle du parlement dans l’approbation du budget et des prêts? Cela dit, nous souhaitons ouvrir le dialogue avec les parlements, non pas pour usurper les prérogatives de l’exécutif, mais pour aider les parlementaires dans leur fonction de contrôle. Les demandes d’aide qui nous sont adressées dans ce domaine dépassent nos moyens, et sont en général appuyées par les gouvernements.

Bulletin du FMI: Quel est, en matière de communication, le grand défi lancé au FMI?

M. Dawson: Il existe dans notre institution un problème culturel qui n’a jamais été vraiment résolu. Sur les 2.700 membres des services du FMI, 1.500 sont des économistes. Et ceux-ci ont toujours trop tendance à parler entre eux ou avec leurs homologues des gouvernements plutôt qu’avec le reste du monde. Si nous pensons que nos conseils sont bons, nous devons être plus attentifs à la façon dont ils sont communiqués. Le monde n’est pas dirigé par les économistes. Avant l’ère de la transparence, lorsque nos documents n’étaient guère lus que par des docteurs en économie, cela avait peu d’importance. Mais maintenant que nos conseils et nos travaux sont suivis de près par le public, nous devons nous assurer qu’ils sont convaincants et compréhensibles. La partie n’est pas gagnée. La solution pourrait être de «décloisonner» notre institution, d’effacer cette ligne de démarcation entre les économistes et les autres: notre communication interne et externe ne s’en porterait que mieux.

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