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Economic Integration in the Maghreb

Author(s):
Alexei Kireyev, Boaz Nandwa, Lorraine Ocampos, Babacar Sarr, Ramzy Al Amine, Allan Auclair, Yufei Cai, and Jean-Francois Dauphin
Published Date:
February 2019
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Chapitre 1 Introduction

Le Maghreb, « terre du soleil couchant » en arabe, est une vaste région du Nord-Ouest de l’Afrique qui couvre près de 6 millions de kilomètres carrés et compte une centaine de millions d’habitants. Les cinq pays qui le composent — Algérie, Libye, Mauritanie, Maroc et Tunisie — présentent de nombreux points communs sur les plans historique, culturel et linguistique. Ce sont tous des pays maritimes situés stratégiquement entre, au nord, les pays avancés d’Europe sur l’autre rive de la Méditerranée et, au sud, les pays en développement à fort potentiel d’Afrique subsaharienne.

Les pays du Maghreb sont géographiquement proches, mais économiquement divers. L’Algérie, première économie de la région, est un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, gros exportateur de pétrole et de gaz. Fortement tributaire des hydrocarbures, elle doit faire face aux importants défis macroéconomiques posés par la chute des prix du pétrole en 2014. La Libye, qui est également un gros exportateur de pétrole et de gaz et un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, est en proie à une guerre civile depuis 2011. La guerre a conduit à une vacance du pouvoir et à une situation instable qui ont de graves conséquences économiques et sociales. La Mauritanie est un pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. Grand producteur de minerai de fer, le pays a connu une croissance relativement rapide, mais il doit faire face au défi de la volatilité des cours des métaux. Le Maroc, deuxième économie de la région, se transforme progressivement. C’est un pays à revenu intermédiaire dont l’économie est assez bien diversifiée. Gros producteur régional de produits agricoles, de voitures et d’engrais, le pays reste vulnérable aux fluctuations de la production agricole et de la demande extérieure. Enfin, la Tunisie est un petit pays à revenu intermédiaire en transition. Important producteur régional de composants électriques, de pièces détachées pour machines et équipements légers et d’huile d’olive et de vêtements, le pays cherche à retrouver une croissance à large assise et à rétablir la stabilité macroéconomique après plusieurs chocs intérieurs et extérieurs. Le classement de ces pays selon l’indice Doing Business de la Banque mondiale, pour le climat des affaires, et selon l’indice du Forum économique mondial, pour la qualité des institutions, varie notablement : le Maroc et la Tunisie occupent une position relativement honorable, tandis que les autres pays se situent en queue de peloton dans les deux domaines1.

Les pays du Maghreb ont accompli des progrès importants dans la réalisation des réformes économiques ces dernières années, mais offrir des opportunités à l’ensemble de la population reste une action prioritaire pour tous. Avec une population jeune qui croît rapidement, la région du Maghreb doit accélérer son expansion en mettant à contribution les sources de croissance traditionnelles et celles encore inexploitées. La croissance est depuis trop longtemps trop faible dans la région et elle n’a pas assez contribué à créer des emplois et réduire la pauvreté. Le taux de croissance moyen a été inférieur à 2,4 % pendant les cinq dernières années et, d’après les projections, il ne devrait pas dépasser 2,7 % à moyen terme. La croissance moyenne du PIB par habitant s’est maintenue autour de zéro (tableau 1). À 12 % globalement et 25 % pour les jeunes (de 15 à 24 ans), le taux de chômage pondéré par la population reste élevé, même par rapport à d’autres parties de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MOAN). On dispose de peu de données sur la pauvreté et les inégalités, mais il semblerait qu’il n’y ait guère eu de progrès sur ces deux fronts depuis le printemps arabe.

Tableau 1.Région du Maghreb : principaux indicateurs économiques
UnitéAnnéeAlgérieLibyeMauritanieMarocTunisieRégion du Maghreb
Région
SuperficieMillions km220172,41,81,00,40,25,8
PopulationMillions201741,56,43,934,911,398,1
ChômagePourcentage+ récent10,418,722,810,616,011,7
Chômage des jeunesPourcentage+ récent24,945,216,729,336,825,2
PauvretéPourcentage+ récent22,18,4
Inégalité GiniIndice+ récent32,435,8
Économie
PIB nominalMilliards $2017175,533,35,0110,739,9364,4
PIB par habitant$20174.2924.8591.3183.1513.4963.714
Croissance réellePourcentage2013–173,127,93,53,41,72,4
Croissance PIB par habitantPourcentage2013–171,028,51,12,30,40,7
InflationPourcentage2013–174,615,02,41,34,85,6
Déficit budgétairePourcentage PIB2013–17–7,9–70,2–1,9–4,3–5,6–7,4
Balance courantePourcentage PIB2013–17–10,0–30,3–19,6–4,8–8,8–9,1
Dette publiquePourcentage PIB2013–1712,5n.d.85,263,357,623,3
ExportationsPourcentage PIB2013–1725,5n.d.38,732,643,230,2
Politiques
Doing BusinessPosition (1–190)20181661851506988n.d.
Institutions (WEF)Position 1–7 (meil.)20173,62,94,23,8n.d.
Nombre d’accords FMIDepuis adhésion2018415191048
Accord FMI en vigueur2018AucunAucunFECLPLMEDCn.d.
Sources : FMI (2018d) ; Banque mondiale; Forum économique mondial.Note : FEC = facilité élargie de crédit ; km2 = kilomètre carré ; LPL = ligne de précaution et de liquidité ; MEDC = mécanisme élargi de crédit ; WEF = Forum économique mondial.
Sources : FMI (2018d) ; Banque mondiale; Forum économique mondial.Note : FEC = facilité élargie de crédit ; km2 = kilomètre carré ; LPL = ligne de précaution et de liquidité ; MEDC = mécanisme élargi de crédit ; WEF = Forum économique mondial.

Encadré 1.Appel de Marrakech à agir maintenant (« ACT NoW ») (Accountability, Competition, Trade, No one left behind, openness, Work))

Cet appel pour des réformes dans l’ensemble de la région MOAN privilégie les aspects suivants d’une croissance inclusive (FMI, 2018c) :

  • Responsabilité : Améliorer la transparence et renforcer les institutions pour lutter contre la corruption et assurer une responsabilité partagée des politiques inclusives

  • Concurrence : Promouvoir le secteur privé grâce à une meilleure régulation pour rendre l’économie plus dynamique.

  • Commerce et technologies : Tirer profit des technologies et de l’innovation, favoriser les échanges commerciaux et attirer l’investissement étranger pour diversifier et développer les sources de croissance et créer des emplois.

  • Solidarité : Établir des systèmes de protection sociale solides et donner des moyens d’action aux catégories défavorisées comme les jeunes, les femmes, les populations rurales et les réfugiés.

  • Opportunités : Définir des règles du jeu qui donnent leurs chances à tous, par une réorientation de la dépense publique vers la croissance et l’équité, par une taxation plus juste et par des réformes structurelles.

  • Travail :Investir dans l’humain par l’éducation et la formation, pour que chacun puisse trouver sa place dans la nouvelle économie, et parvenir ainsi à plus d’égalité et de prospérité.

Les questions de croissance inclusive, d’échanges commerciaux et d’intégration ont été soulevées avec force dans le contexte plus large de la région MOAN par les acteurs régionaux. En janvier 2018, les représentants de plus de 20 pays de cette région, y compris tous les pays du Maghreb, se sont réunis à Marrakech pour une conférence régionale intitulée « Opportunités pour tous : croissance, emploi et inclusion dans le monde arabe », organisée conjointement par le gouvernement marocain, le FMI, le Fonds arabe pour le développement économique et social et le Fonds monétaire arabe (FMI, 2018c). Cette conférence a offert un espace de discussion à des hauts fonctionnaires, des représentants du secteur privé et des membres de la société civile pour s’entretenir sur la faiblesse de la croissance, les inégalités, les échanges commerciaux, la responsabilité de l’État et la corruption. Les priorités d’action qui sont ressorties de ces délibérations peuvent se résumer par l’acronyme anglais « ACT NOW » (« Agir maintenant ») (encadré 1). Les échanges commerciaux (« trade » en anglais — le « T » dans ACT NOW) figuraient en bonne place dans une stratégie visant à favoriser une croissance plus forte et plus inclusive, c’est-à-dire une croissance dont les bienfaits sont partagés et qui offre un accès équitable aux opportunités économiques, notamment aux groupes défavorisés.

Reconnaissant l’importance des échanges commerciaux pour la croissance, les pays africains, y compris tous les pays du Maghreb, ont en outre récemment signé un accord pour la création de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA). Lancée en mars 2018 par 44 pays africains, celle-ci constituera la plus grande zone de libre-échange visant à libéraliser les échanges de biens et services au sein de l’Afrique, lorsqu’elle sera mise en œuvre. La signature de l’accord portant sa création envoie un signal puissant sur les bienfaits de la coopération intrarégionale. Cet accord vise, à moyen terme, à supprimer les droits de douane sur 90 % des importations effectuées entre les pays africains et à libéraliser les échanges de services. L’intégration commerciale au sein du Maghreb pourrait constituer une étape vers la mise en œuvre intégrale de la ZLECA.

De plus, une intégration plus poussée au sein du Maghreb pourrait amortir l’impact éventuel de la montée des tensions commerciales au niveau mondial. Si le protectionnisme devait s’intensifier sur les marchés traditionnels, les pays du Maghreb pourraient partiellement en compenser les effets négatifs sur leurs exportations et leur croissance en augmentant leurs échanges intrarégionaux, ce qui leur permettrait de préserver les bienfaits, pour leurs économies, de la récente reprise économique mondiale.

C’est dans ce contexte que le présent document examine la source de croissance inexploitée que constitue l’intégration économique des pays du Maghreb et le rôle qu’elle pourrait jouer à ce titre. Il démontre qu’une plus grande intégration économique régionale et mondiale créerait une dynamique favorable pour atteindre une plus forte croissance durable. Une plus grande ouverture aux échanges et aux investissements intrarégionaux élargirait l’accès à des biens et services moins coûteux, stimulerait la concurrence, favoriserait l’innovation et la diversification, améliorerait la transparence, réduirait les rentes et, à terme, ferait progresser la productivité et la croissance dans tous les pays. Cette intégration régionale pourrait constituer un instrument puissant, complétant les politiques intérieures, pour accroître le potentiel de croissance du Maghreb, créer des emplois et réduire la pauvreté. Plus précisément, le présent document :

  • examine les raisons fondamentales de la faible intégration régionale ;

  • expose les arguments économiques en faveur d’un renforcement de l’intégration régionale ;

  • évalue l’impact potentiel de l’intégration sur la croissance et l’emploi ; et

  • suggère un ensemble d’objectifs d’action communs (les objectifs « JOINT ») pour parvenir à une plus grande intégration régionale.

CHAPITRE 2 Faits concernant les relations économiques du Maghreb

Initiatives en faveur de la libéralisation des échanges

Les pays du Maghreb sont depuis longtemps conscients des bienfaits d’une plus grande intégration économique, mais les initiatives qu’ils ont prises dans ce sens n’ont été qu’en partie fructueuses. Ils ont conclu plusieurs accords de libreé-change pour développer les échanges au sein de cette région (graphique 1). En 1989, les cinq pays qui la composent ont établi l’Union du Maghreb arabe (UMA) pour promouvoir la coopération et l’intégration entre les États arabes d’Afrique du Nord. Ils ont, dans ce cadre, négocié la création d’une zone de libre-échange en vue d’une intégration couvrant tous les domaines de l’activité économique. Un accord a été paraphé par les ministres du Commerce en 2010, mais il n’a jamais été ratifié. En dehors de leur participation à l’UMA, la Libye, le Maroc et la Tunisie ont signé, en 1997, l’accord concernant la Zone panarabe de libre-échange. Le Maroc et la Tunisie figurent aussi parmi les pays signataires de l’accord d’Agadir, signé en 2004, pour l’établissement d’une zone de libre-échange. Si les initiatives passées ont été utiles pour promouvoir l’idée de l’intégration, elles n’ont eu en pratique qu’un impact limité sur les échanges régionaux. L’UMA, par exemple, a formulé de solides objectifs d’intégration, mais elle est restée inactive pendant de nombreuses années.

Graphique 1.Principaux accords commerciaux

(Bilatéraux et préférentiels)

Source : graphique établi sur la base des données de l’OMC, 2018.

Note : AELE = Association européenne de libre-échange ; APE = Accord de partenariat économique ; CEDEAO = Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ; ICR = initiative « La Ceinture et la Route » ; OMC = Organisation mondiale du commerce ; SGPC = Système global de préférences commerciales.

Les accords d’intégration conclus entre le Maghreb et des partenaires extérieurs à la région, dont certains incluent des dispositions pour les échanges intrarégionaux, ont eu un plus fort impact. Mettant à profit leurs liens commerciaux traditionnels avec l’Europe, les pays du Maghreb ont conclu plusieurs accords commerciaux avec elle. Par exemple, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie sont, avec d’autres pays, parties à l’Accord euro-méditerranéen établissant une association avec l’Union européenne et ses États membres. Cet accord vise à lever les obstacles aux échanges et à l’investissement entre l’Union européenne (UE) et les pays du Sud de la Méditerranée et entre ces pays eux-mêmes. La Mauritanie est partie à l’Accord de partenariat économique (APE) entre l’UE et les pays d’Afrique de l’Ouest qui vise à libéraliser les échanges bilatéraux et à fournir une aide au développement à ce groupe de pays. Elle a aussi conclu un accord de libre-échange avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Le Maroc et la Tunisie ont signé des accords de libéralisation des échanges avec l’Association européenne de libre-échange (AELE), qui réunit l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suisse. Ils ont également conclu des accords bilatéraux de libre-échange avec la Turquie. Le Maroc est en outre parvenu à un accord avec les États-Unis.

Les pays du Maghreb participent aux organisations internationales qui cherchent à promouvoir la coopération internationale et régionale. Ils sont, par exemple, tous membres de la Ligue des États arabes, fondée en 1945, qui a toujours joué un rôle moteur dans les efforts d’intégration de la région MOAN. Ils sont également tous membres de l’Union africaine, organisation politique regroupant tous les pays africains qui vise principalement à faciliter la coopération. Tous les pays du Maghreb sont aussi parties à l’Accord sur le Système global de préférences commerciales entre pays en développement, établi en 1988 par la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) pour encadrer l’échange de préférences commerciales entre pays en développement afin de stimuler le commerce entre ces pays. Bien que les pays du Maghreb aient conclu plusieurs accords préférentiels dans ce cadre, ils n’en ont conclu qu’un seul entre eux : l’accord maroco-mauritanien. Enfin, la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie sont membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qu’ils utilisent comme plateforme de négociation et de règlement des différends. L’Algérie a demandé à adhérer à l’OMC en 1987, mais les négociations n’ont pas encore abouti. La Libye a déposé sa candidature en 2004, mais n’a rien fait depuis pour négocier son adhésion. Les règles de l’OMC ne s’appliquent donc pas à ces deux pays.

L’initiative de la Chine baptisée « La Ceinture et la Route » (ou la Nouvelle Route de la soie) englobe le Maghreb. L’Algérie, la Libye, le Maroc et la Tunisie ont déjà signé des accords de partenariat avec la Chine dans le cadre cette initiative ; il est possible que la Mauritanie suive leur exemple. Si l’initiative s’appuie surtout sur l’investissement dans les infrastructures (routes, voies ferrées et réseaux électriques) pour renforcer la coopération économique, elle inclut aussi des formes plus larges de coopération, comme la facilitation des échanges et l’assistance technique.

Évolution des échanges des pays du Maghreb avec le reste du monde

Tous les pays du Maghreb, sauf le Maroc, sont moins ouverts aux échanges commerciaux depuis quelques années (graphique 2). Cette évolution va dans le sens des tendances observées dans le monde avec notamment la faiblesse généralisée de l’activité économique internationale et de l’investissement en particulier, le ralentissement de la libéralisation des échanges, la baisse des prix des produits de base, du pétrole notamment, et l’affaiblissement de la croissance des chaînes de valeur mondiales (CVM). La chute des prix des produits de base conjuguée au manque de diversification explique le recul de l’ouverture commerciale en Algérie, en Libye et en Mauritanie.

Graphique 2.Indicateurs des échanges commerciaux

Sources : Eora MRIO ; calculs des services du FMI

Note : CVM = chaîne de valeur mondiale ; MRIO = tableau multirégional entrées–sorties ; PEPD = pays émergents et pays en développement. Les autres pays importateurs de pétrole incluent le Bangladesh, le Cambodge et le Viet Nam ; les autres pays exportateurs de pétrole incluent la Malaisie, le Mexique et l’Indonésie.

1 La qualité des données Eora MRIO étant sujette à caution, les pays ne figurent dans les graphiques qu’une fois que les données les concernant ont été validées par les données relatives aux exportations de produits intermédiaires de la base de données Comtrade de l’Organisation des Nations Unies.

Les pays du Maghreb, comme beaucoup d’autres pays émergents, s’approvisionnent de plus en plus auprès de la Chine. Les exportations chinoises vers le Maghreb ont considérablement augmenté depuis le début des années 2000, atteignant 14 milliards de dollars en 2016 (12 % des importations totales du Maghreb) contre moins de 5 milliards de dollars dix ans plus tôt (8 % de l’ensemble des importations). Les livraisons chinoises incluent, entre autres, des machines agricoles, des tracteurs et des véhicules automobiles. L’intensification de la concurrence de la Chine et d’autres pays émergents ou en développement d’Asie pourrait elle aussi remettre en cause l’intégration régionale. La Chine et les autres pays asiatiques sont en outre devenus un important marché extérieur pour tous les pays du Maghreb, et surtout pour la Mauritanie.

La qualité des produits et la diversification des exportations se sont améliorées ces dernières années au Maroc et en Tunisie, mais sont dans l’ensemble restées stationnaires en Mauritanie et se sont détériorées en Algérie. De ce fait, la pénétration des exportations du Maroc et de la Tunisie est nettement supérieure à celle des pays émergents et des pays en développement et aux moyennes régionales. Cependant, en dehors des produits minéraux, des carburants, des animaux et des huiles végétales, la qualité générale des produits exportés par les pays du Maghreb reste inférieure à celle des exportations d’autres pays émergents et en développement, surtout dans le cas des produits manufacturés, des machines et du matériel de transport.

La concentration des exportations varie notablement au sein du Maghreb. À l’exception du Maroc et de la Tunisie, les pays du Maghreb exportent une gamme réduite de produits. Les exportations de l’Algérie, de la Libye et de la Mauritanie sont très concentrées. Les carburants représentent 90 et 98 % de l’ensemble des exportations algériennes et libyennes, respectivement. Les exportations de la Mauritanie sont dominées par des produits primaires comme les minéraux, les métaux et les produits de la pêche. Les principaux secteurs exportateurs du Maroc et de la Tunisie sont, en revanche, plus diversifiés puisqu’ils incluent le secteur manufacturier (produits chimiques, machines, pièces détachées d’équipements), le secteur agricole et le secteur des services (tourisme et activités financières et médicales).

Les pays du Maghreb sont mieux intégrés dans les CVM. L’intégration en amont dans les CVM — c’est-à-dire la part de la valeur ajoutée étrangère, importée et utilisée dans la production d’exportations — est comparable à la moyenne observée dans les pays émergents et les pays en développement uniquement en Tunisie. Elle est encore faible, bien qu’en progression, en Mauritanie et au Maroc, et très faible et stationnaire en Algérie et en Libye. L’intégration en aval dans les CVM, qui est la part de valeur ajoutée utilisée dans la production d’un pays de destination, est très élevée en Algérie et en Libye, en raison du rôle de fournisseurs que ces pays jouent dans la production de produits pétroliers en aval. Tous les autres pays du Maghreb semblent assez bien intégrés en aval dans les CVM, mais ils le sont presque exclusivement avec leurs partenaires économiques extérieurs à la région. En même temps, les chaînes de valeur régionales entre pays du Maghreb restent faibles. Baldwin (2012) fait observer que, dans les groupes bien intégrés, les intrants intermédiaires incorporés dans les exportations proviennent en général de la même région — phénomène souvent couvert par les expressions « Usine Asie » et « Usine Europe ». L’entrée en scène de l’« Usine Maghreb » serait un objectif à viser.

Les échanges de services commerciaux, sous forme notamment du tourisme, augmentent, mais lentement. On ne dispose pas d’informations détaillées sur les échanges de services dans les pays du Maghreb, mais des observations ponctuelles semblent indiquer que des entreprises multinationales ont accru leurs investissements dans les services échangés avec l’étranger, surtout au Maroc et en Tunisie, dans le cadre principalement d’une logistique globale servant les marchés européens (Banque mondiale, 2010). Le Maroc et la Tunisie sont des destinations prisées par les touristes des pays européens, des pays arabes du golfe Persique et de Russie. En 2017, le Maroc a fait état d’investissements d’environ 4,6 milliards de dollars dans le secteur des voyages et du tourisme, contribuant ainsi directement à la part de 8,2 % du PIB générée par environ 10 millions de touristes étrangers. Pendant la même période, la Tunisie a investi environ 0,8 milliard de dollars dans son secteur du tourisme, qui, avec ses 7 millions de touristes, contribue directement à 6,9 % du PIB (WTTC, 2018). L’activité touristique est, en revanche, faible en Algérie et en Mauritanie. La plupart des touristes viennent de pays extérieurs à la région et les voyages et le tourisme en son sein sont limités.

Échanges commerciaux, investissements, intégration financière et intégration des travailleurs au sein du Maghreb

Échanges commerciaux

Malgré les dispositions institutionnelles existantes, les échanges commerciaux intramaghrébins restent maigres. Les pays du Maghreb commercent beaucoup moins entre eux qu’avec le reste du monde. Leurs échanges entre eux représentent moins de 5 % de l’ensemble de leurs échanges commerciaux, alors que la part du commerce intrarégional atteint 16 % environ en Afrique, 19 % en Amérique latine, 51 % en Asie, 54 % en Amérique du Nord et 70 % en Europe.

Aucun des cinq pays du Maghreb n’a pour principal partenaire commercial un autre pays de la région. Le gros des échanges du Maghreb s’effectue avec l’Europe, pour des raisons qui tiennent à la fois au contexte historique, à la nature des produits échangés et, plus récemment, aux efforts déployés par chacun des pays pour libéraliser ses échanges avec l’Europe. Plus de la moitié des exportations des pays maghrébins, à l’exception de la Mauritanie, est destinée à des pays de l’Union européenne, surtout la France, l’Italie et l’Espagne, qui sont, géographiquement, les pays avancés les plus proches du Maghreb (graphique 3). Les exportations vers d’autres pays maghrébins représentent une part importante du total des échanges dans le cas uniquement de la Tunisie et de l’Algérie (10 et 4 % environ, respectivement).

Graphique 3.Directions des échanges et des investissements

Source : Coordinated FDI Survey, 2018.

Note : AfSS = Afrique subsaharienne; IDE = investissement direct étranger; MOAN = Moyen-Orient et Afrique du Nord; UE = Union européenne.

Les échanges intramaghrébins impliquent peu de courants d’échanges. En 2016, ils ont été dominés par un nombre limité de flux de marchandises : exportations de gaz et de pétrole de l’Algérie vers le Maroc et la Tunisie ; de fer, d’acier et de vêtements du Maroc vers l’Algérie ; de fer et d’acier de la Tunisie vers l’Algérie ; et d’animaux et d’huile végétale de la Tunisie vers la Libye (graphique 4). Tous les autres flux commerciaux sont négligeables. D’importants produits exportables n’entrent pas du tout dans les flux d’échanges intrarégionaux. Par exemple, les véhicules et pièces détachées automobiles du Maroc, les engrais d’Algérie, les fruits de mer de Mauritanie et les semi-conducteurs électriques de Tunisie ne font pas l’objet d’échanges régionaux significatifs. Globalement, un quart seulement d’une vingtaine de flux commerciaux bilatéraux possibles occupent une place significative dans les échanges intramaghrébins.

Graphique 4.Flux commerciaux intrarégionaux

(La taille des nœuds est proportionnelle au total des exportations; la largeur des flèches est proportionnelle à la taille du flux)

Sources : Organisation des Nations Unies, base de données Comtrade, 2018; calculs des services du FMI.

Investissement direct étranger (IDE)

D’après les informations dont on dispose, l’IDE bilatéral est limité dans la région. Des études antérieures ont montré que les flux bilatéraux y sont nettement inférieurs à ceux observés dans d’autres blocs régionaux (Banque mondiale, 2010). Peu de données fiables sont actuellement disponibles sur les flux bilatéraux de capitaux, mais le cas du Maroc, pour lequel des données existent, permet de penser que les flux de capitaux avec le Maghreb sont très faibles (graphique 3). Les flux entrants et sortants d’investissement direct du Maroc au Maghreb sont négligeables par rapport aux flux en provenance et en direction d’autres régions. La moitié environ des entrées et des sorties d’IDE implique l’Europe et d’autres parties du monde. Le Maroc a en outre développé une politique économique extérieure ambitieuse à l’égard de l’Afrique subsaharienne. Malgré la faiblesse persistante de ses niveaux d’échanges commerciaux avec cette région, celle-ci est une destination importante pour ses investissements, notamment dans le secteur financier. La plupart des pays du Maghreb présentent des particularités qui rebutent les investisseurs étrangers, telles que les dispositions qui limitent l’IDE dans divers secteurs en exigeant, par exemple, que les entreprises étrangères collaborent avec des partenaires locaux et utilisent des intrants locaux.

Intégration financière

Reflétant l’état de la coopération économique régionale, l’intégration financière transfrontalière reste limitée. Ce sont les banques marocaines opérant au-delà des frontières nationales qui ont le plus activement pénétré la région ; par exemple, Attijariwafa Bank, première banque marocaine et septième en Afrique par sa taille, a établi une présence en Tunisie et en Mauritanie. L’expansion des banques marocaines a toutefois été limitée en Algérie et en Libye. De ce fait, le Maghreb ne compte pratiquement aucune institution financière transfrontalière.

Le niveau de développement du secteur financier varie entre les pays du Maghreb, mais l’accès au financement est un défi qu’ils doivent tous relever (graphique 5). Le Maroc occupe la première place pour le développement financier avec un système financier vigoureux dominé par des banques privées dynamiques. Le système bancaire marocain a développé ses activités transfrontalières et il est actuellement présent dans 22 pays d’Afrique, y compris en Afrique subsaharienne (Bénin, Burundi, Ghana). Avec un niveau de développement financier comparable à celui des pays émergents et en développement, la Tunisie peine toujours à restructurer ses banques publiques déficientes et à supporter la charge d’un volume important de créances improductives, bien qu’elle dispose de banques privées relativement saines. L’Algérie et la Libye gardent des systèmes financiers dominés par des banques publiques. Dans la plupart des pays, l’accès au financement pose problème, surtout aux petites et moyennes entreprises, malgré les réels progrès réalisés au cours de la dernière décennie. L’accès aux services financiers est relativement large au Maroc et en Tunisie, quoiqu’en deçà de la moyenne enregistrée par les pays émergents et les pays en développement, mais il est encore plus faible dans les autres pays du Maghreb.

Graphique 5.Intégration financière

La technologie financière a progressé dans l’ensemble de la région, établissant ainsi la base d’une intégration financière plus poussée. Le nombre de nouvelles entreprises spécialisées dans cette activité augmente au Maroc, en Tunisie et en Algérie. Le Maroc et la Tunisie ont élaboré des cadres réglementaires pour les services fnanciers numériques et les opérations monétaires réalisables par téléphone portable qui contribuent à réduire la part de la population qui n’est pas bancarisée. La pénétration des technologies de l’information et de la communication a notablement progressé au cours des dernières années au Maroc et en Tunisie, mais dans une moindre mesure en Algérie et en Mauritanie. Sur le plan réglementaire, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie ont adopté une législation sur la cybercriminalité et la cybersécurité. La levée des obstacles aux échanges et l’harmonisation des réglementations pourraient contribuer à favoriser et accélérer l’adoption de nouvelles technologies financières et stimuler un renforcement de l’intégration financière.

La nouvelle Banque du Maghreb pour l’investissement et le commerce extérieur vise à accélérer l’intégration financière. Cette banque régionale a été créée en 2017 avec un capital de 500 millions de dollars également réparti entre les cinq pays. Elle doit catalyser l’intégration financière et stimuler les échanges et l’investissement dans la région en supprimant les obstacles réglementaires et institutionnels qui gênent le développement du financement intramaghrébin. Une refonte de l’accord de 1991 sur les systèmes de paiement conclu entre les cinq banques centrales aurait aussi un effet positif sur l’intégration financière en rendant ces systèmes opérationnels dans les cinq pays. L’intégration financière devrait certes avoir un effet bénéfique sur la croissance, mais il faudrait veiller à gérer avec discernement les risques liés à un accroissement éventuel de la volatilité financière.

Travailleurs

Les migrations officielles à l’intérieur du Maghreb semblent marginales, bien que la liberté de circulation ait été l’un des objectifs de l’UMA. Faute de données suffisantes, la connaissance que l’on a des migrations intramaghrébines reste approximative, mais, d’après les informations disponibles, celles-ci resteraient faibles. Par exemple, en 2013, les migrants ne représentaient que 1 % de la population totale de la région et les travailleurs migrants un pourcentage de l’ensemble des travailleurs (0,5 %) encore plus faible que dans les autres régions (OIT, 2015). Le Maghreb est plutôt une source d’émigration, le Maroc et l’Algérie figurant parmi les premiers pays d’émigration du monde. L’émigration maghrébine a été, et reste, fortement orientée vers les pays de l’Union européenne.

Facteurs susceptibles d’expliquer la faiblesse de l’intégration maghrébine

Les raisons du manque d’intégration au Maghreb sont complexes et nombreuses. On peut notamment citer l’application de politiques restrictives en matière d’échanges et d’investissement, la présence d’obstacles tarifaires et non tarifaires aux échanges, l’insuffisance des infrastructures régionales et des facteurs géopolitiques. L’orientation traditionnelle des échanges vers l’Europe, les efforts récents de diversification en direction de l’Afrique subsaharienne et, plus récemment, l’émergence de la Chine comme marché d’exportation ont en outre détourné l’attention des pays du Maghreb de l’intégration intrarégionale.

Des facteurs géopolitiques ont freiné l’intégration maghrébine. Les causes profondes des tensions sont complexes et varient d’un pays à l’autre. L’UMA est inopérante depuis des années du fait de désaccords entre ses pays membres, notamment entre l’Algérie et le Maroc. Les menaces terroristes ont aussi provoqué un durcissement des contrôles frontaliers. La frontière longue de quelque 1.600 kilomètres qui sépare l’Algérie du Maroc est fermée depuis 1994. Plusieurs pays doivent en outre faire face à leurs propres problèmes d’économie politique, ce qui a pu parfois ralentir encore les progrès vers l’intégration régionale. Mais, depuis peu, des voix se font entendre de divers côtés en faveur d’une réactivation de l’UMA.

Les échanges à l’intérieur du Maghreb pâtissent de politiques commerciales restrictives. Les pays du Maghreb se voient appliquer de plus faibles droits de douane dans leurs échanges avec l’Europe que quand ils commercent entre eux. La moyenne simple des droits appliqués dans les pays du Maghreb est en général sensiblement plus élevée que celle observée dans les pays du Groupe des Vingt, dans les pays émergents et dans les pays en développement (graphique 6). Par exemple, la moyenne simple des droits de douane appliqués dans les pays du Maghreb était d’environ 14 % en 2016, contre 5 % dans l’Union européenne, 4 % aux États-Unis et 10 % en Chine. Le marché algérien est le marché le plus protégé avec un taux de droit de douane moyen de 19 %, alors que les taux se situent autour de 12 % dans les autres pays. Certains secteurs sont en outre fortement protégés même dans les pays relativement ouverts aux échanges. Par exemple, le droit à l’importation des produits agricoles est de 28 % au Maroc et de 31 % en Tunisie. L’Algérie a renforcé ses obstacles tarifaires et non tarifaires début 2018 en interdisant temporairement l’importation d’environ 850 catégories de produits, en allongeant la liste des biens soumis à un droit d’accise de 30 % et en augmentant fortement les droits de douane (de jusqu’à 60 %) pour certains autres produits.

Graphique 6.Indicateurs de politique commerciale

En dehors des obstacles tarifaires, les échanges intrarégionaux se heurtent aussi à de très nombreuses entraves non tarifaires. Par exemple, le coût moyen des exportations est l’un des plus élevés du monde et il varie considérablement au sein de la région entre les exportateurs les plus efficients (Maroc et Tunisie) et les moins efficients (Algérie, Libye, Mauritanie). Le temps nécessaire pour exporter n’est dans l’ensemble guère différent de celui observé dans les autres pays émergents et en développement, mais nettement plus long que dans les pays avancés. L’indice Doing Business de performance logistique établi par la Banque mondiale pour le Maghreb suggère que les commerçants se heurtent à des obstacles non négligeables dans la région. De même, l’indicateur Doing Business pour les échanges transfrontaliers indique que les frais associés aux exportations ou aux importations restent élevés dans la région. À cela s’ajoutent d’autres obstacles comme la multiplicité des barrages routiers, les temps d’attente aux points de passage des frontières et la longueur et les défaillances des procédures de dédouanement. Les restrictions aux frontières ont souvent plutôt été durcies qu’assouplies pour protéger les intérêts nationaux, ce qui a créé d’autres possibilités de recherche de rente.

La faiblesse des réseaux maghrébins de transport terrestre et aérien gêne aussi notablement l’intégration commerciale de la région. Quatre modes de transport (mer, air, route et rail) sont disponibles entre les pays du Maghreb. Ils sont tous insuffisamment développés à l’exception du transport maritime. La seule autoroute pouvant relier tous les pays du Maghreb est le corridor Le Caire–Dakar, mais la fermeture de la frontière entre le Maroc et l’Algérie empêche le transport routier de marchandises entre la Libye, la Tunisie et l’Algérie, d’une part, et le Maroc ou la Mauritanie, d’autre part. Cette autoroute compte en outre des tronçons inachevés et aucun pont n’enjambe le fleuve qui sépare la Mauritanie du Sénégal. Celui-ci doit être traversé par ferry, ce qui limite sérieusement les échanges. L’Algérie, le Maroc et la Tunisie sont certes dotés d’un réseau ferré national, mais celui-ci s’arrête aux frontières et ne s’intègre pas dans un réseau Est–Ouest. Plusieurs pays sont reliés à l’Espagne et l’Italie par des oléoducs et des gazoducs qui évitent toutefois de traverser le territoire des voisins régionaux, au détriment sans doute d’une plus grande efficience. Des liaisons aériennes existent entre certains pays du Maghreb, mais la plupart des compagnies aériennes de la région sont encore peu développées et desservent principalement des destinations intérieures.

Le transport maritime est le mode de transport le plus utilisé pour les échanges intramaghrébins et les échanges avec l’Europe. Si tous les pays du Maghreb ont des ports, aucun d’eux ne compte une compagnie maritime commercialement importante. Chaque pays a développé ses infrastructures portuaires en direction de l’Europe, en n’accordant qu’un intérêt secondaire aux échanges régionaux. Seuls quelques ports sont compétitifs au niveau international, le Maroc montrant la voie à suivre avec le port de Tanger, devenu une plateforme logistique pour la région.

La majeure partie du trafic maritime transmaghrébin s’est, de ce fait, déplacé vers le Maroc au détriment des autres ports régionaux. Très peu de liaisons maritimes directes existant entre les pays du Maghreb, ceux-ci utilisent les ports de pays tiers comme Marseille en France, Almeria en Espagne et même Rotterdam aux Pays-Bas pour transporter les marchandises qu’ils échangent entre eux. Il en résulte des surcoûts qui nuisent à la compétitivité–prix des produits échangés.

Les restrictions aux mouvements de capitaux qu’imposent tous les pays du Maghreb sont plus importantes que celles appliquées en moyenne dans les pays de comparaison. Le compte de capital du Maroc est l’un des plus ouverts de la région pour les entrées de capitaux (graphique 7). Aucun agrément préalable n’est exigé pour l’IDE et les formalités relatives à l’investissement au Maroc ne constituent pas un obstacle notable à l’investissement. Les restrictions appliquées par l’Algérie sur les entrées de capitaux sont par contre importantes. Son cadre juridique exige la présence d’un partenaire algérien majoritaire pour tout investissement étranger. Le compte de capital de la Tunisie était relativement fermé jusqu’en 2015. En vertu des dispositions de la loi de 2016 sur l’investissement, les investisseurs étrangers bénéficient maintenant du traitement national et ils jouissent donc des mêmes droits et ont les mêmes obligations que les investisseurs tunisiens. Les restrictions frappant les sorties de capitaux sont à peu près les mêmes dans toute la région. Aux termes du Code des investissements du Maroc, le rapatriement de fonds ne peut être effectué qu’en passant par des comptes en dirhams marocains convertibles. Les contrôles de capitaux limitent ainsi l’aptitude des résidents à convertir en devises étrangères les soldes en dirhams pour déplacer des fonds au niveau de la région ou au-delà aux fins d’investissement. L’Algérie exige que les bénéfices soient « réinvestis » dans le pays pour limiter la fuite des capitaux. En Tunisie, les transferts de capitaux à l’étranger restent étroitement contrôlés par la banque centrale.

Graphique 7.Restrictions aux mouvements de capitaux

Source : Fernandez et al., 2016.

Note : PEPD = pays émergents et pays en développement.

La faible étendue des migrations intramaghrébines peut tenir à plusieurs facteurs économiques et non économiques. La croissance de l’emploi reste anémique dans les pays du Maghreb, ce qui limite les possibilités d’emploi pour les migrants éventuels. Les migrants maghrébins préfèrent souvent tenter leur chance sur des marchés plus matures (principalement européens). Ils se heurtent aussi de plus en plus à la concurrence de ressortissants de pays du Sud extérieurs à la région ainsi que de travailleurs chinois et européens, qui sont souvent recrutés dans le cadre d’arrangements contractuels pour des projets d’investissement. Les difficultés d’obtention d’un titre de séjour et d’un permis de travail limitent également la circulation des travailleurs.

Plusieurs pays du Maghreb exigent des visas des ressortissants d’autres pays maghrébins et du reste du monde. Ils limitent en outre souvent la durée du séjour à 90 jours. Le Maroc, l’Algérie et la Libye arrivent très loin derrière d’autres pays africains dans le classement des pays au regard de l’indice d’ouverture des visas en Afrique (BAD, 2017), qui suit l’évolution en faveur de la libre circulation des personnes en Afrique. Au Maghreb, seule la Tunisie a fait des progrès récemment en ouvrant ses frontières aux voyageurs, ce qui lui a fait gagner 13 places dans le classement depuis 2015. La Mauritanie est le pays le plus ouvert aux voyageurs puisqu’elle accorde des visas à tous les ressortissants des autres pays africains à leur arrivée sur son territoire.

Le Maghreb n’est pas la seule région du monde à présenter un faible niveau d’intégration intrarégionale. De fait, depuis les années 90, les échanges intrarégionaux stagnent ou diminuent dans plusieurs régions à l’exception notable des régions Asie de l’Est et Pacifique, et Europe et Asie centrale (Bown et al., 2017). Par exemple, l’expérience de l’intégration régionale en Amérique latine semble indiquer que les facteurs qui y ont freiné le développement des échanges intrarégionaux sont assez similaires à ceux qui ont joué au Maghreb. Ils incluent les complémentarités inexploitées entre les efforts d’intégration régionale et mondiale, l’insuffisance des infrastructures régionales qui accroît le coût des échanges, et une forte instabilité des exportations due à l’absence de réformes économiques chez les principaux partenaires régionaux.

CHAPITRE 3 Les avantages d’une intégration plus poussée

Pourquoi une intégration plus poussée aurait du sens

Une intégration plus poussée entre les pays du Maghreb a un sens en termes économiques. Le Maghreb est un groupe fragmenté de pays voisins qui, pris ensemble, forment une seule zone géographique et dont nombre d’entre eux partagent des frontières communes. Ces pays sont stratégiquement situés entre l’Europe et l’Afrique subsaharienne et jouissent d’une proximité culturelle et linguistique. S’ils étaient intégrés, ils pourraient tirer parti d’économies d’échelle, attirer davantage d’investissements étrangers, créer des chaînes de valeur régionales et mieux les intégrer dans les chaînes de valeur mondiales, et renforcer leur capacité de négociation conjointe, ce qui permettrait d’accroître les échanges régionaux et d’accélérer la croissance.

Une plus grande intégration apporterait des avantages substantiels à la région grâce à des économies d’échelle. Cela créerait un vaste marché intégré de près de 100 millions de consommateurs, c’est-à-dire un bloc de pays comparables en nombre à certains des pays les plus peuplés du monde, comme les Philippines, l’Égypte et l’Éthiopie. En 2017, le PIB cumulé du Maghreb dépassait 360 milliards de dollars, soit un chiffre analogue à celui de l’Afrique du Sud, des Émirats arabes unis ou de la Norvège. Le PIB régional par habitant était d’environ 4.000 dollars en valeur nominale, comme en Afrique du Sud, en Indonésie ou au Pérou, et de l’ordre de 12.000 dollars en parité de pouvoir d’achat. Par ailleurs, une telle région intégrée, dotée de règles communes en matière de commerce et d’investissement, résisterait mieux aux répercussions éventuelles de l’escalade des conflits commerciaux mondiaux.

Un marché intégré créerait de fortes incitations dans les domaines suivants : entrées d’IDE, innovation et transferts de technologies. Selon une précédente étude du FMI (2013), la taille du marché, le stock accumulé d’IDE, des politiques économiques saines, une forte croissance, un taux de change stable, un capital humain solide, de bonnes infrastructures, la stabilité politique et la qualité de la réglementation sont, semble-t-il, autant de déterminants majeurs et robustes de l’IDE. La région du Maghreb obtient déjà des résultats relativement favorables dans certains de ces domaines. La taille du marché maghrébin intégré et le pouvoir d’achat de ses consommateurs peuvent devenir un facteur attractif pour l’IDE si la réglementation des investissements est simplifiée et harmonisée dans la région. La plupart des pays du Maghreb poursuivent dans l’ensemble des politiques macroéconomiques, notamment budgétaires et monétaires, saines, parfois avec le soutien de programmes du FMI et disposent déjà d’un stock substantiel d’IDE. Par ailleurs, certains ont réalisé des progrès en matière de capital humain. Cependant, les infrastructures interrégionales sont insuffisamment développées et, dans le Rapport sur la compétitivité mondiale 2017–18, tous les pays du Maghreb, à l’exception de la Tunisie, sont classés en deçà de la moyenne mondiale en termes de qualité globale des infrastructures nationales (WEF, 2017). À quelques exceptions près, la stabilité politique et la qualité de la réglementation dans la région ne sont pas à la hauteur des attentes.

L’intégration permettrait de créer des chaînes de valeur régionales et de mieux les intégrer dans les chaînes de valeur mondiales. Pour le Maghreb, la mise en place d’un ensemble de règles communes en matière de commerce et d’investissement offrirait un meilleur environnement non seulement aux investisseurs intéressés par le marché intérieur de la région, mais aussi à ceux qui souhaitent exporter leur production vers les marchés voisins, tels que l’UE. Par ailleurs, elle aiderait les entreprises locales à mieux s’intégrer dans les chaînes de production mondiales, en assurant la libre circulation des pièces et composants chez les partenaires régionaux et entre eux. Ce n’est que par une plus grande intégration que le Maghreb pourrait atteindre la taille nécessaire pour attirer des IDE à la recherche de marchés durables. En outre, les CVM peuvent également servir de circuits de diffusion du savoir, tant à partir des pays avancés qu’entre ceux du Maghreb, de la même manière que les circuits traditionnels du commerce et de l’investissement.

Le Maghreb pourrait devenir une plaque tournante du commerce et des investissements entre l’Afrique subsaharienne et l’UE. En 2010, dans son rapport sur les nouvelles multinationales africaines (BCG, 2010), le Boston Consulting Group a souligné l’émergence de puissantes entreprises transnationales dans la région, qui comptait 10 des 40 entreprises africaines étudiées (six marocaines, deux algériennes et deux tunisiennes). En fait, les entreprises marocaines et tunisiennes investissent dans tout le Maghreb, devenant ainsi des acteurs majeurs dans les pays d’accueil. Les autorités devraient soutenir cette source croissante d’IDE en encourageant une plus grande intégration régionale. Une telle stratégie rendrait les pays du Maghreb moins dépendants de l’Europe tout en leur permettant de mieux tirer parti de leur position entre l’Europe et l’Afrique subsaharienne.

Une plus grande intégration augmenterait la capacité de négociation de la région dans des domaines d’intérêt commun. À l’heure actuelle, les pays du Maghreb négocient individuellement, souvent avec des partenaires commerciaux beaucoup plus importants et leurs blocs. Par exemple, ils ont déjà conclu bilatéralement des accords de coopération avec l’UE. Alors que la plupart des autres régions négocient en groupe, les négociations en cours sur l’accord de partenariat élargi avec l’UE, qui vise à formaliser les préférences commerciales de l’UE et à les harmoniser avec les règles de l’OMC, ne sont pas menées conjointement. Dans un contexte multilatéral, tous les pays du Maghreb, à l’exception de la Libye, ont signé l’accord visant à former la ZLECA. Là encore, alors que la plupart des autres blocs commerciaux africains représentaient leurs membres respectifs dans les négociations de cet important accord de libéralisation, les pays du Maghreb ont négocié séparément, car l’UMA, leur bloc commercial, est restée atone. Dans le contexte multilatéral, les pays du Maghreb déposent rarement des propositions communes à l’OMC, ce qui fragilise ainsi leur pouvoir de négociation.

Pour les pays du Maghreb, une intégration régionale plus poussée devrait être considérée comme complémentaire à leurs efforts d’intégration mondiale. Il ressort de résultats empiriques que les avantages liés à la poursuite de l’intégration régionale semblent faibles si celle-ci se fait au détriment de l’intégration mondiale (Bown et al., 2017). En revanche, la région du Maghreb peut tirer un grand bénéfice d’une stratégie d’intégration qui exploite les complémentarités entre les intégrations régionale et mondiale. L’intégration régionale au Maghreb doit s’inscrire dans une stratégie plus large visant à s’ouvrir de façon plus générale à tous les partenaires commerciaux, y compris dans le cadre de la ZLECA.

Potentiel commercial de la région

Les caractéristiques des flux d’échanges existants confirment l’important potentiel commercial de la région. La concentration du marché, l’intensité des échanges et les taux de survie des produits révèlent un potentiel considérable d’intégration et la nécessité de mieux exploiter les avantages comparatifs des différents pays (graphique 8). L’indice de concentration du marché, qui mesure la dispersion des exportations entre les partenaires commerciaux, fait apparaître un fort potentiel de diversification dans ces pays, grâce notamment à l’intégration régionale, puisqu’au moins la moitié des flux commerciaux bilatéraux en puissance entre les pays du Maghreb sont soit très faibles, soit inexistants. L’indice d’intensité commerciale laisse supposer que tous ces pays, à l’exception de la Mauritanie, sont des destinations commerciales plus importantes les uns pour les autres que pour le reste du monde. La part des exportations de chaque pays vers les partenaires du Maghreb est déjà plus élevée que celle des exportations mondiales vers la région. Une autre caractéristique commune à tous ces pays est le faible taux de survie de leurs produits d’exportation. L’indice de survie des produits, qui mesure la persistance des relations commerciales, montre qu’une part substantielle des nouveaux produits d’exportation dans toutes les catégories de valeur disparaît, car ils n’atteignent pas un nombre suffisamment élevé de marchés extérieurs. Cela met également en évidence un important potentiel d’intégration inexploité, qui créerait de nouveaux marchés extérieurs pour différents produits et pourrait améliorer leur taux de survie.

Graphique 8.Diagnostic des échanges

Le commerce intramaghrébin est très complémentaire. La structure des exportations du Maghreb correspond au contenu en importations de la région, qui est par ailleurs analogue à la composition des importations des principaux partenaires commerciaux de ses pays en dehors de la région. Les données sur l’Algérie, la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie semblent indiquer que leurs exportations sont à tout le moins aussi complémentaires des importations des autres pays du Maghreb que de celles de l’UE. Leur indice de complémentarité commerciale, en d’autres termes le chevauchement entre la composition des exportations et celle des importations, donne à penser que, dans la région du Maghreb, la composition des exportations correspond à celle des importations ou la complète bien1. Par exemple, dans le cas de l’Algérie et de la Mauritanie, l’indice de complémentarité commerciale avec le Maghreb et l’UE est pratiquement identique.

Certains pays du Maghreb sont plus complémentaires entre eux qu’avec leurs principaux partenaires à l’exportation. Par exemple, l’indice de complémentarité commerciale de l’Algérie avec la Mauritanie et le Maroc est supérieur à celui avec l’Italie, son principal partenaire à l’exportation, encore que sa part des exportations vers l’Italie soit sensiblement plus importante (tableau 2). Dans le cas de la Mauritanie, du Maroc et de la Tunisie, la complémentarité est nettement supérieure à leurs échanges bilatéraux observés. Il est donc possible de soutenir que, si les pays européens sont des partenaires commerciaux naturels, les échanges intramaghrébins ofrent un important potentiel commercial non exploité pour les pays du Maghreb.

Tableau 2.Indice de complémentarité commerciale, 2016
Importateur
AlgérieMauritanieMarocTunisiePrincipal partenaire à l’exportation1
ExportateurCC%CC%CC%CC%CC%
Algérie-10,30,111,41,78,72,010,117,4
Mauritanie0,20,0-0,60,00,20,14,036,9
Maroc12,91,010,80,8-14,80,423,823,3
Tunisie17,34,913,80,121,11,2-29,332,0
Source : calculs des services du FMI.Note : Les calculs portent sur les produits au niveau à six chiffres en utilisant les données du Système harmonisé 2012 publiées par la base de données Comtrade de l’Organisation des Nations Unies, 2018, et basées sur la méthodologie élaborée par World Integrated Trade Solutions, 2018. % = part des exportations allant à l’importateur ; CC = indice de complémentarité commerciale.

Les principaux partenaires à l’exportation de l’Algérie, de la Mauritanie, du Maroc et de la Tunisie sont respectivement l’Italie, la Chine, l’Espagne et la France, selon les données de 2016.

Source : calculs des services du FMI.Note : Les calculs portent sur les produits au niveau à six chiffres en utilisant les données du Système harmonisé 2012 publiées par la base de données Comtrade de l’Organisation des Nations Unies, 2018, et basées sur la méthodologie élaborée par World Integrated Trade Solutions, 2018. % = part des exportations allant à l’importateur ; CC = indice de complémentarité commerciale.

Les principaux partenaires à l’exportation de l’Algérie, de la Mauritanie, du Maroc et de la Tunisie sont respectivement l’Italie, la Chine, l’Espagne et la France, selon les données de 2016.

Les pays du Maghreb disposent d’importants avantages comparatifs révélés pour commercer entre eux (graphique 9)2. À l’évidence, le Maroc jouit d’un fort avantage comparatif pour les phosphates et leurs dérivés, la Tunisie pour les engrais et l’Algérie pour le gaz naturel liquéfié. Les pays ayant des avantages comparatifs révélés dans des groupes de produits analogues, tels que les engrais et les vêtements dans le cas du Maroc et de la Tunisie, peuvent encore enregistrer des échanges bilatéraux intrabranches importants de produits différenciés appartenant au même groupe de produits.

Graphique 9.Avantage comparatif révélé, 2016

(La taille des bulles est proportionnelle à l’indice de l’ACR)

Sources : base de données Comtrade de l’Organisation des Nations Unies, 2018; calculs des services du FMI.

Note : ACR = avantage comparatif révélé par rapport aux exportations mondiales. Les calculs utilisent le Système harmonisé 2012 au niveau à quatre chiffres et la méthodologie s’appuie sur les données World Integrated Trade Solutions, 2013.

Les échanges intramaghrébins pourraient être intensifiés pour un large éventail de catégories de produits. Les calculs de l’ACR indiquent les groupes de produits, ainsi que les produits spécifiques, pour lesquels des échanges intramaghrébins supplémentaires sont possibles. Il existe des indices de l’ACR nettement supérieurs à un, ce qui révèle que la part d’un pays dans les exportations d’un produit de base dépasse celle des partenaires. Presque tous les pays du Maghreb dont les données sont disponibles peuvent identifier d’autres produits et des groupes entiers de produits qu’ils pourraient potentiellement exporter vers leurs voisins régionaux (graphique 10). Par exemple, sur la base de la classification du Système harmonisé (édition de 2012) au niveau de désagrégation à deux chiffres, le Maroc jouit d’un avantage comparatif important sur la Tunisie dans une vaste gamme de groupes de produits, tels que les services de transport, les denrées alimentaires, les métaux et les produits chimiques, sur l’Algérie pour les minéraux et sur la Libye pour les métaux. Cela laisse supposer que le Maroc pourrait potentiellement développer les exportations de ces produits vers chacun de ces pays. Dans le même temps, la Tunisie pourrait exporter davantage de minéraux vers l’Algérie, de légumes vers le Maroc et de bois vers la Mauritanie.

Graphique 10.Commerce intrarégional : potentiel

(La taille des bulles est proportionnelle aux exportations de 2016; les chiffres indiquent l’indice d’avantage comparatif révélé)

Sources : base de données Comtrade de l’Organisation des Nations Unies, 2018; calculs des services du FMI.

Note : Les produits présentés sont basés sur une valeur limite de 5. Les calculs se fondent sur une nomenclature à deux chiffres du Système harmonisé 2012. La méthodologie est basée sur World Integrated Trade Solutions, 2013.

L’analyse fournit des indications sur des produits spécifiques dont les échanges à l’intérieur du Maghreb pourraient être développés. Une désagrégation plus poussée de l’ACR au niveau du Système harmonisé à quatre chiffres donne à penser que le Maroc est le pays le plus compétitif de la région et qu’il jouit d’un vaste potentiel pour augmenter ses exportations vers les autres pays du Maghreb, en sus de ses exportations actuelles vers le reste du monde (annexe 1). Par exemple, il peut accroître ses exportations d’au moins 36 produits vers l’Algérie, de 22 produits vers la Tunisie, de 10 produits vers la Mauritanie et de huit produits vers la Libye. La Tunisie peut également exporter dans la région jusqu’à 30 produits de plus, selon les pays. Le pays dont le potentiel commercial supplémentaire est le plus faible est la Mauritanie, qui peut accroître ses exportations régionales de quatre produits vers le Maroc et la Tunisie, de deux produits vers l’Algérie et d’un seul produit vers la Libye. L’Algérie pourrait exporter six produits de plus, en fonction des pays. Par conséquent, des flux commerciaux supplémentaires substantiels sont possibles entre tous les pays du Maghreb.

Retombées éventuelles sur la croissance d’une intégration plus poussée

Selon de multiples estimations quantitatives, l’intégration régionale au niveau du Maghreb présente d’importants avantages en termes de bien-être. Il est impossible d’estimer avec précision ses effets potentiels sur la croissance et le commerce en raison de contraintes de données et de l’évolution rapide de l’environnement mondial, mais diverses estimations laissent entrevoir la possibilité de réaliser des progrès considérables sur le plan du bien-être. Dans l’ensemble, il a été démontré que l’intégration commerciale permettait d’augmenter la croissance et d’améliorer le niveau de vie (voir FMI, Banque mondiale et OMC, 2017, pour un examen des travaux publiés sur le sujet).

L’impact de la libéralisation du commerce sur la croissance a généralement été jugé positif. Par exemple, des calculs effectués à titre indicatif à partir de panels (FMI, 2017b) semblent indiquer que, sous l’effet conjugué d’une plus grande ouverture commerciale, d’une participation accrue aux CVM, d’une diversification des exportations ou de la qualité des produits, les recettes pourraient augmenter de quelque 5 à 10 % d’ici cinq à dix ans dans un pays émergent ou un pays en développement moyen (graphique 11). Une plus grande intégration au sein du Maghreb, parallèlement à des réformes structurelles plus larges, pourrait être une solution efficace pour atteindre ces objectifs et relever le taux de croissance à moyen terme des pays concernés. D’après les projections, la croissance annuelle moyenne sur la période 2018–23 est de 1,6 % en Algérie, 3,9 % en Libye, 3,4 % en Tunisie, 4,1 % au Maroc et 5,5 % en Mauritanie (FMI, 2017b). Ces taux de croissance pourraient être relevés en moyenne de 1 point de pourcentage si les pays du Maghreb s’ouvraient davantage, de 0,7 point s’ils renforçaient leur participation aux CVM, de 0,6 point s’ils diversifiaient leur économie, de 0,2 point s’ils rehaussaient la qualité de leurs produits, etc. Les bénéfices éventuels de l’intégration maghrébine devraient augmenter lorsque commencera la reconstruction de la Libye.

Graphique 11.Gains de croissance découlant de l’intégration commerciale

(En pourcentage)

Sources : FMI (2017b); calculs des services du FMI.

Note : CVM = chaîne de valeur mondiale. L’augmentation de la croissance est subordonnée à une hausse de la mesure du commerce donnée égale à la meilleure amélioration historique observée d’une période à l’autre au cours des 20 dernières années au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Pour l’ouverture commerciale : 7,7 points de pourcentage; pour la participation aux CVM : 4 points de pourcentage; pour la diversification : 2,4 points de pourcentage; et pour la qualité : 1,5 point de pourcentage.

D’autres estimations des effets possibles de l’intégration sur la croissance, qui pourraient valoir pour le Maghreb, donnent des résultats analogues. Par exemple, le Projet d’analyse du commerce mondial, modèle d’équilibre général calculable utilisé pour faire des projections sur l’impact de la ZLECA, inclut tous les pays du Maghreb (Saygili, Peters et Knebel, 2018). Dans l’hypothèse où les droits de douane sur le commerce régional sont éliminés, la croissance à long terme augmente de près de 1 %, l’emploi de 1,2 % et le commerce intrarégional de 33 %. Un autre modèle d’équilibre général calculable (MIRAGE), conçu spécifiquement pour l’analyse des politiques commerciales, fait aussi état de gains importants que le commerce peut tirer de l’intégration régionale. Selon ce modèle, la mise en application de l’accord relatif à la ZLECA entraîne une augmentation de 52 % des échanges de biens et de 32 % de ceux de services (Karingi et Mevel, 2012). Chauvin, Ramos et Porto (2016) ont constaté que, si elles sont en général faibles à court terme, les retombées de l’intégration commerciale sur le bien-être sont à long terme plus importantes et plus positives.

Une plus grande intégration pourrait renforcer la croissance en favorisant une plus forte participation aux CVM et la création de chaînes de valeur régionales.

De précédents travaux de recherche (Didier et Pinat, 2017) ont montré que l’entrée dans les CVM, en particulier dans leurs segments moyens, va de pair avec des effets positifs sur la croissance. Faute d’intégration, les pays du Maghreb ont évolué, au cours des deux dernières décennies, de manière asynchrone et selon des directions diverses dans les CVM (graphique 12). Alors que le Maroc et la Tunisie ont accru leur participation en aval en tant que pourvoyeurs d’intrants intermédiaires à d’autres pays, l’Algérie et la Libye ont légèrement régressé, utilisant davantage d’intrants étrangers dans leurs exportations. La position de la Mauritanie est restée dans l’ensemble inchangée. L’expérience tirée de l’intégration dans l’UE et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est fait apparaître des avantages potentiellement inexploités pour le Maghreb. Si cette région avait été plus intégrée, chaque pays aurait pu progresser dans les CVM, comme l’ont fait ceux de l’UE, et plus près du centre, comme ceux de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, en utilisant également les avantages des deux types de participation, en amont et en aval, aux chaînes de valeur mondiales.

Graphique 12.Chaînes de valeur mondiales

Sources : Aslam, Novta et Rodrigues-Bastos (2017) ; base de données Eora Multi-Region Input-Output (MRIO); calculs des services du FMI. Lenzen et al. (2013).

Note : ASEAN = Association des nations de l’Asie du Sud-Est ; CVM = chaîne de valeur mondiale ; UE = Union européenne.

Il apparaît en général que l’intégration commerciale permet de lutter contre la pauvreté. Selon une étude conjointe du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC (2017), l’ouverture va de pair avec une accélération de la croissance des revenus moyens et une réduction de la pauvreté. Par exemple, la croissance des revenus des 20 % les plus pauvres a été presque aussi rapide que celle, en termes moyens, des revenus dans les pays en développement sur la période 1993–2008.

Il existe une forte corrélation entre l’évolution des revenus réels du quintile inférieur de la population des pays en développement et celle de l’ouverture sur la même période. Ce fait tend à démontrer que l’ouverture favorise la lutte contre la pauvreté en accélérant la croissance. En outre, la suppression ou la réduction des droits de douane sur les biens importés réduit leur prix à la consommation. Étant donné qu’au Maghreb, une grande partie du commerce intrarégional porte sur des produits de base consommés principalement par les pauvres, les retombées sur leur bien-être de l’intégration régionale résultant de l’élimination des droits de douane devraient être largement positives.

Une intégration commerciale plus poussée au Maghreb peut cependant avoir des répercussions sur certaines catégories de travailleurs ou communautés. Les perturbations éventuelles dépendraient de l’ampleur et du rythme de la libéralisation des échanges, ainsi que de facteurs plus généraux, comme la santé de l’économie, les rigidités du marché du travail et autres obstacles à la réaffectation des ressources, la robustesse des institutions et le caractère adéquat de la protection sociale. Il ressort de récentes constatations (examinées par le FMI, la Banque mondiale et l’OMC en 2017) que, lorsque la perturbation est coûteuse et n’est pas réglée rapidement et correctement, les effets négatifs sur certaines personnes ou communautés peuvent être importants et durables. Le coût est moins élevé lorsque la croissance est forte et que les marchés du travail fonctionnent bien. Il est essentiel de saisir correctement les coûts d’ajustement liés au commerce afin de formuler des politiques efficaces pour les atténuer. Des politiques publiques d’accompagnement, conçues et coordonnées au niveau régional, peuvent aider les pays du Maghreb touchés à alléger le coût de l’ajustement à une plus grande intégration.

La réduction ou l’élimination des droits de douane sur les échanges entre les pays du Maghreb ne provoquerait sans doute pas de pertes de recettes substantielles. Le montant des pertes éventuelles dépend de la part de la fiscalité commerciale dans les recettes budgétaires de chaque pays, du barème des droits de douane, de la méthode adoptée pour abaisser ces droits et de la valeur des échanges susceptibles de faire l’objet de réductions tarifaires. Comme la valeur du commerce intrarégional est en général très faible, la perte de recettes devrait être minime dans la plupart des cas. En outre, une partie des pertes de recettes éventuelles imputables à la baisse des droits de douane serait compensée par une augmentation de l’assiette d’imposition due au développement du commerce entre les pays du Maghreb. Il conviendrait, dans l’idéal, de s’attaquer par une réforme fiscale globale aux conséquences de l’intégration commerciale sur les pertes de recettes douanières.

CHAPITRE 4 Des objectifs communs pour le Maghreb

Pour s’intégrer, les pays du Maghreb devraient s’appuyer sur la dynamique impulsée par l’essor actuel de l’économie mondiale, des échanges commerciaux et de l’investissement. Un raffermissement de la demande émanant de leurs partenaires commerciaux traditionnels en Europe générerait un surcroît de recettes, qui pourrait en partie servir à compenser les coûts initiaux d’une intégration intra-Maghreb plus large. Une plus grande libéralisation des mouvements de capitaux permettrait de développer l’IDE et de renforcer les chaînes de valeur ajoutée régionales et leur intégration dans les CVM. De nouveaux investisseurs, dont la Chine à travers son initiative « La Ceinture et la Route », pourraient susciter des investissements supplémentaires au Maghreb au cours de la prochaine décennie. Si les pays du Maghreb coordonnent leur coopération avec la Chine dans le cadre de cette initiative, alors ces investissements pourraient être en partie utilisés au profit de l’intégration intrarégionale. Les risques pour les perspectives qui sont liés au protectionnisme croissant à l’échelle mondiale, à la volatilité des marchés financiers et à l’instabilité géopolitique dans la région sont aussi importants. Enfin, pour récolter les fruits de la reprise mondiale et limiter les répercussions négatives des tensions commerciales internationales, les pays du Maghreb devraient collaborer sur le commerce dans la région et sur le système multilatéral plus vaste fondé sur des règles. Dans cet environnement extérieur relativement favorable mais fragile, la question importante qui se pose aux pays du Maghreb est de savoir comment faire de l’intégration régionale un outil supplémentaire pour amplifier la croissance, créer des emplois et réduire les inégalités.

Pour agir maintenant (appel « ACT NOW ») dans toutes ces directions de manière plus efficace, les pays du Maghreb tireraient profit des objectifs communs « JOINT ». L’intégration au Maghreb des marchés des biens, des services, des capitaux et du travail au niveau institutionnel devrait aller de pair avec l’intégration de la population en investissant conjointement dans le capital humain et en reliant les personnes entre elles grâce aux infrastructures et aux initiatives citoyennes dans la région. Cette intégration ne doit pas être considérée comme une finalité en soi, mais plutôt comme un outil pour atteindre les objectifs communs « JOINT », qui sont importants pour chaque pays du Maghreb et pour la région dans son ensemble (encadré 2).

Encadré 2.Maghreb : les objectifs d’action communs « JoINT » (Jobs, openness, Inclusion, Negotiations, Trade)

  • Emplois : L’objectif final de l’intégration régionale est de créer des emplois et d’améliorer les moyens de subsistance des citoyens au moyen d’une croissance soutenue et durable. Les créations d’emplois devraient être stimulées par les chaînes de valeur régionales et par une intégration plus poussée du secteur privé dans la région.

  • Ouverture : Un nouveau modèle économique plus ouvert s’impose dans tous les pays du Maghreb. Ceux-ci devraient s’employer à ouvrir leur économie les uns aux autres grâce à de nouvelles possibilités de commercer et d’investir dans la région et à une plus grande mobilité de la main-d’oeuvre et des capitaux à l’échelle régionale.

  • Croissance inclusive : Une croissance plus élevée sous l’effet de l’intégration régionale devrait créer des opportunités pour tous, y compris les jeunes, les femmes, les populations rurales et les migrants.

  • Négociation : Les pays du Maghreb devraient négocier un accord économique régional de grande envergure, créer un système de règlement des différends et des mécanismes de suivi des politiques, et aplanir leurs divergences à une table de négociation.

  • Échanges commerciaux : Tous les pays du Maghreb devraient prêter une plus grande attention à leur commerce intrarégional. Alors que le secteur public coordonne les politiques, le secteur privé devrait explorer de manière plus énergique les nouveaux marchés de la région.

Pour créer des emplois, les pays du Maghreb pourraient cibler plusieurs priorités. La Conférence de Marrakech de 2018 a identifié trois priorités pour la région MOAN, qui peuvent aussi s’appliquer aux pays du Maghreb (FMI, 2018c) : 1) harmoniser les réglementations de manière à ce que les sociétés du secteur privé et les petites et moyennes entreprises puissent croître et créer les emplois nécessaires pour embaucher les jeunes de la région lorsque le secteur public n’est plus en mesure d’être l’employeur en premier ressort ; 2) mettre à profit les échanges commerciaux et les technologies pour créer un grand marché régional intérieur afin de mieux se positionner pour faire face à la concurrence internationale dans le contexte d’un progrès technologique rapide qui modifie profondément les marchés ; et 3) adopter des politiques globales afin d’améliorer les compétences, la souplesse et l’employabilité des travailleurs sur fond de progrès technologiques. Pour créer des emplois, les pays du Maghreb pourraient cibler des investissements dans des secteurs exportateurs qui affichent des multiplicateurs de l’emploi élevés. Il ressort d’une étude de la Banque mondiale (Ianchovichina et al., 2013) que, dans la région MOAN et au Pakistan, un emploi créé dans le secteur des infrastructures peut générer jusqu’à quatre emplois supplémentaires, directement et indirectement.

Pour accentuer leur ouverture, les pays du Maghreb pourraient prendre des mesures supplémentaires de libéralisation des échanges et de l’investissement, à la fois unilatérales, régionales et multilatérales. De nouvelles réformes de leurs régimes de politique commerciale pourraient s’inspirer des recommandations des pays membres de l’OMC dans le cadre des examens périodiques des politiques commerciales pour le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie. Concernant l’Algérie et la Libye, les orientations des réformes de la politique commerciale pourraient être déduites de leurs négociations sur les conditions d’adhésion à l’OMC. L’indicateur Doing Business de la Banque mondiale, l’indice de compétitivité mondiale du Forum économique mondial et les examens de la politique d’investissement de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) pourraient indiquer les domaines dans lesquels l’environnement commercial et d’investissement doit encore être réformé. Il faudrait aussi améliorer la disponibilité et l’ouverture des données, en particulier sur l’investissement intrarégional, la circulation de la main-d’œuvre et les flux financiers. Manifestement, ces réformes devraient s’intégrer dans un contexte plus général de réformes macroéconomiques, ce dont discutent régulièrement les services du FMI et les autorités de chaque pays du Maghreb dans le cadre des consultations annuelles au titre de l’article IV.

Pour améliorer l’inclusivité, l’intégration régionale recèle aussi un potentiel considérable. Les autorités dans la région doivent cibler les priorités suivantes : améliorer la gouvernance et la responsabilité en définissant des règles communes sur le commerce et l’investissement intrarégional appuyées par un mécanisme de suivi crédible, par exemple des examens périodiques par des pairs des mesures et de leur application ; renforcer l’accès aux services financiers et l’intégration financière régionale, y compris les institutions financières communes dans la région, afin de permettre une intégration plus profonde des marchés des biens, des services, des capitaux et du travail ; mettre en place et améliorer les dispositifs de protection sociale dans chaque pays afin de neutraliser les éventuels effets secondaires d’une intégration régionale plus profonde sur les travailleurs et les entreprises ; garantir un meilleur accès au commerce, y compris régional, aux petites et moyennes entreprises et aux populations rurales, et créer à travers les échanges commerciaux des possibilités supplémentaires pour les jeunes, les femmes, les migrants et les autres catégories défavorisées. Les fruits d’une croissance plus soutenue stimulée par l’intégration régionale devraient être largement partagés entre les différentes catégories de la population, de façon à ce que personne ne soit laissé de côté.

Pour mettre à profit les négociations, les pays du Maghreb devraient privilégier un accord économique régional de grande ampleur. Dans l’idéal, cet accord engloberait tous les éléments déjà pris en considération dans l’UMA, par exemple la libéralisation des échanges de biens et services et la libre circulation des capitaux et de la main-d’œuvre, et couvrirait aussi de nouveaux aspects, par exemple des politiques de concurrence communes, un régime d’investissement et l’application des droits de propriété intellectuelle. Une telle ampleur sur les plans vertical et horizontal placerait les pays du Maghreb en première ligne des tentatives de libéralisation en Afrique dans le contexte plus global de la ZLECA. Cet accord économique régional devrait inclure les mécanismes de règlement des différends et de suivi des politiques. Outre les initiatives régionales, l’Algérie (et la Libye lorsque cela sera possible) devrait relancer ses négociations en vue de son adhésion à l’OMC afin de pouvoir commercer sur la base de règles admises au niveau multilatéral. Enfin, pour faire jouer leur atout commun, les pays du Maghreb pourraient négocier en tant que région avec leurs plus grands partenaires commerciaux, par exemple l’UE, les États-Unis et la Chine, stratégie employée par d’autres groupes régionaux, mais largement inexploitée au Maghreb.

Pour développer les échanges, l’intégration intramaghrébine doit être considérée comme une responsabilité partagée entre toutes les parties prenantes. Si les pouvoirs publics doivent ouvrir la voie en aplanissant les divergences, en négociant l’accord régional, en coordonnant les mesures, en libéralisant les marchés et en améliorant le climat des affaires, le secteur privé et la société civile ont aussi un rôle à jouer en cherchant activement à s’engager dans la région. La complémentarité des produits dans les pays du Maghreb met en évidence de nombreuses perspectives commerciales inexploitées. Un sens des responsabilités partagées est indispensable puisqu’aucune partie prenante ne dispose de la connaissance, du savoir-faire ou de l’expérience nécessaire pour envisager tous les aspects du programme complexe d’intégration régionale. Une collaboration et un partenariat seront essentiels pour élaborer des solutions efficaces adaptées à chaque pays et pour créer des avantages comparatifs dans de nouveaux domaines.

Si le programme de réformes peut sembler long, le traité de 1989 instituant l’UMA suggère des premières mesures qui ont déjà recueilli l’adhésion de l’ensemble des pays du Maghreb. L’article 2 du traité invite les pays du Maghreb à s’efforcer de réaliser progressivement la libre circulation des personnes et le transfert de services, de biens et de capitaux entre eux. En outre, l’UMA ambitionne de mettre en œuvre des politiques communes dans différents domaines. Des politiques conjointes en matière de commerce et d’investissement pourront être des premières mesures satisfaisantes pour atteindre l’objectif d’une intégration régionale plus poussée.

Le FMI est prêt à appuyer les tentatives d’intégration des pays du Maghreb. Il est déjà très présent dans l’ensemble des pays de la région. Les conseils sont prodigués dans le contexte de la surveillance et visent à préserver la stabilité macroéconomique, condition indispensable pour parvenir à atteindre les objectifs communs « JOINT ». Le FMI apporte aussi un soutien dans le cadre d’accords financiers en Mauritanie (via sa facilité élargie de crédit), en Tunisie (mécanisme élargi de crédit) et, jusqu’à une date récente, au Maroc (ligne de précaution et de liquidité). Le FMI propose aussi une assistance technique et une formation dans tous les domaines macroéconomiques. Si les pays du Maghreb décident d’accélérer leur intégration régionale, le mécanisme d’intégration commerciale et l’assistance technique sur la politique et l’administration fiscales et douanières sont des outils pour appuyer leurs efforts1.

Annexe 1. Commerce intra-Maghreb : avantages comparatifs révélés (ACR)
(Indice, Système harmonisé (SH) 2012, code à quatre chiffres, valeur de seuil = 10)
Algérie
LibyeMauritanieMarocTunisie
#SHProduitACRSHProduitACRSHProduitACRSHProduitACR
11507Huile de soja79,01701Sucre de canne ou de betterave14,32711Gaz de pétrole et hydrocarbures35,92711Gaz de pétrole et hydrocarbures24,3
21701Sucre de canne ou de betterave62,70804Dattes, figues et autres fruits9,92716Énergie électrique23,92904Dérivés des hydrocarbures19,2
36809Plâtre48,61902Pâtes alimentaires8,36809Plâtre19,47005Verre13,9
41512Huile de tournesol ou de coton25,34818Articles en papier à usages domestiques, hygiéniques1,32814Ammoniac14,16809Plâtre13,4
50403Lait ou crème11,42009Jus de fruits et de légumes13,3
64707Papiers ou cartons à recycler11,3
Mauritanie
AlgérieLibyeMarocTunisie
#SHProduitACRSHProduitACRSHProduitACRSHDescriptionACR
12827Chlorures83852402Cigares, cigarillos et cigarettes74,45901Tissus50952301Farines, poudres et agglomérés4270
20302Poissons, frais ou réfrigérés225,40302Poissons, frais ou réfrigérés359,50303Poissons congelés160,6
32505Sables37,80302Poissons, frais ou réfrigérés90,9
40409Miel36,20307Mollusques13,2
Maroc
AlgérieLibyeMarocTunisie
#SHProduitACRSHProduitACRSHProduitACRSHDescriptionACR
12101Café, thé et maté137,57612Réservoirs, fûts, tambours, bidons, boîtes en aluminium97,90702Tomates, à l’état frais ou réfrigéré14,72511Sulfate et carbonate de baryum naturel175,7
22809Acides phosphoriques77,91517Margarine41,61507Huile de soja et ses fractions14,72102Levures122,5
32511Sulfate et carbonate de baryum naturel58,68309Bouchons, couvercles25,40807Melons et papayes, frais14,62811Acides inorganiques112,7
46211Survêtements de sport, maillots de bain et vêtements53,92101Café, thé et maté17,80704Choux et produits comestibles similaires du genre Brassica14,62101Café, thé et maté106,7
56210Vêtements en tissus51,31701Sucre de canne ou de betterave14,10805Agrumes, frais ou secs14,61703Mélasses provenant du sucre105,6
66217Accessoires du vêtement51,28544Fils isolés et conducteurs pour l’électricité13,40709Légumes14,47612Réservoirs, fûts, tambours, bidons, boîtes en aluminium92,1
70303Poissons congelés43,51515Graisses et huiles végétales12,03602Explosifs préparés13,12301Farines57,7
87612Réservoirs, fûts, tambours, bidons, boîtes en aluminium42,51507Huile de soja et ses fractions12,00403Lait ou crème12,96813Garnitures de friction52,4
92403Tabacs et succédanés de tabac, fabriqués40,41604Préparations et conserves de poissons12,81211Plantes et parties de plantes45,5
103905Polymères d’acétate de vinyle40,02309Alimentation des animaux12,52507Kaolin et autres argiles kaoliniques45,3
112507Kaolin et autres argiles kaoliniques37,12008Fruits et fruits à coque39,2
127210Fer ou aciers non alliés36,62202Eaux, y compris minérales et gazéifiées36,0
132005Préparations de légumes35,74707Papiers ou cartons à recycler31,1
145808Tresses en pièces34,90713Légumes à cosse secs30,6
151212Caroubes et algues29,20511Produits d’origine animale23,2
166813Garnitures de friction29,05204Fils à coudre de coton17,5
170813Fruits séchés27,73305Préparations capillaires13,0
183209Peintures et vernis26,57801Plomb sous forme brute12,3
193204Matières colorantes organiques synthétiques25,25402Fils de filaments synthétiques10,9
203105Engrais minéraux ou chimiques24,00303Poissons congelés10,4
212505Sables23,26910Éviers et appareils fixes pour usages sanitaires en céramique10,2
222008Fruits, noix et parties comestibles de plantes18,18524Disques, cassettes et supports d’enregistrement10,2
232104Soupes, potages et bouillons17,8
245408Tissus de fils16,3
256405Chaussures15,8
266805Abrasifs en poudre ou en grains15,1
271704Sucreries14,6
287209Fer ou aciers non alliés14,4
290904Poivre du genre Piper14,0
301509Huile d’olive et ses fractions12,3
314911Imprimés11,4
327208Fer ou aciers non alliés10,8
336910Éviers et appareils fixes pour usages sanitaires en céramique10,8
347614Aluminium10,8
357010Récipients en verre10,5
366101Manteaux10,2
Tunisie
AlgérieLibyeMauritanieTunisie
#SHProduitACRSHProduitACRSHProduitACRSHDescriptionACR
16914Ouvrages en céramique59,80807Melons et papayes, frais21,93909Résines phénoliques et polyuréthannes138,52835Phosphates et polyphosphates120,4
22522Chaux vive et chaux hydraulique55,90805Agrumes, frais ou secs21,92836Carbonates ; peroxocarbonates80,04820Registres, livres comptables, agendas108,2
32835Phosphates e polyphosphates44,80809Abricots, cerises, pêches21,60804Dattes, figues et autres fruits55,40804Dattes, figues et autres fruits102,4
42809Acides phosphoriques et polyphosphoriques39,21509Huile d’olive et ses fractions21,61517Margarine37,69608Stylos66,4
52511Sulfate et carbonate de baryum naturel34,82835Phosphates et polyphosphates21,43907Polyacétals et autres polyéthers25,97217Fils en fer ou en aciers non alliés61,5
68716Remorques et semi-remorques32,43905Polymères d’acétate de vinyle19,67210Fer ou aciers non alliés22,23915Déchets, rognures et débris de matières plastiques43,7
72828Hypochlorite de calcium du commerce30,60804Dattes, figues et autres fruits19,53208Peintures et vernis21,63819Liquides pour freins hydrauliques43,3
82836Carbonates ; peroxocarbonates29,12520Gypse ; anhydrite ; plâtres19,27318Vis, boulons, écrous, tire-fond14,00207Viandes et abats comestibles des volailles41,7
93905Polymères d’acétate de vinyle27,52501Sel17,44818Articles en papier à usages domestiques, hygiéniques12,83806Colophanes et acides résiniques39,0
107309Réservoirs, foudres et récipients26,02828Hypochlorites17,19028Compteurs de gaz, de liquides ou d’électricité10,11516Graisses et huiles animales ou végétales31,7
112001Légumes, fruits préparés au vinaigre23,44804Papiers et cartons kraft non couchés16,61509Huile d’olive et ses fractions29,7
129028Compteurs de gaz, de liquides ou d’électricité22,70702Tomates, à l’état frais ou réfrigéré16,43905Polymères d’acétate de vinyle23,2
138548Parties électriques de machines22,23105Engrais minéraux ou chimiques15,63812Préparations dites « accélérateurs de vulcanisation »22,2
141207Graines et fruits oléagineux19,60709Légumes, à l’état frais ou réfrigéré15,54803Mouchoirs de papier, essuie-mains, serviettes ou papiers similaires21,1
152523Ciment Portland et autre18,04810Papiers couchés au kaolin15,48430Machines et appareils de terrassement et nivellement18,3
160910Gingembre, safran et autres épices17,34803Mouchoirs de papier, essuie-mains, serviettes ou papiers similaires15,13305Préparations capillaires16,7
173812Préparations dites « accélérateurs de vulcanisation »15,20403Lait ou crème14,80910Gingembre, safran et autres épices15,5
187010Récipients en verre15,13912Cellulose et ses dérivés chimiques14,87312Torons, câbles, tresses, élingues et articles similaires, en fer ou en acier, sauf produits isolés pour l’électricité15,1
198609Conteneurs15,10904Poivre du genre Piper13,45604Fils et cordes de caoutchouc13,9
204803Mouchoirs de papier, essuie-mains, serviettes ou papiers similaires13,91516Graisses et huiles animales ou végétales13,16901Briques, dalles et autres pièces céramiques13,8
216807Ouvrages en asphalte ou en produits similaires13,26309Textiles13,00406Fromages et caillebotte12,3
223212Pigments12,64818Articles en papier à usages domestiques, hygiéniques12,93306Préparations pour l’hygiène buccale ou dentaire11,9
238431Parties de machines12,60806Raisins, frais ou sees12,96403Chaussures11,1
247310Réservoirs, fûts et récipients similaires12,47310Réservoirs, fûts et récipients similaires11,2
259015Instruments et appareils de topographie11,42833Sulfates ; aluns ; peroxosulfates10,7
268903Yachts et autres bateaux et embarcations10,6
271517Margarine10,5
283903Polymères du styrène, sous formes primaires10,1
Source : calculs des services du FMI d’après la base de données World Integrated Trade Solutions (WITS) de la Banque mondiale (2018).
Source : calculs des services du FMI d’après la base de données World Integrated Trade Solutions (WITS) de la Banque mondiale (2018).
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La prudence s’impose dans une comparaison internationale d’indicateurs structurels reposant sur des enquêtes. Certes, ces indicateurs sont actualisés chaque année et les méthodologies des enquêtes fréquemment révisées, mais ce sont des indicateurs de perception qui sont en outre partiellement limités par les données qui peuvent être obtenues de manière réaliste.

L’indice de complémentarité commerciale montre (sur une échelle de 0 à 100) dans quelle mesure le profil des exportations du pays déclarant correspond à celui des importations du pays partenaire ou le complète. Un indice élevé peut indiquer que les deux pays ont tout à gagner d’un développement des échanges.

L‘indice de l’avantage comparatif révélé (ACR) mesure la compétitivité d’un produit dans les exportations des pays par rapport à la part de ce produit dans le commerce mondial. Les produits ayant un ACR élevé sont concurrentiels et peuvent être exportés vers des pays dont l’ACR est faible. S’il est estimé à des niveaux élevés de désagrégation des produits, l’ACR peut se concentrer sur des produits non traditionnels qui pourraient être échangés avec succès.

Le mécanisme d’intégration commerciale a été créé en 2004 pour aider les États membres à corriger des déficits de balance des paiements qui pourraient résulter des mesures de libéralisation des échanges engagées par d’autres pays. Il ne s’agit pas d’un instrument de prêt particulier, mais plutôt d’une politique conçue pour rendre plus prévisible l’accès aux ressources du FMI dans le cadre des mécanismes de prêt existants (FMI, 2018b).

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