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Finance & Development, September 2015
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Histoires D’argent: Des femmes de valeur - La mixité est nettement insuffisante sur les billets de banque

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
September 2015
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Christopher Coakley

En Matière de monnaie, l’homme est roi. Cela semble du moins être le cas, à en juger d’après les visages des grands de ce monde qui ornent la grande majorité des billets de banque et pièces de monnaie. Pourtant, certains pays se servent de leur monnaie pour rendre hommage à leurs dirigeantes, artistes et autres pionnières d’hier et d’aujourd’hui. Les États-Unis y sont venus tardivement, avec l’annonce en juin 2015 qu’un billet de banque serait à l’effigie d’une femme, pour la première fois depuis plus d’un siècle. Alors quelles sont les femmes dont la grandeur est reconnue—et pourquoi est-ce important?

Martha Washington figurant sur un billet de 1 dollar au XIXe siècle; la Reine Elizabeth II sur un billet de 5 dollars australiens.

Naissances et mariages

La dernière Américaine à figurer sur un billet de 1 dollar fut Martha Washington, la Première Dame, au XIXe siècle. Et de fait, encore aujourd’hui, les femmes n’ont souvent cet honneur qu’en raison de leur naissance ou de leur mariage. Le portrait de la Reine Elizabeth II, chef de plus de douze États souverains, circule de main en main dans le monde entier.

C’est peut-être à cause des interdits sociaux que certaines des femmes les plus célèbres au monde sont sorties de l’ombre de leurs maris—en les éclipsant souvent au passage. Ces figures charismatiques apparaissent aujourd’hui sur la monnaie de leurs pays—telles les politiciennes Eva Perón en Argentine et Corazon Aquino aux Philippines, ou l’artiste Frida Kahlo au Mexique.

Eva Perón sur un billet de 2 pesos argentins.

«Les avocats d’une meilleure parité sur les billets de banque en appellent à l’inspiration que ces idoles peuvent donner aux jeunes filles.»

Il est important de reconnaître et de commémorer tous nos héros—hommes et femmes!

—Maya Angelou

Il est frappant de noter combien de billets rendent hommage à des pionnières qui ont dû frayer leur chemin dans les cercles politiques, artistiques et scientifiques. D’illustres suffragettes sont aujourd’hui à l’honneur sur les dollars australiens, canadiens et néozélandais. Marie Curie, physicienne et chimiste, née en Pologne, mais devenue citoyenne française, a été représentée tant sur les francs que sur les zlotys, en témoignage de la fierté qu’inspire à la France et à la Pologne la première femme couronnée par un Prix Nobel. Les avocats d’une meilleure parité en appellent à l’inspiration que ces idoles peuvent donner aux jeunes filles.

Marie Curie sur un billet de 20.000 zlotys polonais.

Et pourtant, ce ne sont pas forcément les exploits individuels des femmes qui comptent. Dans les années 60, le billet de 1 yuan chinois représentait une femme sur un tracteur, au nom des principes économiques que le gouvernement souhaitait promouvoir. De nos jours, on voit sur le billet de 2 yuan des femmes anonymes d’une ethnie minoritaire, le général primant sur le particulier.

Femme conduisant un tracteur sur un billet de 1 yuan des années 60; Femmes d’une ethnie minoritaine sur un billet de 2 yuan.

Jane Austen sur un billet de 10 livres anglaises.

La valeur de la monnaie

Au Royaume-Uni et aux États-Unis, les campagnes en faveur des portraits de femmes sur les billets de banque ont fait du bruit et parfois engendré de vifs débats sur les mérites respectifs des diverses candidatures, mais aussi des incidents déplorables. En juin 2013, l’activiste et journaliste britannique Caroline Criado-Perez a fait l’objet d’une attaque coordonnée de messages d’injures sur les réseaux sociaux après la réussite de sa campagne pour que le portrait de Jane Austen orne le billet de 10 livres.

Les pays performants reconnaissent et récompensent les efforts de tous, hommes et femmes.

Le débat a fait vibrer une corde sensible, car le fait que les femmes brillent par leur absence sur les billets soulève la question plus large de leur sous-évaluation sur le plan économique. Des études montrent que la disparité entre les hommes et les femmes reste obstinément profonde sur le plan de l’emploi comme des salaires.

Il y a quelques mois, un rapport du FMI indiquait que, dans 90 % des pays étudiés, il y avait au moins un obstacle juridique au travail féminin. Cette étude concluait que, lorsque les femmes prennent pleinement part à la vie active, le gain pour l’économie peut être considérable.

Les pays performants reconnaissent et récompensent les efforts de tous, hommes et femmes. Il est temps qu’il en aille ainsi de notre monnaie.

Christopher Coakley est agent de communications au Département de la communication du FMI.

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