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Finances et Developpment, Juin 2011
Article

Paroles d’économistes: Le visage humain de L’économie

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
July 2011
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Prakash Loungani dresse le portrait de George Akerlof

En 1984, George Stigler, prix Nobel d’économie, prédisait que l’économie était en passe de devenir la reine des sciences sociales. Il y voyait «une science impériale», qui frayait un chemin dans la forêt pour les autres disciplines sociales. Il saluait le travail des «économistes-missionnaires … souvent contre des indigènes craintifs et hostiles».

Or la reine présumée a dû céder une partie de sa couronne. Au cours des 25 années écoulées depuis l’article de Stigler, il est apparu que l’économie avait autant de choses à apprendre des autres disciplines qu’elle en avait à leur enseigner. Aujourd’hui, la finance comportementale utilise les apports de la psychologie et de la sociologie pour comprendre les marchés financiers. Les scandales dans les grandes entreprises et les crises financières provoquées par la cupidité ont incité à introduire de la morale dans l’économie. D’ailleurs, pendant la dernière décennie, des prix Nobel d’économie ont été décernés à un psychologue, Daniel Kahneman (voir F&D de septembre 2009), et à une spécialiste de science politique, Elinor Ostrom.

Cette évolution aurait peut-être mécontenté George Stigler, mais pas son homonyme, George Akerlof, prix Nobel d’économie en 2001. Il «rêve» depuis longtemps d’une macroéconomie faisant appel à «toute la gamme des émotions et actions humaines: justice, confiance, cupidité, identité, procrastination». (Procrastination? Nous y reviendrons … peut-être).

«Ce n’est pas juste!»

Le sujet qui a le plus inspiré Akerlof pendant les 40 ans de sa carrière est le chômage. «J’ai toujours considéré le chômage comme une chose épouvantable. C’est en fait la source de presque tout ce que j’ai écrit. Sans emploi, l’homme perd non seulement son revenu, mais le sentiment qu’il remplit les devoirs que l’on attend d’un être humain».

Comment le chômage apparaît-il? Akerlof, en collaboration avec l’économiste bien connu Janet Yellen (qui se trouve être aussi sa femme), soutient que la notion de justice joue un rôle crucial. Akerlof et Yellen s’inspirent de la sociologie pour enrichir la description des échanges sur les marchés, y compris celui du travail. En théorie, le prix auquel un échange se conclut est déterminé par l’offre et la demande. S’il y a plus de vendeurs de fruits sur un marché que d’acheteurs, le prix des fruits baisse. Si une tempête de neige inattendue survient, les quincaillers, selon la théorie économique, vont augmenter le prix des pelles et ils ont le droit de le faire pour refléter leur brusque raréfaction.

«La conjugaison de questions audacieuses et de réponses superbes est ce qui fait de George le brillant iconoclaste qu’il est.»

Toutefois, «les êtres humains ne raisonnent pas toujours ainsi», dit Akerlof. D’après certaines enquêtes, les consommateurs trouvent injuste que les quincaillers augmentent leurs prix en pleine tempête de neige. D’autre part, les prix ne baissent pas toujours sur les marchés de primeurs quand l’offre dépasse la demande. En effet, bien souvent, les personnes qui vont sur ce genre de marché «font un choix». Certaines peuvent acheter un peu plus que prévu si, à leurs yeux, les vendeurs qu’elles essaient de soutenir ne font pas de bonnes affaires. Certains vendeurs peuvent être trop fiers «de la qualité [de leurs produits]» pour baisser le prix et peuvent s’en tenir à un prix qu’ils considèrent comme «juste».

Ces considérations de justice jouent un rôle encore plus important quand on les applique au marché du travail. En effet, le prix auquel s’échange le travail—le salaire—ne dépend pas uniquement de la demande et de l’offre. L’employeur doit prendre en compte l’effet des bas salaires sur le moral et l’efficacité du travailleur. Ce n’est pas dans son intérêt de baisser le salaire si cela risque de mécontenter le travailleur et de le faire «cracher dans la soupe». Les employeurs offrent donc une somme plus élevée que le salaire qui équilibrerait la demande et l’offre. Akerlof et Yellen l’appellent «salaire d’efficience» pour exprimer l’idée qu’un salaire plus élevé incite les travailleurs à se montrer plus efficaces ou efficients dans leur travail.

Globalement, cette décision judicieuse des employeurs a pour conséquence qu’il y aura toujours du chômage, parce que les salaires seront plus élevés que le taux auquel tous les demandeurs seraient employés. Akerlof écrit: «Le marché de l’emploi ressemble donc à une partie de chaises musicales, avec plus de danseurs que de chaises. Quand la musique s’arrête, certains ne trouvent pas de chaise» (Akerlof et Shiller, 2009).

Les esprits animaux

Pour Akerlof, la tentative de comprendre le chômage—«pourquoi l’offre n’est pas toujours égale à la demande sur le marché du travail»—l’a aussi aidé à réfléchir plus largement sur la façon dont «les hommes, les organisations, les marchés et le capitalisme» fonctionnent réellement. Cette réflexion créative apparaît dans Les Esprits animaux (voir F&D de décembre 2008), écrit avec l’économiste de Yale Robert Shiller, qui a été sélectionné pour le prix Financial Times/Goldman Sachs du meilleur livre sur l’entreprise de l’année. Shiller dit à F&D que pendant la rédaction du livre les idées des deux auteurs, déjà proches, se sont encore confondues au point que «je ne sais plus vraiment qui a écrit quoi». D’après lui, ce livre reflète «notre idée que les sciences sociales doivent s’unir davantage».

Akerlof et Shiller démontrent comment des forces qui ne sont généralement pas étudiées dans la théorie habituelle, comme la justice, la cupidité et la confiance, sont essentielles pour comprendre les raisons non seulement du chômage, mais aussi des récessions et de la volatilité sur les marchés d’actifs. Ils tiennent particulièrement à rappeler l’importance que le grand économiste britannique John Maynard Keynes attachait au rôle de la confiance dans les fluctuations économiques et surtout son affirmation selon laquelle l’investissement des entreprises dépend beaucoup de l’état de la confiance ou des «esprits animaux». Selon Keynes «l’état de confiance est une question à laquelle les esprits pratiques s’intéressent toujours beaucoup. Mais les économistes ne l’ont pas analysé soigneusement».

Les décisions d’investissement des entrepreneurs et les choix des ménages entre consommer aujourd’hui ou épargner pour demain tiennent à des anticipations incertaines et fluctuantes sur ce que l’avenir réserve. Pour Keynes, «ce sentiment d’incertitude va et vient: parfois les gens sont plus confiants qu’à d’autres moments. Quand la confiance est forte, l’économie prospère; quand elle est faible l’économie dépérit.» En fait, une confiance démesurée peut déclencher des investissements excessifs et imprudents, par exemple sur le marché du logement. L’effondrement des anticipations optimistes peut alors entraîner l’effondrement de l’économie. Quand cela se produit, la perte de confiance peut provoquer une surréaction dans l’autre sens, avec un assèchement du crédit et un repli des consommateurs.

Akerlof prend la récession de 1991 aux États-Unis comme exemple de l’importance de la confiance. Il se rappelle une séance pendant la réunion de l’American Economic Association en 1992, au cours de laquelle les grands économistes ont parcouru la liste classique des explications de la récession. Aucune ne marchait. La meilleure explication était celle d’Olivier Blanchard, alors au MIT et aujourd’hui chef économiste du FMI, selon qui l’invasion du Koweït par Saddam Hussein avait sapé la confiance des consommateurs américains, donc la consommation. Selon Akerlof, «l’explication d’Olivier était simple mais juste. Ou du moins je n’en connais aucune qui corresponde mieux aux faits.»

Une maison heureuse

Comme l’économie privée est sujette à des sautes d’humeur, le rôle du gouvernement consiste à agir pour stabiliser l’économie. D’après Akerlof et Shiller, le gouvernement doit être un parent responsable de l’économie, ni trop autoritaire ni trop permissif. La société capitaliste peut être extrêmement créative et le gouvernement ne doit pas se montrer rigoureux au point d’étouffer cette créativité. Toutefois le capitalisme livré à lui-même peut aller jusqu’à des excès et le rôle du gouvernement est d’agir comme pouvoir compensateur contre les extravagances.

Donc, quand l’économie privée prospère, le gouvernement doit se garder contre toute euphorie et épargner en vue de l’effondrement probable. Quand la confiance privée est faible, il doit développer les investissements publics. Keynes a avancé l’idée bien connue que même creuser des fossés et les combler constitue une activité valable pour le gouvernement quand le secteur privé connait un marasme. Pour Akerlof, il «ne faut pas aller si loin. Le gouvernement peut faire beaucoup d’autres choses plus valables pour créer un multiplicateur de confiance» afin de remettre l’économie sur les rails.

Le gouvernement a aussi un rôle à jouer pour empêcher la corruption et les activités prédatrices. Dans un célèbre article écrit en 1993, Akerlof et son coauteur, l’économiste Paul Romer, ne mâchaient pas leurs mots; ils baptisaient ces activités «pillage». Cet article a été écrit à la suite d’une série de crises financières dans lesquelles les investisseurs se sont déchargés sur les gouvernements de dettes énormes. Selon Akerlof, «bien entendu, nous avions en tête la crise des caisses d’épargne» aux États-Unis au début des années 90.

Selon Akerlof et Romer, le «fiasco» des caisses d’épargne est dû au fait que les régulateurs ont caché l’ampleur véritable du problème, que les parlementaires ont pressé les régulateurs de ménager les électeurs importants et les gros donateurs et que les lobbyistes ont réussi à empêcher toute action corrective jusqu’à ce que les problèmes soient si graves que la seule solution était de les répercuter sur les contribuables. Ils concluaient: «Aujourd’hui, nous ne sommes plus dupes. Si nous tirons les leçons de l’expérience, l’histoire ne devrait pas se répéter.»

Malheureusement, comme David Leonhardt l’a écrit dans le New York Times, les événements écoulés depuis l’article d’Akerlof et Romer ressemblent «à un triste épilogue de l’article sur le pillage». Au début des années 2000, les scandales ont englouti des sociétés comme Enron. On admet généralement aujourd’hui que la réglementation insuffisante des prêts subprime et les fraudes pures et simples ont été un déclencheur de la crise financière mondiale et de la Grande Récession de 2007–09. Romer se souvient qu’au moment où ils finissaient d’écrire leur article en 1993, Akerlof lui a dit que le prochain candidat au pillage serait un petit marché mystérieux appelé «dérivés de crédit».

Quand on demande à Akerlof de résumer ses opinions sur les politiques suivies depuis 30 ans, il répond avec la modération qui le caractérise: «Disons seulement que le gouvernement n’a pas vraiment réussi à construire une maison heureuse.»

De Yale …

Dans son discours de 2001 pour le Nobel, Akerlof décrit sa vie d’enfant et d’adolescent comme généralement heureuse, mais soumise aux vicissitudes de la carrière de son père. Il se souvient d’avoir pensé «que si mon père perdait son travail et que ma famille arrêtait de dépenser de l’argent, un autre père perdrait son travail et ainsi de suite. L’économie tomberait dans une spirale de baisse». L’inquiétude sur les perspectives d’emploi de son père explique peut-être, dit-il dans son discours, pourquoi «en un sens j’ai commencé à travailler sur la théorie du chômage à 12 ans. Cinquante ans plus tard, je réfléchis toujours au même sujet».

Akerlof a passé sa licence à Yale; il n’avait «pas le choix», parce que son père y avait été assistant et que son frère était aussi passé par Yale. En plus des cours en économie et en maths, il travaillait au Yale Daily News. Selon lui, cela «dominait sa vie». Il a essayé de faire du News autre chose qu’un organe officiel, plutôt un journal consacré aux problèmes des étudiants et aux sujets d’intérêt général: «Je voulais que le journal soit moins solennel et plus sérieux». Toutefois, malgré son enthousiasme et son travail acharné, il n’a pas été élu au conseil de rédaction du journal lors de sa troisième année.

Dans son discours pour le Nobel, il a dit que ce rejet était peut-être dû au fait qu’il n’était «pas précis sur les faits». Il nous affirme toutefois que cette «déclaration laisse peut-être une fausse impression de moi». Selon lui, il fait attention aux faits essentiels et ses recherches ont toujours été guidées par la volonté de les expliquer. «Pourquoi le chômage? Pourquoi les gens disent-ils qu’ils ont du mal à vendre leur maison? Pourquoi y a-t-il des pauvres? Pourquoi les gens temporisent-ils? Pourquoi les gens font-ils des idioties? Pourquoi des pays entiers font-ils des idioties?»

Après Yale, Akerlof a fait une maîtrise au MIT, qui s’enorgueillissait d’une équipe de professeurs vedettes, comme Robert Solow (voir F&D de mars 2011), et d’étudiants brillants—y compris Joseph Stiglitz (voir F&D de décembre 2009) qui partagea plus tard le prix Nobel avec Akerlof. Selon Avinash Dixit de Princeton (voir F&D de décembre 2010), qui était au MIT avec Akerlof, il «posait des questions que personne d’autre n’aurait posées. Au moment où l’on pensait que seul un crétin fini pouvait poser une question pareille, il sortait une superbe réponse qui changeait notre façon de voir les choses… La conjugaison de questions audacieuses et de réponses superbes est ce qui fait de George le brillant iconoclaste qu’il est».

… à Berkeley

Depuis 1996, la plus grande partie de la carrière d’Akerlof s’est déroulée à l’Université de Californie à Berkeley. Comme pour Yale, il y a des liens familiaux: son arrière-grand-père a été diplômé de Berkeley en 1873. Quand il a gagné le Nobel en 2001, il a donné l’argent du prix à Berkeley: «Je l’ai fait parce que je trouvais qu’ils m’avaient beaucoup soutenu et que je voulais leur montrer ma reconnaissance». Christina Romer, sa collègue à Berkeley, dit: «George est un homme sympathique, généreux et enthousiaste, qui adore l’économie. Il apporte une contribution incommensurable au département en étant simplement ce qu’il est.» Elle ajoute: «Ses étudiants lui donnent toujours des évaluations exceptionnelles.» Pour Shiller, Akerlof est comme un «père pour les étudiants de maîtrise qu’il encadre: il leur conseille de se montrer sympathiques quand ils cherchent du travail. Les personnes qui vous interviewent recherchent un collègue, leur dit-il, donc ils veulent voir si vous êtes sympathique».

Universitaire dans l’âme, Akerlof a quand même conservé des liens étroits avec le monde de l’action politique. Pendant les années 70, il a travaillé un an au Conseil des conseillers économiques (Council of Economic Advisers—CEA) et un autre au Conseil de la Réserve fédérale. Barry Chiswick, économiste spécialiste du travail et actuellement chef de département à l’Université George Washington, était avec lui au CEA. Dans son discours pour le Nobel, Akerlof attribue à Chiswick le mérite de lui avoir enseigné l’économie empirique. Chiswick nous dit que «c’est très généreux de sa part», mais «l’influence jouait dans les deux sens puisque nous tous au CEA puisions dans les talents exceptionnels de George». Il se rappelle qu’Akerlof s’occupait beaucoup du problème du chômage des jeunes, qui se posait dans les années 70 comme aujourd’hui. «George craignait que, si les jeunes n’arrivaient pas à trouver un bon premier emploi, cela soit considéré comme un signe négatif qui pourrait les affecter à vie», dit Chiswick.

En plus de ses passages dans les organismes publics américains, Akerlof a conservé une ancienne association avec la Brookings Institution. Depuis septembre 2010, il est chercheur résident principal au Département des études du FMI. Pour Blanchard, «la présence de George serait un cadeau à tout moment. Elle est particulièrement bienvenue aujourd’hui, où le FMI a besoin de créativité sur de nombreux fronts, depuis l’action contre la crise du chômage jusqu’à la conception de la réglementation financière.»

Les vieux tacots

Si le chômage est le sujet qui l’a le plus inspiré, c’est son article de 1970 montrant comment les marchés peuvent s’effondrer en cas d’information asymétrique (ou inégale) qui lui a valu le prix Nobel. D’ailleurs, si l’on joue aux associations de mots avec un docteur en économie et qu’on lui dit «Akerlof», il est probable qu’il répondra «tacots». En effet, Akerlof prenait comme exemple le marché des automobiles d’occasion où le vendeur sait très bien s’il propose une bonne voiture ou un «vieux tacot». L’acheteur, lui, estime que l’automobile est de qualité moyenne, donc il sera prêt à payer seulement le prix d’une voiture de qualité moyenne. Cette attitude signifie toutefois que les propriétaires de bonnes voitures ne mettront pas les leurs sur le marché de l’occasion. Cela abaisse la qualité moyenne des voitures sur le marché, donc les acheteurs révisent à la baisse leurs exigences de qualité. Ainsi, même les propriétaires de voitures relativement bonnes ne peuvent pas vendre et le marché s’effondre.

Selon Akerlof, le problème remonte à celui qu’ont toujours connu les maquignons: «S’il veut me vendre ce cheval, est-ce que je veux vraiment l’acheter?». Toutefois, les problèmes d’information «asymétrique» se posent sur la plupart des marchés, surtout sur les marchés financiers. Pour Akerlof, «la crise [financière récente] nous en donne des exemples criants. Les gens ordinaires pensaient acheter une maison, et pas les dérivés complexes qu’ils ont compris plus tard avoir achetés.»

Il dit qu’il a pris l’exemple des voitures d’occasion pour rendre son article «plus acceptable» pour les lecteurs américains. Mais son intérêt pour ce sujet a été attisé quand, pendant son séjour en Inde en 1967–68, il a remarqué les difficultés que la population avait pour obtenir un crédit. Il a gardé cet exemple dans son article, avec des sections montrant que le «principe du tacot» pouvait aussi expliquer pourquoi les personnes âgées avaient du mal à obtenir une assurance et les minorités du mal à obtenir un emploi. Toutes ces considérations se sont avérées trop insolites pour une grande partie du marché académique de l’époque; l’article a été rejeté par trois grandes revues avant d’être publié dans le Quarterly Journal of Economics. Aujourd’hui les questions traitées par Akerlof dans son article sur les tacots sont le pain quotidien des universitaires. Lui-même continue de pousser la réflexion sur ces questions, dernièrement dans Identity Economics, rédigé avec Rachel Kranton, alors à l’Université du Maryland. Le fils d’Akerlof, Robby, continue la tradition. Diplômé de Yale—où Shiller était l’un de ses professeurs—et Harvard, il étudie par exemple pourquoi la corruption et la tolérance de ce phénomène varient selon les entreprises, ce que les dirigeants peuvent faire pour accroître la légitimité de leur autorité (une solution consiste à payer un salaire d’efficience), comment expliquer les cultures d’opposition où les minorités dénigrent la majorité et sont elles-mêmes dénigrées, enfin quels motifs alimentent les querelles interminables entre deux partis.

J’allais oublier …

On en arrive enfin à la procrastination. Akerlof a écrit en 1991 un essai, «Procrastination and Obedience», dans lequel il affirme que l’étude de cette habitude pourrait expliquer des phénomènes comme la toxicomanie et l’incapacité d’épargner.

Il y raconte qu’il a temporisé pendant plus de huit mois avant d’envoyer un carton de vêtements d’Inde aux États-Unis. Le carton appartenait à Joseph Stiglitz, qui l’avait laissé lors de sa visite. «Tous les matins … en me levant je décidais que je l’enverrais le lendemain.» En réfléchissant à cette histoire, Akerlof nous dit que «pour les choses qui comptent vraiment» il n’est pas procrastinateur.

«Joe n’avait pas vraiment besoin du carton. Si j’avais pensé qu’il en avait besoin, il l’aurait reçu.»

Prakash Loungani est conseiller au Département des études du FMI.

Bibliographie:

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