Perspectives de L'économie Mondiale, Octobre 2013 : Transitions et tensions

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Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
December 2013
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    PERSPECTIVES DE L’ÉCONOMIE MONDIALE

    Octubre 2013

    Transitions et tensions

    ©2013 Fonds monétaire international

    Production: FMI, Division des services multimédias

    Couverture et conception artistique: Luisa Menjivar et Jorge Salazar

    Composition: Maryland Composition

    Édition française

    Services linguistiques du FMI, Section française

    Traduction: Marc Servais

    Correction: Monica Nepote-Cit et Van Tran

    PAO: Fernando Sole

    Cataloging-in-Publication Data

    Joint Bank-Fund Library

    World economic outlook (International Monetary Fund). French

    Perspectives de l’économie mondiale. — Washington, Fonds monétaire international. v.; 28 cm. — (Études économiques et financières, 1020-1343)

    Semiannual. Some issues also have thematic titles.

    Has occasional updates, 1984–

    ISSN (print) 0256–6899

    ISSN (online) 1564–5215

    1. Economic development — Periodicals. 2. Economic forecasting — Periodicals. 3. Economic policy — Periodicals. 4. International economic relations — Periodicals. I. International Monetary Fund. II. Series: Occasional paper (International Monetary Fund). III. Series: World economic and financial surveys.

    HC10.80

    ISBN-13: 978-1-48435-639-5 (version imprimée)

    Les commandes doivent être adressées à:

    International Monetary Fund, Publication Services

    P.O. Box 92780, Washington, DC 20090 (U.S.A.)

    Téléphone: (202) 623-7430 Télécopie: (202) 623-7201

    Messagerie électronique: publications@imf.org

    www.imfbookstore.org

    Table des Matières

    Hypothèses et Conventions

    Les projections de la présente édition des Perspectives de l’économie mondiale (PEM) reposent sur un certain nombre d’hypothèses. On suppose que les taux de change effectifs réels resteront constants aux niveaux moyens observés entre le 29 juillet et le 26 août 2013, et que les taux bilatéraux des monnaies faisant partie du mécanisme de change européen II (MCE II) resteront constants en valeur nominale par rapport à l’euro; que les politiques économiques nationales actuelles seront maintenues (en ce qui concerne les hypothèses relatives aux politiques budgétaires et monétaires de certains pays, voir l’encadré A1 de l’appendice statistique); que le cours moyen du baril de pétrole sera de 104,49 dollars le baril en 2013 et de 101,35 dollars le baril en 2014, et qu’il restera constant en valeur réelle à moyen terme; que le LIBOR (taux offert à Londres sur les dépôts interbancaires à six mois en dollars) s’établira en moyenne à 0,4 % en 2013 et à 0,6 % en 2014; que le taux des dépôts interbancaires à trois mois en euros sera en moyenne de 0,2 % en 2013 et de 0,5 % en 2014; que le taux des certificats de dépôt à six mois au Japon se chiffrera en moyenne à 0,2 % en 2013 et à 0,3 % en 2014. Il s’agit évidemment d’hypothèses de travail plutôt que de prévisions, et l’incertitude qui les entoure s’ajoute aux marges d’erreur inhérentes à toute projection. Les estimations et projections sont fondées sur les statistiques disponibles pour la période se terminant le 23 septembre 2013.

    Les conventions suivantes sont utilisées dans la présente étude:

    • … indique que les données ne sont pas disponibles ou pas pertinentes;

    • – entre des années ou des mois (par exemple 2011–12 ou janvier–juin) indique la période couverte, de la première à la dernière année ou du premier au dernier mois inclusivement;

    • / entre deux années (par exemple 2011/12) indique un exercice budgétaire (financier).

    Par «billion», il faut entendre mille milliards. Sauf indication contraire, lorsqu’il est fait référence au dollar, il s’agit du dollar des États-Unis.

    Par «points de base», on entend un centième de point (de pourcentage). Ainsi, 25 points de base équivalent à ¼ de point (de pourcentage).

    Pour certains pays, les données de 2012 et des années antérieures sont établies à partir d’estimations et non de chiffres effectifs.

    Les données portent sur les années civiles, sauf dans le cas de quelques pays qui utilisent les exercices budgétaires. Veuillez consulter le tableau F de l’appendice statistique pour une liste complète des périodes de référence par pays.

    Le 31 juillet 2013, le Bureau américain de l’analyse économique a publié la révision globale des comptes nationaux des revenus et des produits. Cette révision comporte des améliorations de la méthodologie et des sources de données, ainsi que des modifications importantes des définitions et des classifications. Les comptes reflètent ainsi avec plus d’exactitude l’évolution de l’économie. En particulier, les dépenses consacrées aux activités de recherche et de développement, ainsi qu’à la création d’originaux de divertissement, littéraires et artistiques sont maintenant considérées comme des dépenses d’équipement. Par ailleurs, les plans de retraite à prestations définies sont traités sur la base des droits constatés et non plus en base caisse. Les révisions rehaussent le niveau du PIB de 3,4 % et accroissent le taux d’épargne des ménages. Les données révisées indiquent aussi que la Grande Récession a été moins profonde et la reprise plus vigoureuse jusqu’à la fin du premier semestre de 2012, mais aussi que la faiblesse conjoncturelle a été plus marquée pendant l’année écoulée. Globalement, cette révision ne modifie pas notablement l’avis général des services du FMI concernant les perspectives de l’économie américaine.

    À compter de la Mise à jour des Perspectives de l’économie mondiale de juillet 2013, les données et les prévisions pour l’Inde sont présentées sur la base de l’exercice.

    Le 1er juillet 2013, la Croatie est devenue le 28e pays membre de l’Union européenne.

    Les projections pour Chypre, qui avaient été exclues de l’édition d’avril 2013 des PEM en raison de la crise, sont de nouveau incluses.

    Comme dans l’édition d’avril 2013 des PEM, les données de la Syrie à partir de 2011 sont exclues en raison de l’incertitude entourant la situation politique.

    Les données de Palaos sont incluses dans la région des pays en développement d’Asie.

    La croissance du PIB réel de l’Iran pour 2012 et au-delà n’a pas été mise à jour significativement par rapport aux PEM d’avril 2013, car restent à paraître les comptes nationaux publiés par la banque centrale et le programme des nouvelles autorités.

    La Zambie a remplacé les billets de 1.000 vieux kwacha par des billets de 1 nouveau kwacha. Les données en monnaie nationale pour la Zambie sont exprimées dans la nouvelle monnaie à compter de la base de données d’octobre 2013 des Perspectives de l’économie mondiale.

    Si aucune source n’est indiquée dans les tableaux et graphiques, les données sont tirées de la base de données des PEM.

    Lorsque les pays ne sont pas classés par ordre alphabétique, ils le sont sur la base de la taille de leur économie.

    Les chiffres ayant été arrondis, il se peut que les totaux ne correspondent pas exactement à la somme de leurs composantes.

    Dans la présente étude, le terme «pays» ne se rapporte pas nécessairement à une entité territoriale constituant un État au sens où l’entendent le droit et les usages internationaux. Un certain nombre d’entités territoriales incluses ici ne sont pas des États, bien que leurs statistiques soient établies de manière distincte et indépendante.

    Des données composites sont fournies par divers groupes de pays selon leurs caractéristiques économiques ou région. Sauf indication contraire, les données composites pour les groupes de pays représentent des calculs basés sur 90 % ou plus des données de groupe pondérées.

    Les frontières, couleurs, dénominations et autres informations figurant sur les cartes n’impliquent, de la part du FMI, aucun avis sur le statut juridique d’un territoire, ni aucun aval de ces frontières.

    Informations et Données Supplémentaires

    La présente édition des Perspectives de l’économie mondiale (PEM) peut être consultée en version intégrale sur le site de la bibliothèque en ligne du FMI (www.elibrary.imf.org) et le site du FMI, www.imf.org. On trouvera à la même adresse un ensemble d’informations (extraites de la base de données) plus étoffé que celui contenu dans le rapport, sous forme de fichiers renfermant les séries le plus souvent demandées par les lecteurs. Ces fichiers peuvent être téléchargés et sont utilisables avec divers logiciels. La série des tableaux B1 à B26 de l’appendice statistique est également disponible en ligne, en anglais, à l’adresse suivante: http://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2013/01/pdf/tblpartb.pdf.

    Les données figurant dans les Perspectives de l’économie mondiale sont établies par les services du FMI au moment de la rédaction du rapport. Les données rétrospectives et les projections reposent sur les informations rassemblées par les économistes chargés des pays dans le cadre de leurs missions dans les pays membres et de leur analyse permanente de la situation dans chaque pays. Les données rétrospectives sont mises à jour continuellement à mesure que les informations sont disponibles, et les interruptions structurelles sont souvent ajustées de manière à produire des séries lisses à l’aide de techniques d’agrégation, entre autres. Les estimations des services du FMI demeurent des données supplétives pour les séries rétrospectives lorsque des informations complètes ne sont pas disponibles. En conséquence, les données des PEM peuvent différer d’autres sources avec des données officielles, y compris les International Financial Statistics du FMI.

    Les données et les métadonnées des PEM sont fournies «telles quelles» et «telles que disponibles», et l’on s’efforce d’assurer, sans pouvoir le garantir, leur ponctualité, leur exactitude et leur exhaustivité. Lorsque des erreurs sont découvertes, on cherche de manière concertée à les corriger si nécessaire et si possible. Les corrections et les révisions effectuées après la publication sont incluses dans les éditions électroniques disponibles dans la bibliothèque en ligne du FMI (www.elibrary.imf.org) et sur le site Internet du FMI (www.imf.org). Tous les changements importants figurent en détail dans les tables des matières en ligne.

    Pour des détails sur les modalités d’utilisation de la base de données des PEM, veuillez vous référer au site Internet du FMI sur les droits d’auteur (www.imf./external/terms.htm).

    Les demandes de renseignements sur le contenu des Perspectives de l’économie mondiale et de la base de données y afférentes doivent être adressées par courrier classique, par télécopie ou sur le forum en ligne (le service ne peut répondre aux demandes de renseignements par téléphone) à:

    World Economic Studies Division

    Research Department

    International Monetary Fund

    700 19th Street, N.W.

    Washington, DC 20431 (U.S.A.)

    Télécopie: (202) 623-6343

    Forum en ligne: www.imf.org/weoforum

    Préface

    Les projections et l’analyse présentées dans les Perspectives de l’économie mondiale font partie intégrante de la surveillance que le FMI exerce sur l’évolution et les politiques économiques des pays membres, les marchés financiers internationaux et le système économique mondial. Le rapport sur les perspectives et politiques économiques mondiales est l’aboutissement d’une étude interdépartementale exhaustive, fondée pour l’essentiel sur les renseignements recueillis par les services du FMI dans le cadre de leurs consultations avec les pays membres. Ces consultations sont menées en particulier par les départements géographiques (le Département Afrique, le Département Asie et Pacifique, le Département Europe, le Département Hémisphère occidental et le Département Moyen-Orient et Asie centrale) et divers départements de soutien: le Département de la stratégie, des politiques et de l’évaluation, le Département des marchés monétaires et de capitaux et le Département des finances publiques.

    L’analyse que présente le rapport sur les perspectives de l’économie mondiale est coordonnée par le Département des études sous la direction générale d’Olivier Blanchard, Conseiller économique et Directeur du Département des études. Les travaux sont dirigés par Jörg Decressin, Directeur adjoint du Département des études, et Thomas Helbling, Chef de division du Département des études.

    Les principaux collaborateurs de la présente édition sont Abdul Abiad, Jaromir Benes, John Bluedorn, Rupa Duttagupta, Davide Furceri, Jaime Guajardo, Sebnem Kalemli-Ozcan, Andrea Pescatori, Damiano Sandri et John Simon.

    Ont aussi contribué: Gustavo Adler, Hites Ahir, Daniel Ahn, Michal Andrl, Rabah Arezki, Bas Bakker, Angana Banerji, Alberto Behar, Samya Beidas-Strom, Patrick Blagrave, Dennis Botman, Kevin Cheng, Alfredo Cuevas, Romain Duval, Joshua Felman, Harald Finger, Roberto Garcia-Saltos, Ferdinand Heinz, Keiko Honjo, Benjamin Hunt, Dora Iakova, Zoltan Jakab, Joong Shik Kang, Michael Kumhof, René Lalonde, Douglas Laxton, Shuda Li, Prakash Loungani, Lusine Lusinyan, Junior Maih, Pritha Mitra, Dirk Muir, Sami Ben Naceur, Marco Pani, Marina Rousset, Jay Shambaugh, Serhat Solmaz, Shane Streifel, Yan Sun, Natalia Tamirisa, Thierry Tressel, Jarko Turunen et Shengzu Wang.

    Gavin Asdorian, Shan Chen, Tingyun Chen, Angela Espiritu, Sinem Kilic Celik, Mitko Grigorov, Nadezhda Lepeshko, Katherine Pan, Daniel Rivera Greenwood, Bennet Voorhees et Fan Zhang étaient assistants à la recherche. Kevin Clinton, Olivier Coibion, Christopher Erceg, Martin Kaufman, Anton Korinek, Andrew Levin, Akito Matsumoto, and Silvia Sgherri ont fait des commentaires et suggestions. Mahnaz Hemmati, Toh Kuan, Emory Oakes et Richard Watson ont assuré le soutien informatique. Alimata Kini Kaboré et Anduriña Espinoza-Wasil se sont chargées du traitement de texte. Linda Griffin Kean (du Département de la communication) a corrigé le manuscrit anglais et coordonné la production de la publication, avec le concours de Joe Procopio et de Lucy Scott Morales. L’équipe chargée de la gestion des données de base du Département de la technologie et des services généraux du FMI et Pavel Pimenov, consultant extérieur, ont fourni une aide technique additionnelle.

    Le présent rapport a bénéficié des commentaires et suggestions d’autres départements et des administrateurs, qui l’ont examiné le 23 septembre 2013. Cependant, les projections et les évaluations sont celles des services du FMI et ne doivent être attribuées ni aux administrateurs, ni aux autorités nationales qu’ils représentent.

    Avant-Propos

    L’économie mondiale est entrée dans une nouvelle période de transition. L’économie des pays avancés s’affermit progressivement. Par ailleurs, la croissance dans les pays émergents a ralenti. Cette confluence provoque des tensions: les pays émergents sont confrontés à la fois à un ralentissement de la croissance et à un durcissement des conditions financières mondiales.

    L’économie américaine reste au centre de l’attention. La demande privée reste vigoureuse, bien que la croissance ait été entravée cette année par un assainissement excessif des finances publiques. La politique crée de l’incertitude en ce qui concerne la nature et la vigueur de l’ajustement budgétaire. La procédure de réduction automatique des dépenses constitue un mauvais moyen de consolider les finances publiques, et les conflits concernant le relèvement du plafond de la dette pourraient conduire à un nouvel accès d’incertitude déstabilisatrice et à un ralentissement de la croissance. Néanmoins, il est temps de prévoir un abandon des mesures d’assouplissement monétaire quantitatif et des taux directeurs nuls. Il n’y a pas de questions conceptuelles ou techniques majeures, mais les problèmes de communication auxquels la Réserve fédérale est confrontée sont nouveaux et délicats. Il est raisonnable de s’attendre à une certaine volatilité des taux à long terme à mesure que la Réserve fédérale ajuste sa politique.

    La reprise au Japon a été encouragée par la politique économique du Premier Ministre Abe («Abenomics»), mais, pour la maintenir, il faudra agir sur deux fronts importants. Le premier, qui se reflète dans le débat sur le relèvement de la taxe à la consommation, consiste à bien rythmer l’assainissement des finances publiques: un assainissement trop lent compromettra la crédibilité et un assainissement trop rapide tuera la croissance. Deuxièmement, il s’agit de mettre en œuvre un ensemble crédible de réformes structurelles pour transformer ce qui est maintenant une reprise conjoncturelle en croissance soutenue.

    Des signes de reprise apparaissent dans les pays du cœur de la zone euro. C’est le résultat non pas de changements majeurs apportés à la politique économique, mais bien d’un changement d’état d’esprit, qui néanmoins pourrait être largement autoproducteur si les consommateurs et les entreprises décidaient d’accroître leurs dépenses. Cependant, les pays de la périphérie du Sud éprouvent encore des difficultés. Les progrès accomplis en matière de compétitivité et d’exportation ne sont pas encore suffisants pour compenser la baisse de la demande intérieure. Tant dans les pays du cœur que de la périphérie de la zone euro, l’incertitude persiste en ce qui concerne les bilans des banques: elle devrait être réduite par la revue de la qualité des actifs bancaires qui a été promise. Dans une perspective à plus long terme, comme pour le Japon, il est urgent d’opérer des réformes structurelles pour dynamiser les taux anémiques de croissance potentielle de la région.

    Aujourd’hui, les nouvelles principales nous viennent des pays émergents, où la croissance a ralenti, et ce, souvent plus que prévu.

    La question qui se pose à l’évidence est de savoir si ce ralentissement tient à des facteurs conjoncturels ou à une baisse de la croissance de la production potentielle. Sur la base de ce que nous savons aujourd’hui, c’est l’un et l’autre, quoique à des degrés différents selon les pays: les facteurs conjoncturels sont plus importants en Russie et en Afrique du Sud; la baisse du potentiel l’est davantage en Chine et en Inde. Une conjoncture mondiale inhabituellement favorable, avec notamment des cours élevés des produits de base et un développement rapide des marchés financiers, a rehaussé la croissance potentielle dans ces pays dans les années 2000, et, dans un certain nombre de ces pays, une composante conjoncturelle est venue s’ajouter. Comme les cours des produits de base se stabilisent et que les conditions financières se durcissent, la croissance potentielle est plus faible, ce qui, dans certains cas, entraîne un ajustement conjoncturel considérable.

    En conséquence, la tâche des gouvernements dans les pays émergents est double. Tout d’abord, ils doivent s’ajuster à une croissance potentielle plus faible. Si un ralentissement de la croissance par rapport aux années 2000 est inévitable, des réformes structurelles peuvent atténuer l’ajustement et deviennent plus urgentes. La liste de ces réformes est connue: elle va d’un rééquilibrage qui fait une plus large place à la consommation en Chine à l’élimination des obstacles à l’investissement au Brésil et en Inde. Ensuite, les autorités doivent faire face à l’ajustement conjoncturel: ici aussi, le conseil standard est d’application. Les pays qui affichent un déficit budgétaire élevé doivent assainir. Les pays où l’inflation est systématiquement supérieure à l’objectif fixé doivent durcir leur politique et, c’est souvent plus important, mettre en place un cadre de politique monétaire plus crédible.

    Les retombées potentielles d’une hausse des taux longs américains sur ces pays rendent ce conseil encore plus important. La normalisation des taux d’intérêt dans les pays avancés entraînera probablement une inversion partielle des flux de capitaux. Tandis que les investisseurs rapatrient leurs fonds vers les États-Unis, les pays dont la position budgétaire est plus fragile ou l’inflation plus élevée sont particulièrement exposés. La riposte appropriée est double. Premièrement, si nécessaire, les pays doivent mettre de l’ordre sur le plan macroéconomique en clarifiant leur cadre de politique monétaire et en préservant la viabilité de leurs finances publiques. Deuxièmement, ils doivent laisser leur monnaie se déprécier en réaction aux sorties de capitaux. Les engagements extérieurs en devises et les effets de patrimoine, qui ont eu des répercussions négatives par le passé, sont plus limités aujourd’hui, et les pays émergents devraient être en mesure de s’ajuster à ce nouvel environnement sans crise majeure.

    Bref, la reprise se poursuit, quoique trop lentement. Les pays émergents se retrouvent aujourd’hui à l’avant-plan, en particulier la combinaison d’un ralentissement de la croissance et d’un durcissement des conditions financières provoqué par la politique monétaire américaine. Mais, à l’arrière-plan, d’autres séquelles de la crise persistent et pourraient bien revenir sur le devant de la scène. La dette publique et, dans certains cas, la dette privée restent très élevées, et la viabilité des finances publiques n’est pas acquise. L’architecture du système financier évolue, et sa forme future reste imprécise. Ces questions continueront de déterminer l’évolution de l’économie mondiale pendant de nombreuses années.

    Olivier Blanchard

    Conseiller économique

    Résumé Analytique

    La croissance mondiale est faible, les moteurs de l’activité changent et les risques de dégradation persistent. La Chine et un nombre croissant de pays émergents ont dépassé leur pic conjoncturel. Il est prévu que leurs taux de croissance resteront largement supérieurs à ceux des pays avancés, mais en deçà des niveaux élevés observés ces dernières années, pour des raisons conjoncturelles et structurelles. Aux États-Unis, la demande privée est vigoureuse depuis plusieurs trimestres. Bien que la demande du secteur public soit allée en sens inverse, ce frein diminuera en 2014, pour ouvrir la voie à une croissance plus élevée. L’économie japonaise rebondit vigoureusement, mais elle perdra de son élan en 2014 du fait d’un durcissement de la politique budgétaire. La zone euro sort de la récession, mais l’activité devrait y rester faible. Dans ces pays avancés, les capacités de production inemployées restent considérables et les tensions inflationnistes devraient rester modérées.

    Cette évolution de la dynamique de croissance fait apparaître de nouveaux enjeux, et les effets d’entraînement pourraient devenir plus préoccupants. Deux évolutions récentes détermineront probablement la trajectoire de l’économie mondiale à court terme. Premièrement, les marchés sont de plus en plus convaincus que la politique monétaire américaine arrive à un tournant. Le fait que la Réserve fédérale ait évoqué une réduction de ses mesures d’assouplissement quantitatif a entraîné une augmentation étonnamment élevée des rendements à long terme aux États-Unis et dans beaucoup d’autres pays, dont une bonne partie ne s’est pas inversée en dépit de la décision prise ultérieurement par la Réserve fédérale de maintenir le montant de ses achats d’actifs et de mesures prises dans d’autres pays. Deuxièmement, on est de plus en plus convaincu que la Chine connaîtra une croissance plus lente à moyen terme que dans un passé récent: il a fallu réviser les anticipations selon lesquelles les autorités chinoises prendraient des mesures de relance énergiques si la croissance de la production fléchissait pour se rapprocher de l’objectif gouvernemental de 7½ %.

    L’édition d’octobre 2013 du Rapport sur la stabilité financière dans le monde (Global Financial Stability Report, GFSR) explique comment les répercussions de ces évolutions ont déjà constitué une sorte de mini-test de résistance pour les systèmes financiers. Dans les pays émergents, ces répercussions ont influé sur la vulnérabilité existante, et vice versa, et ont provoqué des ajustements désirables et indésirables. Parmi les ajustements désirables figurent une réaffectation des flux de capitaux et des dépréciations monétaires qui atténuent les problèmes croissants de compétitivité: de manière générale, les monnaies qui se sont dépréciées le plus ont été celles qui étaient jugées surévaluées dans le Rapport pilote sur le secteur extérieur (Pilot External Sector Report) de 2013. Par ailleurs, cependant, la volatilité a augmenté, et le risque de surajustement pourrait peser sur l’investissement et la croissance.

    L’activité mondiale devrait s’accélérer modérément, mais les prévisions restent sujettes à des révisions à la baisse. L’impulsion devrait venir des pays avancés, où la production devrait progresser d’environ 2 % en 2014, soit environ ¾ de point de pourcentage de plus qu’en 2013. Le raffermissement de l’économie américaine, une réduction appréciable du durcissement budgétaire (sauf au Japon) et des politiques monétaires très accommodantes sont les moteurs de ce redressement attendu. Dans la zone euro, la croissance sera freinée par la grande faiblesse des pays de la périphérie. Les pays émergents et les pays en développement devraient connaître une croissance voisine de 5 % en 2014: la politique budgétaire devrait y rester plus ou moins neutre et les taux d’intérêt réels relativement faibles. Le chômage demeurera bien trop élevé dans beaucoup de pays avancés et dans divers pays émergents, notamment au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

    De nouveaux risques de dégradation sont apparus, tandis que les risques anciens subsistent dans une large mesure. Au moment où le présent rapport est publié, une impasse politique aux États-Unis a conduit à une suspension des services publics fédéraux. Les projections supposent que cette suspension sera de courte durée, que des dépenses publiques discrétionnaires seront approuvées et exécutées comme prévu et que le plafond de la dette, qui pourrait être atteint mi-octobre, sera relevé promptement. Il y a de l’incertitude sur les trois fronts. Une suspension de courte durée aura probablement des effets limités sur l’économie américaine, mais une suspension de plus longue durée pourrait être très nocive. Plus important encore, si le plafond de la dette n’était pas relevé promptement, ce qui entraînerait une défaillance sélective des États-Unis, les conséquences pourraient être graves pour l’économie mondiale.

    Au-delà des risques immédiats, l’édition d’octobre 2013 du GFSR souligne que la perspective d’une politique monétaire moins accommodante aux États-Unis pourrait entraîner de nouveaux ajustements des marchés, ainsi que révéler des excès financiers et une vulnérabilité systémique. Dans ce contexte, les pays émergents pourraient faire face à un surajustement de leur taux de change et des marchés financiers, en plus d’une détérioration de leurs perspectives économiques et d’une augmentation de leur vulnérabilité intérieure; certains pourraient même être confrontés à de fortes perturbations de leur balance des paiements. Dans la zone euro, le rétablissement incomplet des banques et de la transmission du crédit ainsi que le surendettement des entreprises demeurent des risques. L’insuffisance de l’assainissement budgétaire et des réformes structurelles au Japon pourraient constituer de sérieux risques de dégradation, en particulier sur le plan budgétaire. À cet égard, le Moniteur des finances publiques d’octobre 2013 souligne que les encours élevés de la dette publique ainsi que l’absence de plans d’ajustement à moyen terme assortis de mesures précises et de réformes énergiques des droits à prestations dans les principaux pays avancés, notamment au Japon et aux États-Unis, se conjuguent pour maintenir les risques budgétaires à un niveau obstinément élevé. Une vulnérabilité budgétaire apparaît aussi à des degrés divers dans des pays émergents et des pays à faible revenu. Par ailleurs, des risques géopolitiques sont réapparus.

    Les dirigeants ont montré qu’ils étaient déterminés à éviter l’effondrement de l’économie mondiale. En dehors de l’apparition de nouveaux obstacles, une période prolongée de croissance mondiale anémique constitue une crainte croissante. Un scénario plausible de dégradation à moyen terme serait caractérisé par la poursuite d’une croissance modeste dans la zone euro du fait de la fragmentation financière persistante et des effets étonnamment marqués de l’endettement privé, des déséquilibres et des goulets d’étranglement du côté de l’offre dans les pays émergents, et une déflation prolongée au Japon. Par ailleurs, la fin de l’assouplissement quantitatif aux États-Unis pourrait aller de pair avec un durcissement des conditions financières mondiales plus marqué et de plus longue durée que prévu actuellement. En conséquence, la croissance mondiale pourrait n’atteindre qu’un peu plus de 3 % par an à moyen terme, au lieu de repasser au-dessus de 4 %. Plus inquiétant, la politique monétaire dans les pays avancés pourrait être bloquée au plancher des taux à zéro pendant de nombreuses années. Au fil du temps, la dette publique préoccupante dans tous les grands pays avancés et la fragmentation financière persistante dans la zone euro pourraient provoquer de nouvelles crises.

    Pour éviter le scénario plausible de dégradation ou de nouvelles crises, les pouvoirs publics devront prendre de nouvelles mesures, principalement dans les pays avancés. Parmi les problèmes anciens figurent la réparation des systèmes financiers et la mise en place d’une union bancaire dans la zone euro, ainsi que l’établissement et l’exécution de plans énergiques, assortis de mesures concrètes, pour l’assainissement des finances publiques à moyen terme et la réforme des droits à prestations au Japon et aux États-Unis. Par ailleurs, dans la zone euro et au Japon en particulier, il est nécessaire de rehausser la croissance potentielle, notamment à l’aide de réformes qui mettent sur un pied d’égalité les travailleurs en place et les travailleurs en marge du marché du travail, et qui éliminent les obstacles à l’entrée sur les marchés de produits et de services. En ce qui concerne la politique monétaire américaine, elle devra être ajustée avec soin en fonction de l’évolution des perspectives de croissance, d’inflation et de stabilité financière. Un durcissement excessif pourrait être difficile à inverser, et la croissance mondiale pourrait bien être inférieure, plutôt que supérieure, aux projections à moyen terme.

    Les pays émergents et les pays en développement sont confrontés à de nouveaux enjeux. Le dosage de mesures approprié et le rythme de l’ajustement varieront d’un pays à l’autre, selon les écarts de production, les tensions inflationnistes, la crédibilité de la banque centrale, la marge de manœuvre budgétaire et le type de vulnérabilité. Cependant, bon nombre de pays partagent cinq priorités. Premièrement, les dirigeants doivent laisser les taux de change réagir à l’évolution des paramètres fondamentaux, mais devront peut-être se prémunir contre les risques d’un ajustement désordonné, notamment en intervenant pour lisser une volatilité excessive. Deuxièmement, dans les pays où le cadre de politique monétaire est moins crédible, les dirigeants devront peut-être s’employer davantage à mettre en place un ancrage nominal solide. Troisièmement, des mesures prudentielles doivent être prises pour préserver la stabilité financière, étant donné les risques qui résultent des expansions récentes du crédit et les nouveaux risques liés aux flux de capitaux. Quatrièmement, l’assainissement des finances publiques doit se poursuivre, à moins que l’activité menace de se détériorer très vivement et que les conditions de financement permettent un relâchement de l’effort; ces questions sont examinées plus en détail dans l’édition d’octobre 2013 du Moniteur des finances publiques. Cinquièmement, un grand nombre de pays ont besoin d’une nouvelle série de réformes structurelles, notamment pour investir dans les infrastructures publiques, éliminer les obstacles à l’entrée sur les marchés de produits et de services et, dans le cas de la Chine, rééquilibrer la croissance de manière à la rendre moins tributaire de l’investissement et davantage de la consommation.

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