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Finances et Developpement, Juin 2008
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Notes de lecture

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
June 2008
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Le moindre mal

Richard M. Bird et Pierre-Pascal Gendron

The VAT in Developing and Transitional Countries

Cambridge University Press, Cambridge, United Kingdom, and New York, 2007, 278 p., 70 $ (toilé).

The VAT in Developing and Transitional Countries, par Richard Bird et Pierre-Pascal Gendron, est un résumé agréable à lire, complet et intelligent des questions cruciales concernant l’adoption et l’exploitation d’une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) dans les pays en développement et en transition.

Les auteurs sont très bien placés pour mener cette analyse. M. Bird, un des économistes financiers canadiens les mieux connus et un expert en matière de TVA, a travaillé au FMI, à la Banque mondiale et à son propre compte dans plus de 50 pays. M. Gendron, lui-même économiste financier, a été fonctionnaire au Canada et consultant chevronné sur les questions budgétaires et fiscales.

Le livre donne une idée de la diversité et de la complexité des TVA existantes et des nombreux problèmes connexes. Pourtant, les auteurs estiment que la TVA est un outil budgétaire approprié pour les pays en développement. D’emblée, à la question de savoir si les pays en développement et en transition ont besoin d’une TVA, ils répondent sans ambages «oui».

Même si le reste du livre n’innove guère, il corrobore cette thèse et présente une vision nuancée de la manière dont les pays en développement peuvent appliquer une TVA optimale. Il évoque le manque d’analyses empiriques sur le rapport entre les aspects conceptuels et les résultats pratiques de la TVA et pose des questions cruciales pour un examen plus approfondi.

Les grandes conclusions du livre révèlent une vision agréablement pratique du réalisable par rapport à l’idéal en matière de politique et d’administration fiscales, reflétant sans aucun doute la vaste expérience des auteurs dans au moins 25 % des pays du monde.

Un meilleur choix

En saluant de manière générale la popularité croissante de la TVA, les auteurs mettent en évidence, au premier chapitre, l’impératif de perception des recettes publiques et le fait que, dans un monde imparfait, la TVA est peut-être le moindre mal. Ils notent qu’en raison de la mobilité croissante des capitaux, les possibilités de recettes au titre de l’impôt sur les sociétés et de l’impôt sur le revenu des personnes physiques sont très limitées pour les pays en développement et en transition. Ainsi, le choix crucial en matière de conception du régime fiscal doit se faire entre l’impôt sur les salaires et la TVA. À leur avis, la seconde convient mieux que la première à la fiscalisation de l’économie informelle.

Les auteurs examinent ensuite deux thèmes qui sous-tendent la conception d’une fiscalité judicieuse pour les pays en développement et en transition. D’abord, c’est une erreur, dans la fiscalité comme dans la vie, de pécher par excès de perfectionnisme —toute tentative de résoudre les problèmes de la TVA en accumulant des fioritures juridiques, stratégiques et administratives est vouée à l’échec. Ensuite, les auteurs exhortent les pays en développement à ne pas «réinventer la roue».

Les pays ayant de faibles capacités administratives devraient s’employer à établir des bases solides, laissant la mise en œuvre de mécanismes de pointe —de lutte contre la fraude «carrousel» de type UE, de traitement des ventes électroniques et d’imposition des services financiers —à des pays plus à même (sur les plans financier et administratif) d’expérimenter. Les auteurs signalent à juste titre que, dans les pays en développement, «la réalité fiscale est… tributaire des capacités administratives et de la nécessité politique.»

S’agissant des aspects conceptuels de la TVA pour les pays en développement, les auteurs se fient au bon sens (qui, précisent-ils, n’est pas forcément le même aujourd’hui qu’il y a 20 ans). Il s’agit, par exemple, d’adopter un seuil élevé d’inscription à la TVA, limitant ainsi le nombre de contribuables; de réduire au minimum les exonérations; d’éviter les taux multiples; d’utiliser une méthode d’audit appropriée au lieu d’un système informatique compliqué de congruence; et d’éviter l’amnistie fiscale.

Le chapitre 8, l’un des plus intéressants du livre, porte sur les TVA infranationales. Il donne un bref aperçu de la situation actuelle, en théorie et en pratique, et se termine par l’observation prudente et réaliste suivante: «Reste à savoir si les TVA infranationales peuvent bien fonctionner dans des pays comme l’Inde, où les États jouissent d’une réelle autonomie budgétaire, mais où les instances centrale et décentralisées font face à de graves contraintes administratives.»

The VAT in Developing and Transitional Countries constitue un ajout précieux à la bibliothèque de quiconque s’intéresse à la conception de l’impôt, à l’administration publique ou au développement en général.

Victoria Perry

Chef de division

Département des finances publiques du FMI

Archana Kumar est rédactrice principale.

Le rationnel expliquant le naturel

Tim Harford

The Logic of Life

The Rational Economics of an Irrational World Random House, New York, 2008, 272 p., 25 $ (toilé).

Cher économiste, Je me sens accablé par la pléthore actuelle de livres sur «la nouvelle économie de tout». Après avoir lu le livre précédent de Tim Harford, intitulé The Undercover Economist, ainsi que The Tipping Point, Blink, The Wisdom of Crowds et, évidemment, Freakonomics, serais-je bien avisé de lire The Logic of Life: The Rational Economics of an Irrational World, ou devrais-je m’en tenir à mes traités d’économie? Et pendant que nous y sommes, comment expliquez-vous que tant de livres de ce genre soient écrits?

Signé: «Perdu dans la Pop-Économie»

Cher «Perdu dans la Pop-Économie»,

Oui, The Logic of Life mérite bien d’être lu.

Premièrement, dans quel autre livre pourrait-on évaluer l’hypothèse du choix rationnel à l’aune de questions concernant le mariage et le divorce, l’obésité, les jeux de hasard, la toxicomanie, votre patron —toutes les choses vraiment importantes dans la vie? Et quelle autre étude économique récente explique avec brio la dynamique des fluctuations de la population urbaine, les origines de la révolution industrielle et la manière dont notre ancêtre l’homo sapiens a peut-être provoqué l’extinction du Neandertal?

Deuxièmement, où d’autre pourrait-on trouver des explications rationnelles de rémunération excessive des PDG (indice: ils ne la méritent pas), ou la raison pour laquelle Carrie Bradshaw de Sex and the City déplore que les hommes soient rares à Manhattan, mais ne déménage pas à Anchorage. Aussi politiquement incorrectes que soient les raisons invoquées pour justifier que les femmes préfèrent se livrer concurrence pour conquérir des hommes rares mais riches au lieu d’émigrer là où ils sont nombreux mais pauvres, pensez un moment à la biologie évolutionniste: les hommes puissants peuvent mieux protéger une famille, et les femmes jeunes peuvent engendrer plus d’enfants.

Troisièmement, où d’autre pourrait-on vous présenter un aréopage de personnalités aussi remarquables, qui confirment que la réalité peut être plus bizarre que la fiction: de Chris «Jesus» Ferguson, informaticien devenu champion de poker, qui a remporté, de 2000 à 2004, plus de championnats mondiaux de poker que n’importe lequel de ses rivaux pendant une décennie, en appliquant le modèle de John von Neuman (interdit à Las Vegas), à Thomas Schelling, lauréat du prix Nobel qui s’est servi de la théorie des jeux pour sauver le monde d’une guerre nucléaire et cesser de fumer.

Après The Undercover Economist, Tim Harford reprend du service en faisant le point sur les études de pointe d’une «nouvelle vague d’économistes» pour confirmer un postulat simple: nous réagissons aux incitations. À l’évidence, Harford est influencé par Gary Becker et Schelling, qui ont appliqué la théorie du choix rationnel aux domaines les plus improbables. Ajoutez-y un groupe de nouveaux penseurs branchés (Daron Acemoglu, Ed Glaeser, Lena Edlund, Michael Kremer, Mark Granovetter, Justin Wolfers et beaucoup d’autres), et vous obtiendrez une époustouflante collection d’anecdotes cimentées par une hypothèse centrale: beaucoup de choses dans la vie, l’amour, l’addiction, l’urbanisation et même la ségrégation raciale peuvent s’expliquer par la prémisse que les gens sont rationnels.

Mais tout se résume-t-il à des incitations rationnelles? Le comportement irrationnel n’est-il pas aussi une caractéristique fondamentale de la nature humaine? Dan Ariely affirme, dans son livre intitulé Predictably Irrational: The Hidden Forces That Shape Our Decisions, que nous ne calculons pas nécessairement de façon rationnelle la valeur des différentes options qui s’offrent à nous. Pensez un instant à des personnes honnêtes qui ne volent pas d’argent, mais des petits fours ou des fournitures de bureau destinés à la collectivité, ou à des patients qui obtiennent de meilleurs résultats en prenant des médicaments coûteux et non des produits génériques moins chers. Autrement dit, ne pourrions-nous pas opposer l’économie des incitations —alias «modèle de la sagesse du marché», version Harford —à l’économie des émotions, où le comportement économique peut être influencé par des forces incomprises comme les émotions, les pulsions et les normes sociales?

À cet égard, Harford a raison: parfois, nous nous écartons du choix rationnel, mais l’hypothèse classique de la rationalité humaine conserve une gamme effarante d’explications possibles. Ce qui semble inexplicable à première vue devient logique dès lors que nous voyons des incitations occultes à l’œuvre et que nous y réagissons. Cela vaut pour les New Yorkais et les Londoniens qui payent plus pour habiter des villes trop chères, et même pour les actionnaires de Disney, qui auraient jugé rationnel de verser à Michael Eisner un salaire de 800 millions de dollars pendant ses 13 années de service, même s’il avait passé ce temps à regarder Tom & Jerry.

Quant à votre dernière question, vous avez raison de noter la prolifération de best-sellers expliquant tout par l’économie. Cela confirme —s’il en était besoin —que le succès engendre l’imitation et que les économistes sont les premiers à réagir rationnellement aux incitations. Heureusement, The Logic of Life vaut la peine d’être lu: il est rationnel de s’intéresser aux liens entre la nature humaine et la science lugubre.

Gilles Bauche

Conseiller,

Département des relations extérieures du FMI

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