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Prévoir l’évolution de la politique monétaire de la BCE

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
July 2006
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Certains comportements économiques sont, on le sait, influencés par les facteurs géographiques. Ainsi, les entreprises d’un même secteur ont tendance à se concentrer en un même lieu, chacune espérant tirer parti de la proximité des autres pour améliorer sa productivité. L’existence de places financières montre que le secteur financier ne fait pas exception à cette règle. La géographie joue aussi un rôle dans les performances des investisseurs: les investissements locaux sont souvent plus rentables que les investissements lointains. Ces conclusions s’appliquent-elles également à la politique monétaire? En d’autres termes, la géographie peut-elle expliquer l’hétérogénéité des prévisions des analystes dans ce domaine? Des différences de comportement systématiques liées à cette dimension géographique pourraient apparaître, par exemple, dans de grandes zones monétaires telles que les États-Unis ou l’Union économique et monétaire (UEM) européenne, qui englobent des régions vastes et diverses.

Un nouveau document de travail du FMI pose cette question dans le cas de la Banque centrale européenne (BCE) et montre que les prévisions des analystes de la politique monétaire de la BCE sont d’une exactitude très variable. Il met en lumière l’existence d’effets d’agglomération des marchés financiers dans la zone euro, où les analystes de certaines places financières tirent beaucoup mieux leur épingle du jeu que les autres. Les études en cours conduisent aussi les auteurs à penser que la BCE n’est pas la seule banque centrale confrontée à ce type d’anticipations hétérogènes.

Pour mieux comprendre pourquoi les prévisions des analystes varient à ce point, l’étude s’appuie sur une base de données recueillant, entre 1999 et 2005, les anticipations d’analystes financiers de 120 institutions établies dans 24 pays. Leur analyse par Reuters fait ressortir la qualité très inégale des prévisions (voir graphique). Le premier décile des institutions qui participent à l’enquête affiche une erreur de prévision inférieure de 8 points de base, en moyenne, à celle du décile des institutions les moins performantes. L’écart est significatif, puisque les 8 points de base qui séparent les meilleures prévisions des moins fiables représentent à peu près un tiers de la variation type (25 points de base) du taux directeur de la BCE durant cette période.

Anticiper l’évolution de la politique monétaire

Tous les analystes sont loin de prévoir les décisions monétaires de la BCE avec la même précision. (pourcentage)

Source: Reuters, étude portant sur 120 institutions établies dans 24 pays, période 1999–2005.

Les raisons de cette variabilité

Pourquoi les anticipations de la politique monétaire de la BCE sont-elles si hétérogènes? L’analyse fait apparaître que la géographie influe sur l’exactitude de ces prévisions. D’un pays à l’autre, les anticipations relatives à l’évolution du taux directeur de la BCE affichent une variance surprenante, en particulier pour les premières années étudiées. Mais leur exactitude dépend davantage de l’existence d’une place financière que de la nationalité des analystes: les meilleures prévisions sont faites le plus souvent à Londres et à Francfort. Elles tendent à être moins fiables, par ailleurs, lorsqu’elles sont faites très loin de Francfort. Les analystes présents dans les places financières ou à proximité de celles-ci ont à l’évidence un avantage sur les observateurs plus éloignés.

L’histoire influe elle aussi sur l’exactitude des prévisions. Les analystes des pays où l’indépendance de la banque centrale est une tradition bien établie tendent à mieux prévoir le comportement de la BCE. Enfin, les conditions macroéconomiques nationales semblent de même peser sur l’exactitude des prévisions, moins précises quand l’analyste se trouve dans un pays dont l’inflation ou le chômage s’écarte de la moyenne de la zone euro.

Ces variations de la capacité de prévision sont-elles systématiques ou tiennent-elles davantage à l’idiosyncrasie de chaque analyste? Le document de travail conclut que, si certaines différences observées sont systématiques et persistantes, d’autres ont un caractère transitoire qui atteste que l’on assiste en fait à un processus d’apprentissage.

Les travaux engagés par les auteurs laissent penser que ce problème ne concerne pas seulement la BCE: aux États-Unis, la qualité des prévisions des analystes qui suivent la Réserve fédérale montre elle aussi une forte hétérogénéité régionale. La base de données relative à ces prévisions, plus étoffée, tend à accréditer l’idée que les performances supérieures à la moyenne observées dans les grands centres financiers du pays sont dues en partie à la présence sur place d’économistes de haut niveau, ce qui indiquerait que la qualité des prévisions s’explique aussi en partie par les compétences des analystes eux-mêmes.

Helge Berger, Université libre de Berlin

Michael Ehrmann et Marcel Fratzscher, Banque centrale européenne

Le document de travail n° 06/41, Forecasting ECB Monetary Policy: Accuracy Is (Still) a Matter of Geograph, est disponible au prix de 15 dollars auprès du Service des publications du FMI. Pour commander, voir page 208. Le texte intégral peut aussi être consulté sur le site du FMI (www.imf.org).

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