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Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
November 2006
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Burundi: vers un avenir meilleur au sortir du conflit

Des décennies d’instabilité politique et de conflit civil ont pesé lourdement sur les capacités institutionnelles et productives du Burundi. Aujourd’hui, toutefois, selon une récente étude du FMI, les perspectives sont meilleures alors que le pays s’emploie à stabiliser sa situation macroéconomique et à opérer des réformes structurelles pour accélérer la croissance et réduire la pauvreté.

Le Burundi faisait ses premiers pas vers la démocratie lorsqu’un coût d’État a eu lieu en 1993. Le conflit civil prolongé qui s’ensuivit a dévasté l’économie (graphique 1). En raison des problèmes de sécurité, un grand nombre de Burundais ont été déplacés, l’activité économique a chuté et les donateurs ont réduit leur aide financière. Un blocus imposé par les pays voisins en 1996 a causé des restrictions économiques encore plus graves.

Graphique 1Une dévastation générale

Le conflit civil a entraîné un effondrement du revenu par habitant et la dette extérieure est devenue insoutenable.

Citation: 35, 20; 10.5089/9781451976908.023.A006

Sources: autorités du Burundi; estimations des services du FMI.

Entre 1993 et 2005, le revenu réel par habitant a diminué de près de moitié, pour avoisiner 110 dollars par an, et le taux de pauvreté a atteint près de 60 % en 2001. Selon le Programme des Nations Unies pour le développement, le Burundi est aujourd’hui l’un des pays les moins développés du monde. En 2000, les déséquilibres financiers s’étaient creusés, la dette extérieure était devenue insoutenable et la forte participation de l’État dans l’économie avait affaibli considérablement le secteur productif. La productivité totale des facteurs a diminué constamment entre 1993 et 2000, en particulier dans l’agriculture, qui représente environ la moitié du PIB.

Le Burundi en bref

Sources: autorités du Burundi; estimations des services du FMI.

Les mauvais résultats des entreprises publiques, aggravés par la baisse des cours mondiaux des produits de base à la fin des années 90, ont entraîné de lourdes pertes financières, des arriérés de paiements extérieurs et intérieurs, et la décapitalisation de secteurs agricoles importants tels que le café, qui représente 80 % des exportations. Ces pertes ont aggravé la situation budgétaire, alors même qu’une accumulation des prêts improductifs a affaibli le système financier.

Accélérer la croissance et accroître les dépenses sociales

Le récent bilan économique du FMI a mis l’accent sur les moyens d’accélérer la croissance et l’accroissement des dépenses sociales en vue d’atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement. Le programme appuyé par la facilité du FMI pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance est resté en bonne voie en 2005, bien que la croissance ait été inférieure à l’objectif, principalement à cause d’une mauvaise récolte de café et de la sécheresse dans le Nord. L’inflation a baissé notablement, du fait du resserrement monétaire et de l’appréciation de la monnaie en valeur nominale.

Les administrateurs du FMI félicitent les autorités pour leur exécution du programme en 2005 dans un contexte difficile au sortir du conflit. Des progrès ont été accomplis dans les domaines du budget, de la monnaie et du change, mais les réformes dans les secteurs productifs, qui sont essentielles pour pérenniser la reprise, ont pris du retard. Les administrateurs encouragent les autorités à poursuivre les réformes structurelles qui stimuleront l’activité du secteur privé, amélioreront le climat des affaires et relanceront les privatisations.

Burundi200320042005Proj.

2006
(variation en pourcentage)
PIB à prix constants−1,24,80,96,1
Indice des prix à la consommation10,78,013,42,5
(en pourcentage du PIB)
Total des dépenses et des prêts nets34,939,836,841,8
Solde des transactions courantes21,1−25,5−34,3−37,9
Sources: autorités du Burundi; estimations des services du FMI.
Sources: autorités du Burundi; estimations des services du FMI.

Les administrateurs saluent les excellents résultats budgétaires et la bonne tenue des recettes, en dépit des réductions des droits de douane. Il faut améliorer la gestion des dépenses publiques et renforcer l’exécution du budget, le contrôle financier et les pratiques en matière de passation des marchés publics. Il convient aussi de renforcer la gouvernance et la transparence, notamment en réduisant progressivement l’intervention de l’État dans l’économie. Les administrateurs soulignent la nécessité de consolider le contrôle bancaire et d’adopter des lois pour combattre le blanchiment de l’argent et affermir l’indépendance de la banque centrale. Ils soulignent que le Burundi doit continuer de bénéficier d’un financement sous forme de dons.

Un rebond de la croissance et une nouvelle baisse de l’inflation sont prévues pour 2006. Le programme prévoit des crédits budgétaires pour répondre aux besoins sociaux urgents, tout en veillant à la stabilité macroéconomique, notamment en réorientant les dépenses de sécurité vers les domaines sociaux. L’exécution du programme pourrait aider à faire de 2006 une année charnière dans le redressement économique du pays.

Les prémices du redressement économique

En s’appuyant sur l’accord de paix d’Arusha en 2000, le Burundi a commencé à accomplir des progrès sur plusieurs fronts, et il a pu s’employer à stabiliser la situation macroéconomique et à opérer des réformes pour faire reculer la pauvreté et accélérer la croissance. Grâce à l’amélioration de la sécurité et au soutien accru de la communauté internationale, notamment avec le programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration lancé en 2004, la croissance a commencé à s’accélérer pour atteindre en moyenne 2 % entre 2001 et 2005.

Le pays a commencé aussi à réduire ses déséquilibres financiers élevés et à alléger les restrictions de change et aux échanges. Les autorités ont réduit le taux supérieur des droits d’importation de 100 % en 2003 à 30 % en 2005, et la marge entre les taux de change parallèle et officiel a disparu (graphique 2). Les réformes ont conduit à un meilleur recouvrement de l’impôt et à une hausse des recettes; conjuguées à la hausse de l’aide extérieure, elles ont permis d’accroître les dépenses publiques, en particulier celles qui répondent aux besoins sociaux de base et l’investissement.

Graphique 2Un virage

La libéralisation du régime de change et les réformes économiques ont stabilisé le taux de change, et le marché parallèle a été réabsorbé.

(taux de change moyen; francs burundais par dollar EU)

Citation: 35, 20; 10.5089/9781451976908.023.A006

Sources: autorités du Burundi; estimations des services du FMI.

En 2005, l’État a commencé aussi à réduire son rôle dans le secteur du café en en libéralisant le commerce. L’étape suivante consiste à privatiser les entreprises publiques de nettoyage et de décorticage du café. L’objectif ultime n’est pas seulement d’accroître la productivité, mais aussi de permettre au Burundi de devenir un producteur spécialisé dans le café arabica de montagne à fort rapport. Si la réforme est opérée, la production et la qualité du café pourraient se redresser et même dépasser les records. Par exemple, si la récolte de 2005 avait été comparable à la moyenne de 1990–93, le revenu par producteur aurait été supérieur de 50 %.

En août 2005, un gouvernement démocratiquement élu est entré en fonction. En septembre 2006, le dernier groupe de rebelles a signé un accord de paix avec le gouvernement.

Les enjeux

Le Burundi est sur la bonne voie, mais il reste des problèmes qui nécessiteront un effort de réforme soutenu. Celui-ci est présenté dans un document de stratégie pour la réduction de la pauvreté qui a été adopté par le Burundi en septembre 2006. Le pays doit mettre en place un cadre favorable à l’investissement privé, ce qui permettra au secteur privé d’être le moteur de la croissance. Dans le secteur public, il faut renforcer les capacités administratives et la qualité des institutions avec l’aide de la communauté internationale.

Pour venir à bout des problèmes sociaux qui sont bien établis, l’État doit réorienter ses dépenses au profit des pauvres. Il faut s’attaquer aussi aux obstacles dans le secteur agricole, qui emploie plus de 80 % de la population active. Le Burundi a adopté une méthode graduelle pour privatiser les actifs considérables de l’État, attirer l’investissement privé et accroître la valeur ajoutée.

Il est important de renforcer la gestion financière publique pour veiller à ce que les dépenses soient efficientes et classées par ordre de priorité. À cet effet, le Burundi a mis en place en 2004–05 un système informatisé qui a amélioré le contrôle, le suivi et la déclaration des dépenses. Il s’agit maintenant, avec l’assistance technique du FMI, d’appliquer ce système aux ministères dépensiers, ainsi que d’y inclure la gestion de la solde, les recettes et les dépenses-projets. Les autorités comptent aussi élaborer un cadre des dépenses à moyen terme qui les aiderait à exécuter leur stratégie de réduction de la pauvreté.

Paul Mathieu, Alvaro Manoel et Olivier Basdevant FMI, Département Afrique

Le présent article s’inspire du rapport du FMI no 06/307, Burundi: Selected Issues and Statistical Appendix. Il est disponible au prix de 15 dollars auprès du Service des publications du FMI. Pour commander, voir page 324.

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