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Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
April 2006
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L’Afrique au Cycle de Doha: surmonter l’érosion des préférences

Bien des pays d’Afrique font face à un dilemme dans le cycle actuel de négociations commerciales (Cycle de Doha). D’une part, ils souhaitent que les pays industrialisés ouvrent davantage leurs marchés et, d’autre part, ils craignent de perdre l’accès préférentiel à ces marchés suite à la libéralisation multilatérale. Comment peuventils remédier à l’érosion des préférences et défendre leurs intérêts dans le Cycle de Doha? Selon un nouveau document de synthèse du FMI, l’Afrique doit chercher à accroître son accès aux mar-chés (des pays industrialisés et en développement) et poursuivre ses efforts de libéralisation.

Dans quelle direction l’Afrique doit-elle accroître son accès aux marchés et pour quels produits? La réponse tient en partie à la structure de ses échanges, qui a évolué depuis vingt-cinq ans. Si les pays industrialisés sont encore les principaux débouchés du continent, dont les exportations restent faibles, les pays en développement—d’Asie notamment—constituent désormais son marché d’exportation affichant la plus forte croissance. La part grandissante des importations africaines venant des pays en développement est tout aussi significative (voir graphique). Ces pays sont d’ailleurs devenus une source majeure d’investissements directs étrangers (IDE) et de transferts de technologie étroitement liés à des secteurs d’exportation tels que les produits de base et les vêtements. Si ces tendances se maintiennent, l’Afrique a de plus en plus intérêt à réformer les échanges avec ces pays.

La composition des exportations africaines, dominée par les produits primaires, influe également sur la stratégie de négociation du continent dans le Cycle de Doha. Les produits agricoles représentent plus du quart de ses exportations totales. Cela implique d’abord que, les tarifs de la nation la plus favorisée sur la plupart des biens industriels des pays développés étant déjà faibles, la majorité des pays africains bénéficieront probablement plus de la libéralisation de l’agriculture, du moins à long terme. Les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), à l’exception des membres de l’Union européenne (UE), maintiennent une forte protection contre les exportations agricoles africaines. Par conséquent, les retombées éventuelles d’un accès total au marché de l’OCDE sont énormes. Mais les gros bénéficiaires seront probablement les exportateurs nets actuels de produits agricoles. Certains importateurs nets pourraient même en pâtir, surtout à court et à moyen terme, en raison de la hausse des prix mondiaux attribuable à la libéralisation des échanges.

Dans le secteur des biens industriels, l’Afrique paie généralement des tarifs faibles au Canada, en UE, au Japon et aux États-Unis, mais des tarifs beaucoup plus élevés dans les pays en développement et beaucoup d’autres pays de l’OCDE. Ainsi, les avantages potentiels d’un accès accru aux marchés pour les produits manufacturés des pays en développement sont considérables.

Les principales retombées pour l’Afrique découleront peut-être de la libéralisation du commerce interafricain. Malgré une baisse continue ces dernières décennies, les tarifs en Afrique dépassent ceux des autres régions en développement. De plus, seule une partie de ses tarifs sont consolidés (reconnus par l’OMC) et souvent beaucoup plus élevés que les taux effectifs.

Quantifier les avantages

Dans quelle mesure les pays d’Afrique peuvent-ils bénéficier du Cycle de Doha en libéralisant leurs propres échanges et en exigeant que leurs partenaires commerciaux ouvrent davantage leurs marchés? Le document de synthèse, inspiré d’une récente étude de la Banque mondiale réalisée par Kym Anderson, Will Martin et Dominique van der Mensbrugghe, examine l’impact éventuel de ce cycle sur l’Afrique. L’étude simule quatre scénarios de libéralisation des échanges qui étendent progressivement le champ national et sectoriel et accentuent les baisses de tarifs pour illustrer la manière dont les pays d’Afrique seraient affectés par une libéralisation survenant dans chaque groupe de pays (industrialisés ou en développement) ou dans chaque secteur (agriculture et industrie).

Scénario 1. Seul le commerce agricole est libéralisé. Le tarif agricole moyen est réduit de 44 % pour l’ensemble des pays développés et de 21 % pour les pays en développement. Les subventions aux exportations agricoles sont totalement éliminées.

Scénario 2. En plus de la libéralisation envisagée au scénario 1, les tarifs non agricoles sont réduits de 50 % dans les pays à revenu élevé, de 33 % dans les pays en développement, et pas du tout dans les pays les moins avancés.

Scénario 3. Les pays en développement (y compris les moins avancés) adhèrent pleinement au Cycle de Doha en réduisant leurs tarifs consolidés (pas forcément effectifs) du même pourcentage que les pays à revenu élevé du scénario 2.

Scénario 4. Libéralisation intégrale.

Que se passe-t-il? Au scénario 1, la hausse du revenu mondial profite pour l’essentiel aux pays à revenu élevé appliquant des réformes, qui récupèrent les pertes d’efficacité découlant de propres distorsions. Les gains (largement attribuables à l’amélioration des termes de l’échange) des pays d’Afrique subsaharienne sont de 0,4 milliard de dollars seulement, moins de 1/10 de 1 % de leur revenu initial. Ce résultat révèle la difficulté pour ces pays de tabler sur un accès accru aux marchés des pays industrialisés dans le Cycle de Doha, même dans le secteur agricole, qui fait l’objet de graves distorsions.

Au scénario 2, les gains doublent pratiquement pour toute l’Afrique subsaharienne, encore que certains pays affichent une légère perte. Ce résultat montre que certains pays africains peuvent perdre si le surcroît d’érosion des préférences qui en résulte dans les pays industrialisés n’est pas compensé par un regain d’accès aux marchés ailleurs. En même temps, le résultat global souligne l’importance des marchés des pays en développement, où des réductions tarifaires, même modérées, rehausseraient nettement l’accès aux marchés pour l’ensemble du continent.

Au scénario 3, les gains de l’Afrique subsaharienne quadruplent, avoisinant 0,3 % du revenu initial, même si la réduction sensible des tarifs consolidés n’abaisse pas de beaucoup les tarifs effectifs.

Au scénario 4, les gains de l’Afrique subsaharienne quadruplent de nouveau, dépassant 1 % du revenu initial.

Á l’évidence, l’Afrique doit absolument conjuguer ses efforts de libéralisation avec ceux des autres pays en développement pour que les pays pauvres d’Afrique subsaharienne tirent parti du Cycle de Doha. L’impact négatif de l’érosion des préférences est facilement surmontable si ces pays réduisent leurs tarifs effectifs, même légèrement, en abaissant nettement leurs tarifs consolidés. La libéralisation des pays industrialisés est aussi importante, mais son efficacité dépend surtout de l’influence de ces pays sur les engagements globaux en matière de libéralisation dans le Cycle de Doha, et de l’accès direct aux marchés qu’ils peuvent offrir aux pays africains.

L’Afrique doit absolument conjuguer ses efforts de libéralisation avec ceux des autres pays en développement pour que les pays pauvres d’Afrique subsaharienne tirent parti du Cycle de Doha.

L’importance des baisses de tarifs des pays en développement (Afrique subsaharienne exclue) est aussi évidente à travers leur impact sur les exportations africaines. Au scénario 2, mis à part l’essor combiné des exportations agricoles et non agricoles vers les pays en développement, Afrique subsaharienne incluse, la hausse des exportations agricoles vers les pays à revenu élevé ne saurait compenser totalement la baisse des exportations de biens industriels, résultat qui reflète l’impact de l’érosion des préférences. Il importe également de noter que les pays en développement fourniraient près de la moitié du surcroît d’importations dont les pays d’Afrique subsaharienne ont besoin pour atteindre l’objectif de revenu globalement positif dans ce scénario.

Incidence sur la politique économique

L’érosion des préférences serait un résultat inévitable de la libéralisation visée par le Cycle de Doha, mais une stratégie de riposte minimisant cette érosion ne serait pas une solution durable. L’abaissement global des barrières commerciales dans tous les pays membres de l’OMC servirait le mieux les intérêts de l’Afrique. Dans cette optique, les pays africains (y compris les moins avancés), qui ne sont pas tenus de réduire leurs propres tarifs dans le Cycle de Doha, doivent cibler une libéralisation réciproque.

L’engagement ferme et ambitieux de l’Afrique à consolider et réduire ses propres tarifs contribuerait à atténuer la distorsion de ses politiques commerciales (les droits d’importation équivalant à des taxes à l’exportation) et à créer un climat plus favorable à l’investissement, car bien des pays africains en ont désespérément besoin. Il renforcerait aussi la position de l’Afrique dans les négociations commerciales et lui permettrait d’exiger un traitement spécial et préférentiel facilitant l’ajustement structurel. Par ailleurs, des réformes ambitieuses seraient un argument plus efficace pour solliciter une aide au commerce, ce qui améliorerait la capacité du continent à accroître ses exportations en stimulant l’offre intérieure et à renforcer sa compétitivité à l’exportation.

Des exemplaires du document d’analyse du FMI no 05/8, Africa in the Doha Round: Dealing with Preference Erosion and Beyond, de Yongzheng Yang, est disponible au prix de 15 dollars auprès du Service des publications du FMI. Pour commander, voir instructions page 96. Le texte intégral peut aussi être consulté sur le site Internet du FMI (www.imf.org).

Réorientation des échanges

Le commerce entre l’Afrique et les pays en développement a connu une croissance phénoménale au cours des deux dernières décennies et demie.

Citation: 35, 6; 10.5089/9781451976250.023.A006

(pourcentage du total)

Source: FMI, Direction of Trade Statistics.

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