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Finances & Développement Décembre 2012
Article

Faire le bien: La philanthropie et l’entreprenariat social peuvent-ils suppléer l’aide officielle?

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
December 2012
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Marina Primorac

Les Œuvres de bienfaisance et l’entreprenariat social ne sont pas des concepts nouveaux. Andrew Carnegie, John D. Rockefeller et la famille Vanderbilt ont contribué à mettre en place l’infrastructure culturelle des États-Unis. Maria Montessori, John Muir et Florence Nightingale ont figuré parmi les premiers entrepreneurs sociaux dans les domaines de l’éducation, de la préservation de la nature et de la santé publique.

Mais la philanthropie devient un élément de plus en plus important de la trame même de l’économie mondiale. Tandis que de nombreux pouvoirs publics pensent à se désengager, les riches deviennent plus créatifs et stratégiques en matière de dons, et, si Bill Gates a gain de cause, plus généreux et dynamiques.

En juin 2010, Warren Buffett et Bill et Melinda Gates ont établi The Giving Pledge, un engagement public de la part de certaines des personnes les plus riches du monde de faire don d’au moins la moitié de leur fortune, et d’inspirer ainsi d’autres à faire de même. Aujourd’hui, 81 milliardaires participent à cette initiative: Buffett à lui seul a annoncé un versement de 37 milliards de dollars.

Les philanthropes motivent leurs pairs à faire comme eux, ou plus. Faire don de sa fortune ou résoudre des problèmes sociaux a pris aujourd’hui plus de cachet que de céder un gros héritage ou de mettre en place des contributions monétaires posthumes.

Des universités américaines, de Stanford à Georgetown, en passant par Duke et Michigan, ont créé des cours et même des centres d’étude de la philanthropie. Il s’agit d’examiner comment accroître la philanthropie, pour obtenir plus de fonds pour un projet, ou d’en mesurer l’effet, afin d’en retirer davantage. Mais les données sur les dons privés sont limitées ailleurs qu’aux États-Unis, même s’ils semblent être en hausse selon des données empiriques. Par exemple, Li Ka-shing, homme d’affaires milliardaire à Hong Kong, a fait don de plus de 1,5 milliard de dollars et a promis de verser un tiers de sa fortune, une contribution estimée à 9 milliards de dollars, à des œuvres de bienfaisance.

Le montant d’un don est une chose. Son effet en est une autre. Philanthropes et universitaires s’intéressent donc à l’impact des dons et à la meilleure manière de le mesurer.

Selon Gates, le secteur privé sous-investit dans l’innovation parce que les investisseurs, ceux qui prennent le risque, ne reçoivent qu’une faible partie des gains. L’État intervient généralement pour satisfaire les besoins qui résultent d’une défaillance du système, mais, d’après Gates, les gouvernements, du moins ceux élus par voie démocratique, n’ont pas de vision à long terme et répugnent à prendre des risques.

C’est là que le philanthrope a un rôle à jouer, avec ce que Gates appelle la «philanthropie catalytique». L’État sait comment s’y prendre pour trouver quelques gagnants probables, mais la philanthropie peut permettre de trouver beaucoup de gagnants éventuels, ce qui accroît les chances que quelqu’un trouvera de nouvelles solutions à un problème social donné.

Les entreprises sont de plus en plus incitées à contribuer à la société, ou du moins à sembler le faire. Pour les cyniques, les entreprises ne font que ce qui est nécessaire pour améliorer leurs résultats financiers. Les grandes entreprises créent des divisions chargées de la responsabilité sociale de l’entreprise et vantent les qualités bienfaisantes de leurs produits, dans le domaine de l’environnement, de l’éducation, de la santé et de la culture. Lorsque les sociétés pharmaceutiques offrent des médicaments qui sauvent des vies, par exemple contre le sida ou la tuberculose, à un coût réduit dans les pays pauvres ou renoncent à leurs brevets pour que des médicaments génériques puissent être produits, le font-elles pour améliorer le sort des malades et des pauvres, ou sous la pression juridique ou politique?

En juin dernier, Forbes, un magazine qui s’adresse aux riches de ce monde, a organisé un sommet sur la philanthropie, invitant 161 milliardaires et quasi-milliardaires à venir écouter Buffett, Steven Case, Gates et Oprah Winfrey leur dire comment ils pourraient changer le monde. Le forum économique mondial consacre maintenant une de ses séances à l’entreprenariat social—«la recherche d’une solution novatrice à un problème social» selon Greg Dees.

La ville de New York expérimente des financements créatifs pour résoudre des problèmes sociaux—des financements qui non seulement mesurent les résultats, mais en dépendent. Goldman Sachs a investi dans une «obligation à effet social» qui finance une organisation à but non lucratif chargée de concevoir et de gérer un programme visant à réduire la récidive dans la ville dans certaines proportions. Si le projet atteint cet objectif, Goldman Sachs récupère son argent; s’il le dépasse, Goldman Sachs fait des bénéfices. Les pertes sont limitées à un quart de l’investissement initial de 9,6 milliards de dollars, grâce à une subvention de la fondation philanthropique du maire Bloomberg, ce qui démontre une fois encore l’importance de la prise de risques par les philanthropes.

Dans le présent numéro de F&D, nous examinons l’intersection de la philanthropie, de l’investissement privé et de l’entreprenariat social, c’est-à-dire comment on trouve de meilleurs moyens de résoudre les problèmes les plus urgents de la société.

Marina Primorac est Directrice de la rédaction de F&D.

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