FMI Bulletin Vol.35, No.22 Decembre 2006

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Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
December 2006
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Un programme de travail rigoureux pour le FMI

Dans une déclaration devant le Conseil d’administration sur le programme de travail du FMI pour les prochaines années, Rodrigo de Rato, Directeur général, a annoncé que l’organisation devait exploiter la dynamique de l’Assemblée annuelle de Singapour et opérer des réformes visant à mieux aligner les quotes-parts des pays membres sur l’évolution de l’économie mondiale et à protéger la participation et la représentation des pays à faible revenu.

Le programme de travail d’ici les réunions de printemps sera axé aussi sur l’application des éléments restants de la stratégie à moyen terme, notamment le renforcement des activités de base de l’organisation, à savoir la surveillance de l’économie mondiale et les conseils aux pays membres. Le FMI renforce son cadre de surveillance et cherche à mieux cibler ses activités de surveillance (voir aussi page 348). Le FMI s’étant engagé à répondre aux besoins en évolution de ses pays membres, il intensifiera aussi ses travaux sur la conception de politiques permettant de soutenir davantage les pays émergents et les pays à faible revenu (voir article sur l’amélioration du cadre de viabilité de la dette ci-dessous).

Étant donné l’importance et le caractère difficile du programme de travail, il sera essentiel d’en établir les priorités avec soin et de bien en enchaîner les éléments. Ce programme est ambitieux, d’une part en raison du travail du personnel et des débats du Conseil qu’il impliquera et, d’autre part, en raison de l’action d’information dynamique qui constituera un élément essentiel de la réforme des quotes-parts et de la représentation, de la réforme du cadre de surveillance et d’un accord sur la manière dont le FMI peut renforcer son appui aux pays émergents et améliorer ses outils de prévention des crises.

Le texte intégral de la déclaration de M. de Rato sur le programme de travail est disponible sur le site Internet du FMI (www.imf.org); voir communiqué de presse n° 06/267.

Actualisation du cadre de viabilité de la dette

Après avoir allégé la dette des pays très endettés les plus pauvres, le FMI et la Banque mondiale renforcent leur cadre de viabilité de la dette, qui vise à aider les pays à faible revenu à adopter des stratégies d’emprunt prudentes et à favoriser un meilleur échange de l’information entre créanciers et emprunteurs.

Adnan Mazarei et Martine Guerguil, du Département de l’élaboration et de l’examen des politiques du FMI, ont expliqué à des journalistes le 7 décembre qu’une réduction spectaculaire de la charge de la dette au titre de l’initiative d’allégement de la dette multilatérale avait offert aux pays à faible revenu la possibilité d’investir davantage en vue d’atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement, mais qu’elle crée aussi de nouvelles sources de vulnérabilité qui pourraient aboutir à une autre série de problèmes d’endettement.

Si l’essor de «donateurs émergents», tels que le Brésil, la Chine, l’Inde et les pays producteurs de pétrole, offre de nouvelles ressources éventuelles pour le développement économique, il exige aussi des décisions fondées de la part des emprunteurs et un meilleur échange de l’information parmi les créanciers afin d’éviter un mauvais emploi de ces ressources.

Améliorer le cadre

Pour aider les emprunteurs et les prêteurs à mieux opérer dans ce nouveau contexte, le cadre révisé

  • Fournit une base plus solide pour les projections de croissance. Le surendettement est souvent provoqué par une croissance faible.
  • Attire l’attention lorsque l’accumulation de la dette ou les hypothèses de croissance sont anormalement élevées.
  • Évalue avec soin le financement non concessionnel. Les pays à faible revenu doivent continuer d’emprunter à des conditions concessionnelles, les emprunts non concessionnels étant examinés au cas par cas.
  • Permet de mieux diffuser les données et coordonner l’action. Tous les emprunteurs et créanciers doivent se familiariser avec cet outil et le FMI redoublera d’efforts pour veiller à ce qu’il soit mieux utilisé par ses services.

L’objectif ultime est d’aider les autorités des pays à faible revenu à concevoir leur propre stratégie d’emprunt. Le cadre constituera un élément essentiel des entretiens du FMI avec les pays membres et un programme d’assistance technique sera établi afin de renforcer la capacité des pays d’utiliser ce cadre sans aucune aide.

Veuillez consulter le site Internet du FMI (www.imf.org) pour des informations plus détaillées sur le cadre de viabilité de la dette, notamment le document intitulé Applying the Debt Sustainability Framework for Low-Income Countries Post Debt Relief, et la note d’information au public n° 06/136, IMF Executive Board Discusses the Application of the Debt Sustainability Framework for Low-Income Countries Post Debt Relief.

Entrevue avec Jaime Caruana: Comment mettre plus en valeur les travaux financiers du FMI

En août dernier, Jaime Caruana, précédemment Gouverneur de la Banque d’Espagne et Président du Comité de Bâle sur le contrôle bancaire, a pris les rênes du nouveau Département des marchés monétaires et de capitaux du FMI. M. Caruana, qui a été membre du Forum de stabilité financière, a aussi été Directeur du Trésor en Espagne. Auparavant, il avait travaillé dans le secteur privé, dirigeant des services de placement et des sociétés privées de gestion de fonds pendant quelque 10 ans. Laura Wallace, du Bulletin du FMI, évoque avec lui l’importance accrue que le FMI donne aux secteurs financiers, ainsi que les perspectives des marchés financiers mondiaux et certains problèmes qui se profilent dans le domaine réglementaire.

Bulletin du FMI : Vous allez diriger un nouveau département qui doit servir de pôle d’excellence pour les travaux dans les domaines des marchés de capitaux et des secteurs financiers. Quels sont, d’après vous, les principaux défis à relever par ce département?

M. Caruana: Notre premier défi est de bien connaître les grandes tendances des secteurs financiers et des marchés. Nous n’opérons pas sur les marchés, ni n’avons de salle des marchés, de sorte qu’il nous faudra nous organiser autrement. Plus important encore, nous devrons intégrer toutes ces connaissances dans les activités générales du FMI, ce qui impliquera une meilleure collaboration avec les autres départements. Deuxièmement, nous devrons donner aux pays membres et aux départements géographiques l’aide qu’ils attendent en matière de surveillance et de renforcement des capacités. Troisièmement, nous devrons tout faire pour attirer et former les personnes les plus compétentes et les conserver. Je m’appuie beaucoup sur les connaissances et les conseils des personnes très qualifiées que compte le département.

Bulletin du FMI : Comment le FMI intégrera-t-il les travaux sur les marchés de capitaux et les secteurs financiers dans ceux sur la surveillance macroéconomique?

M. Caruana: Des propositions très pratiques ont été faites par un groupe de travail du FMI qui a étudié comment intégrer les questions financières aux consultations au titre de l’article IV, l’examen bilatéral que nous faisons régulièrement des économies des pays membres. Ces propositions, qui sont éclectiques, préconisent fondamentalement d’analyser les marchés de façon à déceler les premiers signaux susceptibles d’orienter le dialogue avec les pays membres, de poursuivre et systématiser le genre d’études que le FMI effectue actuellement sur la viabilité et l’efficacité des secteurs financiers et d’examiner en profondeur les risques, y compris leur probabilité et leur impact macroéconomique éventuel. Ces travaux seraient renforcés par l’analyse mondiale des risques que fait le département dans son rapport semestriel sur la stabilité financière dans le monde (Global Financial Stability Report).

Bulletin du FMI : Le dernier GFSR souligne que, bien que les marchés de capitaux aient surmonté les récents remous, de nombreux risques subsistent. Qu’en est-il aujourd’hui?

M. Caruana: Les systèmes financiers continuent de fonctionner selon le scénario central favorable établi à l’échelle mondiale, mais, comme l’indiquent les éditions de septembre du GSFR et des Perspectives de l’économie mondiale, certains risques macroéconomiques existent (notamment, une faible croissance due en partie aux déséquilibres mondiaux, ainsi qu’à l’inflation et au ralentissement du secteur de l’immobilier aux États-Unis). En outre, on craint que les marchés n’intègrent pas pleinement les risques, à en juger par les marges très basses et l’instabilité observées sur de nombreux marchés. Par ailleurs, les marchés sont de plus en plus complexes. Si les instruments financiers à l’origine de cette complexité contribuent à la stabilité, ils risquent aussi d’amplifier d’éventuels remous. De plus, les pays émergents bénéficient de marges faibles, qui tiennent fondamentalement à de très bonnes raisons, mais les problèmes pourraient réapparaître si la situation redevenait plus critique. Enfin, la forte croissance du crédit sur certains marchés, surtout lorsqu’elle s’accompagne d’un risque de change élevé, suscite des inquiétudes d’ordre macroéconomique et prudentiel.

Bulletin du FMI : Vous mentionnez la complexité croissante des marchés. Les dérivés et les fonds spéculatifs empêchentils les risques de toucher un nombre élevé d’investisseurs ou les accroissent en les concentrant et en les rendant ainsi plus difficiles à suivre?

M. Caruana: Les dérivés et les fonds spéculatifs ont beaucoup aidé à transférer les risques à un nombre nettement plus élevé d’investisseurs. En ce sens, ils ont été un facteur de stabilité. Ils ont aussi accru la liquidité et réduit les inefficiences du marché. Cependant, la répartition des risques est un sujet que nous ne connaissons pas assez bien et ces nouvelles structures doivent encore être testées dans des situations vraiment difficiles.

Bulletin du FMI : L’accroissement massif du capital–investissement présente-t-il des risques et cette tendance rend-t-elle nettement plus vulnérables les structures de financement (sociétés criblées de dettes) et favorise-t-elle une vision à court terme?

M. Caruana: Le capital–investissement est une notion qui couvre de nombreuses formes de financement (capital risque, capital d’amorçage, opérations de rachat, notamment) qui peuvent contribuer à la restructuration ou au développement des entreprises. Ce type de financement progresse fortement, surtout les rachats qui, comme vous le dites, peuvent alourdir l’endettement. Le fait que ces rachats soient de plus en plus financés par l’emprunt et que, parfois, le retour sur investissement soit recherché dans des délais de plus en plus courts, suscite certaines craintes. Cependant, il est trop tôt pour dire s’il s’agit d’un problème systémique. Nous devons suivre de près ces évolutions et les autorités de contrôle prêtent de plus en plus attention aux excès qui peuvent être observés sur ces marchés.

«Nous souhaitons mettre à jour nos informations sur le secteur financier de chaque pays dans un intervalle de quelques années, un cycle de cinq ans serait peutêtre normal, et le volet actualisation du programme commence à s’accélérer.»

Jaime Caruana

Bulletin du FMI : Revenons à votre département, comment pourra-t-il trouver un juste équilibre entre le volet marchés et le volet institutions? En d’autres termes, comment pourra-t-il concilier la nécessité de suivre quotidiennement les informations sur le marché avec celle de se doter d’une perspective à long terme?

M. Caruana: Les deux volets sont importants et, franchement, ils ne me semblent pas incompatibles. C’est une bonne idée d’avoir fusionné les deux départements, qui étaient l’un responsable des marchés de capitaux et l’autre de la politique monétaire et des secteurs financiers, de sorte que ces questions relèvent désormais du seul Département des marchés monétaires et de capitaux. Avec cette structure, nous serons mieux à même de suivre et d’intégrer les évolutions dans ces deux domaines. Une synergie se créera, qui nous permettra de trouver un juste équilibre entre les marchés de capitaux et les systèmes financiers, d’une part, et les institutions, d’autre part, ainsi qu’entre la surveillance et le renforcement des capacités.

Bulletin du FMI : Comment votre département aidera-t-il la communauté internationale à résoudre les déséquilibres mondiaux? Devra-t-il se concentrer sur les flux de capitaux, les régimes de change et le rôle des banques centrales dans ces flux, y compris le risque bilantiel?

M. Caruana: Nous devons replacer cette analyse dans la perspective du marché, du côté à la fois de l’offre et de la demande. L’offre est particulièrement importante, car un certain nombre d’investisseurs détiennent des avoirs extérieurs considérables dans leur portefeuille. Nous devons analyser leur position, comprendre leurs raisons et les changements dans leur comportement et en examiner les conséquences pour les futurs flux de capitaux.

Bulletin du FMI : Le département aura-t-il un rôle à jouer dans la diversification des activités financières et l’expansion des marchés financiers dans les pays émergents ou en développement?

M. Caruana: L’une de nos priorités est d’aider les marchés locaux et régionaux à être plus forts et mieux à même de s’adapter et de fonctionner dans de bonnes et de mauvaises conditions. Il est très important de réduire les facteurs de vulnérabilité, de renforcer la stabilité des systèmes financiers et de stimuler la croissance. Nous avons travaillé à la réalisation de ces objectifs par le passé et nous continuerons de le faire, en collaborant, cela va de soi, avec la Banque mondiale.

Bulletin du FMI : L’évaluation du secteur financier de la plupart des pays dans le cadre du programme conjoint FMI–Banque mondiale est maintenant achevée. Quel rôle envisagez-vous pour ces évaluations dans l’avenir?

M. Caruana: Le programme d’évaluation du secteur financier joue un rôle très important. Jusqu’à pré-sent, de premières évaluations ont été achevées pour environ les deux tiers des pays. Ce type d’opération n’a pas encore été mené dans tous les pays qui en avaient systémiquement besoin, aussi un effort reste-t-il à faire pour terminer la première série d’évaluations. Dans l’avenir, nous souhaitons mettre à jour nos informations sur le secteur financier de chaque pays dans un intervalle de quelques années, un cycle de cinq ans serait peut-être normal, et le volet actualisation du programme commence à s’accélérer. L’objectif est de beaucoup mieux cibler ces mises à jour. Elles devraient porter sur les risques soulevés dans l’évaluation générale initiale et toute information ultérieurement recueillie.

Bulletin du FMI : Quels sont les enseignements tirés de vos mandats de Gouverneur de la Banque d’Espagne et de Président du Comité de Bâle qui vous ont été les plus utiles pour vous intégrer à la culture du FMI?

M. Caruana: Ils sont nombreux, mais les deux les plus utiles concernent les marchés et les incertitudes. Lorsque vous êtes banquier central, vous apprenez l’importance que revêt une bonne communication, afin de guider les anticipations des marchés. Il faut absolument comprendre ce que font les marchés, recueillir le maximum d’informations auprès d’eux et combler les différences entre vos anticipations et les leurs. Cela ne signifie pas que les banques centrales doivent répondre à toutes les attentes des marchés, mais elles doivent bien expliquer leurs politiques, leurs objectifs et leurs décisions. J’ai beaucoup appris sur ce sujet au Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne. En ce qui concerne le contrôle bancaire, j’ai appris qu’il était indispensable d’être clairvoyant, de l’aborder sous l’angle des risques et de faire en sorte que les normes et les règles reposent sur une structure bien comprise des incitations de façon à ce que les institutions financières continuent de se renforcer et de mettre en place de meilleurs dispositifs de gestion des risques.

Bulletin du FMI : Que pensez-vous du dumping réglementaire: des sociétés s’exilent à Londres pour ne pas tomber sous le coup des nouvelles contraintes de la loi Sarbanes-Oxley adoptée en 2002 à la suite de retentissants scandales dans les milieux comptables et le monde des entreprises?

M. Caruana: Les questions de compétitivité ne sont pas faciles à traiter. Nous devons être prudents, car de nombreux facteurs sont en jeu; nous n’avons pas affaire à un texte unique. Le gouvernement des États-Unis examine actuellement les aspects de sa réglementation qui peuvent influer sur la compétitivité des marchés financiers de ce pays. De façon plus générale, il est vrai qu’avec la mondialisation des marchés, il faut prêter davantage attention dans les règlements aux problèmes de compétitivité, à l’uniformisation des règles du jeu et aux incitations. Là encore, notre démarche doit être plus multilatérale et faire ressortir le bien-fondé de l’adoption de normes internationales.

«… j’ai appris qu’il était indispensable d’être clairvoyant, d’aborder le contrôle sous l’angle des risques et de faire en sorte que les normes et les règles reposent sur une structure bien comprise des incitations de façon à ce que les institutions financières continuent de se renforcer et de mettre en place de meilleurs dispositifs de gestion des risques.»

Jaime Caruana

Bulletin du FMI : Quels sont les avantages pour le FMI d’une collaboration plus étroite avec la Banque mondiale, les organes de réglementation comme le Comité de Bâle et l’Organisation internationale des commissions de valeurs, la Banque des règlements internationaux et le secteur privé?

M. Caruana: En fait, la collaboration fonctionne déjà très bien. S’agissant du programme d’évaluation du secteur financier, notre coopération avec la Banque mondiale est bonne. Les organes de réglementation préparent les normes et, dans le cadre de ses travaux avec ses membres, le FMI contribue à leur application et donne en retour à ces organes des informations très utiles. En réalité, le FMI a beaucoup fait pour améliorer les principes de base sur le contrôle bancaire du Comité de Bâle et sur celui des assurances de l’Association internationale des contrôleurs d’assurance. Cela dit, les marchés évoluant constamment, on voit mal comment cette collaboration pourrait être statique.

Bulletin du FMI : Alors que les groupes financiers sont de plus en plus internationaux, les contrôleurs ne disposent que d’une compétence nationale. Comment envisagezvous d’internationaliser le contrôle, ainsi que la gestion des crises? Êtes-vous en faveur d’un contrôle régional, comme dans l’Union européenne par exemple?

M. Caruana: Il est vrai que, pour les grandes institutions financières, la situation est difficile, car elles doivent gérer des risques à l’échelon international alors qu’elles sont assujetties à des règlements à l’échelon national. Quelle est la solution? Premièrement, il est important d’avoir des normes mondiales, comme dans les domaines de la banque, des assurances et des valeurs mobilières. Deuxièmement, il est crucial d’intensifier la collaboration entre les contrôleurs, ce qui se fait déjà dans une certaine mesure. Quant à l’UE, c’est un cas très spécial. Elle est en avance, en partie parce qu’elle peut adopter des directives et règlements qui s’appliquent à tous ses membres. Cependant, le système décentralisé de coopération entre les contrôleurs devrait fonctionner aussi efficacement qu’un système de contrôle régional unique, aussi faut-il poursuivre les travaux sur la coordination des dispositifs de résolution des crises et d’assurance-dépôt.

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