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Finance & Development, September 2014
Article

De profondes mutations: Bilan d’un demi-siècle

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
September 2014
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The slow one now Will later be fast As the present now Will later be past The order is rapidly fadin’ And the first one now will later be last For the times they are a-changin’

Extrait de «The Times They Are a-Changin’»

Bob Dylan, 1964

Quand le premier numéro de F&D est paru, en juin 1964, l’économie mondiale connaissait depuis dix ans la phase de croissance la plus forte depuis la Seconde Guerre mondiale. Sous l’effet du colossal effort de reconstruction de l’après-guerre, l’Europe et l’Asie connaissaient un remarquable essor. L’économie américaine, qui représentait près d’un tiers de la production mondiale dans les années 60, vivait sa plus longue phase d’expansion jusqu’alors.

La même année, Bob Dylan, dans sa chanson devenue classique, saisissait la nature d’une époque en pleine mutation. Il ne songeait sans doute pas à la production mondiale, mais l’économie planétaire allait connaître une transformation inimaginable durant le demi-siècle à venir. Des pays à faible revenu confrontés à des problèmes chroniques de développement allaient décoller et devenir des moteurs de l’expansion mondiale. L’ordre économique international allait être bouleversé à l’image des percées technologiques et de l’essor de la mondialisation qui en étaient en partie la cause.

En quoi l’économie a-t-elle changé depuis 1964? Nous proposons une réponse multiforme en résumant les mutations marquantes du demi-siècle écoulé. Les avancées de l’économie mondiale ont été spectaculaires. Des progrès sont encore manifestement nécessaires dans de nombreux domaines, mais il y a également lieu d’être optimiste.

Percées technologiques

Pour rédiger cet article en 1964, nous aurions utilisé une machine à écrire et nos recherches auraient porté sur les versions papier de livres et revues spécialisées. Il aurait fallu plusieurs semaines pour rassembler les statistiques et les présenter sous forme de graphiques, et le même délai pour expédier les numéros imprimés du magazine à ses lecteurs partout dans le monde.

Grâce aux percées technologiques des cinq dernières décennies, nous pouvons aujourd’hui accéder instantanément à une multitude de sources d’informations et partager en quelques secondes de nouvelles connaissances avec le reste de la planète. Les progrès rapides des télécommunications et des transports ont abouti à des innovations décisives dans de nombreux autres domaines, bouleversé notre façon de travailler, accru la productivité et renforcé les liens commerciaux et financiers internationaux.

L’évolution la plus remarquable concerne la communication, que les progrès des technologies informatiques et mobiles ont transformée sur tous les plans. En 1965, le premier mini-ordinateur commercialisé se vendait au prix (corrigé de l’inflation) de 135.470 dollars. Il pouvait effectuer des calculs de base, comme les additions et les multiplications. Sa capacité était d’environ 4.000 mots de 12 octets. Aujourd’hui, un smartphone moyen a une capacité 3 millions de fois supérieure et coûte moins de 600 dollars.

Le lancement de l’Internet public, en 1991, a marqué le début d’une nouvelle ère dans la communication. Le développement fulgurant du réseau a rapproché les individus, les entreprises et les pays, les communications mobiles devenant pour leur part moins onéreuses et plus accessibles. En 1965, les États-Unis lançaient le premier satellite de télécommunications commerciales, d’une capacité de 240 circuits téléphoniques bidirectionnels. Aujourd’hui, quelque 400 satellites, d’une capacité sans commune mesure avec celle de 1965, relaient l’information dans le monde entier. En 1980, on comptait cinq abonnements de téléphonie mobile pour un million d’habitants; on en recense aujourd’hui plus de 90 pour 100 habitants (graphique 1). Les nouvelles technologies ont rendu les précédents modes de communication obsolètes. Face à l’essor des communications sans fil, par exemple, le nombre de lignes fixes a reculé au cours de la décennie écoulée.

Graphique 1De nouvelles façons de communiquer

Internet et la téléphonie mobile ont enregistré une progression spectaculaire, tandis que certains abonnés renoncent au téléphone fixe.

Citation: 51, 3; 10.5089/9781484314791.022.A003

Source : Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde.

Le secteur des transports aussi a connu une profonde mutation. Nos déplacements et l’expédition de marchandises sont aujourd’hui considérablement plus rapides et moins coûteux. Au début des années 60, un billet aller-retour Miami–Nouvelle-Orléans par avion coûtait 927 dollars (corrigé de l’inflation); il coûte aujourd’hui environ 330 dollars. Grâce aux communications plus rapides et moins chères et à la baisse des frais d’expédition, même les petites entreprises ont accès aux marchés étrangers.

Bien que la consommation énergétique annuelle mondiale de ressources primaires (combustibles fossiles, énergie naturelle, énergie nucléaire) ait plus que triplé en cinquante ans, les perfectionnements technologiques ont permis à la production d’atteindre son plus haut niveau d’efficience à ce jour. Pour une production de 1.000 dollars, le monde utilisait en 2011 l’équivalent de 137 kilos de pétrole, 50 kilos de moins que 20 ans plus tôt. L’approvisionnement mondial en pétrole, en pourcentage de l’approvisionnement total en énergie primaire, a également fléchi face à l’augmentation de la fourniture de gaz naturel, d’énergie nucléaire, et de sources renouvelables comme l’énergie géothermique, solaire et éolienne.

L’essor de la mondialisation

«Nous vivons dans un monde planétaire». Cette phrase qui ne voulait pas dire grand-chose en 1964 est devenue un cliché, surtout depuis vingt ans, avec la mondialisation — l’intégration commerciale et financière croissante de l’économie mondiale (graphique 2). Les progrès des télécommunications et des transports ont coïncidé avec l’accélération de la mondialisation et l’ont stimulée, l’interdépendance des pays s’accentuant avec l’expansion rapide des mouvements internationaux de biens, de services, de capitaux et de main-d’œuvre. Ces phénomènes ont en outre accéléré la diffusion des idées et des produits culturels.

Graphique 2Un resserrement des relations internationales

Les relations commerciales et financières mondiales se sont considérablement intensifiées au cours des 50 dernières années.

Citation: 51, 3; 10.5089/9781484314791.022.A003

Sources : Lane, Philip R. et Gian Maria Milesi-Ferretti, 2007, «The External Wealth of Nations Mark II : Revised and Extended Estimates of Foreign Assets and Liabilities, 1970–2004», Journal of International Economics, vol. 73, n° 2, p. 223–50; FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : Le niveau d’intégration commerciale est mesuré par le total des importations et des exportations rapporté au PIB mondial. L’intégration financière est le total des entrées et des sorties de capitaux (y compris prêts bancaires, investissement direct, obligations et actions) rapporté au PIB mondial. Les chiffres concernant l’intégration financière vont jusqu’à la fin 2011. Les chiffres concernant l’intégration commerciale pour 2014 sont des prévisions.

Au cours de ce demi-siècle, le volume, l’orientation et la nature du commerce international ont considérablement évolué : les échanges mondiaux de biens et de services ont rapidement augmenté, favorisés par la libéralisation généralisée des politiques commerciales. Les courants d’échanges intrarégionaux ont également gagné en importance avec la multiplication des accords commerciaux régionaux. Les échanges de produits manufacturés se sont rapidement développés, conduisant à la mise en place de chaînes d’approvisionnement internationales — les entreprises peuvent désormais implanter diverses phases du processus de production dans différents pays.

Encadré 1De nouveaux pays, de nouveaux membres

Suite aux guerres, aux conflits politiques et sociaux et à la dissolution de l’union soviétique, le nombre de pays indépendants est passé de 139 en 1965 à 204 en 2014. Ces nouveaux pays ont rapidement assumé leurs fonctions au sein des instances internationales. À la fin de 1965, par exemple, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale comptaient chacun un peu plus de 100 membres. Au cours du demi-siècle écoulé, ils ont accueilli quelque 85 membres; d’abord les pays africains nouvellement indépendants, et plus récemment les anciens États de l’Union soviétique. Chacune de ces institutions compte aujourd’hui 188 membres.

Des institutions en expansion

Le nombre de pays membres du FMI et de la Banque mondiale est passé de moins de 40 en 1946 à 188 aujourd’hui.

Citation: 51, 3; 10.5089/9781484314791.022.A003

Sources : Banque mondiale; FMI.

L’évolution des flux financiers internationaux a été encore plus spectaculaire : le nombre de pays ayant libéralisé leur système financier a triplé en 50 ans. Avec l’accroissement du nombre de pays reconnaissant les avantages liés à la libre circulation des capitaux, les flux financiers internationaux ont connu un essor considérable. Le total des avoirs financiers mondiaux est passé de 250 milliards de dollars en 1970 à près de 70.000 milliards de dollars en 2010. Leur composition a également évolué : la part des investissements de portefeuille en valeurs mobilières est nettement plus importante.

Même si l’intégration des marchés du travail est nettement moindre que celle des marchés commerciaux et financiers, la circulation internationale de la main-d’œuvre s’est aussi fortement accrue ces 50 dernières années. On recense aujourd’hui quelque 230 millions de migrants, contre 77 millions en 1970. Il y a 20 ans, les migrations s’effectuaient essentiellement des pays en développement vers les pays développés. Aujourd’hui, les migrations régionales entre pays en développement ont pris le pas sur celles à destination des pays avancés.

De nouveaux acteurs mondiaux

Plusieurs pays ont gagné leur indépendance ces 50 dernières années (encadré 1). Durant une grande partie de cette période, la bipolarité était la norme : Sud en développement et Nord développé. Le Sud était constitué de pays essentiellement pauvres, disposant d’une main-d’œuvre abondante et pourvoyeurs de produits agricoles et de matières premières. Les pays du Nord étaient plus riches et plus développés. Ils produisaient des biens manufacturés et étaient à l’origine de la majorité des courants commerciaux et financiers mondiaux.

Depuis le milieu des années 80, certains pays du Sud, dits émergents, connaissent une croissance extraordinaire et une intégration rapide à l’économie mondiale. Ils ont en outre diversifié leur production et leurs exportations, abandonnant les produits agricoles au profit des produits manufacturés et des services.

Si leur part de la population et de la population active mondiales est restée relativement stable au cours de ce demi-siècle, la présence des marchés émergents s’accentue dans tous les autres domaines économiques. Leur part du PIB mondial a quasiment doublé (graphique 3). Leur contribution à la croissance mondiale se situait aux environs de 30 % entre 1965 et 1974, soit la moitié environ de celles des pays avancés. Cette dernière décennie, elle a grimpé à plus de 70 %, la part des pays avancés ayant en revanche chuté aux environs de 17 % (graphique 4). Les pays émergents sont également devenus le moteur essentiel des échanges internationaux, et ont par ailleurs rapidement établi des relations bancaires et d’autres relations financières avec le reste de la planète.

Graphique 3Montée en puissance des pays émergents

La part des pays émergents dans le PIB mondial a régulièrement progressé depuis 1965.

Citation: 51, 3; 10.5089/9781484314791.022.A003

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : Les données sont mesurées en parité de pouvoir d’achat, à savoir le taux auquel les monnaies seraient converties si elles devaient acheter la même quantité de biens et de services dans chaque pays. Les chiffres pour 2014 sont des prévisions.

Graphique 4Des économies en croissance

Les pays émergents contribuent pour une part grandissante à la croissance du PIB mondial.

Citation: 51, 3; 10.5089/9781484314791.022.A003

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : Les chiffres pour 2014 sont des prévisions.

Certains d’entre eux ont enregistré des résultats encore plus remarquables. Le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, par exemple, dits «pays BRIC», ont été à l’origine de la moitié de la croissance mondiale au cours de la décennie écoulée. La Chine est désormais la deuxième économie mondiale et le Brésil, la septième, alors qu’ils s’inscrivaient respectivement aux 8e et 16e rangs en 1970. Figurent maintenant sur la liste des 20 principales économies la Corée du Sud et l’Indonésie, qui en étaient à mille lieues il y a une vingtaine d’années.

De douloureux coups d’arrêt

L’économie mondiale a sextuplé au cours de ce demi-siècle, progressant au rythme annuel de 4 %. Les nouvelles technologies ont permis l’instauration de systèmes de production plus efficients dans de nombreux secteurs et stimulé la croissance. De 1965 à 2013, le PIB mondial par habitant a progressé de 2 % par an et, durant plus de la moitié de cette période, la croissance mondiale a dépassé cette moyenne. Le PIB mondial par habitant a ainsi plus que doublé entre 1965 et 2013, malgré l’envolée démographique (graphique 5).

Graphique 5Une prospérité partagée?

Si l’individu moyen est plus riche aujourd’hui qu’en 1965, l’amélioration a été beaucoup plus nette dans les pays avancés que dans les pays émergents et autres pays en développement.

Citation: 51, 3; 10.5089/9781484314791.022.A003

Source : Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde.

Pour autant, le processus mondial de croissance n’a jamais été régulier. En 50 ans, beaucoup de pays ont subi des crises financières qui ont entraîné un repli substantiel de leur expansion (encadré 2). L’économie mondiale aussi a connu des pannes de croissance. Depuis les années 60, chaque décennie a souffert d’une récession mondiale (graphique 6). En 1975, 1982, 1991 et 2009, la production mondiale par habitant a baissé, plusieurs autres indicateurs de l’activité mondiale fléchissant simultanément (Kose et Terrones, à paraître).

Graphique 6Une évolution en dents de scie

Le PIB mondial par habitant a progressé en moyenne de 2 % par an au cours des 50 dernières années, mais cette moyenne masque une succession de fortes croissances et de récessions.

Citation: 51, 3; 10.5089/9781484314791.022.A003

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : Les chiffres portent sur 163 pays. Les barres rouges marquent les années de récession mondiale. La parité de pouvoir d’achat est le taux auquel les monnaies seraient converties si elles devaient acheter la même quantité de biens et de services dans chaque pays.

Chacune de ces récessions a coïncidé avec de graves dérèglements économiques et financiers dans beaucoup de pays. Une flambée des cours pétroliers a déclenché celle de 1975. Une succession de chocs mondiaux et nationaux — dont une autre poussée des prix pétroliers en 1979, la lutte de la Réserve fédérale américaine contre une forte inflation en 1979 et 1980, et la crise de la dette en Amérique latine — ont fortement joué en 1982.

Si la récession de 1991 coïncidait avec de nombreux revers internationaux et nationaux, elle a acquis une ampleur mondiale en raison de la transmission internationale de divers problèmes locaux : les turbulences financières aux États-Unis, au Japon et dans plusieurs pays scandinaves; les crises de change dans plusieurs pays avancés européens; la réunification allemande; et l’effondrement de l’Union soviétique. Celle de 2009 a débuté avec une crise financière aux États-Unis en 2007, mais s’est rapidement propagée à d’autres pays avancés et à certains pays émergents par le canal des relations commerciales et financières.

Toutes n’ont duré qu’un an, mais leurs conséquences humaines et sociales ont été profondes et durables : des millions d’individus ont perdu leur emploi, des entreprises ont fermé, et les marchés financiers se sont effondrés. La toute dernière a été la plus grave depuis la Grande Dépression des années 30 : le nombre de chômeurs a augmenté de près de 20 % dans le monde entre 2007 et 2009. En 2009, 83 millions de jeunes étaient au chômage — chiffre le plus élevé en 20 ans. Sept ans après le déclenchement de cette récession, l’économie mondiale, et les marchés du travail en particulier, souffrent encore de ses effets.

Encadré 2Des crises financières récurrentes

Les crises financières ont donné des coups d’arrêt à la croissance économique partout dans le monde; on en dénombre environ 400 entre 1970 et 2013. Les pays avancés n’en ont connues que 35, dont la moitié après 2007. Les pays émergents ont subi 218 crises financières, dont la plupart dans les années 80 et 90, surtout durant la crise asiatique de 1997. Les plus nombreuses ont été les crises monétaires, qui en ont représenté la moitié, les crises bancaires et de la dette se partageant le reste. Il reste impossible de prévoir où et quand se déclenchera la prochaine crise financière.

Les crises financières sont fréquentes

Entre 1970 et 2013, on a recensé plus de 400 crises bancaires ou monétaires ou crises de la dette.

Citation: 51, 3; 10.5089/9781484314791.022.A003

Source : Laeven et Valencia (2013).

Note : Les barres ombrées représentent les trois années entourant les récessions mondiales intervenues en 1975, 1982, 1991 et 2009.

La croissance démographique ralentit, mais la durée de vie augmente

L’espérance de vie a régulièrement augmenté au cours des cinquante dernières années.

1965–741975–841985–941995–20042005–14
Croissance démographique (variation en pourcentage)2,11,71,71,31,2
Espérance de vie à la naissance (années)59,063,065,567,669,9
Taux de natalité (pour 1.000 personnes)32,127,625,721,719,8
Taux de mortalité (pour 1.000 personnes)12,010,29,28,68,1
Croissance de la production (variation en pourcentage)5,03,33,13,63,7
Croissance de la production par habitant (variation en pourcentage)2,91,51,42,22,5
Sources : Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde; FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.Note : La production correspond au PIB pondéré par la parité de pouvoir d’achat de chaque pays, à savoir, le taux auquel les monnaies seraient converties si elles devaient acheter la même quantité de biens et de services dans chaque pays. Les chiffres de 2014 concernant la croissance de la production et la croissance de la production par habitant sont des prévisions tirées des Perspectives de l’économie mondiale. Les données démographiques couvrent la période comprise entre 1965 et la fin de 2012.
Sources : Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde; FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.Note : La production correspond au PIB pondéré par la parité de pouvoir d’achat de chaque pays, à savoir, le taux auquel les monnaies seraient converties si elles devaient acheter la même quantité de biens et de services dans chaque pays. Les chiffres de 2014 concernant la croissance de la production et la croissance de la production par habitant sont des prévisions tirées des Perspectives de l’économie mondiale. Les données démographiques couvrent la période comprise entre 1965 et la fin de 2012.

Pauvreté et inégalité

La population mondiale est passée de 3 milliards d’habitants en 1965 à 7 milliards en 2013, mais l’expansion économique a été plus rapide, ce qui s’est traduit par une amélioration du niveau de vie moyen.

Les progrès de la médecine, de l’assainissement et de la vaccination ont permis d’abaisser le taux de mortalité, et malgré le recul des taux de natalité, la population mondiale a continué d’augmenter, la durée de vie progressant. Au milieu des années 60, l’espérance de vie à la naissance était de 55 ans environ; elle se situe aujourd’hui autour de 70 ans (voir tableau).

Des progrès ont également été accomplis sur le front de la scolarité. Le nombre d’enfants achevant l’enseignement primaire est passé de 80 % de la population mondiale d’âge scolaire au début des années 80 à 92 % en 2012. Dans les pays à faible revenu, cette évolution a été encore plus spectaculaire — de 45 % à un peu plus de 70 % en trente ans.

Le citoyen mondial moyen est plus riche que jamais grâce à la croissance des 50 dernières années. Les fruits de cette croissance n’ont toutefois pas été également répartis, d’où une pauvreté et une inégalité persistantes.

L’un des objectifs du Millénaire pour le développement définis par les Nations Unies en 2000 consistait à réduire de moitié l’extrême pauvreté entre 1990 et 2015. Bien qu’il ait été réalisé cinq ans avant l’échéance, l’extrême pauvreté demeure omniprésente dans plusieurs pays à faible revenu. En 1981, les personnes vivant avec moins de 1,25 dollar par jour, le seuil de pauvreté extrême, représentaient environ 50 % de la population des pays à faible revenu, à revenu intermédiaire, et à revenu intermédiaire de la tranche supérieure (graphique 7). Trente ans plus tard, ces derniers avaient réussi à faire sensiblement reculer la pauvreté, essentiellement grâce à la croissance rapide des marchés émergents. Dans les pays à faible revenu, en revanche, l’extrême pauvreté touche encore près de la moitié de la population. À l’échelle mondiale, plus d’un milliard de personnes, surtout en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, vivent dans un dénuement extrême.

Graphique 7Une pauvreté persistante

La pauvreté extrême a reculé partout dans le monde, mais moins dans les pays à faible revenu, et plus dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure.

Citation: 51, 3; 10.5089/9781484314791.022.A003

Source : Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde.

Note : L’extrême pauvreté correspond à un revenu journalier par habitant de moins de 1,25 dollar. Le revenu est mesuré en parité de pouvoir d’achat, à savoir le taux auquel les monnaies seraient converties si elles devaient acheter la même quantité de biens et de services dans chaque pays. Le revenu national brut (RNB) par habitant des pays à faible revenu était inférieur à 1.045 dollars en 2013. Celui des pays à revenu intermédiaire est compris entre 1.045 dollars et 12.746 dollars, et celui des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure entre 4.125 dollars et 12.746 dollars.

Les inégalités se sont en outre creusées presque partout. Entre 1990 et 2010, par exemple, elles se sont accentuées dans plus des deux tiers des pays pour lesquels on dispose de données. L’inégalité entre les pays a culminé à la fin des années 90 avant d’amorcer un repli, mais elle reste plus forte qu’au début des années 80. Qui plus est, la part des revenus du centile supérieur de la population a augmenté dans la plupart des pays avancés et émergents (graphique 8). Aux États-Unis, par exemple, le centile le plus riche de la population perçoit aujourd’hui 18 % environ du revenu national, contre quelque 8 % il y a 50 ans.

Graphique 8Creusement des inégalités

La part des revenus revenant au centile supérieur de la population a augmenté dans la plupart des pays au cours des 50 dernières années.

Citation: 51, 3; 10.5089/9781484314791.022.A003

Source : Alvaredo et al. (2014).

Note : Les chiffres portent sur 23 pays avancés et émergents. Les chiffres de 1965 et 2010 portent sur les années concernées ou sur l’année la plus proche pour laquelle on dispose de données.

Le changement climatique représente un défi redoutable, de nature distincte, pour l’économie mondiale. Les émissions de dioxyde de carbone ont notablement augmenté, surtout au cours des 20 dernières années, et semblent être à l’origine de nombreux problèmes : hausse du niveau des mers, fonte des glaciers, et multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes. Le nombre de catastrophes naturelles d’ordre météorologique a plus que triplé depuis les années 60. Outre l’extrême pauvreté, les pays à faible revenu sont vulnérables aux risques liés à cette évolution. Malgré les progrès accomplis dans la réglementation des émissions mondiales de gaz à effet de serre ces 25 dernières années, des mesures bien plus vigoureuses s’imposent pour atténuer les effets néfastes du changement climatique.

Si la croissance est indispensable à la résolution de nombreux problèmes, elle doit concerner tous les secteurs de la société.

Bilan et perspectives

L’économie mondiale a traversé une période de forte mutation depuis 1964. Le rythme effréné des progrès technologiques et de l’intégration internationale a transformé la planète en un véritable village où les pays sont beaucoup plus proches grâce à des modes de communication plus rapides et perfectionnés et à des relations commerciales et financières plus intenses qu’on n’aurait pu l’imaginer il y a 50 ans. L’économie mondiale est passée d’une configuration bipolaire à une structure multipolaire où les pays émergents sont désormais les principaux moteurs de croissance. Le niveau de vie a considérablement progressé dans de nombreuses régions. Il reste cependant beaucoup à faire pour améliorer les politiques macroéconomiques et financières afin de mieux réagir aux crises financières et de résorber la pauvreté et les inégalités.

L’aspect positif est la prise de conscience manifeste de ces immenses enjeux. Un effort concerté en vue de les surmonter a été engagé dans le cadre des organisations multilatérales — comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, qui fêtent leurs 70 ans cette année. Le FMI a entrepris d’améliorer ses conseils en matière de prévention et de gestion des crises et renforcé ses dispositifs de surveillance macroéconomique et financière. La Banque mondiale a appliqué des mesures pour réaliser son nouveau double objectif d’éradiquer l’extrême pauvreté à l’échelle mondiale en l’espace d’une génération et de favoriser une «prospérité commune» afin d’améliorer le bien-être des couches les plus pauvres de la société. On s’accorde également à dire que si la croissance est indispensable à la résolution de nombreux problèmes, elle doit concerner tous les secteurs de la société, respecter l’environnement et être durable.

L’avenir de l’économie mondiale après la crise financière a suscité de vifs débats. Certains soutiennent que les pays avancés vont probablement entrer dans une période de stagnation séculaire en raison de politiques malavisées. D’autres avancent que l’époque des taux de croissance soutenus est révolue, car les innovations actuelles sont moins utiles que les grandes inventions d’autrefois. D’aucuns estiment toutefois que l’économie mondiale présente un immense potentiel pour produire une croissance substantielle au cours des prochaines décennies. Des innovations, des politiques bien conçues, et des marchés pionniers et émergents dynamiques peuvent favoriser la réalisation de ce potentiel.

Nul n’aurait pu prévoir l’évolution de l’économie mondiale du demi-siècle écoulé. Et nul ne peut prédire ce que dira un article comme le nôtre en 2064. Mais il est une prédiction qui est aussi exacte aujourd’hui qu’elle l’était dans la chanson de Bob Dylan : «les temps changent».

M. Ayhan Kose est Directeur du Groupe sur les perspectives de développement de la Banque mondiale, et Ezgi O. Ozturk est chargée d’études au Département des études du FMI.

Bibliographie :

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