FMI Bulletin Vol.35, No.17 Septembre 2006

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Entretien avec David Burton: L’Asie et le monde ont beaucoup à gagner d’un FMI robuste

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
September 2006
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La prochaine Assemblée annuelle du FMI et de la Banque mondiale à Singapour se tiendra dans un contexte mondial où l’Asie joue un rôle plus dynamique et où le FMI réforme sa gestion, ses conseils et ses opérations pour faire face à la mondialisation et aux besoins changeants de ses membres. Dans un entretien avec le Bulletin du FMI, David Burton, Directeur du Département Asie et Pacifique et Président du groupe de travail interne qui a proposé des modifications aux quotes-parts des pays membres, souligne l’importance des progrès en matière de voix et de quotes-parts et évoque les possibilités et les défis que l’avenir réserve à la région Asie.

BULLETIN DU FMI: Quel sera l’impact d’un ajustement des quotes-parts et des voix des pays membres pour la Chine et la Corée, et finalement pour la région Asie? Que répondez-vous à ceux qui estiment que cela ne changera pas le statu quo au FMI?

M. BURTON: Le 31 août, le Conseil d’administration a approuvé une grande réforme des quotes-parts et des voix attribuées, qui a été soumise au Conseil des gouverneurs pour approbation (le vote aura lieu le 18 septembre). L’objectif est double: ajuster les quotes-parts des pays selon leur poids dans l’économie mondiale — mesure bénéfique à certains pays émergents, dont certains en Asie — et garantir une voix et une participation adéquates aux petites économies, y compris de nombreux pays à faible revenu.

Nous avons progressé sur ce plan parce que les pays considèrent ces réformes comme étant cruciales pour l’efficacité et la crédibilité futures du FMI. Les pays reconnaissent aussi que ce n’est pas un jeu à somme nulle. Les réformes renforceront le FMI, et tous les pays y gagneront, y compris ceux d’Asie. La Chine, la Corée, le Mexique et la Turquie obtiendront la première hausse ponctuelle des quotes-parts. Mais d’autres pays émergents dynamiques devraient tirer parti des autres réformes envisagées.

Aux critiques, je réponds que les réformes proposées susciteront des progrès sensibles dans l’ajustement des quotes-parts sur les deux prochaines années; elles seront sources de flexibilité à l’avenir. Elles consistent à accroître les voix de base pour la première fois depuis la création du FMI et à établir un mécanisme préservant la proportion de voix de base dans le total des voix attribuées. La structure des voix attribuées ne changera pas du jour au lendemain: le FMI étant un organisme de coopération, le changement doit être mesuré et respectueux des intérêts de tous les pays.

BULLETIN DU FMI: Quel est le rôle stratégique du FMI en Asie?

M. BURTON: Le FMI salue le vif redressement de l’Asie après la crise de 1997–98 et sa croissance spectaculaire, un record parmi les marchés émergents ces dernières années. Le rôle du FMI redevient plus normal et plus enviable, car il se consacre désormais à sa mission classique: la surveillance.

Comme les autres régions, l’Asie jouit d’une surveillance effective du FMI, notamment à travers le nouvel instrument de consultation multilatérale. La région est très ouverte aux capitaux et aux échanges, et elle a beaucoup à gagner de la stabilité financière et de la croissance économique mondiales — deux objectifs que peut promouvoir un FMI solide.

Dans le cadre de sa stratégie à moyen terme, et à la demande des pays d’Asie, le FMI axe ses conseils sur la prévention des crises, le contrôle des systèmes financiers et le renforcement de la surveillance régionale et mondiale. De plus, bien des pays de la région peinent encore à maîtriser leurs déficits budgétaires et leur dette publiques; dans certains cas, d’autres progrès sont nécessaires dans les réformes structurelles, le renforcement des systèmes financiers et l’amélioration du climat d’investissement. Autant de domaines où les connaissances et l’expérience internationale du FMI peuvent être utiles.

Les économies émergentes d’Asie bénéficieraient aussi des ressources du FMI en cas de besoin. Certains pays ont amassé d’importantes réserves et renforcé leurs liens économiques régionaux, mais la détention de ces réserves coûte cher et les financements régionaux, qui complètent l’aide du FMI, ont des limites. Le FMI envisage un nouvel instrument de liquidité qui permettrait aux pays émergents ayant de bonnes politiques d’obtenir un surcroît de protection sans qu’il soit nécessaire de détenir de vastes réserves de précaution. À notre avis, un tel instrument conviendrait à l’Asie.

BULLETIN DU FMI: Quelles sont les perspectives d’une intégration financière accrue dans la région?

M. BURTON: Les économies asiatiques sont bien intégrées aux marchés financiers mondiaux. Mais l’intégration financière régionale — mesurée notamment par les flux bancaires ou de portefeuille entre pays — est beaucoup moins avancée. La consolidation des liens financiers intrarégionaux est vitale pour des autorités soucieuses de mieux utiliser l’épargne record de la région, et peut contribuer à doper les échanges.

Le FMI appuie fermement les efforts visant à approfondir les marchés obligataires locaux, à développer les infrastructures du marché, à aligner la réglementation financière sur les meilleures pratiques internationales et à garantir le financement par l’Initiative de Chiang Mai. Les relations financières internationales s’inscrivent dans un processus ascendant tiré par le marché: les banques, les entreprises et les investisseurs d’Asie privilégient de plus en plus une approche continentale dans leurs décisions d’expansion, de financement et de portefeuille.

Il semble bien qu’une intégration tirée par le marché et appuyée par de bonnes institutions prendra de l’ampleur dans un avenir prévisible. L’enracinement des marchés nationaux et régionaux stimulera les flux financiers intrarégionaux et rehaussera la profondeur et l’ampleur des marchés. La solidification des liens financiers pourrait favoriser la coopération monétaire, mais l’avènement d’une monnaie unique est au mieux un objectif lointain. La convergence des structures économiques, juridiques et sociales de la région est loin d’être achevée, et il faudra attendre très long-temps pour réunir les conditions d’une union monétaire.

Pour l’heure, les pays asiatiques doivent adopter un cadrage économique conciliant la stabilisation des taux de change — pour promouvoir le commerce intrarégional de biens et de capitaux — et la gestion des flux de capitaux résultant de l’intégration financière, y compris le risque d’un brusque revirement des investisseurs. À mon avis, la meilleure façon de réaliser cet équilibre est d’assouplir la gestion des systèmes de change.

BULLETIN DU FMI: La suspension du cycle de Doha risque-telle d’intensifier la ruée vers les accords régionaux?

M. BURTON: Cette suspension est déplorable: le monde rate ainsi une grande occasion de stimuler l’économie mondiale et d’améliorer les perspectives de croissance des pays pauvres. Il se peut en effet qu’elle incite à conclure et approfondir des accords régionaux ou bilatéraux.

Ces accords commerciaux ont certes des atouts — ils favorisent la coopération douanière, l’harmonisation des normes et l’intégration économique. Mais ils peuvent aussi fausser les échanges. Pour atténuer ces risques, les accords doivent viser plusieurs produits, mettre l’accent sur une libéralisation basée sur le statut de la nation la plus favorisée, et appliquer des règles d’origine transparentes, cohérentes et libérales. Toutefois, les accords régionaux ne sauraient se substituer à une bonne réforme multilatérale. La relance du cycle de Doha revêt donc une importance capitale.

BULLETIN DU FMI: Malgré sa croissance rapide, l’Asie compte une forte proportion de pauvres. Comment le FMI peut-il l’aider à réduire la pauvreté?

M. BURTON: Le FMI entend poursuivre sa collaboration étroite avec les 17 pays à faible revenu d’Asie — un groupe divers avec des problèmes divers. Effectivement, la Chine et l’Inde ont encore des millions de pauvres en dépit de progrès notables dans la lutte anti-pauvreté. Le FMI aide de plusieurs façons. Dans certains pays, il finance les programmes d’ajustement et de réforme. Dans d’autres, il collabore avec les donateurs et d’autres organismes en matière de surveillance et d’assistance technique. Il a récemment allégé la dette du Cambodge.

Un aspect majeur de la stratégie à moyen terme du FMI est de rationaliser son assistance aux pays à faible revenu. Nous devons soutenir des mesures axées sur le marché et des institutions propices à une croissance soutenue, au commerce et à la réduction de la pauvreté. Avec les pays, nous tâchons d’orienter la politique macroéconomique sur la viabilité de la dette et la pérennité de la croissance et de maximiser la capacité de ces pays à absorber l’aide et réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement. Tous les pays à faible revenu d’Asie ont progressé dans la lutte contre la pauvreté, mais beaucoup reste à faire.

BULLETIN DU FMI: Y a-t-il des leçons que les pays en développement d’Asie et d’ailleurs peuvent tirer du succès économique de la Chine et de l’Inde?

M. BURTON: Absolument. À l’évidence, les réformes soutenues et l’ouverture au commerce valent la peine, ainsi que la réforme réglementaire et la réduction des formalités administratives. Par exemple, le secteur manufacturier indien a souffert du poids de la réglementation et des formalités d’agrément, tandis que son secteur des services a prospéré dans un régime réglementaire beaucoup plus libéral.

Par ailleurs, les infrastructures sont essentielles, et les autorités ont besoin d’espace budgétaire pour bien les développer. Cela est particulièrement vrai en Inde. De plus, vous savez à quel point le capital humain est crucial: l’investissement dans l’enseignement supérieur a contribué au succès du pays en technologies de l’information et de pointe.

Enfin, pour survivre dans un village planétaire où la production et la technologie ne cessent d’évoluer, les économies doivent gagner en souplesse. Les entreprises doivent s’adapter rapidement, d’où l’impératif de minimiser les contraintes réglementaires et administratives.

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