Chapter

Chapitre 1. L’économie mondiale en 1998/99

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
September 1999
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En 1998/99, les marchés financiers se sont stabilisés et l’activité a redémarré dans les économies de marché émergentes d’Asie, les signes d’un retournement étant déjà apparus dans certains cas au début de 1999. Pendant l’exercice, les conditions du financement extérieur se sont nettement dégradées pour les économies de marché émergentes après la crise russe d’août qui, en outre, a fait craindre pendant un certain temps une raréfaction quasi générale du crédit. Malgré les difficultés temporaires causées par la crise brésilienne de janvier 1999, la situation s’est améliorée après un assouplissement généralisé des conditions monétaires dans les pays industrialisés.

L’activité dans les économies de marché émergentes a dans l’ensemble pâti des difficultés de financement extérieur, mais a aussi subi le contrecoup de la faiblesse de la demande extérieure et de la chute des prix des exportations de produits de base. Dans les pays industrialisés, la récession au Japon s’est aggravée en 1998, puis un vif rebond s’est produit au début de 1999, cependant que l’activité dans l’Union européenne (UE) a faibli durant la période, et que l’expansion est par contre demeurée très vigoureuse aux États-Unis. La croissance de la production mondiale, qui était tombée de 4¼ % en 1997 à 2½% en 1998, a donné des signes avant-coureurs d’un certain redressement au début de 1999, encore qu’elle semblait rester nettement plus faible que pendant la période 1994-97 (tableau 1 et graphique 1). Ce quatrième ralentissement économique mondial en un quart de siècle tient essentiellement aux crises qui ont éclaté dans les pays émergents et à la récession japonaise.

Tableau 1Aperçu général de l’économie mondiale(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)
19911992199319941995199619971998
Production mondiale1,82,72,74,03,74,34,22,5
Économies avancées1,21,91,23,22,63,23,22,2
Principaux pays industrialisés0,81,81,12,92,13,03,02,2
États-Unis–0,92,72,33,52,33,43,93,9
Japon3,81,00,30,61,55,01,4–2,8
Allemagne5,02,2–1,22,71,21,32,22,8
France0,81,2–1,32,82,11,62,33,1
Italie1,10,6–1,22,22,90,91,51,4
Royaume-Uni–1,50,12,34,42,82,63,52,1
Canada–1,90,92,34,72,61,23,83,0
Autres économies avancées2,92,52,04,64,43,84,22,1
Pour mémoire
Pays industrialisés0,81,70,92,92,33,03,02,5
Zone euro2,41,3–1,02,72,31,72,52,9
Nouvelle économies industrielles d’Asie7,95,86,37,67,36,36,0–1,5
Pays en développement4,96,76,56,86,16,55,73,3
Afrique1,80,20,72,23,15,83,13,4
Asie6,69,59,39,69,18,26,63,8
Chine9,214,213,512,610,59,68,87,8
Inde1,74,25,17,28,07,45,55,6
ASEAN-417,46,77,17,78,17,13,8–9,4
Moyen-Orient et Europe2,77,04,00,63,74,74,42,9
Hémisphère occidental3,93,33,95,21,33,65,22,3
Brésil1,0–0,54,95,94,22,83,50,2
Pays en transition–7,4–11,7–6,4–7,5–1,1–0,32,2–0,2
Europe centrale et orientale–9,9–8,5–3,7–2,91,61,63,12,4
Bélarus et Ukraine non compris–10,7–5,00,33,25,63,73,52,6
Russie–5,0–14,5–8,7–12,6–4,1–3,50,8–4,8
Transcaucasie et Asie centrale–7,0–14,4–9,6–10,4–4,41,62,42,0
Volume du commerce mondial (biens et services)4,64,73,79,19,66,99,93,3
Importations
Économies avancées3,44,81,79,79,16,59,14,7
Pays en développement9,711,18,77,211,58,211,2–0,7
Pays en transition–12,7–25,78,95,515,39,69,31,2
Exportations
Économies avancées5,85,23,48,79,16,310,33,2
Pays en développement6,210,78,213,110,59,211,42,2
Pays en transition3,6–21,38,02,811,56,66,24,1
Prix des produits de base
Pétrole2
En DTS–16,4–4,5–11,1–7,31,823,7–0,2–31,2
En dollars–15,7–1,7–11,8–5,07,918,4–5,4–32,1
Produits de base hors combustibles3
En DTS–6,5–2,82,710,62,33,32,0–13,5
En dollars–5,70,11,813,48,4–1,2–3,3–14,8
Prix à la consommation
Économies avancées4,73,53,12,62,52,42,11,6
Pays en développement36,538,947,251,822,214,39,410,4
Pays en transition94,1646,4602,0266,9126,940,628,220,8
LIBOR à six mois (en pourcentage)4
Dépôts en dollars6,13,93,45,16,15,65,95,6
Dépôts en yen7,24,33,02,41,30,70,70,7
Dépôts en euros9,59,87,45,75,73,73,53,7
Source: FMI, Perspectives de l’économie mondiale (mai 1999)

Graphique 1Indicateurs mondiaux

(Variation annuelle en pourcentage)

1Biens et services, en volume.

Les cours des produits de base ont accusé une baisse généralisée, dans des proportions qui n’avaient pas été observées depuis le milieu des années 80. Après quelques accès de baisse sensible au début de 1998, les prix du pétrole se sont encore repliés vers la fin de l’année, perdant au total plus de 30 % sur l’ensemble de 1998; cependant, ils ont regagné l’essentiel du terrain perdu après l’annonce en mars 1999 de compressions de la production et la confirmation d’un regain de l’activité en Asie. Les prix des produits non pétroliers n’ont cessé de diminuer pendant l’exercice et, en mars 1999, ils avaient perdu plus de 15 % par rapport à l’année précédente. Cette baisse, tout en contribuant à freiner l’inflation mondiale, a aussi réduit les revenus réels et la demande intérieure dans de nombreux pays en développement exportateurs de produits de base avec, parfois, d’importants effets négatifs sur le solde courant et la situation budgétaire. En raison notamment du faible coût des importations en provenance des marchés émergents d’Asie et de la chute des prix des produits de base, la hausse des prix à la consommation dans les économies avancées a encore ralenti, pour s’établir à 1½ %, en 1998. Dans un certain nombre d’économies de marché émergentes, dont l’Indonésie et la Russie, l’inflation s’est par contre vivement accélérée à la suite de la dépréciation de la monnaie.

Les turbulences financières sur les marchés émergents se sont accompagnées d’une chute brutale des apports de capitaux privés. À la suite de la crise russe, les emprunteurs de la plupart des pays émergents (surtout en Amérique latine) n’ont plus été en mesure d’accéder au financement privé, l’écart de taux d’intérêt atteignant des niveaux qui n’avaient pas été observés depuis la crise mexicaine de 1995. Un report massif des investisseurs sur des placements de qualité et liquides a aussi provoqué un durcissement prononcé des conditions du crédit et une forte chute des cours des actions sur les marchés financiers développés avant que les tensions ne s’atténuent à la fin de 1998. Les flux de capitaux privés à destination des économies de marché émergentes sont tombés à 65 milliards de dollars en 1998, soit moins d’un tiers du chiffre record de 1996 et le montant annuel le plus faible pour la décennie (tableau 2). La crise brésilienne a retardé le retour des écarts de taux d’intérêt et des flux de capitaux aux niveaux observés avant la crise russe, mais, en mars et avril 1999, les emprunteurs des économies de marché émergentes commençaient à revenir sur le marché.

Tableau 2Économies de marché émergentes: flux nets de capitaux1(Milliards de dollars)
19911992199319941995199619971998
Total
Flux nets de capitaux privés2123,8119,3181,9152,6193,3212,1149,164,3
Investissements directs nets31,335,556,882,797,0115,9142,7131,0
Investissements de portefeuille nets36,951,1113,6105,641,280,866,836,7
Autres investissements nets55,632,711,5–35,855,015,4–60,4–103,4
Flux nets de capitaux publics36,522,320,11,826,1–0,824,441,7
Variation des réserves3–61,5–51,9–75,9–66,7–120,2–109,1–61,2–34,7
Pour mémoire
Compte des transactions courantes4–85,1–75,6–116,0–72,0–91,0–91,8–87,1–59,1
Afrique
Flux nets de capitaux privés28,96,98,74,86,87,616,310,3
Investissements directs nets2,01,71,93,44,25,57,66,8
Investissements de portefeuille nets–1,5–0,61,00,81,5–0,22,93,5
Autres investissements nets8,45,85,80,71,22,35,80,0
Flux nets de capitaux publics7,810,57,814,010,83,7–4,51,5
Variation des réserves3–2,50,80,8–4,7–17–7,4–12,32,9
Pour mémoire
Compte des transactions courantes4–7,4–10,4–11,0–11,8–16,4–5,7–6,1–18,1
Asic5
Pays en crise6
Flux nets de capitaux privés226,826,631,933,262,562,4–19,7–45,3
Investissements directs nets6,16,36,76,58,79,512,14,9
Investissements de portefeuille nets3,45,316,58,317,020,012,6–6,5
Autres investissements nets17,315,08,718,436,932,9–44,5–43,6
Flux nets de capitaux publics4,42,00,60,30,74,825,022,7
Variation des réserves3–8,3–18,1–20,6–6,1–18,3–13,637,7–39,1
Pour mémoire
Compte des transactions courantes4–25,2–16,1–13,5–23,2–40,5–53,4–27,066,6
Autres marchés émergents d’Asie
Flux nets de capitaux privés27,2–8,725,533,232,638,122,8–9,6
Investissements directs nets8,38,526,338,741,145,650,545,1
Investissements de portefeuille nets–2,02,64,51,1–6,1–7,5–11,8–8,8
Autres investissements nets0,9–19,7–5,4–6,6–2,40,1–15,8–45,9
Flux nets de capitaux publics6,58,37,95,13,85,33,35,9
Variation des réserves3–31,4–7,6–17,2–47,7–26,2–42,5–46,3–9,7
Pour mémoire
Compte des transactions courantes423,714,0–8,517,19,417,037,530,5
Moyen-Orient et Europe7
Flux nets de capitaux privés268,635,133,715,410,16,816,726,5
Investissements directs nets1,20,93,93,83,72,43,32,9
Investissements de portefeuille nets22,313,521,813,69,44,14,38,8
Autres investissements nets45,120,78,0–2,0–3,00,49,114,7
Flux nets de capitaux publics3,9–1,32,3–1,3–1,4–0,7–1,0–2,2
Variation des réserves3–3,31,2–4,8–3,6–12,7–16,2–20,4–5,3
Pour mémoire
Compte des transactions courantes4–64,2–26,7–31,1–7,2–5,25,42,9–22,7
Hémisphère occidental
Flux nets de capitaux privés224,155,962,647,538,382,087,369,0
Investissements directs nets11,313,912,024,926,139,350,754,0
Investissements de portefeuille nets14,730,361,160,81,740,039,733,0
Autres investissements nets–2,011,7–10,6–38,210,62,7–3,1–18,1
Flux nets de capitaux publics2,7–1,70,6–4,120,6–13,7–7,81,6
Variation des réserves3–17,4–22,6–21,34,2–25,5–28,3–14,617,7
Pour mémoire
Compte des transactions courantes4–16,9–34,5–45,7–50,9–35,9–38,9–65,1–89,6
Pays en transition
Flux nets de capitaux privés2–11,73,519,618,542,915,125,713,6
Investissements directs nets2,44,26,05,413,413,518,517,4
Investissements de portefeuille nets0,00,18,821,017,824,419,06,7
Autres investissements nets–14,1–0,74,8–8,011,7–22,8–11,9–10,6
Flux nets de capitaux publics11,14,50,9–12,2–8,5–0,29,312,2
Variation des réserves31,3–5,6–12,8–8,7–35,8–1,0–5,3–1,2
Pour mémoire
Compte des transactions courantes44,8–1,7–6,33,9–2,4–16,2–29,3–25,8
Source: FMI, Perspectives de l’économie mondiale (mai 1999)

Le ralentissement de la croissance de la production dans tous les grands groupes de pays en 1998 a freiné sensiblement la progression du commerce mondial en volume, qui est tombée à 3¼ % selon les estimations, soit le plus faible taux annuel depuis 1985. En outre, l’ajustement dans les économies de marché émergentes touchées par la crise, les difficultés plus grandes à obtenir des concours extérieurs, la chute des prix des exportations de produits de base et l’asymétrie de la croissance dans les pays industrialisés ont été en partie à l’origine des fortes fluctuations des balances commerciales et des balances des paiements nationales et régionales. La compression sensible des importations amorcée au second semestre de 1997 se poursuivant, les balances commerciales des économies de l’Asie de l’Est touchées par la crise sont devenues très positives en 1998 (de près de 100 milliards de dollars). Sous l’effet de la reprise naissante dans ces pays, leur excédent commercial global a commencé à diminuer à la fin de 1998 et au début de 1999. L’effort d’ajustement devait désormais être dirige surtout vers les pays d’Amérique latine qui étaient confrontés à un environnement extérieur plus défavorable et les principaux pays en développement exportateurs de produits de base qui comptaient tout d’abord sur leurs réserves et l’emprunt extérieur pour compenser le manque à gagner imputable à la baisse des cours. La balance commerciale globale des économies de marché émergentes s’améliorait alors que la demande intérieure croissait plus vite que la production dans un certain nombre de pays industrialisés—les États-Unis principalement, qui ont compté pour près de la moitié de la croissance de la demande mondiale en 1998. Cette même année, la balance commerciale globale des pays industrialisés a diminué de près de 80 millions de dollars.

Économies de marché émergentes

La croissance dans les pays en développement est revenue de 5¾ % en 1997 à 3¼ % en 1998, l’Afrique étant la seule région où elle s’est accélérée, dans des proportions toutefois limitées (graphique 2). Dans les pays d’Asie de l’Est touchés par la crise, sauf aux Philippines, la production a nettement reculé.

Graphique 2Pays en développement: PIB réel

(Variation annuelle en pourcentage)

En Corée et en Thaïlande, deux pays victimes de la crise asiatique, les marchés financiers ont commencé à se stabiliser au deuxième trimestre de 1998 et des signes de regain de l’activité sont apparus ultérieurement pendant l’année, mais sur l’ensemble de l’année, la croissance de la production a été négative. Dans ces deux pays, la confiance des investisseurs s’est nettement raffermie, moyennant quoi les monnaies ont regagné une partie du terrain perdu, les taux d’intérêt ont baissé et le marché des actions s’est ressaisi. Une politique budgétaire expansionniste a en outre soutenu la demande. Le taux de croissance est redevenu positif en Corée à la fin de 1998. En Thaïlande, la production s’est stabilisée pendant les derniers mois de 1998 avant de repartir au début de 1999. Dans ces deux pays, la balance des transactions courantes s’est sensiblement améliorée en 1998, passant à un excédent de 12-13 % du PIB, sous l’effet en grande partie de la forte compression des importations. En Indonésie, où de nouvelles tensions se sont exercées sur la monnaie au milieu de 1998 dans un climat marqué par des incertitudes et des troubles politiques, la confiance a mis du temps à revenir et, pour stabiliser le taux de change, il a fallu maintenir plus longtemps les taux d’intérêt à un niveau élevé; en outre, la production a continué de diminuer jusqu’à la fin de 1998 avant de donner des signes de reprise au début de 1999. En Malaisie, après avoir d’abord répondu aux pressions du marché financier en durcissant la politique macroéconomique, les autorités ont appliqué à partir d’août 1998 une politique monétaire expansionniste et mis en place en septembre un régime de taux de change fixe et des mesures de contrôle des changes, dont certaines ont été assouplies au début de 1999. À la fin d’avril 1999, l’activité a cessé de régresser et des signes de redressement sont apparus. Les Philippines ont été le pays le moins touché par la crise, mais la production a néanmoins diminué légèrement en 1998, à cause essentiellement d’une chute de la production agricole imputable aux intempéries.

Parmi les autres économies de marché émergentes d’Asie, la Chine a vu son PIB réel progresser de 7¾ % en 1998, soit un taux proche de l’objectif officiel (8 %), grâce à une forte augmentation des dépenses d’investissement de l’État. En raison notamment du faible niveau d’utilisation des capacités et de la baisse des prix des importations, les prix à la consommation ont diminué de 1 % environ. L’activité de la Région administrative spéciale de Hong Kong a toutefois été durement pénalisée par la crise asiatique, la production ayant régressé de 5 % approximativement en 1998. Jusqu’au début de 1999, elle est restée faible, à cause en partie du niveau élevé des taux d’intérêt dans un contexte d’inflation négative et de la fragilité de la demande intérieure. La crise régionale a aussi touché Singapour, malgré la vigueur des fondamentaux économiques de ce pays. Bien qu’une politique monétaire accommodante et des ajustements à la baisse du taux de change aient limité les effets de la crise sur l’économie, l’activité a néanmoins ralenti au second semestre de 1998 avant que le taux de croissance ne redevienne positif au début de 1999. Les autres économies de marché émergentes d’Asie ont mieux résisté aux turbulences financières régionales, l’Inde en particulier, dont l’économie est assez fermée, encore que la croissance ne se soit pas redressée après son ralentissement de 1997 à cause notamment de l’essoufflement des réformes structurelles et de la dégradation des finances publiques.

La crise asiatique explique en partie la hausse des frais financiers et la baisse des prix du pétrole et des autres produits de base, deux facteurs qui ont lourdement pesé sur les économies de marché émergentes dans les autres régions. En Russie, les faiblesses structurelles du secteur bancaire et de celui des entreprises, les déséquilibres budgétaires persistants et l’accumulation de dettes à court terme par l’État (y compris envers les investisseurs étrangers) ont laissé l’économie particulièrement vulnérable et les tensions croissantes sur les marchés des changes et des bons du Trésor ont conduit en août 1998 à une dévaluation de fait et à la restructuration unilatérale de la dette intérieure. Sous l’effet des fortes pressions financières qui ont sévi à l’approche de la crise et de l’aggravation de la situation économique globale après la crise, la production a diminué de 4½ % en 1998 et l’inflation est passée à plus de 100 % (sur douze mois) au début de 1999, des tensions continuant de s’exercer sur la monnaie. L’impossibilité d’accéder au financement privé après la crise a provoqué une compression sensible des importations et de l’excédent courant. Néanmoins, les autorités ont été forcées de rééchelonner les obligations de paiement au titre de la dette héritée de l’ex-URSS. (Voir le chapitre 4 pour un examen approfondi de l’évolution de la situation en Russie en 1998/99.)

La crise russe a eu de vives répercussions sur l’activité des pays en transition voisins et a fortement concouru à la dépréciation de la monnaie dans nombre d’entre eux, l’Ukraine par exemple, ainsi qu’à une accélération de l’inflation. Les États baltes ont été les moins touchés; ils ont pu préserver leur régime de taux de change fixe, ainsi que leur accès aux marchés internationaux des capitaux, mais ont enregistré un ralentissement de la croissance imputable en partie à la réduction de leurs échanges avec la Russie et à l’exposition de leur secteur bancaire dans ce pays. Dans les pays en transition d’Europe centrale et orientale, l’impact de la crise russe a été essentiellement temporaire, les effets négatifs sur la croissance du fléchissement de la demande sur les marchés d’exportation d’Europe occidentale ayant été plus profonds à la fin de 1998 et au début de 1999. En République tchèque, du fait en partie du durcissement des politiques qui a été effectué en 1997 et au début de 1998 pour réduire les déséquilibres extérieurs, la production a diminué de 2¼ % en 1998. En Hongrie et en Pologne, la croissance a été assez robuste, de l’ordre de 5 % en 1998, malgré un ralentissement en fin d’année. Dans ces trois pays, la hausse des prix à la consommation s’est sensiblement ralentie à la fin de 1998 et au début de 1999 pour s’établir en deçà de 10 % (sur douze mois) sous l’effet de la chute des prix des produits de base, du durcissement antérieur de la politique monétaire et du fléchissement de la croissance.

En Amérique latine, la plupart des pays ont pu venir à bout des pressions financières occasionnées par la crise asiatique, grâce en partie aux actions engagées pour durcir les politiques macroéconomiques. Ceependant, ils ont été rudement éprouvés par la crise russe: les écarts de taux d’intérêt sur leur dette extérieure ont considérablement augmenté et les apports de capitaux privés ont pour ainsi dire cessé. Des pressions particulièrement intenses se sont exercées sur le Brésil à cause des inquiétudes qu’inspirait le déficit budgétaire élevé de ce pays et des doutes quant à la viabilité de son régime de parité fixe. Les autorités ont alors relevé les taux d’intérêt directeurs et, en octobre 1998, annoncé la mise en place, dans le cadre d’un programme appuyé par le FMI, d’un ensemble de mesures budgétaires qui devaient permettre de dégager un excédent primaire élevé. Toutefois, la crainte des investisseurs que les autorités n’aient pas les moyens d’appliquer ces mesures et que les taux d’intérêt ne soient pas suffisamment élevés pour faire cesser les sorties continues de capitaux a de nouveau pesé sur la monnaie, ce qui a amené la banque centrale à abandonner le régime de bandes de fluctuation mobiles en janvier et à laisser le real flotter. Dans un premier temps, la monnaie s’est dépréciée de plus de 40 % par rapport au dollar et, en raison de l’instabilité généralisée du marché financier intérieur, elle a continué de faire l’objet de pressions jusqu’au début de mars, les initiatives alors lancées pour renforcer le programme d’ajustement budgétaire ayant commencé à rétablir la confiance dans l’ensemble des pays d’Amérique latine. (Voir également le chapitre 4 pour un examen approfondi de l’évolution de la situation au Brésil en 1998/99.)

Si son impact sur les marchés financiers des autres pays d’Amérique latine a été assez limité et essentiellement temporaire, la dévaluation du real a eu des répercussions plus importantes sur les échanges avec les partenaires du Brésil dans le cadre du MERCOSUR (Argentine, Paraguay et Uruguay). La croissance en Amérique latine avait déjà fortement ralenti au second semestre de 1998, sous l’effet en partie de l’aggravation de la situation du financement extérieur après la crise russe, mais aussi de la baisse sensible des prix des produits de base et, le plus souvent, de politiques monétaires et budgétaires plus rigoureuses. En Argentine, après trois années de forte reprise à la suite de la crise mexicaine, le taux de croissance est devenu négatif au second semestre de 1998, retournement qu’ont aggravé les conséquences commerciales de la récession brésilienne. Au Venezuela, qui a été durement touché par le recul des prix du pétrole, la situation budgétaire n’était pas viable et la récession s’est intensifiée à compter du quatrième trimestre de 1998. En Equateur, pays également très tributaire des recettes d’exportation du pétrole, une grave crise bancaire et des changes a éclaté en février 1999. La croissance a été plus soutenue au Mexique que dans les autres pays d’Amérique du Sud, grâce en partie à ses liens plus étroit avec les États-Unis où la croissance était forte. En ce qui concerne les autres pays de l’hémisphère occidental, l’économie de plusieurs pays d’Amérique centrale, le Honduras et le Nicaragua en particulier, a été éprouvée par le cyclone Mitch en octobre 1998.

En Afrique, le taux de croissance est resté peu élevé en 1998, de l’ordre de 3½ %, en raison d’un nouveau fléchissement des prix des produits de base et, dans le cas de l’Afrique du Sud (où la croissance a été médiocre), des conditions défavorables qui régnaient sur les marchés financiers internationaux. Bien que la baisse des produits de base, pétrole inclus, ait eu relativement peu d’impact sur les termes de l’échange et la croissance en Afrique, elle a souvent pesé sur la situation budgétaire et le solde extérieur, et une grave détérioration des termes de l’échange a provoqué une réduction importante du revenu réel. En particulier, la baisse des prix du pétrole a été à l’origine d’un ralentissement de la croissance dans les pays producteurs d’Afrique et du Moyen-Orient. L’activité a également ralenti en Turquie, où la production a progressé de 2¾ % en 1998, contre 7½ % en 1997, la crise russe ayant provoqué une hausse des taux d’intérêt réels et réduit l’accès aux marchés financiers internationaux. Dans le groupe des pays en développement du Moyen-Orient et d’Europe, la croissance est revenue de 4½ % en 1997 à 3 % en 1998 sous l’effet essentiellement de l’évolution de la situation dans les pays producteurs de pétrole et en Turquie.

Économies avancées

Les divergences entre les résultats des économies avancées se sont accentuées en 1998: la récession s’est aggravée au Japon et la croissance a ralenti vers la fin de l’année dans la zone euro, alors qu’elle est demeurée vigoureuse aux États-Unis.

En 1998, l’économie japonaise s’est contractée de 2¾ %, mais, au début de 1999, la production s’est fortement redressée pour dépasser légèrement son niveau du début de 1998, qui était néanmoins inférieur à celui de 1997. Les prix à la consommation sont demeurés dans l’ensemble stables tout au long de la période, alors que les prix de gros ont diminué, alimentant ainsi les craintes d’une déflation. L’aggravation de la récession en 1998 était essentiellement imputable à la faiblesse de la demande du secteur privé, due elle même à un recul de la confiance et aux déficiences du secteur financier, mais aussi au fléchissement de la demande dans les économies de marché émergentes d’Asie de l’Est. Les autorités ont alors pris des mesures budgétaires de relance et assoupli davantage la politique monétaire, abaissant l’un des taux directeurs (celui de l’argent au jour le jour) à pour ainsi dire zéro en mars 1999. En outre, afin de remédier aux déficiences du secteur financier, une loi mettant en place un vaste dispositif pour régler les problêmes bancaires a été approuvée en octobre 1998. Ces mesures ont aidé à stimuler l’activité et à améliorer le climat sur le marché financier au début de 1999.

En Europe, la phase 3 de l’Union économique et monétaire a été lancée avec succès le 1er janvier 1999: 11 pays membres de l’UE ont adopté l’euro comme monnaie et la Banque centrale européenne (BCE) a assumé la responsabilité de la politique monétaire dans la zone euro. Tout au long de 1998, les taux d’intérêt directeurs à court et à long terme de la zone ont continué de converger vers les niveaux en vigueur en Allemagne, en France et dans les autres grands pays de l’Union; dans le cadre d’une opération coordonnée effectuée au début de décembre, les taux d’intérêt directeurs à court terme ont été abaissés à 3 %. La BCE a maintenu son taux de pension à ce niveau jusqu’au début d’avril 1999, date à laquelle il a été ramené à 2½ %. La croissance dans la zone, qui s’était accélérée en 1997 et était demeurée forte jusqu’au milieu de 1998, a nettement ralenti à la fin de 1998 sous l’effet du fléchissement de la demande extérieure et d’une dégradation parallèle de la confiance des entreprises, avant de regagner une partie du terrain perdu au début de 1999. L’inflation a continué d’être bien maîtrisée dans l’ensemble de la zone, la hausse des prix à la consommation étant chiffrée à 1,1 % à la fin de la période, grâce en partie au faible niveau des prix des produits de base. Le chômage est resté élevé: 10½ % en avril 1999, contre 11 % un an plus tôt.

S’agissant des principaux pays de la zone euro, le ralentissement de la croissance à la fin de 1998 a été particulièrement manifeste en Allemagne et en Italie et moins prononcé en France. Dans ce dernier pays, la croissance a dépassé son niveau potentiel pour l’ensemble de l’année, alors qu’en Italie, la production n’a augmenté que de 1½ % pour la deuxième année consécutive. Parmi les autres pays de la zone, l’Espagne, l’Irlande (une fois encore le pays européen où la croissance a été la plus forte), les Pays-Bas et le Portugal ont continué d’enregistrer une croissance robuste en 1998, malgré un certain ralentissement à la fin de l’année. Dans ces pays, l’inflation est demeurée légèrement au delà de la moyenne de la zone, à cause des fortes pressions exercées par la demande.

En dehors de la zone euro, la croissance a de nouveau ralenti au Royaume-Uni en 1998 et au début de 1999 à cause du fléchissement de la demande extérieure, de la vigueur de la livre et du durcissement antérieur des politiques budgétaire et monétaire. La surchauffe de l’économie a ainsi pu être prévenue. L’inflation a été maintenue à un niveau proche de l’objectif de 2½ % pendant le second semestre de 1998 et au début de 1999 et les taux d’intérêt directeurs (pensions) ont été ramenés de 7½ à 5¼ % entre octobre et avril. La dégradation de l’environnement extérieur a en outre freiné la croissance dans certains petits pays européens: Danemark, Norvège (particulièrement éprouvée par la chute des prix du pétrole) et Suisse.

Aux États-Unis, l’expansion s’est poursuivie à un rythme rapide (près de 4 %) en 1998, les plus-values importantes réalisées sur le marché des actions et la baisse des taux d’intérêt ayant stimulé la demande intérieure. La croissance vigoureuse de l’emploi a permis de ramener le chômage au début de 1999 à son plus bas niveau (4½ %) en 29 ans. Cependant, à cause du tour pris par les événements dans les économies de marché émergentes d’Asie de l’Est et d’Amérique latine, ainsi que de la vigueur du dollar, la demande extérieure nette a enregistré en 1998 un fléchissement qui a principalement touché le secteur industriel. De septembre à novembre 1998, la politique monétaire a été assouplie pour riposter aux fortes pressions apparues sur le marché financier à la suite de la crise russe et du quasi-effondrement d’un important fonds spéculatif. L’inflation a été dans l’ensemble stable, car elle a été freinée par de nouvelles baisses des prix des importations et l’absence de pressions significatives sur les salaires. Grâce à l’ajustement antérieur des finances publiques et à la vigueur de la croissance, le budget est devenu excédentaire (à hauteur de près de 1 % du PIB) en 1998.

Au Canada, l’activité a ralenti en 1998, car les revenus, la production et le solde extérieur ont été gravement touchés par la chute des prix des produits de base et le recul de la demande sur un certain nombre de marchés extérieurs. La croissance s’est toutefois redressée vers la fin de l’année. Malgré la dépréciation du dollar canadien pendant l’année, l’inflation de base est demeurée stable, au seuil de la fourchette de taux (1-3 %) retenue comme objectif par les autorités. En Australie, la croissance s’est accélérée en 1998 en dépit de la récession dans les pays d’Asie de l’Est, la demande ayant été stimulée par un assouplissement des conditions monétaires, y compris la dépréciation du dollar australien, et l’expansion est restée très vigoureuse au début de 1999. En Nouvelle-Zélande par contre, l’économie est entrée en récession pendant le premier semestre de 1998, mais la croissance s’est redressée au second semestre avec le retour de la confiance des milieux d’affaires et des consommateurs induit notamment par un assouplissement de la politique monétaire. Dans ces deux pays, le taux annuel d’inflation est resté stable, à environ 1½ %.

Sur les marchés des changes, les taux entre les grandes monnaies ont de nouveau enregistré de fortes fluctuations en 1998/99. Au milieu de juillet 1998, le dollar E.U., qui bénéficiait de la croissance vigoureuse de la demande intérieure, d’écarts de taux d’intérêt favorables aux actifs libellés en cette monnaie et de l’attrait qu’il présentait comme monnaie refuge face à la dégradation de la confiance dans les marchés émergents, a atteint son plus haut niveau en termes effectifs nominaux depuis décembre 1996. Le taux effectif nominal du dollar a considérablement baissé au début de septembre et d’octobre, la faiblesse du yen s’étant inversée par suite du dénouement de nombreux engagements dans cette monnaie. Toutefois, le dollar s’est redressé à la fin de 1998 et au début de 1999 sous l’effet de la vigueur relative continue de l’économie des États-Unis et d’un creusement parallèle des écarts de taux d’intérêt en faveur des actifs libellés en dollars. Après avoir atteint au milieu de juin 1998 son plus bas niveau (plus de 145 yen pour 1 dollar) en huit ans, le yen s’est apprécié au cours des six mois suivants de 25 % par rapport au dollar, et de 20 % en termes effectifs nominaux. Après un assouplissement de la politique monétaire japonaise, il a perdu environ 5 % en termes effectifs entre février et avril 1999. Entre août et décembre 1998, les monnaies de la future zone euro se sont renforcées par rapport au dollar, ainsi qu’en termes effectifs. Quant à l’euro, il a commencé à se déprécier peu après son lancement; à la fin d’avril, il avait reculé de plus de 9 % par rapport à sa valeur initiale en dollars et de 6 % en termes effectifs. Pour ce qui est des aurtres monnaies européennes, les mouvements de la livre sterling ont reflété en partie l’impact de l’évolution des anticipations concernant la politique monétaire du Royaume-Uni. La livre, qui s’était négociée à l’intérieur d’une fourchette assez étroite en 1998, a eu tendance à se déprécier en termes effectifs au second semestre de l’année. Au début de 1999 toutefois, elle s’est appréciée en termes effectifs à mesure que l’euro fléchissait. Le recul des prix des produits de base a contribué à l’accumulation de pressions à la baisse sur le dollar canadien, qui a atteint son plus bas niveau par rapport au dollar E.U. en août 1998, mais s’est redressé après un relèvement des taux d’intérêt directeurs ce même mois et a continué de s’apprécier par la suite alors que les taux d’intérêt diminuaient.

Le solde courant des pays industrialisés pris dans leur ensemble a diminué de plus de 80 milliards de dollars en 1998. Cette dégradation a été inégalement répartie entre les pays en raison de différences dans les situations de la demande intérieure et dans le rôle joué par les importations et les exportations, ainsi que de l’ampleur des fluctuations des taux de change de leurs monnaies. Les États-Unis—où la croissance des exportations a nettement ralenti, alors que celle des importations et de la demande intérieure est demeurée vigoureuse—ont supporté l’essentiel de l’ajustement, le déficit courant augmentant de 75 milliards de dollars en 1998 pour atteindre 230 milliards de dollars, soit 2¾ % du PIB. Au Japon en revanche, l’excédent courant s’est encore accru, passant à 3½ % du PIB, du fait en partie de la faiblesse de la demande intérieure. Dans la zone euro, l’excédent courant de 1½ % du PIB n’a guère varié en 1998, en raison du fléchissement de la demande intérieure et des importations, de l’effet sur la compétitivité des précédentes dépréciations des monnaies et du fait que la diminution du volume des exportations vers les marchés émergents a été compensée par la baisse des prix des importations. Le reste de l’ajustement a été principalement supporté par les autres pays industrialisés (Australie, Canada et Norvège, notamment, où les recettes tirées des exportations de produits de base ont diminué).

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