World Economic Outlook, October 2016 : Subdued Demand: Symptoms and Remedies

Front Matter

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
January 2017
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    Études économiques et financières

    Perspectives de l’économie mondiale

    Octobre 2016

    Demande modérée

    symptômes et remèdes

    FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL

    ©2016 Fonds monétaire international

    Production : FMI, Division des services multimédias

    Couverture et conception artistique : Luisa Menjivar et Jorge Salazar

    Composition : AGS, une société du groupe RR Donnelley

    Édition française

    Services linguistiques du FMI, Section française

    Traduction : Marc Servais

    Correction : Monica Nepote-Cit et Van Tran

    PAO : Fernando Sole

    Cataloging-in-Publication Data

    Joint Bank-Fund Library

    World economic outlook (International Monetary Fund). French

    Perspectives de l’économie mondiale. — Washington, Fonds monétaire international.

    v. ; 28 cm. — (Études économiques et financières, 1020-1343)

    Semiannual. Some issues also have thematic titles.

    Has occasional updates, 1984–

    ISSN (print) 0256–6899

    ISSN (online) 1564–5215

    1. Economic development — Periodicals. 2. Economic forecasting — Periodicals. 3. Economic policy — Periodicals. 4. International economic relations — Periodicals. I. International Monetary Fund. II. Series: Occasional paper (International Monetary Fund). III. Series: World economic and financial surveys.

    HC10.80

    ISBN 978-1-47555-080-1 (version imprimée)

    978-1-47555-162-4 (version PDF)

    978-1-47555-182-2 (version ePub)

    978-1-47555-184-6 (Mobi)

    Les Perspectives de l’économie mondiale (PEM) sont une étude des services du FMI publiée deux fois par an, au printemps et à l’automne. Rédigées par les services du FMI, les PEM ont bénéficié des commentaires et suggestions des administrateurs à l’issue de la séance du conseil d’administration consacrée à l’examen des PEM le 23 septembre 2016. Les points de vue exprimés dans cette publication sont ceux des services du FMI, et ne représentent pas nécessairement ceux du conseil d’administration ou des autorités nationales qui y sont représentées.

    Référence recommandée : Fonds monétaire international. 2016. Perspectives de l’économie mondiale : Demande modérée — symptômes et remèdes. Washington (octobre).

    Les commandes doivent être adressées à :

    International Monetary Fund, Publication Services

    P.O. Box 92780, Washington, DC 20090 (U.S.A.)

    Téléphone : (202) 623-7430 Télécopie : (202) 623-7201

    Messagerie électronique : publications@imf.org

    www.imfbookstore.org

    www.elibrary.imf.org

    Table des Matières

    Hypothèses et conventions

    Les projections de la présente édition des Perspectives de l’économie mondiale (PEM) reposent sur un certain nombre d’hypothèses. On suppose que les taux de change effectifs réels resteront constants aux niveaux moyens observés entre le 22 juillet et le 19 août 2016, et que les taux bilatéraux des monnaies faisant partie du mécanisme de change européen II (MCE II) resteront constants en valeur nominale par rapport à l’euro; que les politiques économiques nationales actuelles seront maintenues (en ce qui concerne les hypothèses relatives aux politiques budgétaires et monétaires de certains pays, voir l’encadré A1 de l’appendice statistique); que le cours moyen du baril de pétrole sera de 42,96 dollars le baril en 2016 et de 50,64 dollars le baril en 2017, et qu’il restera constant en valeur réelle à moyen terme; que le LIBOR (taux offert à Londres sur les dépôts interbancaires à six mois en dollars) s’établira en moyenne à 1,0 % en 2016 et à 1,3 % en 2017; que le taux des dépôts interbancaires à trois mois en euros sera en moyenne de –0,3 % en 2016 et de –0,4 % en 2017; que le taux des certificats de dépôt à six mois au Japon se chiffrera en moyenne à 0,0 % en 2016 et de –0,1 % en 2017. Il s’agit évidemment d’hypothèses de travail plutôt que de prévisions, et l’incertitude qui les entoure s’ajoute aux marges d’erreur inhérentes à toute projection. Les estimations et projections sont fondées sur les statistiques disponibles au 16 septembre 2016.

    Les conventions suivantes sont utilisées dans la présente étude :

    … indique que les données ne sont pas disponibles ou pas pertinentes;

    — entre des années ou des mois (par exemple 2015–16 ou janvier—juin) indique la période couverte, de la première à la dernière année ou du premier au dernier mois inclusivement;

    / entre deux années (par exemple 2015/16) indique un exercice budgétaire (financier).

    Par «billion», il faut entendre mille milliards.

    Sauf indication contraire, lorsqu’il est fait référence au dollar, il s’agit du dollar des États-Unis.

    Par «points de base», on entend un centième de point (de pourcentage). Ainsi, 25 points de base équivalent à ¼ de point (de pourcentage).

    Les données portent sur les années civiles, sauf dans le cas de quelques pays qui utilisent les exercices budgétaires. Veuillez consulter le tableau F de l’appendice statistique pour une liste des pays dont les périodes de déclaration pour les comptes nationaux et les finances publiques sont différentes.

    Pour certains pays, les données de 2015 et des années antérieures sont établies à partir d’estimations et non de chiffres effectifs. Veuillez consulter le tableau G de l’appendice statistique, qui donne pour chaque pays les dernières données réelles pour les indicateurs des comptes nationaux, des prix, des finances publiques et de la balance des paiements.

    Les conventions suivantes s’appliquent aux graphiques et aux tableaux :

    • Si aucune source n’est indiquée dans les tableaux et graphiques, les données sont tirées de la base de données des PEM.

    • Lorsque les pays ne sont pas classés par ordre alphabétique, ils le sont sur la base de la taille de leur économie.

    • Les chiffres ayant été arrondis, il se peut que les totaux ne correspondent pas exactement à la somme de leurs composantes.

    Dans la présente étude, le terme «pays» ne se rapporte pas nécessairement à une entité territoriale constituant un État au sens où l’entendent le droit et les usages internationaux. Son emploi désigne aussi un certain nombre d’entités territoriales qui ne sont pas des États, mais dont les statistiques sont établies de manière distincte et indépendante.

    Des données composites sont fournies par divers groupes de pays selon leurs caractéristiques économiques ou région. Sauf indication contraire, les données composites pour les groupes de pays représentent des calculs basés sur 90 % ou plus des données de groupe pondérées.

    Les frontières, couleurs, dénominations et autres informations figurant sur les cartes n’impliquent, de la part du FMI, aucun avis sur le statut juridique d’un territoire, ni aucun aval de ces frontières.

    Informations et données supplémentaires

    La présente édition des Perspectives de l’économie mondiale (PEM) peut être consultée en version intégrale sur le site de la bibliothèque en ligne du FMI (www.elibrary.imf.org) et le site du FMI, www.imf.org. On trouvera à la même adresse un ensemble d’informations (extraites de la base de données) plus étoffé que celui contenu dans le rapport, sous forme de fichiers renfermant les séries le plus souvent demandées par les lecteurs. Ces fichiers peuvent être téléchargés et sont utilisables avec divers logiciels. La série des tableaux B1 à B26 de l’appendice statistique est également disponible en ligne, en anglais, à l’adresse suivante : http://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2015/01/pdf/tblpartb.pdf.

    Les données figurant dans les Perspectives de l’économie mondiale sont établies par les services du FMI au moment de la rédaction du rapport. Les données rétrospectives et les projections reposent sur les informations rassemblées par les économistes chargés des pays dans le cadre de leurs missions dans les pays membres et de leur analyse permanente de la situation dans chaque pays. Les données rétrospectives sont mises à jour continuellement à mesure que les informations sont disponibles, et les interruptions structurelles sont souvent ajustées de manière à produire des séries lisses à l’aide de techniques d’agrégation, entre autres. Les estimations des services du FMI demeurent des données supplétives pour les séries rétrospectives lorsque des informations complètes ne sont pas disponibles. En conséquence, les données des PEM peuvent différer de celles d’autres sources avec des données officielles, y compris les International Financial Statistics du FMI.

    Les données et les métadonnées des PEM sont fournies «telles quelles» et «telles que disponibles», et l’on s’efforce d’assurer leur ponctualité, leur exactitude et leur exhaustivité, mais sans pouvoir le garantir. Lorsque des erreurs sont découvertes, on cherche de manière concertée à les corriger si nécessaire et si possible. Les corrections et les révisions effectuées après la publication sont incluses dans les éditions électroniques disponibles dans la bibliothèque en ligne du FMI (www.elibrary.imf.org) et sur le site Internet du FMI (www.imf.org). Tous les changements importants figurent en détail dans les tables des matières en ligne.

    Pour des détails sur les modalités d’utilisation de la base de données des PEM, veuillez vous référer au site Internet du FMI sur les droits d’auteur (www.imf./external/terms.htm).

    Les demandes de renseignements sur le contenu des Perspectives de l’économie mondiale et de la base de données y afférentes doivent être adressées par courrier classique, par télécopie ou sur le forum en ligne (le service ne peut répondre aux demandes de renseignements par téléphone) à :

    World Economic Studies Division

    Research Department

    International Monetary Fund

    700 19th Street, N.W.

    Washington, D.C. 20431 (U.S.A.)

    Télécopie : (202) 623-6343

    Forum en ligne : www.imf.org/weoforum

    Préface

    Les projections et l’analyse présentées dans les Perspectives de l’économie mondiale font partie intégrante de la surveillance que le FMI exerce sur l’évolution et les politiques économiques des pays membres, les marchés financiers internationaux et le système économique mondial. Le rapport sur les perspectives et politiques économiques mondiales est l’aboutissement d’une étude interdépartementale exhaustive, fondée pour l’essentiel sur les renseignements recueillis par les services du FMI dans le cadre de leurs consultations avec les pays membres. Ces consultations sont menées en particulier par les départements géographiques (le Département Afrique, le Département Asie et Pacifique, le Département Europe, le Département Hémisphère occidental et le Département Moyen-Orient et Asie centrale) et divers départements de soutien : le Département de la stratégie, des politiques et de l’évaluation, le Département des marchés monétaires et de capitaux et le Département des finances publiques.

    L’analyse que présente le rapport sur les perspectives de l’économie mondiale est coordonnée par le Département des études sous la direction générale de Maurice Obstfeld, Conseiller économique et Directeur du Département des études. Les travaux sont dirigés par Gian Maria Milesi-Ferretti, Directeur adjoint du Département des études; Oya Celasun, Chef de division du Département des études; et Helge Berger, Chef de division du Département des études et Responsable de l’équipe spéciale du FMI sur les effets de contagion.

    Les principaux collaborateurs de la présente édition ont été Rabah Arezki, Aqib Aslam, Claudia Berg, Samya Beidas-Strom, Patrick Blagrave, Christian Bogmans, Emine Boz, Luis Catão, Eugenio Cerutti, Sangyup Choi, Davide Furceri, Bertrand Gruss, Zsóka Kóczán, Ksenia Koloskova, Toh Kuan, Weicheng Lian, Akito Matsumoto, Malhar Nabar, Marcos Poplawski-Ribeiro, Sweta Saxena, Petia Topalova et Esteban Vesperoni.

    Ont aussi contribué : Jaebin Ahn, Emre Alper, Michal Andrle, Elif Arbatli, Gavin Asdorian, Felicia Belostecinic, Diego Cerdeiro, Kevin Clinton, Vanessa Diaz Montelongo, Romain Duval, Rupa Duttagupta, Angela Espiritu, Rachel Yuting Fan, Emily Forrest, Mitko Grigorov, Refet Gürkaynak, Mahnaz Hemmati, Christian Henn, Benjamin Hilgenstock, Niko Hobdari, Ava Yeabin Hong, Keiko Honjo, Benjamin Hunt, Gabi Ionescu, Zoltan Matyas Jakab, Hao Jiang, Alimata Kini-Kaboré, Sinem Kiliç Çelik, Douglas Laxton, Andrei Levchenko, Olivia Ma, Trevor Charles Meadows, Juan Angel Garcia Morales, Brent Neiman, Emory Oakes, Evgenia Pugacheva, Rachel Szymanski, Daniel Te Kaat, Sheng Tibung, Nicholas Tong, Ali Uppal, Hou Wang, Niklas Westelius, Jilun Xing, Yuan Zeng, Fan Zhang et Qiaoqiao Zhang.

    Joseph Procopio (du Département de la communication) a dirigé l’équipe qui a corrigé le manuscrit anglais et assuré la production de la publication, avec le soutien de Michael Harrup et Christine Ebrahimzadeh, et le concours de Linda Kean, Lucy Scott Morales, Lorraine Coffey, Gregg Forte, EEI Communications et AGS (une société du groupe RR Donnelley) en matière de relecture.

    Le présent rapport a bénéficié des commentaires et suggestions d’autres départements et des administrateurs, qui l’ont examiné le 23 septembre 2016. Cependant, les projections et les évaluations sont celles des services du FMI et ne doivent être attribuées ni aux administrateurs, ni aux autorités nationales qu’ils représentent.

    Avant-Propos

    Lorsque je suis arrivé au Fonds monétaire international il y a environ un an, nous nous inquiétions principalement des perspectives de croissance de l’économie chinoise sur fond de son rééquilibrage, des difficultés des pays exportateurs de produits de base, ainsi que du calendrier et de l’impact du premier relèvement des taux d’intérêt par la Réserve fédérale depuis 2006. Aujourd’hui, une croissance stable a réduit les préoccupations à court terme en ce qui concerne la Chine, les prix des produits de base se sont redressés en partie et le premier relèvement des taux d’intérêt par la Réserve fédérale est derrière nous. Les marchés d’actifs mondiaux semblent calmes après ces développements : les cours des actions dans les pays avancés sont élevés, les indices de la volatilité basés sur les marchés sont faibles et les capitaux reviennent dans les pays émergents. Dans notre prévision de référence, nous tablons sur une accélération de la croissance mondiale dans les années à venir. Cette amélioration attendue tient aux pays émergents et aux pays en développement : tandis que la situation dans les pays en difficulté se normalise progressivement, le taux de croissance de l’économie chinoise reste élevé, même s’il est en baisse, et ailleurs la reprise prend de la vitesse.

    Cependant, un examen plus approfondi donne des raisons de s’inquiéter. La stabilité de la croissance chinoise s’explique en grande partie par des mesures de relance macroéconomiques qui ralentissent les ajustements nécessaires dans l’économie réelle et le secteur financier. Les pays exportateurs de produits de base restent aux prises avec une surabondance d’investissement dans les secteurs extractifs, ainsi qu’avec des problèmes liés à l’ajustement budgétaire et à la diversification de l’économie à plus long terme. En dépit du renforcement continu du marché du travail aux états-Unis, la Réserve fédérale a jusqu’à présent estimé qu’un deuxième relèvement des taux d’intérêt était trop risqué, citant à plusieurs reprises des évolutions économiques inquiétantes à l’étranger.

    La bonne tenue des prix des actifs et les entrées de capitaux dans les pays émergents sont favorisées par le niveau extrêmement bas des taux d’intérêt dans les pays avancés, qui semble maintenant devoir persister bien plus longtemps que prévu en octobre dernier. Mais si la persistance de taux plus bas pendant une plus longue période présente des avantages, elle s’explique aussi par des réalités économiques difficiles. Nos attentes en ce qui concerne la croissance et la productivité mondiales ont baissé étant donné les chiffres décevants qui ont été observés récemment. Les tensions déflationnistes persistent. Par ailleurs, l’incertitude entourant l’économie mondiale, comme en témoignent les indices basés sur les actualités, est élevée. Les perspectives actuelles restent moroses.

    Les tensions politiques ont maintenant fait des pays avancés un foyer d’incertitude important. En particulier, à cause du vote inattendu en faveur du Brexit le 23 juin, il est malaisé de déterminer la forme future des relations commerciales et financières du Royaume-Uni avec les 27 autres pays membres de l’Union européenne (UE), créant ainsi des incertitudes politiques et économiques qui menacent de peser sur l’investissement et l’embauche dans toute l’Europe. En plus de l’anxiété économique et d’autres facteurs, le vote du Brexit reflète un ressentiment à l’égard des migrations internationales qui a alimenté les idées nationalistes en Europe et a remis en question la poursuite de l’intégration européenne. Ces tendances sont aggravées par les difficultés rencontrées pour absorber un volume élevé de réfugiés qui ont fui les événements tragiques du Moyen-Orient. De manière générale, à cause des forces politiques centrifuges qui se manifestent sur l’ensemble du continent, il est plus difficile de faire avancer ou même de maintenir les réformes économiques. Des tensions similaires se font sentir sur la scène politique américaine, où la rhétorique antiimmigration et anti-commerce occupe une place importante depuis le début de la campagne pour l’élection présidentielle. Dans le monde entier, les mesures commerciales protectionnistes sont en hausse.

    Les Perspectives de l’économie mondiale

    Ce n’est pas une coïncidence si les chapitres de la présente édition des Perspectives de l’économie mondiale se penchent sur plusieurs de ces questions. Après le résumé des perspectives de l’économie mondiale au chapitre 1, le chapitre 2 analyse les forces qui expliquent le ralentissement récent de la croissance du volume du commerce international. Un facteur important est le fléchissement de la croissance de la demande globale, en particulier de l’investissement, qui est particulièrement apte à produire des flux commerciaux internationaux sous la forme de biens d’équipement et de biens intermédiaires. Mais le ralentissement des mesures de libéralisation commerciale, le retour de mesures protectionnistes et le retrait des chaînes de valeur mondiales (qui est peut-être lié à la montée du protectionnisme) jouent un rôle essentiel également. Le fléchissement du commerce s’explique peut-être en partie par l’arrivée à maturation naturelle des tendances qui ont alimenté la croissance du commerce par le passé, mais il semble probable aussi que des tensions plus inquiétantes soient à l’œuvre, et que ces dernières pourraient à leur tour peser sur le dynamisme des affaires et la croissance de la productivité.

    Le chapitre 3 porte sur la persistance d’une inflation faible dans de nombreux pays et sa relation avec la baisse des prix des produits de base, les écarts de production qui perdurent, les capacités excédentaires mondiales et peut-être le désancrage des anticipations inflationnistes. Il est noté que les mesures à moyen terme des anticipations inflationnistes restent généralement assez proches des objectifs établis par les banques centrales jusqu’à présent, mais aussi que, pour les pays dont les taux d’intérêt directeurs se situent à la borne inférieure, les anticipations de l’inflation à moyen terme sont devenues plus sensibles à des taux d’inflation plus bas que prévu. Le danger est que les anticipations s’écartent des objectifs dans le sens de la baisse, ce qui ferait monter les taux d’intérêt réels et réduirait donc l’efficacité de la politique monétaire tout en traînant ces pays dans des pièges d’inflation basse ou de déflation.

    Enfin, le chapitre 4 porte sur deux retombées économiques importantes à l’échelle internationale, qui ont influencé l’évolution récente sur le plan économique et politique : les répercussions du ralentissement de la croissance en Chine et les migrations. Les effets d’entraînement de l’économie chinoise ont augmenté de manière prononcée depuis le milieu des années 90, principalement par la voie des relations commerciales et de l’impact de l’évolution de la croissance chinoise sur les prix mondiaux des produits de base. étant donné le rôle croissant de la Chine dans l’économie mondiale, il est d’autant plus important qu’elle s’attaque à ses déséquilibres internes afin d’adopter sans heurt un modèle de croissance plus durable et fondé sur la consommation et les services. En ce qui concerne les migrations, le chapitre 4 note que tant les pays d’origine que les pays d’accueil sont touchés. Le plus frappant peut-être est le fait que les migrants peu spécialisés comme les migrants très spécialisés ont des effets positifs sur la productivité à long terme dans les pays avancés d’accueil. Par ailleurs, ces effets relèvent le revenu par habitant de manière générale quel que soit le niveau de revenu. Une diminution de l’immigration annulerait ces gains de revenus, tout en accentuant les effets négatifs du vieillissement de la population active.

    Implications

    Un thème commun de l’ensemble des chapitres de la présente édition des Perspectives de l’économie mondiale est la nature encore faible et précaire de la reprise mondiale, ainsi que les risques auxquels elle est confrontée. En particulier dans un contexte caractérisé par une demande faible où les principaux taux d’intérêt directeurs sont proches de leur borne inférieure, une croissance molle risque de s’autoentretenir tandis que l’investissement diminue, que la croissance de la productivité fléchit, que les marchés du travail perdent de leur dynamisme et que le capital humain s’érode. Par ailleurs, la baisse des taux de croissance, de même que la hausse des inégalités de revenus et les craintes concernant l’impact des migrations, contribuent à des tensions politiques qui bloquent des réformes économiques constructives et risquent de provoquer une volte-face dans l’intégration commerciale. Ces tensions ne feront que s’accentuer tandis que les pouvoirs publics auront de plus en plus de mal à tenir leurs engagements sur le plan des prestations sociales face à la réduction des assiettes fiscales.

    D’aucuns estiment que les taux actuels de croissance économique sont acceptables, car ils correspondent aux moyennes du passé, et semblent même plus favorables par habitant. Ce serait ignorer le volume encore considérable des capacités inemployées dans beaucoup de pays avancés et le grand nombre de pays émergents et de pays en développement en récession ou dont le revenu par habitant stagne. Certes, des facteurs exogènes, démographiques par exemple, pèsent probablement même sur la croissance par habitant, tout comme le rééquilibrage nécessaire de l’économie chinoise. Mais des opportunités considérables d’augmentation de l’emploi et du revenu dans le monde entier sont perdues aujourd’hui à cause de politiques à courte vue.

    Que faire pour combler les écarts de production persistants, combattre la déflation et rehausser la production potentielle?

    Il est essentiel de mettre en place une stratégie globale sur trois fronts qui complète des politiques monétaires sollicitées à l’excès avec des mesures de soutien budgétaires (là où l’espace budgétaire le permet) et des réformes structurelles. Même là où l’espace budgétaire est limité, il est possible de modifier la composition des dépenses et des recettes de manière à soutenir la croissance à court terme et les capacités de production futures. Cependant, l’une des causes de l’incertitude économique est la crainte que chacun de ces trois outils fait face à des contraintes économiques ou politiques, qui pourraient empêcher les dirigeants de réagir énergiquement à un nouveau ralentissement de l’économie mondiale. Cependant, il est possible de dégager une marge de manœuvre si l’on se base sur des cadres d’action cohérents qui communiquent aux marchés comment les instruments seront utilisés pour atteindre les objectifs, en exploitant leurs synergies tout en préservant les objectifs d’inflation et la viabilité des finances publiques à moyen terme. Il s’agit ici de coordination intranationale. La coordination internationale quant à elle peut créer une marge de manœuvre supplémentaire, grâce aux retombées positives et synergiques des mesures de soutien de la demande qui sont prises par les différents pays. Grâce à la coordination intranationale et internationale, le tout est plus grand que la somme de ses parties.

    Le cadre d’action doit inclure des mesures qui atténuent les effets négatifs des changements économiques sur la distribution du revenu, qu’il s’agisse de technologie, de mondialisation ou d’autres forces. Les investissements dans l’éducation qui offrent aux populations des compétences adaptables, ainsi qu’une amélioration des mécanismes de protection sociale et l’établissement de régimes appropriés d’imposition des revenus, peuvent renforcer le partage des risques et la résilience pour tous, et pas seulement pour ceux qui ont accès à des marchés financiers sophistiqués.

    Il est crucial de défendre les possibilités de poursuite de l’intégration commerciale. Un contexte mondial hostile au commerce ne permettra pas aux pays exportateurs de produits de base ni aux pays à faible revenu en général de développer de nouveaux modèles d’exportation et de réduire progressivement les écarts de revenu avec les pays plus riches. En outre, il freinera globalement la croissance de la productivité mondiale, la propagation des connaissances et des technologies, ainsi que l’investissement. Bref, une volte-face de l’intégration commerciale ne peut qu’aggraver et prolonger les problèmes actuels de l’économie mondiale.

    La nécessité de coopérer à l’échelle internationale s’étend à un ensemble bien plus large de problèmes liés à des biens publics internationaux, par exemple les réfugiés, le changement climatique, les maladies infectieuses, la sécurité, la fiscalité des entreprises et la stabilité financière. Un monde de plus en plus interdépendant réalisera davantage de croissance et sera plus stable si les pouvoirs publics coopèrent dans les nombreux domaines où leurs intérêts se rejoignent.

    Maurice Obstfeld

    Conseiller économique

    Résumé Analytique

    La croissance mondiale devrait tomber à 3,1 % en 2016 avant de remonter à 3,4 % en 2017. La prévision, révisée à la baisse de 0,1 point pour 2016 et 2017 par rapport à avril dernier, s’explique par une dégradation des perspectives pour les pays avancés à la suite du vote du Royaume-Uni, en juin dernier, en faveur de la sortie de l’Union européenne (Brexit) et par une croissance plus faible que prévu aux états-Unis. Ces développements ont encore fait baisser les taux d’intérêt mondiaux, et il est maintenant prévu que la politique monétaire restera accommodante pendant une plus longue période. Bien que la réaction ordonnée des marchés au choc du Brexit ait rassuré, les effets ultimes restent très flous, car les arrangements institutionnels et commerciaux entre le Royaume-Uni et l’Union européenne ont un avenir incertain. L’état d’esprit des marchés financiers vis-à-vis des pays émergents s’est amélioré étant donné les anticipations d’une baisse des taux d’intérêt dans les pays avancés, une diminution de l’inquiétude quant aux perspectives à court terme de la Chine après l’adoption de mesures de relance et un affermissement des prix des produits de base. Cependant, les perspectives diffèrent sensiblement d’un pays et d’une région à l’autre : les pays émergents d’Asie en général et l’Inde en particulier affichent une croissance vigoureuse, et l’Afrique subsaharienne connaît un ralentissement prononcé. Dans les pays avancés, les perspectives moroses sont exposées à des incertitudes et à des risques considérables et pourraient alimenter un surcroît de mécontentement politique, avec une montée en puissance des programmes anti-intégration. Plusieurs pays émergents et pays en développement continuent d’avoir beaucoup de mal à s’ajuster à la baisse des prix des produits de base. Ces perspectives inquiétantes rendent plus urgente que jamais une riposte globale qui permettrait d’accélérer la croissance et de gérer la vulnérabilité.

    Les perspectives actuelles sont déterminées par une confluence complexe de réalignements en cours, de tendances à long terme et de nouveaux chocs. Ces facteurs impliquent initialement une croissance généralement modérée, mais aussi une incertitude considérable en ce qui concerne l’avenir. Le principal développement inattendu au cours des derniers mois fut le vote du Royaume-Uni en faveur de la sortie de l’Union européenne (UE). Les retombées du Brexit sont incertaines : la forme à long terme des relations entre le Royaume-Uni et l’UE et l’ampleur de la réduction de leurs flux commerciaux et financiers mutuels ne se clarifieront probablement qu’après plusieurs années. L’incertitude est accrue par l’effet des résultats du référendum sur les tendances politiques dans les autres pays membres de l’UE, ainsi que sur les forces qui, à l’échelle mondiale, poussent à adopter des politiques populistes et de repli sur soi.

    Parmi les réalignements importants, en particulier pour les pays émergents et les pays en développement, figurent le rééquilibrage de l’économie chinoise et l’ajustement macroéconomique et structurel des pays exportateurs de produits de base à une détérioration à long terme de leurs termes de l’échange. Les changements lents qui jouent un rôle important dans les perspectives des pays avancés (ainsi que de certains pays émergents) sont l’évolution de la situation démographique et du marché du travail, mais aussi un ralentissement prolongé et mal compris de la productivité, qui freine la croissance du revenu et contribue au mécontentement politique.

    Le scénario de référence des Perspectives de l’économie mondiale (PEM) prévoit que la croissance mondiale tombera à 3,1 % en 2016 avant de rebondir à 3,4 % l’an prochain. La prévision pour 2016 s’explique par une activité plus faible que prévu aux états-Unis au premier semestre de l’année, ainsi que par la matérialisation d’un risque important, à savoir le vote du Brexit. Bien que les réactions des marchés financiers au résultat du référendum britannique aient été limitées, l’augmentation de l’incertitude économique, politique et institutionnelle ainsi que la réduction probable des flux commerciaux et financiers entre le Royaume-Uni et le reste de l’UE à moyen terme devraient avoir des conséquences macroéconomiques négatives, surtout au Royaume-Uni. En conséquence, la prévision de croissance dans les pays avancés en 2016 a été révisée à la baisse, à 1,6 %.

    Dans les pays émergents et les pays en développement, la croissance devrait s’affermir légèrement en 2016, à 4,2 %, après cinq années consécutives de ralentissement, et ainsi représenter plus de trois quarts de la croissance mondiale prévue cette année. Cependant, leurs perspectives sont inégales et généralement plus sombres que par le passé. Si les conditions de financement extérieur se sont assouplies du fait des anticipations d’une baisse des taux d’intérêt dans les pays avancés, d’autres facteurs influent sur l’activité. Il s’agit d’un ralentissement de l’économie chinoise, dont les répercussions sont amplifiées par son recours moindre à des investissements à forte intensité d’importations et de ressources; de la poursuite de l’ajustement des pays exportateurs de produits de base à la baisse de leurs recettes; des retombées de la persistance d’une demande faible dans les pays avancés, ainsi que de conflits internes, de discordes politiques et de tensions géopolitiques dans plusieurs pays. Si la croissance dans les pays émergents d’Asie et en particulier en Inde reste résiliente, les plus grandes économies d’Afrique subsaharienne (Afrique du Sud, Angola et Nigéria) connaissent un ralentissement prononcé ou une récession du fait de l’interaction entre la baisse des prix des produits de base et des conditions politiques et économiques difficiles sur le plan interne. Le Brésil et la Russie demeurent confrontés à une situation macroéconomique difficile, mais leurs perspectives se sont améliorées quelque peu par rapport à avril dernier.

    La reprise devrait s’accélérer en 2017 : les perspectives s’améliorent pour les pays émergents et les pays en développement, et l’économie américaine reprend de la vigueur grâce au relâchement du frein exercé par les stocks et d’une reprise de l’investissement. Bien que les perspectives à plus long terme des pays avancés restent modérées, étant donné les vents contraires démographiques et la faiblesse de la croissance de la productivité, un nouvel affermissement de la croissance est prévu dans les pays émergents et les pays en développement à moyen terme. Mais, comme noté dans des éditions précédentes des PEM, cette prévision dépend de plusieurs hypothèses importantes :

    • Une normalisation progressive de la situation dans les pays qui sont aujourd’hui en difficulté, avec une accélération générale de la croissance dans les pays exportateurs de produits de base, quoique à des niveaux plus modestes que par le passé.

    • Un ralentissement progressif et un rééquilibrage de l’économie chinoise, avec des taux de croissance à moyen terme qui, proches de 6 %, restent plus élevés que la moyenne des pays émergents et des pays en développement.

    • Une croissance résiliente dans les autres pays émergents et pays en développement.

    Des facteurs économiques et non économiques menacent ces hypothèses et compromettent les perspectives de référence de manière plus générale. En particulier, certains des risques recensés dans des éditions récentes des PEM ont pris de l’importance au cours des derniers mois. Le premier a trait aux désaccords politiques et aux politiques de repli sur soi. Le vote du Brexit et la campagne en cours aux états-Unis pour l’élection présidentielle ont mis en évidence l’affaiblissement du consensus autour des bienfaits de l’intégration économique internationale. Les craintes concernant l’impact de la concurrence étrangère sur les emplois et les salaires sur fond de faible croissance ont renforcé l’attrait de politiques protectionnistes, ce qui pourrait avoir des ramifications pour les flux commerciaux mondiaux et l’intégration de manière plus générale. Les préoccupations relatives à la distribution (de plus en plus) inégale du revenu augmentent : elles sont alimentées par la faible croissance du revenu, étant donné que la dynamique de la productivité reste décevante. L’incertitude entourant l’évolution de ces tendances pourrait pousser les entreprises à remettre à plus tard leurs décisions d’investissement et d’embauche, ce qui ralentirait l’activité à court terme, tandis que l’adoption de politiques de repli sur soi pourrait aussi attiser de nouvelles discordes politiques internationales.

    La stagnation dans les pays avancés constitue un deuxième risque. Tandis que la croissance mondiale reste languissante, la perspective d’une insuffisance prolongée de la demande privée qui conduirait à une croissance en permanence plus lente et à une inflation faible devient plus tangible que jamais, en particulier dans certains pays avancés où les bilans restent fragiles. Par ailleurs, une période prolongée d’inflation faible dans les pays avancés risque de désancrer les anticipations inflationnistes, ce qui provoquerait une hausse des taux d’intérêt réels attendus et une baisse des dépenses et, en fin de compte, conduirait à une croissance et une inflation encore plus faibles.

    D’autres risques recensés dans des éditions précédentes des PEM restent des facteurs importants qui pourraient influer sur les perspectives. L’ajustement qui est en cours en Chine et ses répercussions demeurent pertinents, alors même que l’état d’esprit à court terme envers la Chine semble s’améliorer après l’anxiété aiguë qui a été observée au début de l’année. La transition de l’investissement, de l’industrie et des exportations vers la consommation et les services pourrait être parfois plus difficile que prévu, ce qui aurait des implications importantes pour les pays exportateurs de produits de base et de machines, ainsi que pour les pays exposés indirectement à la Chine par la voie de la contagion financière. Ce risque est accru par les mesures à court terme que la Chine applique aujourd’hui pour soutenir la croissance, car la hausse persistante du ratio crédit/PIB et le manque de progrès décisifs dans la lutte contre les problèmes d’endettement et de gouvernance dans les entreprises publiques font planer le risque d’un ajustement dont les effets seraient perturbateurs. De manière plus générale, même si les conditions financières dans les pays émergents ont continué de s’améliorer au cours des derniers mois, des facteurs de vulnérabilité fondamentaux subsistent dans certains des grands pays émergents. La dette élevée des entreprises, la baisse de la rentabilité et la fragilité des bilans bancaires, conjuguées à la nécessité de reconstituer une marge de manœuvre, en particulier dans les pays exportateurs de produits de base, laissent ces pays exposés à des variations soudaines de la confiance des investisseurs. Une série d’autres facteurs non économiques continue d’influer sur les perspectives de diverses régions : les effets prolongés d’une sécheresse en Afrique orientale et australe, les guerres civiles et les conflits internes dans certaines parties du Moyen-Orient et de l’Afrique, le destin tragique des réfugiés dans les pays voisins et en Europe, de multiples actes de terreur dans le monde entier et la propagation du virus Zika en Amérique latine et dans les Caraïbes, ainsi que dans le Sud des états-Unis et le Sud-Est de l’Asie. Si ces facteurs s’intensifiaient, ils pourraient, ensemble, peser largement sur l’état d’esprit des marchés, et ainsi nuire à la demande et à l’activité.

    Parmi les aléas positifs figurent une réévaluation ordonnée sur les marchés financiers après le choc initial du vote du Brexit, une amélioration soutenue du marché du travail américain et une récente hausse modeste des prix des produits de base, qui devrait atténuer en partie la pression subie par les pays exportateurs de ces produits. Ces développements laissent entrevoir la possibilité d’une expansion plus rapide que prévu, qui pourrait être encore plus vigoureuse si les pays adoptaient des mesures de portée large qui permettraient de rehausser la production effective et potentielle.

    Si la prévision de référence pour l’économie mondiale fait état d’une accélération de la croissance sur le reste de l’horizon de prévision par rapport à son rythme modéré de l’année en cours, le risque de dégradation de ces perspectives est élevé, comme le soulignent les taux de croissance décevants qui ont été observés ces dernières années. Dans ce contexte, les priorités diffèrent d’un pays à l’autre en fonction des objectifs spécifiques, à savoir accélérer la croissance, combattre les tensions déflationnistes, ou renforcer la résilience. Cependant, il existe un thème commun : il est urgent d’agir en exploitant tous les leviers disponibles pour éviter de nouveaux taux de croissance décevants et combattre une impression dommageable selon laquelle l’action des pouvoirs publics ne réussit pas à stimuler la croissance et que les bienfaits ne reviennent qu’à ceux qui se trouvent à l’extrémité supérieure de la distribution du revenu.

    Dans les pays avancés, les écarts de production restent négatifs, la pression des salaires est généralement modérée, et le risque de persistance d’une inflation faible (ou de déflation dans certains cas) a augmenté. La politique monétaire doit donc rester accommodante, et recourir à des mesures non conventionnelles si nécessaire. Mais une politique monétaire accommodante à elle seule ne peut pas accroître suffisamment la demande, et le soutien de la politique budgétaire — en fonction de l’espace disponible et axé sur des mesures qui protègent les groupes vulnérables et rehaussent les perspectives de croissance à moyen terme — reste donc essentiel pour donner une impulsion et éviter une baisse durable des anticipations inflationnistes à moyen terme. Dans les pays qui sont confrontés à une hausse de la dette publique et des dépenses au titre des prestations sociales, un engagement crédible à entreprendre un assainissement à moyen terme peut créer un espace supplémentaire pour soutenir l’activité à court terme. En outre, la politique budgétaire doit privilégier les dépenses qui soutiennent le plus vigoureusement la demande et la croissance potentielle à long terme. De manière plus générale, les politiques macroéconomiques accommodantes doivent aller de pair avec des réformes structurelles qui peuvent remédier à l’affaiblissement de la croissance potentielle : il s’agit notamment d’accroître le taux d’activité, de mieux faire correspondre l’offre et la demande sur les marchés du travail, et de promouvoir l’investissement dans la recherche et le développement ainsi que l’innovation. Comme noté au chapitre 3 des PEM d’avril 2016, des mesures de portée large qui combinent un soutien de la demande et des réformes axées sur les besoins structurels d’un pays, et qui sont ancrées par des cadres d’action cohérents et bien communiqués, peuvent dynamiser à la fois l’activité à court terme et la production potentielle à moyen terme.

    Dans les pays émergents et les pays en développement, les grands objectifs communs sont de poursuivre la convergence vers des niveaux de revenu plus élevés en réduisant les distorsions sur les marchés de produits, du travail et des capitaux, et d’offrir de meilleures opportunités à la population en investissant de manière rationnelle et efficace dans l’éducation et la santé. Ces objectifs ne peuvent être atteints que dans un environnement où il n’y a ni vulnérabilité financière, ni risque de volte-face. Les pays qui ont des dettes non financières élevées et en hausse ou des engagements extérieurs non couverts, ou qui sont largement tributaires d’emprunts à court terme pour financer leurs investissements à plus long terme, doivent adopter des pratiques plus solides de gestion des risques et limiter les asymétries de monnaie et de bilan.

    Pour les pays les plus durement touchés par la chute des prix des produits de base, il est urgent de procéder à un ajustement pour stabiliser la situation macroéconomique. Il s’agit de laisser pleinement le taux de change absorber les pressions pour les pays qui n’appliquent pas un régime de change de rattachement, de durcir la politique monétaire si nécessaire pour s’attaquer à une envolée de l’inflation et de veiller à ce que l’assainissement budgétaire nécessaire nuise le moins possible à la croissance.

    Les pays en développement à faible revenu doivent reconstituer leurs amortisseurs budgétaires tout en maintenant les dépenses essentielles (biens d’équipement et dépenses sociales), renforcer leur gestion de la dette et mettre en œuvre des réformes structurelles, notamment dans l’éducation, qui favorisent la diversification de l’économie et un accroissement de la productivité.

    Si elles sont essentielles au niveau national, ces politiques pour tous les groupes de pays seraient encore plus efficaces si elles étaient adoptées de manière générale dans le monde entier, compte tenu des priorités propres à chaque pays.

    Comme la croissance est faible et que l’espace est limité dans de nombreux pays, un effort multilatéral durable doit être déployé sur plusieurs fronts pour réduire au minimum les risques qui pèsent sur la stabilité financière et pérenniser une amélioration du niveau de vie à l’échelle mondiale. Cet effort doit être déployé simultanément sur plusieurs fronts. Les dirigeants doivent s’attaquer aux réactions de rejet du commerce mondial en recentrant le débat sur les avantages à long terme de l’intégration économique et en veillant à ce que des initiatives sociales bien ciblées aident ceux qui sont touchés et facilitent, grâce au recyclage, leur absorption dans des secteurs qui se développent. Il est vital de mettre en place des dispositifs efficaces de résolution bancaire, tant au niveau national qu’au niveau international, et il convient de s’attaquer aux nouveaux risques liés aux intermédiaires non bancaires. Il est plus important que jamais de disposer d’un dispositif de sécurité mondial plus solide afin de protéger les pays qui, en dépit de la solidité de leurs paramètres économiques fondamentaux, pourraient être vulnérables à des effets de contagion et d’entraînement internationaux, y compris des difficultés dont l’origine n’est pas économique.

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