Journal Issue
Share
Finance and Development, June 2017
Article

Qu’en pensent-ils?: Les défis de la génération du millénaire vus par leurs membres

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
July 2017
Share
  • ShareShare
Show Summary Details

Niccole Braynen-Kimani et Maria Jovanovic

Les jeunes d’aujourd’hui sont-ils inquiets ou plein d’espoir? Trouvent-ils de bons emplois et épargnent-ils pour l’avenir ou peinent-ils à boucler les fins de mois? Considèrent-ils les études comme la clé du succès ou sont-ils plus attirés par l’entreprenariat hors du système établi? F&D est allé à la rencontre de jeunes leaders du monde entier pour découvrir leur opinion sur les défis de leur génération et savoir s’ils s’estiment mieux ou moins bien lotis que leurs parents.

Chine, Égypte, France, Nigéria, Pérou : notre enquête informelle nous a mené aux quatre coins du monde. Cinq «millenials» nous ont présenté ce qui compte pour eux en tant qu’individu et en tant que groupe d’âge confronté à des défis uniques dans un contexte international en mutation.

Tous les jeunes que nous avons rencontrés sentent que leur génération est au cœur d’un village planétaire, connecté par la technologie et un accès facile à l’information, dans une ère de citoyens du monde. «Cette génération construit des ponts, et non des murs», résume Mariel Renteria (Pérou). Ils se considèrent comme portés par un esprit d’entreprenariat, que ce soit par nécessité économique ou par volonté.

Que pensent les jeunes dans le monde? Faut-il accepter un emploi subalterne faute de mieux? Que souhaiteraient-ils dire aux décideurs? Cinq «millenials» influents se penchent sur ce qui les motive ou les intrigue.

PHOTO : ISTOCK / BJDLZX / JAMIELAWTON

PHOTO : ESTEFANIE RENTERĹA

PÉROU : Mariel Renteria

Cofondatrice et membre du conseil administratif de Kunan, un organisme à but non lucratif qui soutient les jeunes entrepreneurs du secteur social

Selon Mariel Renteria, il est clair que l’éducation peut encourager les jeunes de son pays à développer une vision mondiale, entrepreneuriale et positive. Elle estime que les jeunes Péruviens sont principalement motivés par un profond intérêt pour les études. Elle cite un sondage d’IPAE Accion Empresarial à CADE Universitario, le principal sommet d’étudiants universitaires au Pérou, qui a souligné non seulement l’importance de l’accès à un enseignement de qualité, mais aussi l’engagement national en faveur de l’amélioration du système éducatif. Elle salue la réussite du ministère péruvien de l’Éducation qui a recruter de jeunes fonctionnaires engagés et novateurs. «Un élément qui différencie cette génération est qu’aujourd’hui, l’éducation est perçue comme un moyen fondamental de développement personnel et de développement de la société dans son ensemble.»

Une meilleure éducation peut également offrir des opportunités en ville à des jeunes désavantagés de milieu rural. «Les inégalités sociales sont un problème national, mais aussi un défi devant lequel nous nous montrons unis. La plus importante contribution que peuvent apporter les décideurs est un vrai progrès du système éducatif, des améliorations à la connectivité des infrastructures et du numérique et la promotion de plateformes supplémentaires pour nous relier au monde.»

PHOTO : ETUC CES

France : Thiébaut Weber

Secrétaire confédéral, Confédération européenne des syndicats (CES)

«La nature a horreur du vide», déclare Thiébaut Weber, citant Aristote. Ce jeune leader voit l’innovation comme un moteur pour les jeunes de sa région. «De nombreux projets innovants sont en marche dans des domaines comme les circuits courts, les espaces de cotravail, la défense des travailleurs sur plateforme numérique, la solidarité avec les migrants et les coopératives. Les jeunes participent à ces initiatives. Leur désir d’action est bienvenu et nécessaire dans le mouvement syndical. Les syndicats sont de parfaits laboratoires pour mettre en œuvre des idées neuves.»

Pour Thiébaut, un bon travail donne le pouvoir au travailleur, une règle fondamentale du mouvement syndical, observe-t-il. «Dans un bon travail, les travailleurs sont respectés et en sécurité, quel que soit leur âge ou leur statut. Que vous soyez salarié ou indépendant, au bout du compte vous êtes un travailleur.»

Il précise qu’être en sécurité inclut la protection contre les licenciements abusifs ou les «désactivations» sans fondement d’une plateforme en ligne, ainsi qu’un salaire équitable permettant aux travailleurs de contribuer à la protection sociale et d’en bénéficier.

Il pense que les décideurs politiques doivent considérer les jeunes travailleurs comme un investissement à long terme. Ils ne devraient pas seulement se focaliser sur la croissance et la création d’emplois, mais aussi sur la qualité de ces emplois. «Un emploi précaire et mal payé, ce n’est pas «mieux que rien». Les jeunes sont travailleurs, mais les employeurs et les politiques ne doivent pas voir en cela un signe de docilité. Ils doivent garder à l’esprit que la précarité contribue à la montée des extrémismes.»

PHOTO : KARIM OMRAN

ÉGYPTE : Jawad Nabulsi

Fondateur de la Nebny Foundation for Development, un programme de cours du soir pour les élèves du primaire

«Les jeunes peuvent désormais étudier en ligne auprès de professeurs à la renommée mondiale.»

Dans le cadre de son travail à la Nebny Foundation for Development, une organisation qu’il a créée, Jawad Nabulsi a eu l’occasion d’interagir avec de nombreux jeunes gens vivant à Manshiet Nasser, un quartier défavorisé du Caire. Malgré les obstacles auxquels ils sont confrontés, ces jeunes font preuve d’un remarquable désir «de créer, d’organiser, d’explorer et d’apprendre en s’appuyant sur leurs erreurs», observe-t-il. Lorsque les systèmes officiels d’éducation et d’emploi ne leur fournissent pas les outils et opportunités nécessaires, les jeunes prennent en charge leur propre avenir.

Pour échapper à la pauvreté, ces jeunes imaginent des solutions créatives et efficaces pour régler les problèmes de leur communauté. Ces «entrepreneurs invisibles» agissent avec des budgets restreints et sans les brillants diplômes des entrepreneurs issus de l’élite, qui assistent aux congrès et conférences internationales. Les entrepreneurs invisibles égyptiens ont une motivation plus forte que la célébrité. «Ils cherchent simplement à survivre. C’est sans doute la meilleure motivation pour donner forme à toute entreprise sociale», estime Jawad. «Ils ne correspondent pas au cliché de l’entrepreneur établi par la société.»

Parce qu’ils connaissent les problèmes des habitants de Manshiet Nasser, ces entrepreneurs sont les mieux placés pour les résoudre. Ils savent s’y prendre et ont la volonté d’amener le changement.

Et il suffit de peu : la réussite des projets et idées de ces entrepreneurs crée un cercle vertueux au sein du quartier. Comme le remarque Jawad, «les routes entre Manshiet Nasser et les écoles de l’élite sont bien plus courtes aujourd’hui». Au fil des années, plusieurs ONG locales ont commencé à offrir aux jeunes Égyptiens une chance de compléter leur éducation. «Des jeunes qui n’étaient pas conscients du monde hors de leur quartier peuvent désormais étudier en ligne auprès de professeurs à la renommée mondiale», s’enthousiasme Jawad. Les possibilités d’apprentissage offertes par ces organisations étaient inimaginables pour les générations passées.

Les changements dans ce quartier pauvre du Caire résultent en grande partie de la motivation et de la détermination des jeunes entrepreneurs qui participent activement à l’amélioration de leur propre vie et aident ainsi l’ensemble de leur communauté. Dans leur triomphe, Jawad voit un plaidoyer concret pour identifier et investir dans d’autres jeunes dont la passion et l’innovation «contribuent de façon considérable au développement de leur environnement et de la société».

PHOTO : INSTITUTE FOR GLOBAL DEVELOPMENT DE L’UNIVERSITÉ NOTRE DAME (NDIGD)

NIGÉRIA : Charles Akhimien

Cofondateur de MOBicure, une entreprise de santé mobile qui utilise la technologie pour gérer les besoins de santé dans les pays en développement

Charles Akhimien nous raconte l’histoire de Chris, un jeune Nigérian désabusé par l’absence de filet de sécurité sociale dans son pays et l’ensemble de l’Afrique. Chris est titulaire d’un diplôme en ingénierie pétrolière et rêvait de devenir ingénieur pendant le boom pétrolier de son pays et rejoindre une des compagnies pétrolières portant la croissance économique du Nigéria. Il s’imaginait déjà avec un salaire à six chiffres, une somme suffisante pour assurer son avenir, celui de ses parents âgés et celui de ses frères et sœurs. Mais, après quatre ans de recherches, il est toujours loin de son but et a dû se rabattre vers des travaux subalternes et mal payés pour survivre.

Il n’est pas seul : le taux de chômage de l’Afrique est le plus élevé de toutes les régions du monde.

Charles estime que l’histoire de son ami est représentative des échecs du gouvernement. La stabilité politique, la fin de la corruption et un meilleur système éducatif sont essentiels afin d’équiper la jeunesse des outils nécessaires pour répondre aux demandes du marché du travail moderne, explique-t-il.

Pourtant, Charles garde espoir. Parallèlement à l’histoire du chômage de la jeunesse, il souligne celle des avancées rapides et régulières du continent dans l’innovation et l’entreprenariat, qu’on peut observer dans des villes comme Nairobi, Lagos et Johannesburg. Ce sont des lieux où les hubs d’innovation dirigés par des jeunes gens qui changent la donne poussent comme des champignons.

«Les jeunes représentent l’espoir de l’Afrique. Partout en Afrique, la jeunesse se rend compte que, pour réussir, elle doit forger l’avenir qu’elle souhaite.»

PHOTO : TM MEDIA

CHINE : Kathy Gong

Cofondatrice et directrice générale de wafaGames

Kathy Gong croit en la capacité des individus à façonner leur destin par leur détermination, leur persévérance et leur créativité, qualités qu’elle estime retrouver chez les membres de sa génération.

Sa détermination l’a amenée à lutter contre le hukou, un système national déterminant le lieu de résidence des ménages et favorisant une inégalité d’accès à la santé, à la propriété et à l’éducation. Elle nous raconte comment ses parents ont décidé de quitter leur environnement rural pour lancer une entreprise en ville. Après s’être vu refuser l’entrée à l’école primaire en raison des règles de hukou, elle s’est inscrite dans une école d’échecs pour devenir par la suite la plus jeune championne du monde d’échecs, à l’âge de dix ans.

Selon Kathy, les autres jeunes de son pays sont tout aussi ambitieux et motivés d’améliorer leur vie, prêts à mener plutôt que suivre. Elle reconnaît toutefois que sa génération est davantage stressée du fait des évolutions du monde du travail, et s’inquiète d’avoir suffisamment d’argent pour pouvoir avoir des enfants, un logement et une retraite.

«Notre avenir dépend des jeunes, parce qu’ils sont au cœur de la créativité, la force qui sous-tend l’innovation, plaident en faveur d’une société plus équitable et mènent la croissance économique et le progrès social», déclare-t-elle.

NICCOLE BRAYNEN-KIMANI et MARIA JOVANOVIĆ font partie de l’équipe permanente de finances & Développement.

Other Resources Citing This Publication