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Déclaration de M. Kossi Assimaidou, Administrateur du FMI pour l’UEMOA, 14 mars 2011

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
May 2011
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Les autorités de l’UEMOA, que je représente, se félicitent des entretiens constructifs qu’elles ont eus avec les services du FMI dans le cadre de la surveillance régionale. Elles souscrivent pour l’essentiel à la teneur du rapport des services du FMI qui présente une évaluation de premier ordre des réformes de politique mises en œuvre dans la région ainsi que du cadre institutionnel sur lequel reposent les efforts d’intégration des pays membres de l’UEMOA. La collaboration avec le FMI a permis aux pays de l’UEMOA de stabiliser leur environnement macroéconomique, d’améliorer leurs taux de croissance, d’abaisser leurs ratios d’endettement et de progresser dans les réformes structurelles. Les perspectives de développement restent néanmoins fragiles en raison des chocs qui peuvent émaner de l’environnement international encore récessif et de l’impact d’une décennie de crise politique en Côte d’Ivoire, principale économie de l’UEMOA.

Évolution économique récente

Après un recul ces dernières années, consécutif aux crises des produits pétroliers et alimentaires, ainsi que de la débâcle financière internationale, la croissance du PIB se redresse à l’échelle de la région, ayant atteint 4% en 2010 en termes réels, contre 3% en 2009. Les principaux moteurs de cette évolution positive ont été la vigueur de la production minière et vivrière, la bonne orientation des termes de l’échange et le dynamisme de l’activité du secteur du bâtiment et des travaux publics. L’inflation annuelle a légèrement augmenté—portée à 1,4% contre 0,4% en 2009—en raison notamment des perturbations des circuits commerciaux liées à la crise en Côte d’Ivoire. L’inflation reste cependant largement en-deçà du seuil de convergence de 3% fixé pour la région. Au plan extérieur, l’Union a présenté des niveaux de réserves de change confortables avec une couverture équivalente à 6 mois d’importations.

Les autorités de l’UEMOA sont déterminées à mener à bien les mesures visant à contrer les risques d’inversion qui entourent les perspectives. À cet égard, elles ont joint leurs efforts à ceux de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union africaine pour une solution rapide et pacifique de la crise post-électorale en Côte d’Ivoire. Dans l’intervalle, les dispositions appropriées sont prises pour en amortir l’impact sur la région. Les pays enclavés ont eu recours à d’autres canaux d’importation pour contenir les tensions inflationnistes liées aux perturbations des échanges commerciaux.

Dans le secteur financier, les autorités de l’UEMOA ont pris des dispositions pour mettre le système bancaire régional à l’abri des risques d’illiquidité et d’insolvabilité, en reportant en particulier les échéances des titres publics ivoiriens détenus pour l’essentiel par les banques de la région. Bien que 15 des 19 banques opérant en Côte d’Ivoire aient suspendu leurs activités, la BCEAO est en concertation permanente avec elles pour sécuriser leurs importants actifs et limiter l’impact de cette perturbation sur l’ensemble du système financier de la zone UEMOA.

Une relocalisation temporaire des institutions financières régionales—notamment la Bourse régionale des valeurs mobilières—dans d’autres pays de l’Union est également envisagée.

Avancées des politiques communes et perspectives

Les autorités de l’UEMOA ont enregistré des résultats significatifs dans la mise en œuvre de leur programme d’intégration économique. Les pays membres ont sensiblement amélioré leurs résultats quant aux critères de convergence. S’agissant des finances publiques, six des huit États membres ont respecté leur critère de solde budgétaire primaire et la plupart d’entre eux ont à présent résolu la question du stock de leurs arriérés grâce à la dernière allocation de DTS. Pour l’avenir, les autorités lancent des initiatives visant à permettre aux États membres de mieux évaluer l’ampleur de leurs arriérés intérieurs et, partant, d’améliorer la communication de leurs données d’exécution budgétaire. Sur les niveaux d’endettement, tous les pays sauf la Côte d’Ivoire présentent de bons ratios, ayant bénéficié du dispositif des initiatives PPTE et IADM.

Conjuguées à une résolution prochaine de la crise ivoirienne et à un environnement international plus favorable, les mesures de politique prévues par les autorités devraient contribuer à enraciner la reprise économique. La croissance de la production devrait s’établir, selon les projections, à 4,5% en 2011 et à plus de 5% sur le moyen terme. Les politiques qui doivent sous-tendre cette dynamique sont prévues dans plusieurs domaines, notamment en matière budgétaire, financière, et dans le secteur privé, sans parler des nombreuses réformes relatives à la compétitivité, à l’infrastructure et au cadre institutionnel de l’UEMOA.

En matière budgétaire, les autorités de l’UEMOA ont constaté qu’il a été mis un terme à la plupart des mesures d’allégement fiscal destinées à amortir l’impact des crises alimentaires et pétrolières. Tirant les leçons de l’expérience des ruptures dans la coordination des politiques budgétaires, les autorités ont décidé d’établir la liste des denrées entrant dans l’alimentation de base qui peuvent bénéficier d’un taux de TVA minoré. Cette mesure sera bénéfique aux ménages à faible revenu et améliorera la prévisibilité des recettes publiques en cas de choc. Pour l’avenir, les autorités travaillent résolument à l’élaboration de leur programme de transition budgétaire visant à accroître la part des recettes de la fiscalité intérieure par rapport au produit des droits de douane, dans le financement du budget des états. C’est pourquoi la Commission de l’UEMOA s’emploie à promouvoir la mise en œuvre de réformes fiscales de grande ampleur et la poursuite de la mise à niveau des administrations douanières, notamment la modernisation des procédures, le renforcement des capacités et l’harmonisation des méthodes. Dans le même temps, les autorités poursuivent les efforts visant à maîtriser les dépenses publiques en général et les masses salariales en particulier.

Les autorités ont amélioré la conduite de la politique monétaire et les travaux en cours dans ce domaine contribueront au développement du secteur financier. La récente réforme institutionnelle de la BCEAO a abouti à des changements fondamentaux et à la mise en place de nouveaux organes de décision. Le Comité de politique monétaire (CPM) a été mis sur pied en septembre 2010 et a d’ores et déjà à son actif des décisions importantes comme l’adoption d’une politique explicite de ciblage de l’inflation et la détermination d’un objectif de 2 (±1)% sur un horizon de 24 mois. La transparence est renforcée par la publication de communiqués de presse détaillés à l’issue des réunions du CPM. En outre, son action a eu un impact positif en suscitant une demande accrue de travaux d’analyse et de recherche, sur de nouveaux domaines, ce qui devrait contribuer à une meilleure compréhension des entraves au développement du secteur financier et à leur élimination.

Conscientes du rôle clé du secteur bancaire dans l’appui à la croissance, les autorités de l’UEMOA agissent sur plusieurs fronts pour renforcer la situation des banques au sein de l’Union, afin de stimuler les activités de prêt. Grâce aux efforts d’harmonisation des pratiques au sein de la CEDEAO, on constate une plus grande diversification du secteur bancaire, des banques non traditionnelles entrant en activité dans la zone UEMOA. Les autorités se sont accordées, avec les services du FMI, sur la nécessité d’une nouvelle législation pour faciliter et accroître les types de garanties que peuvent fournir les emprunteurs. De nouveaux instruments seront intégrés au cadre institutionnel existant, ce qui devrait éclairer davantage encore les banques sur leurs clients et stimuler le crédit au secteur privé en général et aux PME en particulier.

En ce qui concerne la compétitivité, les autorités de l’UEMOA conviennent avec les services du FMI que sur 2010, le TCER apparaît globalement conforme aux fondamentaux économiques. Elles sont déterminées à mettre en œuvre les réformes qui s’imposent du côté de l’offre, afin de maintenir la compétitivité des prix. S’agissant de la compétitivité hors-prix, elles sont aussi déterminées à continuer d’aider les pays membres à améliorer la gouvernance et le climat des affaires dans la région, en prônant sans relâche la création de guichets uniques d’immatriculation des entreprises. Le code des investissements de l’Union est en voie d’achèvement et devrait être adopté d’ici la fin 2011. Les autorités entendent engager les discussions pour l’élaboration de la stratégie de développement du secteur privé en 2012; la création du cadre de politique appelé à régir les partenariats public-privé est prévue pour 2012-13.

Dans la même optique, les autorités ont annoncé des plans visant à combler le déficit en infrastructure et à résoudre la question des pénuries d’électricité dans la région. Plusieurs routes internationales sont en construction, comme l’axe autoroutier Bamako-Dakar qui devrait entrer en service à la fin 2011. Dans le secteur énergétique, un Fonds régional de financement des projets a été créé à la Banque ouest-africaine de développement. Il a pour objectif premier de prévenir les délestages dans les pays de l’UEMOA en 2011. À moyen terme, il devrait constituer le socle d’une solution plus globale au problème énergétique général qui se pose dans la région.

En gros, nous sommes d’avis, comme les services du FMI, que l’une des contraintes majeures qui pèsent sur la croissance tient au manque d’infrastructures rentables, concernant en particulier l’offre d’électricité, les transports routiers et l’infrastructure portuaire. Les autorités sont convaincues qu’il est impératif de lever ces contraintes lourdes et qu’à cet effet, un certain desserrement budgétaire sera nécessaire, ne serait-ce qu’à court terme. Le débat qui entoure l’équilibre à trouver entre l’investissement porteur de croissance et les préoccupations liées à la viabilité de la dette devraient être menée de manière approfondie en privilégiant les retombées à long terme. À défaut, on court le risque de tomber dans un cercle vicieux de croissance lente et de pauvreté généralisée.

Conclusion

Les États membres de l’UEMOA ont réalisé des avancées significatives sur la voie de l’intégration économique. Pour la plupart, ils présentent aujourd’hui, un cadre macroéconomique renforcé par rapport à ce qu’il était il y a quelques années et ont établi de bons antécédents de mise en œuvre des réformes. Le cadre institutionnel de l’Union a connu de profondes modifications et son amélioration constante a permis une meilleure coordination des politiques intérieures. Globalement, les instruments de politique de l’Union lui ont permis de bien supporter les crises alimentaire et pétrolière qui ont été suivies par les secousses financières internationales. Les perspectives de croissance restent bien orientées et devraient se renforcer avec la résolution attendue de la crise post-électorale en Côte d’Ivoire.

Les chocs exogènes couplés aux turbulences politiques et économiques internes, constituent autant de rappels coûteux des défis que doit encore relever la construction de l’UEMOA et sa transformation en un espace économique viable capable de générer plus de prospérité pour les populations de l’Union. Les autorités de l’UEMOA sont fermement déterminées à relever ce défi de taille, tâche à laquelle la contribution de la communauté internationale est essentielle et appréciée à sa juste valeur.

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