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Finance and Development, March 2018
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Histoires d’argent: La cigale règne sur le billet des Fidji - Le pays insulaire rend hommage à la diversité de sa faune et de sa flore

Author(s):
International Monetary Fund. Communications Department
Published Date:
April 2018
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Eszter Balázs

IL EST RARE D’APERCEVOIR DES NANAI; ces cigales ne font leur apparition qu’une fois tous les huit ans. Cet insecte arboricole au dos luisant et de couleur ocre, originaire de Viti Levu, la plus grande île des Fidji, a récemment remplacé l’effigie de la reine Élisabeth II sur le billet de cent dollars fidjiens.

En 2012, les Fidji ont décidé de se servir de leur devise officielle pour rendre hommage à leur patrimoine naturel et rappeler combien il est important de le protéger et le promouvoir. Le pays insulaire du Pacifique Sud n’est pas le premier à célébrer sa faune et sa flore sur sa monnaie. L’Afrique du Sud, la Nouvelle-Zélande et le Brésil se targuent de leurs espèces endémiques d’éléphants, de faucons et de mérous. Dans le cas des Fidji, certains de ces animaux et plantes sont gravement menacés ou n’ont pas été aperçus depuis très longtemps.

Prenons l’exemple du kulawai, ou loriquet à col rouge, le plus petit des perroquets autochtones. Recensé dans seulement 4 des 332 îles de l’archipel fidjien, l’oiseau au plumage vert taché de jaune et d’orange autour du bec et sur la queue a été vu pour la dernière fois en 1993, et d’aucuns pensent qu’il a été exterminé par une espèce envahissante de rats de navire. Cet oiseau, qui a probablement disparu, est désormais immortalisé sur le seul billet en polymère des Fidji, celui de cinq dollars.

PHOTOS: BANQUE CENTRALE DES FIDJI

En haut : le billet de 5 dollars fidjiens, avec l’oiseau kulawai. En bas : le billet de 10 dollars fidjiens, avec le poisson beli.

Le billet de dix dollars est illustré d’un beli, ou redigobius leveri, un poisson d’eau douce que l’on retrouve dans les courants rapides des hauts-plateaux fidjiens. Celui de vingt dollars affiche un oiseau qui ne niche que sur l’île de Gau, d’où le nom de kacau ni Gau attribué à ce pétrel à l’instinct pourtant voyageur. D’après les experts, on ne compte plus qu’une centaine d’oiseaux de cette espèce rarement aperçue dans la nature, jadis la mascotte de l’ancienne compagnie aérienne nationale des Fidji, Air Pacific.

Les îles Fidji ont décidé de rendre hommage à leur patrimoine naturel et rappeler combien il est important de le protéger et le promouvoir.

En plus des billets, la banque centrale des Fidji a émis une série de pièces sur lesquelles figurent d’autres espèces endémiques, dont une chimère monstrueuse, un renard volant, un perroquet, un poisson napoléon, un iguane et un faucon pèlerin.

La seule plante sélectionnée pour cette nouvelle série est la tagimoucia, la fleur la plus célèbre des Fidji qui ne pousse que sur une seule des îles. « On a essayé de la planter ailleurs dans le pays, mais elle refuse de pousser », confie Susan Kumar, directrice générale de la division de la monnaie et des services généraux au sein de la banque centrale des Fidji, qui a travaillé sur cette nouvelle série de billets, de la conception au lancement en 2012.

« En utilisant des animaux et des plantes qui n’existent qu’aux Fidji, dit-elle, nous voulions sensibiliser la population afin de protéger ces espèces pour les générations futures. Avant, personne ne parlait de l’émergence des cigales nanai et l’année dernière, lorsque ces insectes ont refait apparition, les journaux ont même publié des articles sur le phénomène. »

En haut : le billet de 100 dollars fidjiens illustrant les cigales endémiques. En bas : l’oiseau kacau ni Gau volant sur le billet de 20 dollars fidjiens.

Le choix de ce qui figure sur les billets de banque et les pièces a été fait par une équipe d’experts, dont des biologistes, des historiens du Musée national des Fidji et des membres divers de la communauté. Le comité, sous la houlette de l’ancien gouverneur de la banque centrale, Barry Whiteside, a rapidement opté pour le thème de la faune et la flore, d’après Susan Kumar. Ce qui l’a le plus enthousiasmée, ce fut de voir les illustrations s’esquisser, certaines réalisées par Louis Morris, ancien graphiste auprès du fabricant de billets De La Rue au Royaume-Uni, d’après des spécimens qui avaient été conservés.

« Un jour, je l’ai appelé pour lui poser quelques questions. Il était en train de dessiner les pétales de la tagimoucia, mais la conversation s’est poursuivie sans interruption. Il m’a par la suite montré le croquis du pétale qu’il avait créé lors de notre conversation téléphonique. Ce souvenir est gravé dans ma mémoire et j’y repense à chaque fois que je vois le billet », raconte-t-elle.

« Le public adore cette nouvelle série, poursuit-elle, les billets sont vifs et colorés et les gens s’identifient avec ce qui figure sur les billets et les pièces, c’est l’histoire naturelle de leur pays. » En ayant fait le choix d’afficher avec fierté leur patrimoine naturel, un changement important s’est produit : après 78 ans, ce pays du Commonwealth a cessé d’avoir une monnaie à l’effigie des membres de la famille royale britannique.

La collection des billets de banque illustrés avec la faune et la flore des Fidji a remporté le prix Regional Banknote of the Year en 2013 pour sa qualité artistique, sa complexité technique et sa fidèle représentation du patrimoine culturel du pays.

ESZTER BALÁZS fait partie de l’équipe de rédaction de Finances & Développement.

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