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Finance & Developpment, September 2012
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L’abc de L’économie: Qu’est-ce que la monnaie?: Sans elle, les économies modernes ne pourraient pas fonctionner

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
September 2012
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Irena Asmundson et Ceyda Oner

C’EST l’argent peut-être qui fait tourner le monde, comme le dit la chanson. Et presque tout le monde a sans doute eu l’occasion de manipuler de la monnaie, souvent au quotidien. Mais, bien que la monnaie soit un objet familier, il est souvent difficile de la définir ou d’en expliquer les rouages. En bref, la monnaie sert:

  • de réserve de valeur, ce qui signifie qu’on peut la garder et s’en servir plus tard, pour lisser ses achats dans le temps;

  • d’unité de compte, c’est-à-dire de base commune des prix; ou

  • de moyen d’échange pour acheter ou vendre.

La façon la plus simple de définir le rôle de la monnaie est peut-être de songer à ce qui changerait en son absence.

Sans monnaie, nous serions réduits à une économie de troc. Pour acquérir quelque chose, il faudrait donner autre chose en échange. Par exemple, un mécanicien, pour se procurer des aliments, devrait trouver un agriculteur dont la voiture serait en panne. Et si l’agriculteur n’avait rien à faire réparer? Et s’il ne pouvait offrir au mécanicien que des œufs en quantités dont il ne saurait que faire? S’il faut trouver un interlocuteur particulier avec qui faire du troc, il devient très difficile de se spécialiser. On risque de mourir de faim avant de le trouver.

Mais avec la monnaie, pas besoin de trouver cet interlocuteur. Il suffit qu’il y ait un marché sur lequel vendre ses biens ou services. Sur ce marché, vous n’échangez pas un bien contre un autre: vous échangez vos biens et services contre un moyen de paiement commun, la monnaie. Ensuite, vous l’utilisez pour acheter ce dont vous avez besoin à d’autres personnes, qui acceptent le même moyen de paiement. Avec la spécialisation, il est facile de produire davantage, ce qui accroît la demande de transactions et donc la demande de monnaie.

Profusion de monnaies

Pour dire les choses autrement, la monnaie est quelque chose qui garde longtemps sa valeur, qui peut aisément servir à exprimer les prix et qui est largement accepté. Au cours des siècles, beaucoup de choses différentes ont servi de monnaie: coquillages, orge, grains de poivre, or ou argent, entre autres.

Au départ, la valeur de la monnaie était fondée sur les différents emplois qu’on pouvait en faire et sur le fait qu’elle avait un coût de remplacement. On pouvait, par exemple, manger l’orge et utiliser le poivre pour assaisonner la nourriture. La valeur assignée à cette consommation en fixe la valeur plancher. N’importe qui peut en faire pousser davantage, mais cela prend du temps et, si l’orge a été mangée, la masse de monnaie diminue. Beaucoup de gens voudraient, par exemple, des fraises et seraient ravis de s’en servir pour commercer, mais les fraises ne sont pas une bonne monnaie d’échange, car elles sont périssables. Il est difficile de les conserver pour les utiliser dans un mois, encore moins dans un an, et il est quasiment impossible de les échanger dans des contrées lointaines. S’ajoute le problème de la divisibilité—toute valeur n’est pas facile à diviser, et il n’est pas aisé non plus de normaliser chaque unité; il n’est pas facile, par exemple, d’établir la valeur d’une barquette de fraises par rapport à un autre article et de maintenir cette valeur constante. Les fraises ne sont pas une bonne monnaie d’échange, mais c’est aussi le cas de la plupart des autres biens.

Les métaux précieux, par contre, semblent posséder les trois qualités requises: unité de compte stable, réserve de valeur durable et moyen d’échange commode. Ils sont difficiles à extraire. Il y en a une quantité limitée dans le sous-sol. Ils supportent bien l’épreuve du temps. Ils sont aisément divisibles, en pièces normalisées, et ne perdent pas leur valeur lorsqu’ils sont morcelés en unités plus petites. Leur durabilité, leur disponibilité en quantité limitée, leur coût de remplacement élevé et leur portabilité font des métaux précieux une solution plus attrayante pour la monnaie que d’autres biens.

Jusqu’à une période relativement récente, l’or et l’argent étaient le principal mode de paiement utilisé. Mais ce sont des métaux lourds et, à la longue, au lieu de transporter le métal précieux et de l’échanger contre des biens, il est apparu plus commode de le déposer auprès d’une banque et d’utiliser, pour acheter et vendre, des billets correspondant à un titre de propriété de l’or ou de l’argent donné en dépôt. N’importe qui pouvait se présenter à la banque et recevoir le métal précieux en échange de billets. La créance de papier finit par se désolidariser du métal. Lorsque ce lien a été rompu, est née la monnaie fiduciaire. Celle-ci n’a pas de valeur matérielle; elle n’a de valeur que celle qu’une nation décide collectivement de lui assigner.

La monnaie fonctionne donc parce que les gens y croient. Les moyens d’échange ont évolué, et leur source aussi: du troc entre individus, on est passé à l’acceptation collective de la monnaie d’orge ou de coquillages, puis à celle qui est émise par l’État de nos jours.

Même si l’utilisation de pièces et de billets normalisés facilitait la détermination des prix des biens et services, la masse de monnaie en circulation jouait encore un rôle important dans la fixation des prix. Un producteur de blé, par exemple, peut détenir de la monnaie pour au moins deux raisons: pour ses transactions (comptant d’avance) et pour faire face à ses besoins futurs (épargne de précaution). Supposons que l’hiver arrive et que l’agriculteur veuille mettre de l’argent de côté en prévision de futures dépenses. S’il a du mal à trouver des gens qui ont de l’argent et veulent acheter du blé, il peut être obligé d’accepter un moindre montant de pièces et billets en échange de ses céréales. Du coup, le prix du blé baisse parce que la masse de monnaie qui circule est trop restreinte. Cela peut être dû au fait qu’il n’y a pas assez d’or pour frapper de nouvelle pièces. Lorsque l’ensemble des prix baissent, on parle de déflation. Par contre, s’il y a plus de monnaie en circulation, mais le même niveau de demande de biens, la valeur de la monnaie va chuter. On parle alors d’inflation—quand il faut payer plus pour obtenir la même quantité de biens ou niveau de services (voir «Qu’est-ce que l’inflation?» dans le numéro de mars 2010 de F&D). Il peut être difficile de maintenir l’équilibre de la demande et de l’offre de monnaie.

Comment mesure-t-on la monnaie?

Dans les statistiques officielles, on mesure en général le montant de monnaie dans un pays par la masse monétaire au sens large, qui comprend tout ce qui représente une réserve de valeur et de liquidité. La liquidité d’un actif financier est la mesure dans laquelle il peut être vendu à bref délai pour un montant proche de sa pleine valeur marchande. Cela signifie qu’il est facilement transformable en une autre forme de monnaie, en numéraire par exemple. Bien que tous les pays incluent la monnaie fiduciaire et les dépôts transférables (définition de la monnaie au sens étroit) dans la masse monétaire au sens large, celle-ci comporte d’autres composantes qui fournissent suffisamment de valeur et de liquidité. Parmi les éléments entrant dans la monnaie au sens large, le FMI (2000) définit:

La monnaie nationale (généralement émise par l’administration centrale).

Les dépôts transférables, qui comprennent les dépôts à vue (transférables par chèque ou mandat), les chèques bancaires (utilisés comme moyen d’échange), les chèques de voyage (utilisés pour des transactions avec les résidents) et les autres dépôts communément utilisés pour effectuer des paiements (tels que les dépôts en devises).

Les autres dépôts, tels que les dépôts d’épargne non transférables, les dépôts à terme (fonds laissés en dépôt pour une période donnée), ou les pensions livrées (par lesquelles une des parties vend un titre et s’engage à le racheter ultérieurement à un prix défini).

Les titres autres qu’actions, tels que les certificats de dépôts négociables et les billets de trésorerie (qui sont essentiellement des reconnaissances de dettes émises par des sociétés).

Fabrication de la monnaie

La monnaie fiduciaire est plus commode à utiliser que les métaux précieux. L’ajustement de la masse monétaire ne dépend pas du montant de métaux précieux disponible. Mais cela crée en soi une complication: précisément parce que le montant de métaux précieux est fini, il y a une limite au montant de billets que l’on peut émettre. S’il n’y a pas d’or ou d’argent pour garantir la monnaie, comment les autorités savent-elles combien de billets imprimer? C’est le dilemme auquel elles sont confrontées. Elles seront toujours tentées d’émettre de la monnaie, qui leur permettra de faire plus d’achats, d’embaucher plus d’employés, de payer plus de salaires et de gagner en popularité. Par contre, si elles font trop tourner la planche à billets, les prix se mettent à monter. Si les gens s’attendent à ce que les prix continuent à augmenter, ils peuvent accroître leurs propres prix encore plus vite. Si le gouvernement ne freine pas les anticipations, la confiance dans la monnaie s’émousse et elle risque en définitive de perdre toute valeur. C’est ce qui se produit en période d’hyperinflation. Pour conjurer cette tentation d’imprimer de l’argent à tout va, la plupart des pays confient de nos jours à une banque centrale indépendante le soin de déterminer combien de monnaie imprimer, en fonction de son analyse des besoins de l’économie et la charge de ne pas transférer des fonds à l’État pour financer ses dépenses (voir «Qu’est-ce que la politique monétaire?» dans l’édition de septembre 2009 de F&D). L’expression «imprimer de la monnaie» est trompeuse: de nos jours, la masse monétaire consiste principalement en dépôts bancaires, et non en monnaie de papier (voir encadré).

La confiance peut s’émousser

Les pays qui ont vécu une période d’inflation élevée ne savent que trop bien que la valeur de la monnaie dépend essentiellement de la foi que les gens mettent en elle. Dans les années 80, les citoyens de certains pays d’Amérique latine, comme l’Argentine et le Brésil, ont peu à peu perdu confiance dans leur monnaie, car l’inflation en rognait rapidement la valeur. Ils ont commencé à utiliser à la place une monnaie plus stable, le dollar américain. Ce phénomène a été appelé dollarisation de facto. L’État perd le monopole de l’émission de monnaie, et la dollarisation peut être très difficile à inverser.

Les mesures prises par certains gouvernements pour restaurer la confiance dans la monnaie illustrent bien la part de «foi» nécessaire au bon fonctionnement de la monnaie. En Turquie, par exemple, le gouvernement a créé en 2005 une nouvelle livre en supprimant six zéros. Du jour au lendemain, 1 million de livres est devenu 1 livre. Le Brésil, quant à lui, a institué en 1994 une nouvelle monnaie, le réal. Dans un pays comme dans l’autre, les citoyens ont suivi le mouvement, ce qui montre que, si tout le monde accepte qu’une nouvelle base ou une nouvelle monnaie devienne la norme, c’est ce qui se produit. L’adjectif fiduciaire vient du latin pour «foi». Si la monnaie est acceptée comme telle, c’est de la monnaie.

Irena Asmundson et Ceyda Oner sont économistes au Département de la stratégie, des politiques et de l’évaluation du FMI.

Bibliographie:

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