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Finance and Development, June 2016
Article

Lettre dela rédaction: Pause en Afrique

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
June 2016
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Les belles performances affichées ces vingt dernières années par de nombreux pays d’Afrique ont incité certains commentateurs à parler de «l’essor de l’Afrique» pour désigner la remarquable montée en puissance économique de la région.

L’essor de l’Afrique a fait la couverture de l’édition de décembre 2012 du magazine TIME, qui retraçait les décennies pendant lesquelles la région est passée de l’anémie économique à une vigueur étonnante. À partir du milieu des années 90, beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne — mais en aucun cas tous — ont redynamisé leur économie et réalisé ainsi certains des meilleurs taux de croissance au monde. Cela a mené à une amélioration des niveaux de vie, des soins de santé et des autres services de base, et fait naître l’espoir d’un avenir serein.

Cependant, l’année écoulée a été difficile; la région a accusé un net ralentissement sous l’effet de l’effondrement des cours des produits de base et des conditions économiques moins favorables à l’échelle mondiale. À cela s’est ajoutée la sécheresse dans certains pays. De plus, le rythme de l’activité en Chine — devenue l’un des principaux partenaires commerciaux et économiques de plusieurs pays africains — est moins soutenu tandis que le pays s’emploie à reconfigurer son modèle économique, ce qui laisse craindre une nouvelle décélération de l’activité. Le pessimisme s’installe, et certains se demandent si l’essor de l’Afrique est terminé.

Ce numéro de F&D s’attarde sur ce moment crucial pour l’Afrique. Selon plusieurs auteurs, beaucoup de pays de la région sont bien équipés pour traverser cette mauvaise passe même si les conditions n’ont jamais été aussi défavorables depuis dix ans. Ils ont bon espoir que la croissance économique va repartir, après avoir marqué une ou deux pauses.

Faisant un vaste tour d’horizon, Steven Radelet, de l’université de Georgetown, explique que, grâce aux changements survenus récemment en Afrique, celle-ci est davantage en mesure d’affronter le ralentissement. Une nette amélioration de la gouvernance, l’arrivée de dirigeants et de gestionnaires économiques plus habiles et de meilleures politiques économiques et sociales ont jeté des bases solides pour la croissance future. Même s’il faut s’attendre à un fléchissement de l’activité pendant les prochaines années, estime-t-il, les perspectives de croissance à long terme s’annoncent très favorables pour les pays qui diversifient leur économie, rehaussent leur compétitivité et continuent de renforcer leurs structures de gouvernance.

Antoinette Sayeh, qui dirige le Département Afrique du FMI, abonde dans ce sens en faisant valoir dans notre rubrique «Entre nous» que les ressorts fondamentaux sur lesquels s’est appuyée la croissance pendant la décennie écoulée n’ont pas disparu et qu’un changement de cap pour les politiques monétaires et budgétaires pourrait raviver durablement la croissance économique de la région.

D’autres articles examinent les sources de la croissance future en Afrique : les technologies numériques qui favorisent l’accès aux financements, les accords économiques régionaux qui encouragent le resserrement des liens économiques, l’augmentation du taux d’activité des femmes et l’attention accrue accordée à l’amélioration des infrastructures et des systèmes de santé. Nous nous intéressons aussi à un secteur particulier qui illustre bien l’influence et l’énergie économique croissantes de l’Afrique : l’industrie du cinéma au Nigéria, «Nollywood», devenue la première du monde par le nombre de films produits.

Nous avons aussi le plaisir d’ouvrir nos colonnes à Robert J. Gordon, dont le livre récent, The Rise and Fall of American Growth, a suscité un large débat sur la perspective d’une longue période de croissance faible aux États-Unis. Enfin, Prakash Loungani dresse le portrait de Dani Rodrik, économiste iconoclaste.

Jeffrey Hayden

Rédacteur en chef

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