Chapter

Chapitre 3. Évaluation des activités de surveillance et de recherche du FMI

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
September 2000
Share
  • ShareShare
Show Summary Details

L’évolution récente de l’économie mondiale a conduit en 1998 à un large consensus international sur les principaux moyens de renforcer le système monétaire et financier mondial et sur le rôle essentiel du FMI à cet égard (voir chapitre 4). En outre, comme la surveillance est l’axe autour duquel s’articuleront les résultats d’une grande partie des travaux de renforcement de l’architecture financière mondiale, les efforts déployés aux fins d’en accroître l’efficacité et l’utilité se sont intensifiés au cours de l’exercice 2000.

Dans le cadre de ces efforts, une évaluation externe de la surveillance, demandée en juin 1998 par le Conseil d’administration, a été effectuée et il en a examiné les résultats en septembre 1999. Les experts indépendants ont été chargés d’évaluer l’efficacité de la surveillance du FMI et de formuler des recommandations sur les moyens d’y apporter des améliorations cadrant avec le mandat de l’institution. Cette évaluation a apporté des éléments d’information très utiles à l’examen biennal de la surveillance auquel le Conseil d’administration s’est livré en mars 2000 et dont le but est d’assurer que les activités de surveillance demeurent adaptées à une situation économique mondiale en perpétuelle évolution.

Le Conseil d’administration a en outre demandé à des experts externes d’examiner la contribution des activités de recherche du FMI à la réalisation de ses objectifs. Peu après l’achèvement du rapport et son examen par le Conseil d’administration, le FMI a pris des mesures pour donner suite aux recommandations des experts. Le Conseil d’administration a en outre chargé des experts indépendants de revoir la formule actuellement utilisée pour le calcul des quotes-parts des pays membres (voir chapitre 6).

Vers la fin de l’exercice, le Conseil d’administration a approuvé la création d’un service d’évaluation indépendant, dont les travaux compléteront les activités de vérification interne et d’autoévaluation en cours du FMI. Cette décision est une réponse aux appels lancés en faveur d’une plus grande transparence des opérations du FMI et d’une responsabilisation accrue de l’institution. Le Conseil d’administration a demandé de faire en sorte que le service d’évaluation commence à fonctionner avant l’Assemblée annuelle 2000.

Évaluation externe des activités de surveillance du FMI

Le rapport d’évaluation externe de la surveillance du FMI a été rédigé par un groupe d’experts composé de John Crow, ex-gouverneur de la Banque du Canada et président du panel, de Ricardo Arriazu (Buenos Aires), consultant pour les questions économiques et financières et ancien administrateur suppléant du FMI, et de Niels Thygesen, Danske Bank, professeur d’économie internationale à l’université de Copenhague. Jonathan Portes, ex-trésorier du Royaume-Uni, a rempli les fonctions de Secrétaire.

Les experts indépendants ont principalement recommandé de limiter autant que possible la surveillance bilatérale aux questions essentielles que sont la politique de change et les politiques macroéconomiques qui y sont directement liées (notamment les questions ayant trait au secteur financier et aux mouvements de capitaux). Ils estiment en outre qu’il importe d’accorder une attention bien plus grande aux conséquences internationales de ces politiques. Dans ce dernier domaine, le FMI détient, à leur avis, un avantage comparatif certain, quoique encore sous-exploité, à trois égards, car il est en mesure:

  • d’évaluer la position d’un pays par rapport à la situation et aux perspectives économiques internationales;

  • d’analyser l’expérience d’autres pays aux prises avec les mêmes problèmes de politique économique;

  • d’étudier la probabilité de gros chocs extérieurs défavorables et les ripostes possibles à ces chocs, que ceux-ci soient une conséquence directe des courants commerciaux ou de l’évolution des taux d’intérêt, ou qu’ils proviennent d’un phénomène de contagion plus général.

Pour que l’expertise du FMI dans ces domaines soit mieux exploitée au bénéfice de la surveillance, une certaine réaffectation des ressources s’imposera. En conséquence, les experts externes ont notamment recommandé:

  • De moins étendre la surveillance aux domaines structurels non financiers et de faire ainsi des économies de ressources. L’analyse de questions ne relevant pas des compétences fondamentales du FMI —politique de change et politique macroéconomique connexe, secteur financier et mouvements de capitaux —ne doit être entreprise que si elle a un rapport direct avec les résultats macroéconomiques.

  • De s’attacher davantage à assurer la continuité de la surveillance par des missions plus courtes et au mandat moins large et mieux défini, et par des communications et échanges à distance plus réguliers.

  • De réduire les ressources consacrées à la surveillance des petites et moyennes économies industrialisées (et, plus généralement, des membres de la zone euro). Le principal moyen d’y parvenir serait de mieux définir les priorités, comme indiqué ci-dessus, et d’avoir des intervalles plus longs entre les consultations au titre de l’article IV avec ces pays, qui seraient en partie remplacées par une surveillance plus continue.

  • De prêter davantage attention, dans la surveillance des grandes économies industrialisées —États-Unis, Japon et pays de la zone euro —, aux aspects internationaux de la politique économique.

  • De consacrer bien plus de soin, dans le processus de surveillance, à déceler les vulnérabilités.

  • De publier les prévisions trimestrielles des études sur les perspectives de l’économie mondiale.

À leur réunion de septembre 1999, consacrée à l’examen des résultats de l’évaluation externe, les administrateurs ont remercié le groupe d’experts pour leur travail minutieux et leur avis éclairé. Ils ont accueilli avec satisfaction leur évaluation exhaustive des activités de surveillance du FMI et la haute opinion qu’ils ont des rapports sur les perspectives de l’économie mondiale et sur l’évolution des marchés internationaux de capitaux. Ils ont pris note de la valeur que les pays membres confèrent à la surveillance par le FMI de leur économie. À cet égard, puisque, de l’avis des experts, la surveillance a une influence sur l’orientation de la politique économique des pays, il est d’autant plus important que les analyses du FMI soient excellentes et restent centrées sur les questions suscitant de sérieuses préoccupations immédiates.

Les administrateurs ont attiré l’attention sur les nombreux points communs entre l’évaluation des experts et celle que le FMI a faite lui-même de ses activités. Ils ont souligné en particulier la nécessité de revoir la définition des priorités essentielles du FMI, d’accorder une plus grande attention aux aspects internationaux des politiques macroéconomiques nationales et à leurs retombées, de mettre davantage l’accent sur les comparaisons entre pays et l’évolution régionale, de conférer une plus grande importance aux analyses de vulnérabilité et de faire une plus grande place aux questions afférentes au secteur financier et aux mouvements de capitaux.

Il reste difficile pour le FMI de savoir sur quels domaines centrer sa surveillance, étant donné les forces derrière l’élargissement de son champ d’action. Comme l’ont reconnu les administrateurs, les priorités en matière de surveillance ont changé avec le temps: tout d’abord limitée à la politique de change, à la balance des paiements et aux politiques monétaires et budgétaires connexes, la surveillance s’est étendue aux mouvements de capitaux, au secteur financier et aux aspects structurels non financiers.

D’après la plupart des administrateurs, l’une des principales recommandations des experts externes —à savoir que la surveillance porte seulement sur les questions essentielles (politique de change et politiques macroéconomiques qui y sont directement liées) —va à l’encontre de la volonté des pays membres du FMI et de la communauté internationale qui souhaitent voir accorder une plus grande importance à l’interaction des politiques macroéconomiques, structurelles et sociales. Ils ont opté pour un champ d’application plus large, évoquant l’évolution de l’économie mondiale et la nécessité pour la surveillance de rester adaptée aux défis adressés aux pays membres du FMI dans la conduite de leur action. Cependant, un certain nombre de ces administrateurs ont retenu la possibilité de définir les priorités au cas par cas: le champ couvert par la surveillance pourrait varier selon la situation du pays; toutefois, lorsqu’il s’agit de questions «non essentielles», les services du FMI auraient à démontrer clairement qu’elles ont un rapport avec les domaines relevant des compétences fondamentales du FMI. D’autres administrateurs ont néanmoins estimé que la surveillance aurait dû se limiter aux priorités initialement retenues au lieu de s’étendre à des domaines tels que le marché du travail, la réforme des pensions, la politique sociale et la gestion des affaires publiques. Cependant, la plupart des administrateurs se sont accordés pour penser que le FMI devrait, dans la mesure du possible, recourir aux services d’experts externes lorsqu’il s’agit de questions ne relevant pas de son mandat traditionnel et qu’il a peu de spécialistes compétents en la matière. A cet égard, les administrateurs ont souligné l’importance d’une étroite coopération avec les autres institutions internationales, laquelle permettrait d’exploiter les compétences et avantages comparatifs des unes et des autres et d’éviter les doubles emplois.

Les administrateurs ont été fermement d’avis qu’il faut mettre plus explicitement l’accent sur les aspects internationaux et régionaux de la surveillance, autre recommandation des experts externes. Ils ont jugé nécessaire de procéder davantage à des comparaisons entre pays, domaine dans lequel le FMI jouit d’un avantage sans égal. Comme les experts, ils ont en outre estimé qu’il faut mettre en lumière l’interaction de la surveillance bilatérale et de la surveillance multilatérale, et ils ont souhaité une meilleure intégration de l’analyse des marchés internationaux de capitaux et de celle des perspectives de l’économie mondiale à la surveillance bilatérale. Par ailleurs, ils ont décidé que les consultations au titre de l’article IV avec les pays doivent rester centrées sur leurs propres politiques.

Les administrateurs ont souscrit à une autre recommandation des experts, celle de mettre plus explicitement l’accent sur les vulnérabilités dans le cadre de la surveillance exercée par le FMI; il s’agirait par là d’approfondir l’analyse du compte de capital, du secteur financier et du traitement de la contagion financière. Devant l’ampleur des flux financiers et commerciaux entre les pays, le FMI doit, dans l’exercice de sa surveillance, accorder une plus grande attention à l’enchaînement des mesures visant à libéraliser les mouvements de capitaux et au rythme de cette libéralisation. L’intensification des travaux effectués par les services du FMI sur le secteur financier en collaboration avec la Banque mondiale, la Banque des règlements internationaux et d’autres organisations internationales a donné lieu à une étude plus complète des vulnérabilités dans ce domaine. Les administrateurs ont reconnu la nécessité d’examiner de plus près l’interdépendance des politiques et les risques de contagion dans l’exercice de la surveillance, notant que, au niveau mondial, celle-ci a un rôle important à jouer dans la détection de ces risques.

En ce qui concerne les recommandations des experts sur les procédures de surveillance, les administrateurs ont fait observer que l’une des forces du FMI en tant qu’institution est l’uniformité de traitement qu’il assure à ses pays membres. Si un grand nombre d’administrateurs voyaient dans les consultations annuelles l’instrument essentiel de la continuité de la surveillance du FMI, la nécessité de ménager une certaine souplesse dans les procédures a toutefois été reconnue, étant donné les pressions exercées sur les ressources de l’institution. Aussi les administrateurs ont-ils jugé que, pour la plupart des économies industrialisées, il y a lieu, devant leur impact systémique, de maintenir la pratique des consultations annuelles. La plupart des administrateurs étaient d’avis que la surveillance de ces pays devrait rester centrée sur leurs politiques intérieures tout en s’étendant aux répercussions internationales de ces politiques.

Pour assurer la continuité de la surveillance et une utilisation efficace des ressources qui y sont consacrées, certains administrateurs ont proposé de réduire la durée des missions de consultation annuelles et de les compléter, dans certains cas, par des communications électroniques dans l’intervalle. Cela ne doit toutefois pas, selon d’autres administrateurs, amener les autorités nationales à accorder moins d’attention aux entretiens de consultation formels.

La plupart des administrateurs ont estimé que les consultations annuelles avec les petits pays industrialisés —en particulier ceux de la zone euro —offrent certains avantages essentiels qui pourraient être perdus si leur fréquence diminuait. Plusieurs administrateurs ont souligné que, dans le cas des pays de la zone euro, la politique budgétaire demeure une prérogative nationale et que bien d’autres politiques continuent d’être menées au niveau national; il serait dont impossible de couvrir convenablement ces questions dans le cadre de consultations avec la Banque centrale européenne ou les institutions de l’Union européenne. Alors que plusieurs administrateurs voyaient la possibilité de réduire l’ampleur et la durée des missions dans ces pays à mesure que se poursuit l’intégration européenne, d’autres se sont prononcés contre une diminution de l’attention portée à la zone euro.

Les administrateurs ont fait observer que la transparence des activités de surveillance du FMI s’est fortement accrue ces dernières années et ont évoqué à cet égard le lancement du projet-pilote de diffusion volontaire des rapports établis par les services du FMI pour les consultations au titre de l’article IV. Ils sont convenus que l’examen de ce projet au cours de l’été 2000 fournira des informations utiles à la formulation d’une politique générale de publication des rapports des services du FMI au titre de l’article IV.

Pour ce qui est de l’avenir, les administrateurs ont souligné que le renforcement de la surveillance du FMI est un processus en marche, et que le rapport d’évaluation présente l’avis éclairé d’experts ayant une perspective externe et constituera un élément important dans leurs délibérations sur cette question. Ils attendent avec intérêt une analyse plus poussée de bien des thèmes abordés dans le rapport. Parmi les questions clés sur lesquelles il faudra revenir pourraient figurer les suivantes: la portée de la surveillance; les aspects internationaux et régionaux et les comparaisons entre pays; les analyses de vulnérabilité et les systèmes d’alerte avancée; et l’étude des questions afférentes au secteur financier et aux mouvements de capitaux.

Examen biennal des activités de surveillance

A leur réunion de mars 2000, consacrée à l’examen biennal des activités de surveillance, les administrateurs ont fait le point sur l’expérience accumulée dans ce domaine depuis 1997 et ont approfondi leur réflexion sur les conclusions de l’évaluation externe de cette activité. Ils ont fait observer qu’un programme complexe d’initiatives visant à renforcer l’architecture du système financier international a été mis en place face aux crises qui ont secoué les économies de marché émergentes depuis le milieu des années 90 (voir chapitre 4). Ces initiatives auront des répercussions profondes sur la surveillance exercée par le FMI. Les administrateurs ont estimé que les résultats des projets-pilotes engagés dans plusieurs domaines devront aussi être analysés avec soin, car ils influenceront, à l’avenir, l’évolution des activités de surveillance du FMI.

Les administrateurs ont fait observer que les modalités d’intégration au processus de surveillance des résultats des diverses initiatives visant à renforcer l’architecture internationale n’ont pas encore été précisées et qu’il reste à déterminer comment faire appel aux compétences et aux ressources des autres institutions. Des propositions ont été formulées dans de nombreuses enceintes externes sur le champ d’application de la surveillance et l’exercice de cette activité par le FMI; le Conseil d’administration devra tenir compte de ces propositions pour formuler ses directives aux services du FMI et pour assurer que la surveillance demeure centrée sur ses objectifs majeurs.

Les travaux sur les nouvelles initiatives se poursuivent, mais les administrateurs n’en ont pas moins jugé encourageant le renforcement de la surveillance dans des domaines importants, en particulier le traitement des politiques de change, l’attention croissante accordée à l’évolution du secteur financier et des mouvements de capitaux, et l’évaluation de la vulnérabilité externe —en particulier dans le cas des économies de marché émergentes. Le processus actuel de renforcement de la surveillance s’inspire et bénéficie des recommandations faites dans le rapport d’évaluation externe de la surveillance du FMI.

Les administrateurs ont pris bonne note de l’analyse que les services du FMI font de la manière dont les questions essentielles et des questions secondaires sont traitées dans les rapports de consultation au titre de l’article IV, point sur lequel a beaucoup insisté le rapport d’évaluation externe de la surveillance du FMI. Selon la plupart d’entre eux, il ressort de cette analyse que, dans l’ensemble, les rapports de consultation au titre de l’article IV couvrent d’une manière généralement appropriée les questions essentielles (et notamment la politique de change et sa cohérence avec la politique macroéconomique, le secteur financier, les flux et stocks recensés dans la balance des paiements et son compte de capital ainsi que les questions internationales connexes). Durant la période examinée, les services du FMI se sont montrés sélectifs dans le choix des questions secondaires, s’appuyant à cet effet sur des tests qui servent à mesurer leur importance macroéconomique —c’est-à-dire ne traitant le plus souvent que les questions secondaires qui ont un impact direct et significatif sur l’évolution macroéconomique. Les administrateurs ont estimé que l’importance macroéconomique reste un critère pertinent pour l’inclusion d’une question donnée dans les rapports de services du FMI au titre de l’article IV. Parallèlement à l’intégration rapide des marchés financiers internationaux, les questions touchant aux mouvements de capitaux et au secteur financier sont venues s’ajouter à la liste des questions essentielles ces dernières années; et, l’économie mondiale continuant d’évoluer, il en ira de même sans doute pour la liste des questions essentielles.

Si certains administrateurs préféraient que soit établie une distinction plus nette entre les questions essentielles et celles qui ne le sont pas, beaucoup d’autres distinguaient une hiérarchie des priorités: toutes les questions qui ont un rapport avec la viabilité externe et la vulnérabilité aux crises de balance des paiements ou aux crises monétaires continueront d’être au sommet de cette hiérarchie. Ces administrateurs reconnaissaient aussi que ladite hiérarchie peut changer au fil du temps ou d’un pays à l’autre, et que le risque de duplication des efforts avec d’autres organisations internationales est plus grand pour les questions situées au bas de cette hiérarchie. Ils ont fait observer que le FMI n’a ni la compétence ni l’expérience requises pour couvrir de nombreuses questions qui, tout en étant étrangères à ses domaines d’action traditionnels, jouent parfois un rôle déterminant dans la stabilité macroéconomique d’un pays. Pour traiter ces questions, les services du FMI doivent s’appuyer sur les compétences d’autres institutions. Les équipes chargées de la surveillance doivent donc se tenir au courant des travaux réalisés par d’autres organismes sur la situation des pays qu’elles suivent et pourront en intégrer les résultats au processus de surveillance chaque fois que ceux-ci auront un rapport avec les préoccupations essentielles du FMI.

S’agissant des taux de change, la plupart des administrateurs ont fait observer que la surveillance des politiques de change a été renforcée et recentrée. Tout en reconnaissant que le choix d’un régime de change est une prérogative de chaque pays membre, ils ont souligné que l’évaluation du régime et du taux de change s’impose dans tous les cas. Les administrateurs ont noté avec satisfaction le recours à des méthodes d’analyse plus fines et la plus grande franchise dont les services du FMI font preuve dans leurs évaluations et leurs conseils de politique économique, et recommandé que l’utilisation de ces techniques soit étendue à un plus grand nombre de pays. Cependant, certains d’entre eux ont fait remarquer que les jugements explicites portés par les services du FMI sur une parité ou un régime de change peuvent, dans certaines circonstances, perturber indûment les marchés. Ils ont proposé que, lorsqu’un tel risque existe, l’opinion des services FMI soit présentée au Conseil d’administration oralement ou par un autre moyen. Ils ont reconnu que les arbitrages possibles entre transparence et franchise devront être examinés, notamment dans le cadre du projet-pilote de publication des rapports des services du FMI au titre de l’article IV (voir chapitre 4).

Les administrateurs ont fait observer que, dans l’exercice de sa surveillance, le FMI met davantage l’accent sur la santé du secteur financier et sur les mouvements de capitaux et que, pour certains pays, tels que les économies de marché émergentes, des analyses de vulnérabilité sont incluses dans le processus. La surveillance dans ces domaines a été approfondie et le processus facilité par la communication en temps voulu de données plus complètes.

Les rapports pour les consultations au titre de l’article IV devraient fournir des informations claires et franches sur la qualité des données communiquées aux services du FMI pour l’exercice de la surveillance, et attirer plus nettement l’attention sur les carences ou déficiences des données qui en entravent l’analyse. La plupart des administrateurs étaient d’avis que, pour permettre au FMI de détecter leurs vulnérabilités financières ou l’approche d’une crise, tous les pays que peuvent fragiliser d’amples fluctuations des courants financiers doivent communiquer en temps utile des informations de haute qualité sur les réserves dont ils disposent, leur dette à court terme et l’évolution du sentiment des marchés. Les administrateurs ont formulé l’espoir que la prochaine discussion du Conseil d’administration sur la dette extérieure et les réserves internationales ferait apparaître de nouveaux progrès dans ce sens.

La plupart des administrateurs ont souscrit à l’approche sélective adoptée pour la diffusion et l’utilisation de modèles de système d’alerte avancée, compte tenu de l’état des connaissances en la matière ainsi que de la sensibilité et de l’imprécision des résultats. Comme des crises monétaires ne se sont réellement produites que dans la moitié environ des cas où ces modèles auraient sonné l’alarme, les résultats donnés par ceux-ci doivent être interprétés avec discernement et utilisés, en tout état de cause, avec soin et prudence. Les administrateurs étaient favorables à un resserrement de la collaboration avec la Banque mondiale pour identifier les indicateurs opérationnels utiles à l’analyse de la vulnérabilité du secteur des entreprises. Ils ont encouragé les services du FMI à continuer de chercher les signes d’un lien entre la fragilité éventuelle du secteur des entreprises et la vulnérabilité externe et, le cas échéant, à donner suite à cet examen au cas par cas.

Les administrateurs ont noté avec satisfaction l’attention accrue portée aux analyses comparatives entre pays et à Γ interdépendance des politiques économiques. Ils ont souligné que le FMI a un rôle essentiel à jouer dans l’établissement et la diffusion des données et appréciations dans ces domaines. Certains d’entre eux, tout en prenant acte des progrès accomplis, se sont prononcés en faveur d’une inclusion plus systématique de ces questions dans le processus de surveillance bilatérale, estimant que la participation croissante du FMI aux forums régionaux est un moyen utile d’avancer dans cette voie.

Les administrateurs se sont montrés satisfaits de l’orientation donnée à la surveillance multilatérale dans les rapports sur les perspectives de l’économie mondiale et sur l’évolution des marchés internationaux de capitaux, ainsi que dans les séances informelles du Conseil d’administration sur l’évolution de l’économie mondiale et des marchés. Ils ont appelé à la poursuite des examens périodiques des taux de change, des soldes extérieurs courants et des indicateurs de systèmes d’alerte avancée, à l’analyse des risques et à l’utilisation des scénarios alternatifs des Perspectives de l’économie mondiale, qui permettent d’affiner les analyses. Tout en se félicitant des récents acquis, les administrateurs ont demandé que soient poursuivis les efforts engagés pour mieux intégrer les activités de surveillance bilatérale et multilatérale du FMI.

De l’avis des administrateurs, il importe de maintenir l’uniformité de traitement des pays membres, et les consultations annuelles sont l’élément essentiel à la continuité de la surveillance. Néanmoins, compte tenu des pressions qui s’exercent sur les ressources en personnel de l’institution, la plupart des administrateurs étaient favorables à l’introduction d’une certaine souplesse dans le processus, acceptant de voir varier la fréquence des consultations, les effectifs des missions et le volume de la documentation à produire, en vue d’assurer que la surveillance reste effectivement centrée sur son objectif—sous réserve du maintien de contacts suffisamment suivis avec tous les pays membres.

Évaluation externe des activités de recherche du FMI

Le rapport d’évaluation externe des activités de recherche économique du FMI est l’œuvre d’un groupe d’experts dirigé par Frederic S. Mishkin, titulaire de la chaire d’économie A. Barton Hepburn à l’Ecole supérieure d’administration, université Columbia, et composé en outre de Francesco Giavazzi, professeur d’économie à l’université Bocconi (Italie), et de T.N. Srinivasan, titulaire de la chaire d’économie Samuel C. Park, Jr., et président de la faculté d’économie, université Taie. La coordination a été assurée par Johanna Honeyfield, qui est responsable des projets spéciaux.

L’évaluation externe des activités de recherche économique du FMI fait partie de la série des évaluations faites par des experts indépendants et ponant sur divers aspects des travaux du FMI. Le but de l’opération est de déterminer si la recherche économique du FMI a effectivement contribué à la réalisation de ses objectifs. Les experts ont ainsi cherché à savoir si l’ampleur et l’organisation actuelles des activités de recherche sont appropriées, comment le niveau des ressources est fixé et quel rapport ces activités ont avec la ligne d’action générale du FMI. Ils ont également cherché à déterminer la qualité et la valeur ajoutée des différents aspects de la recherche économique du FMI et à en évaluer l’utilité pour l’institution, pour les pays membres et pour la communauté économique au sens large.

Les experts externes ont conclu que l’importance des activités de recherche du FMI pour ses travaux est directement fonction de leur pertinence, de leur qualité et de leur diffusion. Les principaux aspects qui peuvent, selon eux, faire l’objet d’améliorations sont les suivants:

  • Si certaines des études économiques du FMI sont excellentes, la qualité globale de ses recherches peut être sensiblement améliorée.

  • Les diverses études économiques du FMI doivent porter davantage sur les domaines où elles peuvent être le plus profitables (analyses comparatives entre pays, études consacrées aux pays en développement ou en transition et au secteur financier, par exemple).

  • Les recherches des départements fonctionnels (par exemple ceux qui s’intéressent à l’évolution des politiques budgétaire et monétaire, entre autres) doivent être davantage intégrées aux opérations du FMI.

  • Les chercheurs du FMI n’ont pas auprès du reste du monde la visibilité qu’ils avaient dans le passé.

Le Conseil d’administration s’est réuni en septembre 1999 pour examiner le rapport. Les administrateurs ont reconnu que la recherche économique joue un rôle important dans tous les domaines d’activité du FMI: surveillance du système monétaire international, surveillance multilatérale et bilatérale, aide consultative et financière à l’appui des programmes d’ajustement des pays membres, et assistance technique, coopération et formation. Dans lesdits domaines, les travaux de recherche effectués dans ses murs doivent être solides pour permettre au FMI de tirer des enseignements de l’expérience et d’engendrer et d’absorber des idées. Comme les experts l’ont suggéré, cette contribution de la recherche doit nécessairement revêtir de multiples aspects et prendre la forme de travaux de base, d’orientation et d’analyse. Les études doivent être effectuées par un personnel hautement qualifié dans un environnement propice mais aussi, inévitablement, contraignant, et ce personnel doit être libre de remettre en question les théories acceptées.

Tout en notant avec satisfaction que l’évaluation externe a dans l’ensemble été utile, plusieurs administrateurs ont estimé que l’adoption d’une perspective à plus long terme et l’inclusion de travaux de recherche plus variés auraient fourni une base d’évaluation plus étoffée. Ces administrateurs ont remis en question certains aspects de la méthodologie à laquelle les experts ont pu recourir dans les délais dont ils disposaient pour procéder à leur évaluation. Cela implique que, comme les experts l’ont eux-même suggéré, les recommandations doivent être examinées avec soin, entre autres parce que plusieurs d’entre elles posent de sérieux problèmes d’affectation des ressources dans une institution dont le personnel travaille de plus en plus sous pression et qui est confronté à de strictes contraintes d’effectifs.

Encadré 3.1Suite donnée à l’évaluation externe des activités de recherche du FMI

Prenant acte de l’évaluation externe de ses activités de recherche, le FMI a engagé un certain nombre d’initiatives. En application de l’une des principales recommandations issues de cette évaluation, il a créé, le 2 novembre 1999, le Comité sur les priorités de la recherche. Présidé par le Premier Directeur général adjoint, ce comité est composé des directeurs d’un certain nombre de départements du FMI. Le Directeur de la publication de la série «IMF Staff Papers» en est membre ex officio.

À sa première réunion, tenue en décembre 1999, le comité a décidé que sa principale tâche serait de définir les domaines de recherche prioritaires sur la base des éléments d’information fournis par les départements, de passer en revue les travaux en cours dans ces domaines et, plus généralement, de conférer une plus grande visibilité à la recherche économique du FMI. Il a en outre décidé de publier un bulletin d’information sur les recherches économiques du FMI et d’en assurer une large diffusion, d’instituer une série de conférences annuelles sur ce même sujet et d’accroître la dotation pour les voyages de façon à permettre la participation de membres du personnel du FMI à des conférences tenues à l’extérieur.

Des progrès ont déjà été accomplis dans ces domaines. La première conférence annuelle sur la recherche économique du FMI est fixée au début de novembre 2000. La documentation y afférente incluera des études des services du FMI ainsi que de chercheurs extérieurs à l’institution. En outre, la collaboration de la Banque mondiale et du FMI aux activités de recherche sera renforcée par la tenue de séminaires mensuels organisés conjointement par les deux institutions.

A sa deuxième réunion, qui a eu lieu en mars 2000, le comité a défini quatre domaines de recherche prioritaires, conformément à la recommandation des experts de centrer l’attention sur les comparaisons entre pays, ainsi que sur les marchés financiers et les pays en développement:

  • les politiques d’ajustement et leur impact macroéconomique;

  • les programmes soutenus par le FMI dans les pays où les capitaux sont très mobiles;

  • La réduction de la pauvreté dans le cadre des programmes appuyés par le FMI et la politique macroéconomique;

  • les vulnérabilités du secteur financier et la conception des programmes.

Si le Comité sur les priorités de la recherche est chargé de définir les domaines hautement prioritaires —et de veiller à ce que les départements s’y engagent —, le groupe de travail sur les activités de recherche du FMI (précédemment dénommé groupe de travail sur les conseils du FMI en matière de politique économique) continuera, quant à lui, à servir de cellule centrale interdépartementale qui recueille et diffuse des informations sur les projets de recherche du FMI, qu’ils soient ou non déjà en cours d’exécution.

Les experts n’ont pas décelé d’omissions majeures dans le programme d’études du FMI et ont fait l’éloge de beaucoup de ses travaux, tout en indiquant qu’il y a encore moyen d’en améliorer sensiblement la qualité, surtout s’agissant des travaux d’orientation et d’analyse. Il importe, selon les administrateurs, que le FMI offre un milieu propice à la recherche et aux chercheurs tout en leur demandant d’assumer la responsabilité de leurs travaux. Les administrateurs ont eux aussi estimé qu’il reste des améliorations à apporter sur le plan de la qualité, de la portée et de la diffusion des études du FMI.

Les administrateurs ont passé en revue les recommandations présentées dans le rapport en vue d’une modification de l’organisation actuelle des activités de recherche du FMI ou d’un recentrage des pratiques en cours. Ils ont estimé que la décentralisation actuelle (plus de la moitié des études réalisées proviennent de départements autres que le Département des études) doit être maintenue, car elle encourage la spécialisation des divers départements. Néanmoins, ils ont appelé à une coordination plus grande que celle qui est assurée par le groupe de travail sur les conseils du FMI en matière de politique économique1, afin que la recherche soit axée sur des activités de plus haute valeur, notamment les travaux d’analyse qui soustendent les recommandations du FMI. A cet égard, les administrateurs étaient généralement favorables à la création d’un Comité interne (de haut niveau) sur les priorités de la recherche, qui serait chargé d’établir ces priorités pour le FMI. Ils ont jugé que ce comité devrait éviter de spécifier les projets de recherche individuels en passant par la voie hiérarchique, car la créativité en souffrirait.

Tout en s’accordant avec les experts pour penser qu’il n’y a pas eu d’omissions majeures dans le programme d’études du FMI ces dernières années, les administrateurs ont estimé qu’il y a de bonnes raisons d’orienter ce programme vers des thèmes plus valorisants et d’éviter autant que possible de refaire le travail déjà réalisé à l’extérieur du FMI. Ils ont en outre souligné qu’un recentrage des travaux de recherche du FMI suivant les propositions formulées par les experts avait déjà été entrepris —surtout en ce qui concerne la recherche sur le secteur financier.

Les administrateurs ont exprimé leurs remerciements au Département des études du FMI pour les excellents travaux qu’il a réalisés ces dernières années. Ils l’ont encouragé à se tourner davantage vers les travaux de base que vers les travaux d’orientation ou d’analyse2, domaines dans lesquels la qualité généralement supérieure des études dudit département est largement reconnue. Les administrateurs ont engagé le Département des études à faire des efforts dans ce sens, tout en reconnaissant qu’un rééquibrage plus poussé entre ses activités de recherche et ses activités opérationnelles actuelles ne sera probablement pas possible étant donné les contraintes de ressources existantes.

En ce qui concerne l’amélioration du processus d’examen interne de tous les documents et recommandations présentés par les services du FMI à la direction et au Conseil d’administration, les administrateurs ont estimé que la direction de l’institution doit aborder cette question dans une perspective plus large, c’est-à-dire considérer le rôle de ce processus au FMI. La question de savoir comment intégrer les résultats des recherches aux activités opérationnelles fait partie des considérations à prendre en compte dans toute proposition de modification dudit processus.

Les administrateurs ont en outre souscrit à plusieurs autres recommandations consistant à: encourager les chercheurs du FMI à participer aux conférences extérieures pertinentes, identifier ceux qui ont grandement contribué aux publications du FMI, améliorer la collaboration avec la Banque mondiale et d’autres chercheurs travaillant dans les banques centrales ou les ministères du Trésor, rédiger et diffuser des résumés non techniques des études les plus importantes, souligner le caractère préliminaire des documents de travail du FMI, améliorer la diffusion des études auprès du public non initié, et créer un processus continu d’évaluation externe du produit des recherches.

Création d’un service d’évaluation indépendant

Le 10 avril 2000, le Conseil d’administration a examiné un rapport rédigé par le groupe d’administrateurs chargé de l’évaluation des activités du FMI et intitulé «Review of Experience with Evaluation in the Fund», ainsi qu’un document de référence établi par le Bureau de la vérification et de l’inspection internes sur l’évaluation externe des activités du FMI et d’autres institutions internationales.

À l’issue de cet examen, le Conseil d’administration a décidé de créer au FMI un service d’évaluation indépendant, dont les fonctions, l’organisation, la dotation en personnel et le mode d’opération seront déterminés avant l’Assemblée annuelle de septembre 2000. Les administrateurs ont fait observer que les travaux de ce service viendraient compléter les activités d’évaluation interne et externe en cours; le FMI deviendrait ainsi une institution plus ouverte et comptable de ses activités devant ses pays membres.

Groupe de travail interne qui était chargé de coordonner les projets d’étude au sein du FMI. Suite à l’évaluation externe, il a été rebaptisé groupe de travail sur les activités de recherche du FMI et a maintenant pour fonctions de recueillir des informations sur les importantes études en cours ou en projet au FMI à l’intention du Comité de haut niveau sur les priorités de la recherche récemment créé (voir encadré 3.1) page 35).

Les travaux de base visent à définir les instruments et cadres analytique de base de la politique économique. Les travaux d’orientation s’inspirent des résultats des travaux de base pour créer la vaste stratégie guidant les opérations du FMI.

    Other Resources Citing This Publication