Building Integrated Economies in West Africa
Chapter

Chapitre 23. Banque mobile

Author(s):
Alexei Kireyev
Published Date:
September 2016
Share
  • ShareShare
Show Summary Details
Author(s)
Rachid Awad and Monique Newiak 

Les systèmes de banque mobile offrent une occasion exceptionnelle d’accroître l’inclusion financière à un coût relativement faible, et ils ont déjà remporté un vaste succès dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne. La banque mobile se heurte toutefois à de fortes contraintes dans l’UEMOA. Compte tenu du taux de pénétration relativement élevé de la téléphonie mobile et d’un vaste marché de paiements internationaux au sein de l’UEMOA, le potentiel de croissance en la matière est élevé, ainsi que le montre une comparaison de l’évolution des paiements mobiles entre les pays de l’UEMOA et d’autres tels que le Kenya et la Tanzanie. Les coûts de transaction, les difficultés liées à l’interfonctionnement des réseaux et les obstacles juridiques et réglementaires peuvent représenter de fortes contraintes pour le développement du marché mobile au sein de l’UEMOA. Un aperçu des questions de supervision des paiements mobiles fait apparaître les conditions indispensables pour préserver la stabilité : exigences minimum pour entrer sur le marché, contrôles de l’intégrité financière, sauvegarde des fonds et stabilité des paiements.

Paiements mobiles

Comme l’infrastructure financière conventionnelle reste limitée, mais que la pénétration de la téléphonie mobile est élevée, les paiements mobiles pourraient accroître l’inclusion financière dans l’UEMOA (graphique 23.1, plage 1). L’accès aux services financiers reste faible dans l’UEMOA. Seulement environ 10 % de la population a des dépôts auprès d’une banque commerciale, moins d’un tiers des entreprises ont accès au crédit et aux méthodes de paiement telles que les chèques (Musuku et al., 2011). L’utilisation des cartes de crédit et de débit et les paiements électroniques en général sont bien moins développés que dans les pays de référence. Cependant, si les contacts directs avec l’infrastructure financière restent faibles, en particulier pour les couches les plus vulnérables de la population, la pénétration de la téléphonie mobile a été rapide ces dix dernières années dans l’UEMOA. Dans certains pays de la zone, elle dépasse même celle observée dans des pays pionniers des paiements mobiles, tels que le Kenya et la Tanzanie. Le développement des services financiers mobiles pourrait donc contribuer à accroître l’inclusion financière.

Graphique 23.1.Marché des paiements mobiles dans l’UEMOA

Le marché des paiements mobiles dans l’UEMOA semble être vaste, en particulier pour les paiements transfrontières, et il attire de plus en plus les opérateurs depuis quelques années (graphique 23.1, plage 2, et graphique 23.2). Outre le fait qu’une grande partie de la population n’est pas bancarisée, le volume élevé des envois de fonds dans la région porte à croire qu’il existe un marché considérable pour les paiements mobiles transfrontières. Les prestataires semblent avoir répondu à la demande élevée dans la région, car le nombre d’opérateurs de paiements mobiles a plus que doublé depuis 2010, la plupart d’entre eux se trouvant en Côte d’Ivoire et au Sénégal.

Graphique 23.2.Fournisseurs de paiements mobiles dans l’UEMOA

La BCEAO a pris une série de mesures pour promouvoir le secteur des paiements mobiles au cours des dix dernières années (Pénicaud et Katakam, 2014). Afin d’encourager l’utilisation d’instruments de paiement autres que les espèces, la BCEAO a promulgué en 2006 une loi sur la monnaie électronique qui oblige les établissements financiers à mettre pleinement à profit ce mode de paiement. En 2012, pour débloquer le marché de la monnaie mobile, elle a engagé un vaste processus d’évaluation comprenant 1) des visites d’autres pays où les services de paiement mobile ont plus de succès, tels que le Kenya et les Philippines, pour tirer les enseignements de leur expérience, 2) l’organisation d’une conférence de consultation régionale pour examiner les moyens de développer davantage la monnaie mobile au sein de l’UEMOA, par exemple en simplifiant le processus d’agrément, en évitant les augmentations de fonds propres obligatoires, en simplifiant le processus d’ouverture de comptes et en mettant en place des programmes d’éducation financière pour le grand public, et 3) la réalisation d’une étude afin de mieux comprendre comment les citoyens utilisent les services financiers formels, semi-formels et informels.

Le volume des paiements mobiles a récemment enregistré une croissance, mais il reste en dessous des pays de référence, en particulier dans les couches de population les plus vulnérables. Les paiements mobiles ont connu une expansion rapide durant ces dernières années. Entre décembre 2013 et septembre 2014, le nombre de comptes a augmenté de 35 % à 17 millions. Durant la même période, le nombre de transactions a progressé de plus de 40 % à près de 179 millions et à un volume de transactions de 2.445 milliards de francs CFA (environ 5 % du PIB de 2014). Cependant, l’usage de canaux informels pour les transferts monétaires en espèces reste prédominant, et la fourniture de services financiers mobiles est bien moins importante que dans les pays de référence, tels que la Tanzanie et le Kenya. Selon les indicateurs les plus récents, les groupes les plus vulnérables de la population, comme les 40 % les plus pauvres de la population, les populations rurales ou les femmes, accèdent moins aux paiements mobiles (graphique 23.3).

Graphique 23.3.Banque mobile par groupes démographiques, 2011

Source : Findex.

Note : Les pays sont désignés par leur code à trois lettres de l’Organisation internationale de normalisation. A1SS = Afrique subsaharienne.

Obstacles aux paiements mobiles

Les facteurs ci-après peuvent freiner le développement du secteur des paiements mobiles dans l’UEMOA :

  • Coût (graphique 23.4). Le coût relativement élevé de l’utilisation des services de paiement électronique, en particulier pour les transactions de faible montant, semble rendre les services de paiement mobile peu attrayants pour la population qui se situe au niveau le plus bas de la répartition des revenus. De manière plus précise, le graphique 23.4 montre que le coût d’un transfert au sein d’un même réseau, pour certains opérateurs dans l’UEMOA, est particulièrement élevé par rapport au montant de la transaction lorsque ce montant est faible (jusqu’à 10 dollars). Cela s’explique sans doute par les coûts élevés d’investissement dans les réseaux et les points d’accès que doivent assumer les fournisseurs de services de paiement mobile.

  • Intermédiation (graphique 23.5). Le cadre réglementaire en vigueur pour la fourniture de services de paiement dans l’UEMOA exige une intermédiation bancaire. En conséquence, les possibilités d’innovation sont peut-être limitées, et il est difficile pour de nouveaux acteurs de concurrencer les banques. Cela contribue peut-être aussi à l’augmentation des coûts des services de paiement mobile en raison des frais liés à l’intermédiation bancaire. Par contre, le Kenya et d’autres pays qui ont enregistré une croissance rapide de l’utilisation des services de paiement mobile ont adopté des modèles non bancaires conformes à leur niveau de développement économique et financier. En outre, ces pays ont collaboré avec un groupe en moyenne plus large de banques et de partenaires d’envois de fonds.

  • Nombre de services et interopérabilité (graphique 23.6). La plupart des opérateurs dans l’UEMOA offrent des services de base pour les transferts et les paiements de factures. Cependant, les autres services restent moins développés que dans les pays de référence. Si le potentiel pour les transactions transfrontières est élevé, la plupart des fournisseurs ne l’explorent pas. Ces services exigeraient une interopérabilité entre différents réseaux, fonction qui semble encore relativement faible dans l’UEMOA, notamment à cause de contraintes réglementaires (Musuku et al., 2011). Par exemple, les fournisseurs de systèmes de paiement sont agréés dans un cadre national, et il leur est donc difficile de se développer dans d’autres pays de l’UEMOA. Des services plus nouveaux, tels que les décaissements de prêts mobiles et la micro-assurance, ne sont pas encore développés dans l’UEMOA (Groupe de la Banque africaine de développement, 2013).

Graphique 23.4.Coûts des transactions pour plusieurs fournisseurs

Graphique 23.5.Nombre de partenaires de banque et envois de fonds (Nombre absolu par pays, 2014)

Sources : Groupe spécial mobile association (GSMA), 2014; Mobile Money for the Unbanked (MMU) Deployment Tracker.

Note : Les pays sont désignés par leur code à trois lettres de l’Organisation internationale de normalisation.

Graphique 23.6.Services mobiles fournis dans l’UEMOA, au Kenya et en Tanzanie

Sources : Groupe spécial mobile association (GSMA), 2014; Mobile Money for the Unbanked (MMU) Deployment Tracker.

Note : Les pays sont désignés par leur code à trois lettres de l’Organisation internationale de normalisation. P2P = «peer to peer».

Surveillance des paiements mobiles

Les services de paiement mobile favorisent l’inclusion financière, mais ils comportent un certain nombre de risques qui peuvent être atténués par un dispositif de surveillance présentant les caractéristiques ciaprès :

  • Conditions d’entrée minimales dans le secteur. Des conditions d’entrée, telles que les exigences de fonds propres pour les fournisseurs de services mobiles non bancaires, contribueront à réduire le risque d’utilisation inappropriée de services mobiles. Cette protection est d’autant plus importante que les services de paiement mobile sont destinés principalement aux couches les plus vulnérables de la population.

  • Contrôles de l’intégrité financière. Les paiements mobiles peuvent accroître la complexité des paiements et soulever des risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. Ces services doivent donc être soumis à une surveillance et à des vérifications adéquates de la part des autorités de supervision. Leurs fournisseurs doivent être évalués et supervisés à partir de leur coopération dans la détection et communication d’activités suspectes.

  • Garantie des fonds. Étant donné que les services de paiement mobile desservent principalement la population se situant au niveau le plus bas de la répartition des revenus, ils doivent inclure une garantie ou une assurance qui couvre les fonds en cas de défaillance du fournisseur du service. Cette garantie peut prendre la forme d’une couverture par des compagnies d’assurances, ou ces services peuvent être inclus dans les dispositifs de garantie des dépôts qui existent dans certains pays.

  • Résilience opérationnelle. Les services de paiement mobile peuvent comporter des risques opérationnels considérables, surtout lorsque les infrastructures sont médiocres ou limitées. La viabilité et l’efficacité des plans de continuité des opérations de leurs fournisseurs doivent donc être régulièrement testées.

  • Stabilité du système de paiements. Le nombre élevé de transactions faisant l’objet de paiements mobiles peut créer un risque de règlement pouvant lui-même conduire à des risques de liquidité et de crédit et, partant, compromettre la stabilité financière. Les services de paiement mobile, surtout ceux fournis par des établissements non bancaires, doivent donc être régis par un système de compensation et de règlement très robuste qui s’appuie sur le système utilisé pour les transactions bancaires.

Moyennant la mise en place d’un dispositif de surveillance solide, il convient d’encourager le développement des services de paiement mobile dans l’UEMOA. Ces services connaissent une certaine croissance dans l’UEMOA, mais il est possible de les développer davantage. Il convient d’en réduire le coût, surtout pour les transactions de faible montant. Des mesures qui favorisent une plus grande interopérabilité entre les réseaux pourraient ouvrir davantage le marché des paiements transfrontières. Pour préserver la stabilité, le développement des services de paiement mobile doit aller de pair avec un renforcement du dispositif de supervision.

Bibliographie

    Groupe de la Banque africaine de développement. 2013. “Financial Inclusion and Integration through Mobile Payments and Transfer.African Development Bank, Tunis.

    Khiaonarong, Tanai.2014. “Oversight Issues in Mobile Payments.Working Paper WP/14/123, International Monetary Fund, Washington.

    Musuku, T.B., M.C.Malaguti, A.McEwan Mason, and C.Pereira.2011. “Lowering the Cost of Payments and Money Transfers in UEMOA.Africa Trade Policy Notes, Note #23, The World Bank Group, Washington.

    Pénicaud, C., and A.Katakam.2014. “State of the Industry 2013: Mobile Financial Services for the Unbanked.Groupe spécial mobile association, London.

Le présent chapitre s’inspire dans une très grande mesure des recommandations formulées dans Khiaonarong (2014).

    Other Resources Citing This Publication