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Finance & Development, September 2014
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Pleins feux : Devises du son: Les débuts de la musique comme source considérable de devises

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
September 2014
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En février 2014, un événement musical dans un entrepôt du centre de Washington a commémoré le premier concert américain des Beatles dans le même bâtiment 50 ans plus tôt exactement. Mais il s’agissait aussi d’un autre 50e anniversaire, celui des débuts des concerts musicaux comme source considérable de devises.

En 1964, les principaux taux de change étaient fixes dans le cadre du système de Bretton Woods, mis en place en 1944, de même que le FMI et la Banque mondiale. Le FMI œuvrait à la stabilité des taux de change, et les principaux pays utilisaient aussi le contrôle des changes pour préserver la valeur de leur monnaie. Les entreprises et les citoyens devaient donc avoir la permission de l’État pour convertir leur monnaie nationale en monnaies étrangères, et ce dans les limites imposées par la loi.

Préserver la parité

Dès lors qu’il s’agit de maintenir des taux de change fixes, les balances commerciales sont très importantes, car les devises tirées des exportations ou consacrées aux importations établissent en fait les niveaux des taux de change. La livre sterling fut mise longtemps sous pression au milieu des années 60 à cause d’une balance commerciale constamment négative, et le gouvernement britannique s’efforçait de préserver le taux de 1 livre pour 2,80 dollars et d’éviter ainsi l’ignominie d’une dévaluation formelle au sein du système de Bretton Woods.

Des ménestrels magiques

Les Beatles : de simples ménestrels pour beaucoup, mais pour le Royaume-Uni, une machine magique à imprimer des dollars américains. Les grands groupes de musique populaire au milieu des années 60 ne gagnaient généralement que de la monnaie nationale. Elvis Presley n’a jamais chanté en dehors de l’Amérique du Nord et de Hawaii, et les recettes de ses concerts étaient toutes en dollars, à l’exception de celles de quatre concerts au Canada.

Les Beatles en concert à Las Vegas, en août 1964.

Dollars, deutsche marks, yen

Par contre, les Beatles ont enregistré des recettes en dollars records après leurs tournées américaines en 1964, 1965 et 1966. Selon certains médias, ils auraient gagné 650 dollars nets par seconde en dollars d’aujourd’hui pour leurs concerts en 1965. En 1966, leurs tournées en Allemagne et au Japon leur ont permis d’amasser des recettes considérables en deutsche marks et en yen. Au même moment, la livre sterling était de plus en plus sous pression à cause d’un essor de la consommation au Royaume-Uni qui stimulait les importations et d’une grève prolongée des marins qui bloquait les exportations.

Les Beatles montent sur scène à Tokyo, en juillet 1966.

Le pouvoir de la musique

En encaissant leurs cachets en devises fortes, les Beatles ont rejoint une catégorie d’élite d’exportateurs britanniques «invisibles»: les entreprises commerciales dont les recettes en devises sont tirées non pas de la fabrication et du transport de biens visibles et physiques, mais bien de crédits invisibles. Au milieu des années 60, le solde courant du Royaume-Uni aurait été constamment déficitaire sans les exportations invisibles traditionnelles liées aux services financiers, aux assurances, aux brevets et aux droits d’auteur. Les Beatles y ajoutèrent leurs invisibles : ventes de billets, cachets, redevances, licences commerciales et droits d’interprétation.

Prix à l’exportation

Le Premier Ministre britannique au milieu des années 60 était un éminent économiste formé à Oxford, Harold Wilson, qui nota rapidement la contribution des Beatles à la balance des paiements tandis que son gouvernement avait du mal à défendre la livre sterling. En novembre 1965, il fit donc des Beatles des membres de l’ordre de l’Empire britannique, une distinction généralement accordée à des industriels, entrepreneurs ou inventeurs de premier plan.

Les Beatles sur scène à Hambourg, en juin 1966.

Arme secrète

L’ordre public étant menacé par la pagaille accompagnant les concerts de plus en plus populaires des Beatles, le groupe cessa de jouer en public en août 1966. Un an plus tard, la livre sterling fut dévaluée à 2,40 dollars, et le Royaume-Uni sollicita des prêts du FMI en 1967 et en 1969. Aujourd’hui, les principaux taux de change flottent, et il ne faut plus défendre une parité fixe en contrôlant les changes, ni rechercher des exportations invisibles pour renforcer une balance commerciale défaillante. Mais, il y a 50 ans, les recettes historiques des Beatles en devises fortes étaient l’arme secrète du Royaume-Uni pendant les trois années où le gouvernement s’efforça d’éviter une dévaluation.

Rédigé par Simon Willson, un rédacteur principal de Finances & Développement.

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